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Voilà encore des mots d’Er­doğan qui rejoignent les dis­cours, inter­ven­tions, les men­aces et effets d’an­nonce, qui ser­vent aus­si une cam­pagne élec­torale pour la Turquie, qui ne dit pas son nom, mais pour­tant est lancée pour 2023.

Les déc­la­ra­tions les plus récentes vien­nent d’être pronon­cées en Ser­bie, où Erdoğan fut accueil­li en grande pompe par le Prési­dent nou­velle­ment réélu Alek­san­dar Vučić. C’est la deux­ième étape d’une tournée dans les Balka­ns, après la Bosnie Herzé­govine. La prochaine est la Croatie.

La Ser­bie, tou­jours désireuse d’in­té­gr­er l’U­nion Européenne, con­naît pour­tant une nou­velle dérive con­cer­nant les droits démoc­ra­tiques, et, notam­ment les atteintes con­tre les jour­nal­istes. Est-ce pour cela que le min­istre de l’In­térieur de la Ser­bie, Alek­san­dar Vulin, s’est entretenu aujour­d’hui avec le min­istre de l’In­térieur de la Turquie, Süley­man Soy­lu et que les deux se sont “félic­ités” de leur future col­lab­o­ra­tion ? La Ser­bie fut jusqu’à une péri­ode récente une voie de pas­sage par laque­lle des opposant.es au régime turc pou­vait fuir leurs procès à répéti­tion, pour aller deman­der asile ailleurs, par exem­ple. Mais Kedis­tan est tou­jours mau­vaise langue.

La ren­con­tre entre Prési­dents s’est aus­si sol­dée par la sig­na­ture de 7 doc­u­ments de coopéra­tion : sup­pres­sion mutuelle des visas, accords des gou­verne­ments de Ser­bie et de Turquie sur l’en­cour­age­ment et la pro­tec­tion des investisse­ments et de la coopéra­tion dans les tech­nolo­gies avancées, mémoran­dums de coopéra­tion pour l’ex­tinc­tion des feux de forêt, pour des médias et de la communication…

On s’est aus­si félic­ités de la présence économique crois­sante de la Turquie en Ser­bie, oubliant un temps le “champ des mer­les”.1

Jusqu’i­ci, rien de per­son­nel pour Erdoğan.

Mais, lors de la con­férence de presse com­mune, ou Alek­san­dar Vučić a qua­si com­men­té la vidéo de Gazprom promet­tant à l’Eu­rope un “hiv­er glacé”, et s’est adressé à la Com­mis­sion Européenne afin de ne pas être oublié dans les “sec­ours énergé­tiques”, tout en écor­nant les “sanc­tions”, Erdo­gan, lui, a fait dans les petites phras­es plus appuyées à pro­pos de la guerre en Ukraine et de la respon­s­abil­ité européenne et occi­den­tale en général dans sa poursuite.

Je peux dire que je ne trou­ve pas que l’at­ti­tude actuelle de l’Oc­ci­dent (…) soit la bonne. L’Oc­ci­dent mène une poli­tique basée sur la provo­ca­tion… Tant que vous essaierez de men­er une guerre de provo­ca­tion, vous ne pour­rez pas obtenir les résul­tats escomp­tés… Nous, Turquie, avons tou­jours main­tenu une poli­tique d’équili­bre entre la Russie et l’Ukraine”, a déclaré Recep Tayyip Erdoğan.

Sub­til équili­bre oppor­tuniste” qui con­siste à ten­ter de tir­er prof­it de tous les côtés.

Rap­pelons que la Turquie vend des drones à l’Ukraine et achète des céréales à Pou­tine, et qu’un con­trat de con­struc­tion d’une cen­trale nucléaire en Turquie est en cours avec Rosatom, le groupe russe équiv­a­lent de Gazprom. Rap­pelons que la posi­tion géo­graphique de la Turquie lui per­met de “con­trôler” un pas­sage mar­itime essen­tiel et donc… Rap­pelons que la Turquie paie en rou­bles quand c’est demandé, et qu’elle accueille autant les oli­gar­ques sanc­tion­nés que des Russ­es fuyant le marasme ou opposant.es.

En inter­venant comme “facil­i­ta­teur” pour le déblocage des céréales dans la Mer Noire, et faisant une propo­si­tion de médi­a­tion sur la ques­tion du nucléaire, Erdoğan s’est propul­sé  sur la scène mon­di­ale. Pou­tine l’a même félic­ité. Etait-ce le résul­tat escompté ?

Le pre­mier round de négo­ci­a­tions s’é­tait tenu, dès le début de l’a­gres­sion russe, mais avant Butcha, en Turquie. Qu’en est-il ?

A moins que tout ne soit “secret”, nous ne voyons pour­tant pas une once d’a­vancée vers le retrait russe, voire la propo­si­tion d’un cessez-le feu, ou des inten­tions émis­es par Pou­tine pour des ren­con­tres, mais plutôt l’in­ten­si­fi­ca­tion de la guerre, par le chan­tage nucléaire et énergé­tique, et des aides peu dis­crètes pour cri­ti­quer les sanctions.

Comme en France une ex can­di­date à la Prési­den­tielle, Erdo­gan se mon­tre. En interne, pour appa­raître comme le seul capa­ble de met­tre la Turquie au cen­tre du jeu diplo­ma­tique vis à vis de ses concurrent.es, en externe, pour jouer sur tous les tableaux, de son appar­te­nance à l’OTAN à ses ami­tiés par­ti­c­ulières avec Pou­tine, en pas­sant par les prof­its d’arme­ment de son pro­pre gen­dre, donc de la famille.

Et c’est donc auréolé de cette “audi­ence” qu’il fait ses tournées, dis­tribue des aver­tisse­ments nation­al­istes à la Grèce, et fait annon­cer dans les Pays non occi­den­taux “qu’il est de la par­tie”, comme une sorte de “non aligné”, et que les “sanc­tions” ne le con­cer­nent pas.

S’il enrage de n’avoir pas obtenu, mal­gré toutes ses ges­tic­u­la­tions, un feu vert pour ré-inter­venir en Syrie Nord, ni de la part de Pou­tine, ni des Occi­den­taux, ni même de l’I­ran ou de Bachar, il béné­fi­cie cepen­dant du fait que les yeux sont tournés vers l’Ukraine, pour pou­voir bom­barder et tuer dans l’in­dif­férence. Il ne peut se pass­er d’un feu vert, parce qu’il a lui même déçu ses pro­pres alliés, ses sup­plétifs en Syrie, qui ne se con­tentent plus du fruit de leurs rap­ines et n’ont guère appré­cié des pour­par­lers avec Bachar. Là, Erdo­gan escomp­tait le silence, et même la clé­mence par avance de l’OTAN. Il n’a que la neu­tral­ité, sans autori­sa­tion même informelle.

Les par­ti­sans de “la paix main­tenant” ont-ils trou­vé un cham­pi­on en la per­son­ne d’Erdoğan ?


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