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Note de Kedistan : Aslıhan Gençay promettait dans sa chronique précédente un quatrième et dernier article, et terminait son article avec ces mots : “Je voudrais partager avec l’opinion publique et le ministère de la Justice, un prochain article, qui donnerait place à mes revendications et propositions sur les conditions carcérales, et les problèmes que j’ai observés et vécus personnellement en prison .”

Elle a exprimé ces revendications et propositions lors d’une interview donnée à Ekmek ve Gül. Nous publions donc la traduction de cet entretien, afin de compléter cette série de témoignages.

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Aslıhan Gençay est une journaliste qui a vécu de longues périodes d’emprisonnement dans différents établissements pénitenciers en Turquie, et une des femmes qui élèvent la voix contre les maltraitances, et les fouilles-à-nu imposées. Aujourd’hui, elle est libre sous contrôle judiciaire, mais elle ne peut oublier ce qu’elle a vécu en prison, et ce dont elle fut témoin…

Selon toi, la torture est-elle pratiquée dans les prisons en Turquie?

Selon moi, bien qu’on ne rencontre pas de tortures sauvages et éliminations, comme ce fut le cas dans les années 90, des politiques en quelque sorte “affinées”, usant de méthodes planifiées, d’intimidation, de renoncement, de harcèlement, afin de dompter les prisonier.es sont déployées. Le but est d’obtenir ceci : comprendre cela tellement bien, que tu feras tout ton possible pour ne pas revenir ici.

Avec tout ce que j’ai vécu moi-même et de ce que j’ai observé, je peux aisément faire cette analyse : je pense que le ministère de la Justice mène une politique erronée à l’encontre des prisonnier.es,  les dompter, leur apprendre à obéir, jouer le prêtre et le bourreau. Les bourreaux sont les administrateurs de certaines prisons, et le prêtre est bien sûr, le ministère de la Justice. Par exemple, lorsqu’en 2016 j’étais à la prison de Sincan (Ankara), l’administration de l’établissement établit, dans tous les quartiers aussi bien politiques que droit commun, une liste des prisonnières qui défendaient leurs droits, qui tenaient tête aux administrateurs. Et ensuite, dès que la prison de Tarsus fut ouverte, nous déporta toutes là-bas.

Les conditions de la prison de Tarsus étaient terrifiantes, pas différentes d’un enfer, l’établissement était comme un centre de tortures. Ceci était une politique délibérée, ayant l’objectif d’écraser les prisonnières rebelles. Sans logique aucune, tout ce que vous pouvez imaginer était interdit, et le personnel était habité d’une agressivité permanente. Les sanctions disciplinaire volaient en l’air, les prisonnières souffraient chaque jour. C’était comme si nous recommencions tout de zéro, nous allions obtenir en menant une résistance, même pour l’eau chaude, droit humain le plus basique. Finalement, celles qui ont pu résister résistèrent, tinrent le coup et ce qui se passait à Tarsus arriva à la lumière du jour.

Et, que s’est-il passé après ? Le ministère de la Justice, comme s’ils n’étaient pas au courant de ce qui se passait dans cette prison, envoya des inspecteurs, fit inspecter, et certains dirigeants et fonctionnaires tortionnaires furent mutés ailleurs.

Aujourd’hui, nous apprenons par Ömer Faruk Gergerlioğlu, député du Parti démocratique des peuples (HDP), que des faits similaires se déroulent dans la prison N°2 de Silivri (Istanbul). L’objectif est de persécuter les prisonnier.es, autant que possible pendant ces quelques mois, et de travailler leur inconscient. Mon conseil à tous les prisonnier.es qui subissent des persécutions, -leurs proches qui m’entendent peuvent leur transmettre mes paroles-, il faut résister, il faut tenir. Soyez-en sûr.es, toute cette persécution n’est pas faite parce ce qu’on n’entend pas vos voix, c’est une politique systémique. Tenez bon, résistez, ne renoncez pas à vos droits, et à votre entêtement, même dans les cellules les plus aveugles, pour que ces pratiques prennent fin.

Garibe Gezer, elle aussi a subi des maltraitances, des agressions sexuelles, sa voix avait été portée en vain. Quelle fut ton ressenti après sa mort ?

L’histoire de Garibe m’a brisée, dans le plein sens du terme. L’isolement rend fou, un quartier surpeuplé est cause de querelles et de maladies.

Je pense que pour Garibe, du fait d’être une femme qui résistait, le système tenta de la dompter, de la briser par l’isolement. Elle a subi toutes sortes de choses, mais ce n’est pas un hasard. Je répète que je pense qu’il s’agit d’une politique qui fut délibérément menée.

Autant que je sache, il existe un programme de “réhabilitation des éléments radicaux” que le ministère de la Justice mène conjointement avec l’Espagne. Les administrateurs pénitentiaires espagnols expliquent aux nôtres, quelles politiques ils mettent en œuvre dans les prisons pour “réhabiliter” les membres de l’ETA, et il existe aussi un groupe de travail conjoint. Garibe était une femme de caractère têtue, résistante et radicale et c’est pour cette raison qu’on ne l’a jamais sortie de l’isolement, on a constamment tenté de la faire plier, on a forcé ses limites.

Elle a fait sa première tentative de suicide en toute conscience. Elle pensait que si elle mourrait, on s’intéresserait aux violations de ses droits, et malheureusement elle avait raison. Elle jouait de la guitare, elle faisait des broderies, pourquoi voulez-vous qu’elle se tue ? Ce qui s’est passé c’est en vérité  c’est que les administrateurs de la prison de type F N°1 Kandıra l’ont poussé au suicide, avec leur pratiques d’intimidation et de broiement, et les isolements insistants.

J’ai vécu cet état psychologique dans la prison fermée de Sivas, malgré mon expérience et mon niveau de conscience. Je fus mise dans une cellule comme une niche à chien, seule, isolée de tout le monde et de tout. On me disait constamment que je n’allais jamais pouvoir sortir de là, et un moment, j’ai même cru à cela. Cet état psychique est travaillé finement, c’est une complète tactique d’effondrement : “personne ne peut t’aider, tu n’as qu’une seule solution, obéissance et subordination”. Pour quitter cet état psychologique, j’ai du montrer une très forte volonté. C’est pour cette raison, que je comprends tellement bien Garibe, que je peux la ressentir de tout mon coeur. Si elle avait survécu, je pourrais lui écrire tout cela, je pourrais lui dire “tiens bon encore un peu, ça va passer”. Lorsque j’ai appris son décès, j’en fus pétrifiée, au point même de ne pas pouvoir pleurer, mon souffle s’est coupé. Alors que je traversais ma routine quotidienne, elle, toute seule, avait subi ce que j’avais vécu avant, et je n’avais rien pu faire. En tant que journaliste, je ferai tout mon possible pour la justice. N’oublions pas, l’isolement est une torture, l’isolement rend fou, l’isolement tue.

De quoi fus-tu témoin dans les prisons ?

  • Imaginez les femmes qui vivent sous un amas de béton et de fer, dans des quartiers faits pour 10, en groupes de 20 ou encore plus. Sanitaires uniques pour toutes. L’isolement détruit la raison, mais des quartiers surpeuplés sont cause de querelles. En effet des querelles éclatent très souvent. Ce mode de vie à l’étroit, dans lequel l’intimité est supprimée crée avant tout des problèmes psychiques et psychologiques. On peut dire “dans les prisons il y a les promenades…”. Oui, mais, par exemple les promenades des prison de type T sont si petites que le tour est fait en, cinq six pas. Alors, comment 20, 25 femmes, dont certaines sont incarcérées avec leurs enfants, peuvent-elle s’entasser dans ce lieu exigu ?
  • Dans les quartiers surpeuplés, la situation des femmes avec des enfants est terrible. La routine normale des autres détenues qui veulent naturellement, regarder la télé, écouter de la musique, chanter, discuter, devient pour les femmes qui ont des enfants, un réel enfer. Ce problème de surpopulation doit être résolu avant toute chose, car cela tombe sur les gens comme une souffrance psychologique. Par ailleurs, cela crée aussi de nombreux problèmes au niveau de l’hygiène et de la santé.
  • Un autre problème important concerne les délais des procédures entre l’arrestation et l’incarcération, jusqu’à la première audience du procès. Même si le procès se termine par un acquittement, les femmes se trouvent avoir fait une peine de prison. Cette attente dure au moins 7, 8 mois. Et cette pratique est également utilisée, je pense, consciemment, dans le cadre des politiques de “domptage”.
  • Lors de cette période, les femmes qui attendent leur sort, dans l’inquiétude, peur et stress, ne peuvent pas communiquer correctement avec leur famille, compagnes et enfants qui sont dehors. Car, les prisonnier.es sont incarcérées dans des prisons à des centaines de kilomètres de distance de leur domicile et de leur famille. C’est en effet, un autre problème très important, et  un problème plus sérieux encore pour de jeunes mères, car elles sont séparées de leurs enfants restés dehors, pour de bon. La crise économique surajoute aux difficultés. Par exemple, une femme dont le domicile Istanbul, est déportée à la prison de Tarsus, à 950 km de distance. L’affaire ne se règle pas juste avec un voyage Istanbul-Tarsus. Les prisons sont construites bien en dehors des villes. Pour s’y rendre, il faut donc trouver avec vos propres moyens, un transport en commun s’il y en a, ou un taxi… Il y a aussi le retour, les repas, la nuitée… Finalement les familles doivent dépenser une fortune pour les visites. Et tout cela pourquoi ? Pour une visite de maximum 45 minutes, actuellement réduite à 30 minutes ! Naturellement, les prisonnières se sentent obligées de dire à leur famille “ne venez pas, ne faites pas autant de frais, juste pour une demie heure.”
  • Les détenues de droit commun travaillent dans des “foyers de travail”, en général dans le textile. Durant la pandémie elles ont continuellement cousu des combinaisons et des masques. Elles s’occupent aussi du nettoyage de l’établissement, distribuent les repas au personnel et aux quartiers, gèrent la cantine, travaillent aussi dans d’autres parties comme l’infirmerie ou un point de thé. Quasi tout le poids de la prison repose sur le dos des détenues de droit commun. Malgré le fait qu’elles partent au travail le matin, et reviennent à 17h le soir, elles reçoivent un salaire mensuel de 200, 250 livres turques (équivalent de 14, 15 euros), et bien évidemment elles n’ont pas de sécurité sociale. Il s’agit là, d’une sérieuse exploitation. Les femmes le savent, mais pour ne pas rester 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, dans l’atmosphère étouffante des quartiers surpeuplés, et pour subvenir économiquement à un minimum de leurs besoins, elle souhaitent vraiment travailler. Dans les prisons “fermées”, bien sûr, seulement les prisonnières “méritantes”, choisies par l’administration, peuvent travailler. Quant aux prisons “ouvertes”, le travail est obligatoire pour tout le monde, peu importe, que tu le veuille, ou non.
  • Au point de vue hygiène et santé, comme je disais un peu plus haut, dans les quartiers surpeuplés, les maladies sévissent. Vous pouvez être très propre, prudente, vous pouvez ne pas pouvoir éviter les maladies. Avant la pandémie de Covid, les prisonnières nouvelles étaient assignées aux quartiers directement, sans aucun contrôle de santé préalable. Il est très fréquent d’observer des cas d’hépatite, d’eczéma, d’infections vaginales, de champignons, mais aussi, les poux et la gale… Par exemple, à la prison de Tarsus, il y eut une infestation de poux, qui s’étendit à tous les quartiers, et il fut impossible d’en finir pendant des mois.
  • L’accès à l’infirmerie est un problème dans de nombreuses prisons. Un médecin généraliste vient à la prison, une ou deux fois par semaine et pour une heure de disponibilité. Et il y a des centaines de requêtes pour une visite à l’infirmerie… Dans ces conditions, seules les prisonnières sélectionnées peuvent accéder à l’infirmerie. Si, suite à la visite, il est nécessaire de faire un transfert à l’hôpital, le problème grandit. L’acheminement vers l’hôpital peut durer une heure, une heure et demie. Vous faites cette route, menottée, dans un véhicule-cellule, appelé “Ring”, qui ressemble à un cercueil. La clim du véhicule ne peut être réglée, c’est soit la chaleur de l’enfer, soit vous claquez les dents de froid. Beaucoup de femmes, juste pour éviter cette souffrance, ne veulent pas aller à l’hôpital, et essayent de calmer leur maux avec des solutions provisoires, des antidouleurs… Personnellement, j’ai toujours essayé d’éviter d’aller à l’hôpital, car j’en revenais chaque fois encore plus mal.
    Si hôpital, là aussi, il y a d’autres problèmes… Les soldats essayent d’assister à la consultation, on refuse d’enlever tes menottes…
  • Dans de nombreuses prison, les livres envoyés de l’extérieur ne sont pas acceptés. Dans certaines, ils sont acceptés mais avec un quota : on a droit de posséder au maximum cinq livres dans le quartier, dans quelques prisons le quota est de dix, cela change selon la bonne intention des administrations.
  • Un autre des plus gros problèmes concerne les sanctions disciplinaires. On peut subir une sanction disciplinaire pour un mot prononcé, selon l’intention des dirigeants et des officiers de l’application de la loi et de la protection (İKM). Avec le règlement du ministère de la Justice, le “comptage militaire”, qui est contraire à la dignité humaine, fut aboli, mais il est toujours imposé dans de nombreux endroits. Lorsque je fus déportée à la prison de Tarsus, durant cinq jours, matin et soir je fus inquiétée pour mon refus de cette pratique. A cause des sanctions disciplinaires données, les prisonnier.es ne peuvent utiliser leurs droits de liberté sous contrôle judiciaire, c’est encore un autre problème. Actuellement, nous sommes informés du fait que les conseils n’autorisent pas la libération, même si les détenu.es n’ont pas de sanctions disciplinaires.
  • Les fouilles sont faites de différentes façons. S’il s’agit d’une “fouille détaillée”, toutes vos affaires sont mises à sac. Des objets qui sont normalement autorisés, par exemple deux oreillers, peuvent vous être retirés lors de la fouille. Les fouilles sont comme les fils électriques, à haute tension.
  • Les administrations de prison distribuent tous les mois aux détenues, des produits et serviettes hygiéniques. Mais, pour ces produits, le ministère n’attribue pas de crédit aux unités et demande aux administration de faire face à ces frais, sur leur propre budget. Et de fait, il arrive souvent que dans de nombreuses prisons, les administrations limitent les produits distribués. Certains distribuent seulement l’eau de javel et les serviettes hygiéniques, d’autres seulement du détergeant… Sur ce sujet, il n’y a aucune équité entre les établissements, ni une quelconque coordination.
  • Je note également que les prisonnières qui souhaitent poursuivre leur parcours d’études, ne sont pas traitées équitablement d’un établissement à l’autre. Il arrive que tous les livres scolaires ne soient fournis, ou encore les dates d’examen soient communiquées avec retards etc.

Quelles autres difficultés vivent les prisonnières en incarcération préventive ou condamnée ? 

Dans les dernières cinq années, dans cinq différentes prisons, j’ai croisé tout autant des femmes qui avaient subi la torture de Daech, des femmes qui essayaient de survivre en prison avec leur bébé nouveau-né, des femmes qui ne parlaient pas un seul mot en turc, des femmes illettrées, et des femmes qui ignoraient totalement leurs droits.

Ce sont les enfants qui m’ont attristée le plus. Je dois avouer que de la part de l’Etat et des gens bienveillants, il y a une certaine aide pour les bébés et les enfants dans les prisons. A peu près tous leurs besoins vitaux ont été pensés. Mais cela ne change pas la réalité quotidienne de l’enfant qui vit dans un quartier de prison. Bien qu’il y ait des crèches dans les établissements, et que. les enfants soient confiés aux crèches en semaine, leur vie se passe dans un quartier. Par conséquent, toutes les difficultés et problèmes vécus par leur mère se reflètent aussi psychologiquement sur eux.

A Tarsus nous avions un bébé d’Afrin, Lilaf. Il y avait un bébé dans le quartier, mais pas de berceau… Les filles ont confectionné un berceau de fortune, avec des cordes et des draps. Et un jour, notre bébé est tombé de ce berceau sur le sol en béton, et sur la tête. C’est seulement après cet accident, que nous avons réussi à obtenir, à corps et à cri, une poussette. Et cela fut exceptionnel, juste pour Lilaf.

Il y a beaucoup de conditions qui étouffent les femmes. Les activités dites “de loisir” n’étant pas autorisées pour les détenues politiques, nous pouvons sortir dans la salle de sport, seulement une fois par semaine et durant une heure. Les femmes s’ennuient énormément. Et s’il y a sanction disciplinaire, cette unique sortie est également supprimée. Les détenues ont droit à un appel téléphonique hebdomadaire d’une durée de 10 minutes. Oui, mais que peut-on raconter, échanger, en si peu de temps ? Plus les mères s’étouffaient et pleuraient, plus les enfants s’étouffaient et pleuraient…

J’ai observé en prenant conscience des histoires des détenues de droit commun, que la plupart d’entre avaient été poussées aux différents délits et crimes pour lesquels elles étaient là, particulièrement la drogue, par les hommes. Leurs maris, leurs amoureux les habituent à la drogue, puis les mettent à la vente, etc. Ensuite, ce sont les femmes qui en paient le prix. Le domaine criminel est une zone où l’inégalité de genre sociale grandit comme une avalanche, et il est trop facile d’accuser la femme, en regardant seul l’acte commis, indépendamment des conditions et contexte. Mais la réalité est quasi toujours toute autre. Les inégalités de genre sociales que les femmes subissent sont malheureusement ignorées dans le Droit.

Il FAUT QUE L’HUMILIATION, LA MAlTRAITANCE, LES DISCRIMINATION CESSENT !

Comment faudrait-il opérer pour empêcher ces maltraitances et violation des droits ?

  • A mon avis, la plupart des personnes emprisonnées sont condamnées pour des délits qui ne nécessiteraient pas une incarcération. Celles qui sont emprisonnées pour leurs partages sur les réseaux sociaux par exemple. On dit qu’en Turquie la liberté d’expression existe, c’est faux. J’ai rencontré personnellement celles qui sont en prison pour leurs partages sur Twitter, Facebook… Bien qu’elles soient libérées à l’issue du processus judiciaire, en général, elles restent en prison, en attendant leur procès, durant au moins sept, huit mois, pour être “domptées”. Ceci est une politique. Les personnes qui utilisent leur droit de liberté d’expression ne doivent pas être en prison.  
  • Ma deuxième revendication importante concerne le transfert des détenues vers des prisons situées dans leur lieu de résidence, proche de leur famille. Car dans les conditions actuelles, même si les visites familiales sont autorisées, les proches ne peuvent pas venir en visite.
  • Les sanctions d’isolement en cellule doivent être supprimées. Particulièrement après la mort de Garibe Gezer, c’est plus que nécessaire.
  • Les administrateurs et le personnel pénitentiaire ont un besoin urgent de formation aux droits humains et à la démocratie, car beaucoup pensent qu’ils sont le ministre de la justice eux-mêmes et qu’ils peuvent se permettre de persécuter les détenu.es. Bien qu’il ne soit pas de leur devoir de juger et de punir les gens en fonction de leurs crimes, ils peuvent agir sans ciller avec des préjugés et des qualificatifs. Ils peuvent par exemple s’adresser aux prisonnier.es en les qualifiant de “terroristes”.
  • Les quotas concernant les livres et les vêtements doivent être augmentés. Tout ce qui peut permettre aux détenu.es de se sentir mieux, pour apprendre, s’enrichir, s’éduquer doit leur être ouvert. Les livres et les vêtements ne sont pas des menaces pour la sécurité !
  • Trois médecins, qui travailleront 24 heures sur 24, devraient être nommés dans chaque établissement pénitentiaire. Il faut abandonner la pratique actuelle des médecins de famille, disponibles dans deux ou trois établissements en deux heures et sur un ou deux jours par semaine.
  • Les véhicules “Ring” de type cercueil utilisés pour les sorties hospitalières et pour les transferts doivent être retirés de l’usage et remplacés par des véhicules de type minibus qui permettraient aux détenu.es de respirer et de se déplacer dans la dignité humaine.
  • Les pratiques humiliantes telles que l’introduction de soldats dans la salle d’examen médical, l’examen médical avec mains menottées et “la fouille buccale” doivent être supprimées.
  • Toutes les réglementations doivent être mises en conformité avec les droits humains et les normes démocratiques d’une manière qui ne permette pas la persécution par des administrateurs malveillants.
  • Au lieu de pratiques humiliantes telles que la “fouille-à-nu”, des appareils à rayons X et des détecteurs devraient être placés dans tous les établissements et les fouilles devraient être menées de cette manière.
  • Les détenu.es qui reçoivent une formation doivent avoir la possibilité d’étudier et de passer les examens, et les manuels doivent être fournis immédiatement.
  • Les femmes avec des enfants ne devraient jamais être incarcérées…

Aslıhan Gençay

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Aslıhan Gençay
Aslıhan Gençay est née en 1974, elle est diplômée de la Faculté des sciences économiques et administratives de l’Université Dokuz Eylül d’Izmir. Du fait de son identité d’opposante de gauche, elle fut emprisonnée en 1992 durant 10 ans. Elle porte encore des séquelles de “jeûnes de la mort” menés dans les prisons en l’an 2000. Après sa libération pour raison de santé, elle a commencé à travailler comme journaliste. Elle fut autrice dans le journal Radikal, la revue Milliyet Sanat, et éditrice des pages culture et art dans Özgür Gündem. En 2016, une décision de sursis de la CEDH, la concernant fut annulée, et pour compléter sa peine, elle fut emprisonnée à nouveau, durant cinq ans, dans les prisons de Sincan (Ankara), Tarsus, Kayseri et Sivas. Elle retrouve sa liberté en mai 2021. Elle est actuellement chroniqueuse dans Davul Gazetesi et éditrice pour une ONG.

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