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Un coup de gueule mai­son et salu­taire de Rabia Mine, qui pour­rait se pouss­er aus­si en dehors de la Turquie. Où l’on voit que les “peo­ple” ne per­dent jamais une occa­sion de l’ou­vrir, avec le mot “sol­i­dar­ité” à la bouche, ou pour encour­ager à l’obéis­sance, alors que d’or­di­naire, ils/elles se con­tentent de défendre l’or­dre établi.

 

Restez à la maison. Mais quelle maison ?

Dame Defne Samyeli, (présen­ta­trice de télévi­sion, chroniqueuse, chanteuse et actrice turque) a affir­mé dans un reportage, “il existe une réal­ité qui s’ap­pelle ‘sélec­tion naturelle’. Elle va emporter les plus faibles d’en­tre nous… Ce sont les cycles de la vie. Dieu mer­ci, j’ai une vil­la dans la forêt, je m’al­i­mente saine­ment, je fais du jog­ging, bla bla bla bla, Restez chez-vous !”

Tu fais chi­er. Ce n’est pas assez, tu aurais pu frimer encore un peu plus. Meuf, peut-on par­ler de “sélec­tion naturelle” par­mi les vivants qui ne se sont pas sat­is­faits de bris­er leurs liens avec la nature, mais qui l’ont car­ré­ment achevée ? Ce que tu appelles “force” est aujour­d’hui, tout sim­ple­ment l’ar­gent ! Seuls ceux qui ont de l’ar­gent res­teront debout et en vie, qu’ils soient jeunes ou vieux, qu’ils soient en mau­vaise ou bonne san­té… Pens­es-tu vrai­ment que lors de cette épidémie, mour­ront seule­ment ceux qui con­tracteront le virus ? Non Madame ! Encore plus de per­son­nes que le coro­na n’au­ra pas tuées, mour­ront, — peu importe même si elles vivent dans la forêt avec la force d’un tigre — de la famine, d’autres mal­adies apportées par la mis­ère, et à force de se mas­sacr­er pour un quignon de pain ras­sis. Dis donc, le film n’a même pas com­mencé ! C’est juste le générique qui défile !

Une horde de pseu­do célébrités, pour don­ner un mes­sage soit dis­ant social, émet­tent depuis leurs maisons ultra lux­ueuses, et dis­ent à la pop­u­la­tion “Restez à la mai­son !”.

La Reine se fout de ma gueule

Bah d’ac­cord, je resterai à la mai­son maîtresse. Dans quelle mai­son je resterai, et com­ment ? Dans des pays loin­tains, les fac­tures d’élec­tric­ité, de gaz naturel, d’eau, y com­pris les loy­ers, ont été sus­pendues jusqu’en sep­tem­bre, octo­bre. On fait des aides aux gens. Quant à nos “grands de l’E­tat”, ils se con­tentent de vers­er l’eau de cologne dans nos mains ten­dues, telles des dames pipi, puis ils nous expé­di­ent à Allah. Il ne manque plus qu’ils nous tien­nent la chan­delle en dis­ant, “dans vos pris­ons maisons, baisez donc généreuse­ment et enfan­tez”. Alors ? C’est avec l’eau de cologne que je dois élever les enfants, nour­rir la famille et pay­er les fac­tures ? Peut être qu’ils nous don­nent ces con­seils pour qu’on perde la tête et qu’on se sui­cide le plus rapi­de­ment pos­si­ble. Qui sait ?

Restez dans vos maisons. Restez dans vos maisons”. Allez vous faire voir ! Quelle mai­son, hein ? La moitié de la pop­u­la­tion de ce pays est con­sti­tuée de gens qui n’au­ront rien à manger s’ils ne tra­vail­lent pas un seul jour. La majorité des gens dans ce pays, est com­posée de pau­vres qui, en cas de non paiement de deux loy­ers de suite, se trou­veront à la rue. Est-ce vous qui allez nous don­ner notre bouffe ? Est-ce vous qui allez pay­er nos loy­ers, nos fac­tures ? De quelle mai­son par­lez-vous, en dis­ant restez‑y ? Pen­dant que nous lut­tons avec la faim, l’E­tat a même déjà com­mencé à couper l’élec­tric­ité de ceux qui ne peu­vent pas pay­er. En plein froid.

Si on reste à la mai­son, nous mour­rons avant le coro­na, de faim, hein, les igno­bles ?! En même temps, qu’est-ce qui change en sor­tant. Toutes les portes du tra­vail sont fer­mées pour nous autres. Nous étions vendeur de sim­it, de moules far­cies, des cireurs de chaus­sures. Nous étions des serveurs que vous avez for­cés à s’ex­il­er à “l’Ouest’, en détru­isant, brûlant nos vil­lages. Nous étions des migrants qui fai­sions, pour se nour­rir à peine, tous les boulots les plus sales, que vous méprisez. Nous étions le per­son­nel du secteur privé de merde, avec notre sort coincé entre les deux lèvres du lumpen­pa­tron. Ceux qui était en meilleures con­di­tions étaient les petits com­merçants. La plu­part de nous était des pau­vres gens au vu desquels vous froissiez le vis­age déjà en temps nor­mal. Désor­mais, nous n’avons même pas un tra­vail qui peut nous assur­er la journée ! De quelles maisons par­lez-vous, bon sang, mau­dits, de quelle maison ?

Sélec­tion naturelle”. Bah, en effet c’est une sélec­tion, mais ce n’est pas la nature qui choisit. C’est le nou­v­el ordre du monde, un bien sauvage, crée par ceux qui ont choisi d’être cru­els et avides.

D’ac­cord, que les médecins, le per­son­nel de la san­té nous dis­ent de rester à la mai­son. Mais pas vous, les infâmes de la haute… Dans les reportages que vous don­nez depuis vos palais, affalés sur vos culs, ne nous dites pas “Restez à la mai­son” !

Nous n’avons pas de maison !

Rabia Mine


rabia mine portrait

Rabia Mine

Ecrivaine et poète, activiste défenseure des droits humains. Auteure du recueil de poésie “Külden” (Des cendres) paru en 2014 en turc.
Elle a étudié le Droit à l’Université d’Istanbul, et le cinéma – télévision à l’Université de Mimar Sinan. Elle a travaillé comme responsable de production dans le cinéma, rédactrice et éditrice indépendante.

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