Français | English
Pour les autres articles > DOSSIER SPECIAL UKRAINE

Lorsque dans quelques années on pour­ra peut être repar­ler de cette guerre en Ukraine, il man­quera, pour ten­ter de la com­pren­dre, ce sen­ti­ment  d’at­tente du Godot nucléaire.

Qua­torze jours de guerre, et l’in­va­sion s’est pré­cisée. Tous y vont de leurs con­jec­tures pour se rejoin­dre sur le fait que Vladimir Pou­tine a échoué dans une guerre éclair pour ren­vers­er le régime ukrainien, mais veut con­firmer ses con­quêtes ter­ri­to­ri­ales à l’Est et au Sud. Et, avec juste rai­son, certain.e.s de s’in­ter­roger à la fois sur les suites d’a­vancées ter­ri­to­ri­ales, la prise de la Cap­i­tale et les destruc­tions massives.

Qua­torze jours de guerre, une éter­nité pour les pop­u­la­tions et les com­bat­tants qui résis­tent. Une courte étape dans l’in­va­sion mil­i­taire, avec son cortège de morts et de destruc­tions. Le temps néces­saire pour faire entr­er la total­ité des troupes et élé­ments mil­i­taires russ­es sur le ter­ri­toire ukrainien. Nous ne pos­sé­dons plus la dimen­sion tem­porelle d’une guerre. Et per­son­ne à ce jour ne peut dire com­bi­en elle dur­era, tant la résis­tance est certaine.

La seule cer­ti­tude aujour­d’hui, c’est que la désor­mais coali­tion informelle des Etats qui se sont alliés pour le pronon­cé des sanc­tions, UE en tête, s’est fixée une ligne rouge de non inter­ven­tion, liée à la poli­tique de “dis­sua­sion nucléaire”. La seule cer­ti­tude aus­si, c’est que le dit “chef du Krem­lin” n’en a cure, et qu’il va tir­er avan­tage, à la fois de la ques­tion du gaz et du pét­role dont l’UE a besoin, et de la crainte de l’escalade qu’il inspire, OTAN comprise.

Les théoriciens de la peur d’un Pou­tine face à l’OTAN doivent révis­er leur camp­isme. La dis­sua­sion nucléaire joue en faveur de Vladimir Pou­tine, dans une stratégie pure­ment mil­i­taire. Sim­ple­ment parce que le cap­i­tal­isme tient à la planète dont il tire ses prof­its et qu’à l’év­i­dence, on peut se pos­er la ques­tion pour ce dic­ta­teur là, qui fait des rêves de nucléaire tac­tique, pour repren­dre pied dans un ordre mon­di­al, si besoin est. La fig­ure de l’héri­ti­er sovié­tique, qui se vit dans les tra­di­tions de la grande Russie et du cap­i­tal­isme de la rente pétrolière et gaz­ière, vient de blo­quer une sit­u­a­tion de rap­ports de force mon­di­aux entre impéri­al­ismes, inter­na­tionaux ou régionaux, en prenant l’Ukraine. Et, sauf change­ment de pied de la Chine, il ne s’ar­rêtera prob­a­ble­ment pas là pour l’an­née à venir.

Les seules lumières qui peu­vent éclair­er cette nuit sont la résis­tance pop­u­laire ukraini­enne, les formes de refus de la guerre en Russie même, et les pris­es de con­science sol­idaires fortes sur le con­ti­nent européen.

C’est pourquoi la con­fu­sion poli­tique ne devrait pas avoir droit de cité lorsque l’om­bre portée de la guerre recou­vre toute l’Eu­rope, et que plusieurs mil­lions de réfugiés deman­dent asile. Tant les droites cap­i­tal­istes européennes que les gauch­es chau­vines ne doivent pas pou­voir instru­men­talis­er ce qui est la sol­i­dar­ité élé­men­taire des peu­ples entre eux.

La ques­tion de l’ac­cueil des réfugiés ne peut faire l’ob­jet d’un cas “spé­cial”. Entre “l’ac­cueil de blancs cau­casiens chré­tiens” et l’in­con­di­tion­nal­ité, le débat poli­tique doit porter sur le second.

L’aide à la résis­tance sous toutes formes, y com­pris en armes, est pri­mor­diale, et boud­er celle qui passerait par les Etats n’a pas lieu d’être, sauf à vouloir en deman­der pour l’en­vahisseur, pour être cohérent avec les posi­tions des équilib­ristes pour la paix.

Com­pren­dre enfin, que nous venons de rompre avec un état du monde, jusqu’alors celui de guer­res locales par procu­ra­tion, tout autant que l’in­va­sion de l’I­rak a créé une désta­bil­i­sa­tion majeure, per­me­t­trait aus­si de cess­er un rel­a­tivisme crétin entre l’in­va­sion de l’Ukraine et les bom­barde­ments en Éry­thrée, par exemple.

Les reculs dans la lutte con­tre les change­ments cli­ma­tiques peu­vent être nom­breux égale­ment. Déjà, les lob­bies de l’a­gro-indus­trie deman­dent, face au blo­cus des céréales, la lev­ée des normes sur les pes­ti­cides et les intrants. Pour l’én­ergie, le secteur nucléaire et l’u­til­i­sa­tion du char­bon revi­en­nent au pre­mier plan. Et cette idée de la défense européenne est vue d’un bon oeil par l’in­dus­trie d’arme­ment, en com­péti­tion avec le busi­ness habituel de l’OTAN.

Le cap­i­tal­isme finan­cia­risé est oppor­tuniste, et la guerre est une aubaine, lorsque portée à ce niveau de men­aces, elle provoque entre les Etats, des deman­des fortes de sécuri­sa­tion. Ce cap­i­tal­isme, au sor­tir de la pandémie mon­di­ale, a forte­ment besoin de cohé­sion pour se restruc­tur­er dans un équili­bre de forces modifié.

Don­ner là dedans une place au rêve révo­lu­tion­naire, à moins de rêver dans son coin en atten­dant la bombe, est plus que jamais dif­fi­cile. Mais vivre peut être, aider de là où on se trou­ve d’autres à vivre, à revivre ailleurs en paix pro­vi­soire, ou à résis­ter, c’est la garantie de pou­voir garder pour l’avenir une pos­si­bil­ité de lutte commune.

En France, il nous est pro­posé un menu élec­toral, “pour le change­ment”. Encore faudrait-il pren­dre en compte celui qui, sous nos yeux, a été provo­qué en Europe et par ric­o­chet dans le monde. Déjà, des voix s’élèvent pour dire que, comme pour le Covid, l’Ukraine serait un leurre, et que nos prob­lèmes “sou­verains” seraient plus impor­tants. A vouloir cacher la lune pour ne mon­tr­er que son doigt, on pour­rait demain avoir nuit noire et bruits de bottes.

Vous trou­vez cela pes­simiste ? Lisez donc un peu, en attendant.

L’ar­ti­cle suivant

Pour les autres articles > DOSSIER SPECIAL UKRAINE

Soutenez Kedis­tan, FAITES UN DON.

Nous entretenons “l’outil Kedistan” autant que ses archives. Nous tenons farouchement à sa gratuité totale, son absence de liens publicitaires, et au confort de consultation des lectrices et lecteurs, même si cela a un coût financier, jusque là couvert par les contributions financières et humain (toutes les autrices et auteurs sont toujours bénévoles).
Vous pouvez utiliser, partager les articles et les traductions de Kedistan en précisant la source et en ajoutant un lien afin de respecter le travail des auteur(e)s et traductrices/teurs. Merci.
Daniel Fleury on FacebookDaniel Fleury on Twitter
Daniel Fleury
REDACTION | Auteur
Let­tres mod­ernes à l’Université de Tours. Gros mots poli­tiques… Coups d’oeil politiques…