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Je voudrais partager avec vous ce texte rédigé par “Tevgera Jinên Azad – TJA”, Mouvement des Femmes Libres.

TJA (Tevgera Jinên Azad)

Le 22 mai 2020, les forces d’opérations spéciales turques ont arrêté des militants de la TJA et des membres et cadres de l’Association des femmes Rosa – également militantes de la TJA – Elles ont pris d’assaut leurs maisons et brisé leurs portes après minuit. Une ordonnance de confidentialité de 24 heures a été prononcée sur le dossier et aucune information n’a été livrée à quiconque pendant toute une journée. Les forces spéciales ont fait une descente dans le bureau de l’Association des femmes de Rosa et ont confisqué des documents officiels en l’absence de leurs avocats. L’Association des femmes Rosa avait été créée après que toutes les organisations de femmes d’Amed eut été fermées par des décrets gouvernementaux, en 2016. C’est la seule organisation de femmes qui s’engage dans un travail de soutien et une lutte active contre la violence envers les femmes.

Les avocats présents lors des témoignages des procureurs nous ont informés que nos amis se voient poser des questions telles que :

Pourquoi avez-vous organisé le rassemblement du 8 mars ? Quel était votre objectif ?

Pourquoi avez-vous fait des déclarations de presse sur le remplacement des maires par des administrateurs nommés par le gouvernement ? Quel était votre objectif ?

Pourquoi avez-vous soutenu les activités des Mères de la Paix pour faire pression sur l’État afin qu’il accepte les demandes humanitaires des grévistes de la faim ?

Toutes les déclarations qu’elles ont faites concernant les femmes et la lutte des femmes sont présentées comme illégales et criminalisées. On leur a même demandé de répondre à la question de savoir pourquoi les organisations et associations de femmes se soutiennent mutuellement. Elles ont été confrontées à cette question : Quelle est la relation entre TJA et l’association de femmes Rosa ? Pourquoi se soutiennent-elles l’une l’autre ?

Le droit et la liberté des femmes à s’organiser de manière indépendante sont considérés comme une question incriminante. Tous les usages du droit à la liberté d’expression en faveur de la liberté des femmes sont traités comme des preuves incriminantes. L’utilisation des droits à la liberté d’organisation et d’expression, qui sont garantis par le droit international et les États, est devenue ici et maintenant un crime, conduisant à l’arrestation de femmes.

Les déclarations de presse faites dans le cadre de notre lutte contre la violence à l’égard des femmes, notre activité avec la devise “le système de coprésidence est notre ligne violette” sont devenues des sujets d’interrogation. Les actions “Où est Gülistan” pour protester contre l’absence de tout effort sérieux pour retrouver Gülistan Doku qui a disparu à Dersim sont devenues des sujets d’interrogation.

Les procureurs déclarent les slogans suivants illégaux et criminalisent nos amis : Jin jiyan azadi, N’interfère pas avec notre libre arbitre, Non à l’isolement, Où est Gülistan Doku, Les femmes veulent la paix, Le système de coprésidence est notre ligne violette. Une autre preuve incriminante est la bannière portant l’inscription, Les fémicides sont politiques – TJA.

Ce n’est plus un secret que les écoutes téléphoniques privées sont utilisées pour piéger les gens. Une de nos amies a été interpellée à propos d’une conversation téléphonique. Une amie l’a appelée et lui a dit : “Comment vas-tu ?” Elle avait répondu “comment je vais ?. Je ne vais pas bien, la guerre a recommencé”. Nous sommes confrontés à une mentalité d’État qui interdirait aux gens de s’exprimer, même en privé, qu’ils sont contre la guerre et pour la paix.
Ces attaques montrent que le gouvernement AKP-MHP a l’intention de continuer à être un gouvernement misogyne, militariste, raciste, sexiste et moniste exploitant la religion. Le fait d’être une femme, d’être kurde, de vivre dans la géographie kurde a pour conséquence de tripler l’oppression. La TJA est attaquée parce qu’elle s’oppose à la présentation au Parlement du projet de loi visant à gracier les mariages d’enfants et à gracier les violeurs qui acceptent d’épouser l’enfant abusé. Si l’on considère que les enfants peuvent se marier de leur propre volonté, pourquoi le droit au suffrage universel est-il accordé à 18 ans ? Mettre les enfants en position d’accouchement est en fait l’atrocité de ce siècle.

En tant que TJA, notre réponse à la question concernant notre objectif d’organiser le rassemblement du 8 mars est collective. Nous organisons le 8 mars contre l’homicide et le féminicide, contre le viol et les abus sexuels, contre l’inégalité des sexes, contre le fait d’être forcé de se marier à l’âge de l’enfance, contre les abus sur les enfants, la religiosité, le racisme, le sexisme, contre les administrateurs nommés par l’État qui violent le droit des femmes à élire et à être élues, contre l’isolement, la guerre, l’exploitation du travail et le patriarcat. Si c’est un crime, alors nous commettons toutEs ce crime. Nous vous invitons donc tous à défendre la TJA.

Les noms des militantEs de la TJA qui sont détenuEs : Adalet Kaya, présidente de l’association des femmes Rosa, Ayla Akat Ata, Narin Gezgör et Fatma Gültekin, directrice de l’association, Gülcihan Şimşek et Zelal Bilgin, Özlem Gündüz, Remziye Sızıcı, Gönül Aslan, Sevim Coşkun, Nevriye Çur, Nazile Tursun, Diyarbakır Havva, membre de l’Assemblée des mères pour la paix Kıran.

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