“Chroniques de la révolution kurde”, est le journal télévisé présenté par Ronahi TV chaque dimanche. C’est un retour en textes et vidéos, sur la semaine écoulée. (La semaine dernière exceptionnellement il n’ y a pas eu d’émission). Voici celle du 16 au 22 avril 2017.


Il s’agit donc d’une émission d’informations régulière, en langue française, que vous retrouverez ici, chaque semaine, en partenariat avec Kedistan.


Gros Titres :

  • TURQUIE – RÉFÉRENDUM CONSTITUTIONNEL DU 16 AVRIL
  • RÉFÉRENDUM DU 16 AVRIL – FRAUDES MASSIVES
  • RÉFÉRENDUM DU 16 AVRIL – L’ACCUEIL DES RÉSULTATS
  • BAKUR-KURDISTAN DU NORD – PRISONS : FIN DE LA GRÈVE DE LA FAIM
  • TURQUIE – LES ARRESTATIONS SE POURSUIVENT
  • BAKUR-KURDISTAN DU NORD – SOUS LA BOTTE D’UN ÉTAT-VOYOU
  • ROJAVA-SYRIE DU NORD – OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE »
  • RAQQA ET TABQA – DES MILLIERS DE RÉFUGIÉS ET DE PERSONNES DÉPLACÉES
  • RAQQA – L’ASSEMBLÉE CIVILE EST EN PLACE
  • ROJAVA-SYRIE DU NORD – ATTAQUES RÉPÉTÉES DE LA TURQUIE
  • OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE » – LIBÉRATION DES FEMMES ÉZIDIES

TURQUIE
RÉFÉRENDUM CONSTITUTIONNEL DU 16 AVRIL

Le référendum de dimanche dernier s’est donc officiellement clôturé sur une courte victoire du « oui » pour le changement de constitution. Ce scrutin qui permet au président Erdogan de concentrer encore davantage de pouvoirs entre ses seules mains s’est tenu dans un climat de répression généralisée.
Le président de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a jeté toutes ses forces pour arracher le « oui » à ce référendum. Rappelons donc les conditions dans lesquelles ce scrutin s’est tenu. L’Etat d’urgence a permis au régime de faire taire tous les détracteurs du changement de constitution. Les deux co-présidents du parti HDP et 14 députés ont été emprisonnés avec des milliers de cadres et de responsables, élus ou non, des partis HDP et DBP.
Les journalistes et les intellectuels ont également été priés de se taire s’ils ne souhaitaient pas, à l’instar de centaines de leurs collègues, rejoindre les sinistres prisons du régime.
La population du Kurdistan du nord a aussi été menacée. Pour dissuader cette population qui, lors des élections législatives du 7 juin 2015, avait ouvert la porte du parlement turc au parti HDP, le régime AKP a multiplié les destructions complètes de villes et de villages.

Des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été massacrés dans des conditions atroces, entre autre dans les caves de l’horreur à Cizre, où ils ont brûlés vifs.

Dessin de Zehra Dogan
Combattante massacrée, exposée nue dans la rue

Tout le monde garde aussi en mémoire ces femmes torturées à mort par les soldats et abandonnées nues dans la rue.
C’est donc une population profondément traumatisée qui a dû se rendre une fois de plus aux urnes.

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Dans les villages proches de Bitlis, comme à Başan, les titres de propriété des habitants ont été confisqués quelques jours avant le référendum. Comme le dénonçait Hamza Özkan, administrateur du HDP à Bitlis, on a promis aux habitants qu’ils récupéreraient leurs titres si le résultat des urnes était le « oui »

RÉFÉRENDUM DU 16 AVRIL
FRAUDES MASSIVES

Le jour du référendum, de très nombreux cas de fraude et d’intimidation ont été signalés. Et puis, l’YSK, qui a en charge l’organisation du processus électoral, a soudainement décidé d’accepter les bulletins de vote qui n’étaient pas préalablement cachetés, ouvrant ainsi la porte à une fraude d’ampleur qui porte sur des millions de bulletins.

Dès 7 heures du matin, les bureaux de vote étaient ouverts dans le Kurdistan du nord. Peu de temps après, les premiers rapports tombaient : dans le district de Gürpinar, à Van, des soldats et des gardes de villages ont menacé les assesseurs de l’école d’Hoşap de leurs armes. « On fera écrouler cette école sur vous, ont-ils dit aux électeurs, les menaçant pour qu’ils votent “oui” »

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A Suruç, le député AKP Ibrahim Yildiz est entré accompagné d’une vingtaine d’hommes en armes dans l’école Haci Mahmut Yavuz Anatolian où se tenait le bureau de vote de l’urne 1180.

Pendant que les électeurs étaient tenus à l’extérieur, le député et l’un de ses compagnons ont rempli l’urne de bulletins qu’ils avaient emmenés avec eux. Un témoin a même certifié que l’un des hommes armés a affirmé au député : « on en met encore une centaine, t’inquiète pas, il ne se passera rien ! »

Au final, pour ce cas précis de l’urne 1184, sur 360 électeurs inscrits, 240 ont été voter. Et 400 bulletins ont finalement été sortis de l’urne.

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A Ankara, dans le district de Sincan, un assesseur a été filmé alors qu’il met en série des cachets sur les bulletins après la fermeture du bureau.

https://www.youtube.com/watch?v=Q5ol-VZV5rE

A Muş, dans le village de Çatbaşi, les électeurs rentraient dans l’isoloir accompagnés de Mehmet Koçlardan, un fervent soutien local de l’AKP. Le président du bureau et ses assesseurs n’ont rien trouvé à y redire.

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Si malgré tout, les électeurs votent « non », on peut toujours rassembler les bulletins et aller les détruire un peu plus loin, comme ici dans un chantier de construction de Suruç, ou des quantités de bulletins cachetés ont été déchirés et puis abandonnés.

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L’essentiel des fraudes provient de ce que le bureau central des élections, le YSK, a pris la décision en cours d’élection de valider tous les bulletins qui n’avaient pas été préalablement cachetés. C’est ce qui a permis de remplir les urnes de bulletins préalablement cachetés en faveur du « oui », une fraude qui concernerait jusqu’à 2 millions et demi de bulletins suspects.

Comme le souligne Kemal Özkiraz, du centre AKAM (Centre public de recherche eurasienne), un million de bulletins ont été annulés et 2 millions et demi d’autres bulletins, illégaux car non cachetés, ont été validés. Or, dit-il, les observateurs s’accordent pour dire que tous les bulletins sans cachet étaient en faveur du « oui ». Et le chercheur de douter fortement d’une simple coïncidence. D’autant plus que la grande majorité des bulletins non cachetés provenaient des régions kurdes.

RÉFÉRENDUM DU 16 AVRIL
L’ACCUEIL DES RÉSULTATS

Sitôt les résultats officiels connus, trois partis politiques ont officiellement introduit une demande d’annulation du référendum auprès du bureau central des élections, le YSK. Sans surprise, celui-ci a rejeté les demandes, provoquant dans tout le pays dans une vague de manifestations.

Officiellement, il y a donc un taux de participation de 83,3%, avec 24.325.985 voix pour le « oui » au changement et 23.189.021 voix pour le « non ».
La différence est très faible : 48,6% contre 51,4%. Soit 1.136.964 voix. Un chiffre bien en deçà du nombre de bulletins litigieux.

Immédiatement après la proclamation, le président Erdogan a été félicité par la branche syrienne d’Al-Qaïda, le front Ahrar al Sham, qui dans un communiqué affectueux, félicite « son frère Erdogan » et lui souhaite du succès pour relever la Turquie et le monde de l’Islam.

Mais mis à part l’organisation Al-Qaïda, le succès du référendum voulu par Erdogan n’a pas soulevé une vague d’enthousiasme tant en Turquie qu’à l’étranger.
Trois partis, le HDP, le CHP et le parti Vatan ont donc interpelé le YSK pour qu’il annule le référendum suite à toutes les fraudes constatées.

10 membres sur les 11 qui composent ce bureau et qui ont une voix délibérative ont estimé mercredi que tous les bulletins non cachetés étaient malgré tout valides.

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Michael Link, le directeur du bureau pour les institutions démocratiques et les droits de l’homme de l’OSCE, l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, a regretté que le gouvernement turc ne tienne pas compte du rapport de l’OSCE, un rapport critique qui dénonce le manque d’opportunités pour les tenants du « non » à faire valoir leurs raisons dans les médias, la couverture médiatique ayant été toute entière dévolue aux responsables du régime.
C’est un référendum qui, dénonce encore l’OSCE, ne cadre pas avec les standards du Conseil de l’Europe.

Pour Michael Link, qui a proposé un recomptage des voix, si la Turquie ne coopère pas avec l’OSCE, elle ne pourra pas éviter d’être critiquée par d’autres Etats et organisations et elle n’échappera non plus aux conséquences politiques.

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En attendant, dans tout le pays, des manifestations ont éclaté pour dénoncer les fraudes et la validation des bulletins de vote litigieux par l’YSK.
A Istanbul, mais aussi dans la province d’Izmir, d’Eskişehir, à Kocaeli, à Adana ou à Çanakkale, des manifestations ont dénoncé le référendum et le régime d’un seul homme d’Erdogan.

BAKUR-KURDISTAN DU NORD
PRISONS : FIN DE LA GRÈVE DE LA FAIM

Dans plus de 30 prisons turques, les prisonniers politiques avaient lancé une grève de la faim pour protester contre les conditions d’incarcération et contre l’isolement imposé à Abdullah Öcalan, dans sa prison d’Imrali. Après plus de 65 journées de grève, le KCK, l’union des communautés kurdes, a appelé les prisonniers à mettre un terme à cette grève d’une ampleur inégalée.

La grève de la faim des prisonniers politiques dans les prisons de Turquie avait commencé dans la prison de Şakran, à Izmir, il y a 68 jours. Très vite, cette grève de la faim s’était étendue dans d’autres prisons. Mardi, on dénombrait plus de 300 prisonniers qui menaient une grève ininterrompue de la faim dans 33 prisons.
Les prisonniers revendiquaient la fin de l’isolement du leader kurde Abdullah Öcalan et le respect de leurs droits les plus élémentaires dans leurs prisons.

A Şakran, les prisonniers commençaient à avoir de graves problèmes de santé. Problèmes d’audition, maux de tête, vertiges. L’un d’eux, Şirvan Bilik, crachait du sang.

L’union des communautés kurdes, le KCK, a alors appelé ce mardi les prisonniers à mettre un terme à cette grève de la faim. L’objectif des prisonniers politiques a été atteint : le renforcement de la lutte démocratique contre le fascisme du régime AKP-MHP. Grâce à cette grève de la faim, le KCK estime que les revendications portant sur l’isolement d’Ocalan, les pressions subies par les détenus en prison, les opérations de génocide politique menée contre les responsables du DBP et du HDP ainsi que les attaques fascistes menées contre la population ont été remises à l’agenda. C’est pourquoi cette grève de la faim qui commençait maintenant à s’approcher de la frontière entre la vie et la mort devait être arrêtée immédiatement.
Dès le lendemain mercredi, les grévistes de la faim mettaient un terme à leur action.

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Dans la prison de Sincan, à Ankara, les responsables de la prison n’ont pas permis aux prisonniers de consulter un médecin au terme de leur grève de la faim. Pire, ils les ont menacés en leur affirmant qu’ils ne les mèneraient pas à l’hôpital, et qu’ils payeraient le fait d’avoir participé à la grève de la faim.

https://www.youtube.com/watch?v=mvgOhIAL5NE

Cette action dans les prisons a connu un retentissement jusqu’en Europe. En France, mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse, des manifestations de soutien ont permis de faire connaitre le sort réservé aux prisonniers politiques de Turquie.

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L’élan de solidarité avec les grévistes s’est également propagé dans l’ensemble du Kurdistan. Cette jeune femme ézidie, Kurdê Ali, condamne les atrocités de l’Etat turc et toutes les institutions internationales, l’Europe en premier lieu, qui restent muettes devant une grève de la faim qui dure depuis plus de 60 jours.

Kurdê Ali salue de la part des femmes de Sengal les prisonniers qui participent à la grève et elle ajoute qu’elles aussi participeront à cette grève, si c’est nécessaire.

TURQUIE
LES ARRESTATIONS SE POURSUIVENT

Les arrestations de journalistes et de responsables politiques se poursuivent en Turquie. Mais maintenant, en plus du traditionnel motif « d’appartenance à une organisation terroriste », les policiers justifient les arrestations en accusant ceux qu’ils privent de liberté de chercher à provoquer des incidents « du type de Gezi » à l’approche du premier mai.

Ce vendredi, à Izmir, les forces de police ont mené des raids à domicile chez des militants du Parti socialiste des opprimés (ESP), de la fédération des associations de la jeunesse socialiste (SGDF) du parti Halkevleri, du parti ÖDP Liberté et solidarité ainsi que chez des lecteurs du magazine Kaldiraç. Toutes les portes ont été fracturées. La police a accusé les militants d’incitation à des incidents de type Gezi avant le premier mai, avec l’excuse du référendum.

A Agri, la porte-parole de l’assemblée des femmes et la députée du HDP, Madame Dilan Dirayet Taşdemir, a été arrêtée ce jeudi alors qu’elle suivait l’audition au tribunal de Diyarbakir de la députée d’Hakkari Selma Irmak.

Une autre députée du HDP, Burcu Çelik, de Muş, a été arrêtée ce mardi. Avec son arrestation, il y a maintenant 14 députés du parti HDP sous les verrous.

Burcu Çelik et Dilan Dirayet Taşdemir

 

Du côté de la presse, de nouvelles arrestations ont encore eu lieu cette semaine aussi. Le rédacteur Ali Ergin du journal en ligne Sendika.org a été arrêté ce jeudi suite à la couverture qu’il a donnée sur le référendum de dimanche. Les autorités lui reprochent de délégitimer les résultats du référendum et de vouloir organiser des manifestations.

La journaliste Meltem Oktay, de l’agence de presse Dihaber avait été emprisonnée puis relâchée à la mi-août. La cour suprême a cependant confirmé sa peine de prison de 2 ans et 4 mois pour avoir osé couvrir le couvre-feu de Nuseybin. En Turquie, dénoncer les agissements de l’armée et de la police, c’est répandre de la propagande terroriste. Elle a donc été ré-enfermée à la prison de Gebze.

Enfin, il y a eu cette perquisition chez Abdurrahman Gök, de l’agence Dihaber également. Comme il n’était pas chez lui au moment de l’arrivée des policiers, il a été sommé de se rendre de son plein gré à l’unité anti-terroriste de la police

Gök avait documenté l’assassinat de l’étudiant kurde Kemal Kurkut lors du Newroz ce 21 mars.

Kemal Korkut, quelques minutes avant son exécution.

Peut-être pour laisser de la place en prison à tous ces nouveaux arrivants, les autorités judiciaires turques ont relâché 15 membres de Daesh qui avaient été arrêtés dans la province de Konya le 11 avril. De nombreux documents de l’organisation Daesh avaient pourtant été trouvés chez eux lors de leur arrestation, mais ils ont néanmoins tous été libérés après leur audition devant les juges ce mercredi.

BAKUR-KURDISTAN DU NORD
SOUS LA BOTTE D’UN ÉTAT-VOYOU

Saim Uçan tué, Abdulhalit Taş blessé à Van

Les populations du Kurdistan du nord subissent quotidiennement la violence de l’Etat turc.
Les destructions de maisons se poursuivent, et la police se sent suffisamment protégée par le régime que pour mener les actions les plus violentes et les plus insensées.

A Van, mardi soir, deux véhicules blindés de la police ont écrasé dans deux endroits différents de la province des passants qui se promenaient en rue. Sur l’avenue Iki Nisan et dans la zone TOKI d’Edremit, Saim Uçan, 28 ans a été tué sur le coup et 5 autres passants blessés, dont l’un, Abdulhalit Taş, est toujours dans un état critique.

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Gever

A Gever (Yüksekova), dans le district d’Hakkari, les démolitions de maisons ont repris après la pause de l’hiver. Seules les maisons sur lesquelles est inscrit «  cette maison est impliquée dans un dossier judiciaire » sont épargnées. Les habitants de Gever avaient commencé à réparer leurs maisons endommagées, mais voilà qu’on les re-détruit pour de bon.

Dans la province d’Igdir, 24 maisons ont également été démolies sous le contrôle des gendarmes ce jeudi. Les habitants du petit village de Kijik sont désespérés. Ils habitent là depuis plusieurs générations, depuis 150 ans. Leurs maisons détruites, les habitants sont restés abandonnés dans la rue, sans solution.

ROJAVA-SYRIE DU NORD
OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE »

Les Forces démocratiques syriennes poursuivent les opérations militaires pour reprendre la capitale de Daesh en Syrie, la ville de Raqqa.
Cette semaine, les FDS ont progressé au nord de la ville de Raqqa. A Tabqa, de violents combats opposent toujours les FDS au Daesh, pris dans une nasse.

https://www.youtube.com/watch?v=nsmshRNTdUY

Dans la ville de Tabqa, là où se trouve ce barrage gigantesque qui alimente en eau et en électricité tout le nord de la Syrie, les FDS ont encerclé la ville et pénètrent maintenant dans le centre, en créant des couloirs d’évacuation pour les civils.

Les combats à Tabqa sont particulièrement violents. De nombreuses contre-offensives du Daesh ont été repoussées, notamment de nombreuses attaques-suicide dans les quartiers Alexandria et Ayed al-Sageer.
Rien qu’entre lundi et jeudi, 67 membres de Daesh ont été confirmés tués pendant les combats urbains à Tabqa.

Pour venir en aide aux FDS de Tabqa, le conseil militaire de Minbij a envoyé 200 de ses combattants dès lundi. Comme l’explique Givara Minbij, le commandant de cette force de 200 hommes, leur soutien est une tâche de loyauté. Le conseil militaire de Minbij se sent redevable devant les FDS et n’oublie pas les sacrifices que les FDS ont consentis pour libérer leur ville.

Et la joie des habitants libérés est énorme, comme on peut le voir sur ces images.

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Autour de Raqqa, les FDS ont entrepris une opération visant à couper en deux la poche qu’occupe le Daesh au nord de la ville.
Et les pertes de Daesh sont là aussi fort importantes. Dimanche, 24 membres de l’organisation criminelle tombaient. Lundi, 13 autres corps étaient retrouvés dans le village de Misharfa.

Vendredi, presque tout le village de Tichrine était repris, coupant ainsi les forces de Daesh en deux.
Lors des opérations militaires des FDS, la priorité est toujours axée sur la sécurité des populations civiles.

Des milliers de ces civils ont ainsi pu s’enfuir sur un pont construit par les FDS pour leur permettre de se rendre vers des zones sécurisées.

https://www.youtube.com/watch?v=RqVxLHzgTDo

RAQQA ET TABQA
DES MILLIERS DE RÉFUGIÉS ET DE PERSONNES DÉPLACÉES

Les combats pour reprendre les deux centres de Tabqa et de Raqqa au Daesh se font de façon lente, pour éviter de mettre les civils en danger et pour éviter de détruire leurs maisons.

En attendant la libération complète de la région, des milliers de personnes déplacées sont relocalisées dans des camps, où l’aide humanitaire se fait rare.

Ils sont des dizaines de milliers à devoir se rendre dans des zones sécurisées, le temps que les FDS libèrent leurs villes et villages avant de pouvoir y retourner.

Nombre de ces réfugiés se rendent vers la ville d’Ayn Issa ou vers le camp de Karama. Malheureusement, les besoins élémentaires de toutes ces personnes ne sont pas toujours rencontrés. Les ressources disponibles pour leur venir en aide sont limitées.

Il faudrait absolument ouvrir un centre médical dans le camp de Karama.

A Ayn Issa, il y a actuellement 3.000 personnes déplacées. Le comité de l’administration du camp parvient à leur fournir du pain et de l’eau, mais les civils déplacés manquent de tout, y compris de couvertures pour se protéger du froid.

Salih El Xebdan, l’un de ces réfugiés, appelle les Nations Unies et les organisations internationales des Droits de l’homme à leur venir en aide. Chaque jour, il y a dans le camp d’Ayn Issa de 150 à 200 nouveaux arrivants.

RAQQA
L’ASSEMBLÉE CIVILE EST EN PLACE

Sitôt les combats terminés, les citoyens de Raqqa prendront eux-mêmes leur sort en main. Pour donner corps à ce projet démocratique, il faut procéder à la formation d’assemblées civiles. A Raqqa, c’est chose faite depuis mardi. Cette assemblée civile a déjà pris ses fonctions dans tous les villages libérés.

C’est dans la ville d’ayn Issa, au nord de Raqqa, que la réunion pour la constitution de l’assemblée civile de Raqqa a eu lieu ce mardi.

A cette réunion ont participé la co-présidente de l’assemblée démocratique syrienne, Ilhem Ehmed, des intellectuels ainsi que des représentants des administrations autonomes de Gire Sipi, de Minbij ainsi que plus de 110 délégués kurdes, arabes et turkmènes.

Les deux co-présidents élus sont Leyla Mustafa et Şex Mehmud Şewax el-Bersan. 14 comités ont aussi été constitués : il s’agit entre autres des comités des femmes, de la justice sociale, de l’économie, de la sécurité, de l’éducation, de l’énergie, de la propreté publique ou des affaires sociales.

Le porte-parole des FDS, le colonel Talal Ali silo, a confirmé qu’une fois la ville de Raqqa libérée de Daesh, toute l’autorité publique serait entièrement confiée à cette assemblée civile constituée d’habitants de Raqqa.

Notons aussi que Şex Omer Xemri, le leader de l’une des plus importantes tribus de la région, a également participé à la réunion. Il a d’ailleurs été nommé au comité des relations publiques.

Dès jeudi, l’assemblée commençait son travail : elle a fait distribuer 5 camions de farine aux migrants et aux habitants des villages libérés près de Tabqa. C’était d’ailleurs la première fois que de l’aide était distribuée aux villages au sud de l’Euphrate.

Enfin, l’assemblée a lancé un appel solennel à la communauté internationale afin que les Nations Unies puissent venir en aide aux réfugiés de Raqqa. L’assemblée civile a rappelé qu’il y avait actuellement 10.000 réfugiés en attente de soins et de nourriture.

ROJAVA-SYRIE DU NORD
ATTAQUES RÉPÉTÉES DE LA TURQUIE

En dépit de l’arrêt officiel de l’opération militaire turque dans le nord de la Syrie, les attaques menées par les soldats turcs et par les bandes armées soutenues par la Turquie se multiplient encore tout au long de la frontière entre la Syrie et la Turquie, ainsi que dans la région occupée de Shehba.

Les forces armées turques et les bandes de mercenaires qui les accompagnent agressent chaque jour les populations de Syrie.

Les habitants du canton kurde d’Afrin sont particulièrement touchés par ces attaques. Les villages de Maranez, d’Ayn Deqne et de Vila Qadi ont été frappés cette semaine par des attaques aux armes lourdes.

Pour assurer leur défense, les autorités du canton d’Afrin viennent de promouvoir un deuxième régiment de combattants YPG. 235 nouvelles recrues kurdes et arabes ont été formées à l’académie militaire du martyr Şiyar.

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Dans la région de Shehba, les agresseurs turcs s’en sont pris aux villages de Hesiyé, d’Um Hosh, de Herbel et de Sheikh Isa.
L’attaque dans la région de Shehba a été repoussée par les forces du Jaysh al Thuwar.

Ismail Musa, le co-président de l’assemblée de Shehba, a expliqué que depuis la fin officielle des opérations militaires turques portant le nom « bouclier de l’Euphrate », les zones libérées de Shehba sont continuellement frappées. Pour le co-président, cela répond à deux objectifs.

Le premier, c’est d’empêcher que les habitants des zones libérées ne puissent s’organiser et développer le système d’autogestion démocratique mis en place partout ailleurs dans les régions libérées.

Le deuxième objectif, c’est de déplacer par la violence tous les habitants de la région, Arabes et Turkmènes compris afin de pouvoir installer là tous les criminels de guerre des différents gangs armés ainsi que leurs familles.

OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE »
LIBÉRATION DES FEMMES ÉZIDIES

Une des raisons principales des combattants des FDS qui se battent près de Tabqa et de Raqqa, c’est la libération des femmes ézidies capturées à Sengal et vendues comme esclaves sur les marchés de Raqqa et de Mossoul.

Au plus les FDS progressent, au plus on parvient à faire sortir ces jeunes femmes de l’enfer dans lequel elles étaient plongées.

Au total, on compte déjà, depuis le début de l’opération « colère de l’Euphrate », 137 ézidis qui ont été sauvés, dont 70 femmes et 64 enfants.

Nesrin Abdallah, la commandante des unités YPJ, a encore accueilli ce jeudi 3 jeunes femmes ézidies qui viennent d’être libérées de leurs tortionnaires.

Tirko Gire Bali a 27 ans. Elle vient de Gir Shahba. Elle a été faite prisonnière du Daesh au moment où elle tentait de fuir Sengal.
Les membres de Daesh leur ont dit : « les peshmerga vous ont vendu contre de l’argent. Et au lieu de partir vers Kirkuk, nous sommes venus ici à Sengal ! »
Quant à Siham Khider Khalaf ,14 ans, elle a été vendue 5 fois avant de parvenir à s’enfuir.