Elles insistent pour ne pas avoir plus de 2 enfants. Elles sont contre le mariage des moins de 18 ans. Elles considèrent que l’IVG fait partie de leurs droits fondamentaux et n’acceptent pas son interdiction. Elles pensent qu’en Turquie la Femme et l’Homme ne sont pas égaux. Elles sont pour que la Femme fasse partie de la vie active et pensent que la participation des femmes à la vie politique est importante.

Ces avis donnés par des femmes et des hommes turcs montrent clairement que les efforts pour rendre la société turque encore plus patriarcale et effectués ces dernières années par le pouvoir du parti AKP de Recep Tayyip Erdogan, devenu Premier Ministre en 2002, puis Président de la République, n’ont pas vraiment réussi à galvaniser les foules…

Une étude intitulée « La perception de la Femme et le genre sociale en Turquie », menée par l’Université de Kadir Has, a été réalisée en Avril 2015, dans 26 villes représentatives de la population du pays. Pour cette étude, 1000 personnes de plus de 18 ans dont 50,7% femmes et 49,3% hommes, ont participé à des entretiens en face-à-face. S’il faut toujours prendre les études statistiques avec des pincettes, au Kedistan, nous avons toutefois trouvé intéressant de vous en livrer les résultats, ayant été effectuée par des scientifiques.

1/4 des participant(e)s à cette étude ont donc fait des études supérieures. 3/4 sont constitués comme suit : une moitié de diplômés de l’école primaire et une moitié qui ayant atteinte le niveau secondaire.

Les foyers des participants sont 20%de  familles de 5-6 personnes; 29,4%, 4 personnes ; et le reste de 1 à 3 personnes.

L’étude a été coordonnée par le Recteur Prof. Dr. Mustafa Aydın et la Dr. Mary Lou O’Neil. Y ont contribué les Professeurs Dr. Şule Toktaş, Banu Baybars Hawks, Suncem Koçer et Aslı Çarkoğlu.

L’objectif de l’étude étant de constater l’approche de l’opinion publique aux sujets du genre sociale et de la condition de la Femme en Turquie, elle était constituée de 34 questions incluses dans des chapitres comme la démographie, la situation générale, les problèmes des femmes, le mariage, la vie de famille, les enfants, le choix de vie professionnelle, la violence dans les médias, les politiques des Femme, La Femme et la politique…

Les problèmes des femmes

Comme Benoîte Groult qui déclarait que “Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours.”, les Turcs pensent que le plus important problème des femmes est la violence. Ensuite, dans l’ordre, l’égalité femmes-hommes, la pression familiale, les agressions, la pression sociale, le manque d’éducation, les pressions et agressions au travail ainsi que le chômage.

« Le mariage est une mauvaise action » écrivait avec justesse Voltairine de Cleyre en 1907, mais qu’en pensent les Turcs ?

Comment avec vous rencontré(e) votre partenaire (actuel-le ou ex) ? Par les relations familiales (37,8%), rencontre sans intermédiaire (35,6%), avec l’intermédiaire d’amis, membres de la famille, voisins…

Le mariage dans les 20 mois qui suit la rencontre tient la première place avec 65%.

L’age idéal pour le mariage pour les femmes (59,2%) et les hommes (75,8%) est annoncé comme entre 25 et 30 ans.

Et le nombre d’enfants ?

Le nombre d’enfant idéal est 2. 60% des participants sont décidés d’avoir 2 enfants. Les 65% des femmes et 56,6% des hommes souhaitent 2 enfants. Il semblerait que la lourde insistance du gouvernement depuis 13 ans, pour obtenir 3 enfants par couple, ne trouve écho que chez 22% des participants. Seul 18% des Femmes sont pour 3 enfants, et chez les hommes c’est 25,5 %.

28,3% des participants sont déjà parents d’un enfant, et 41,1% ont 2 enfants.

L’IVG

610 personnes sur 1000 participants disent penser qu’en Turquie l’IVG est empêché. 1/3 des femmes et 1/3 des hommes sont pour que le couple prenne ensemble la décision de l’IVG.

53,9% du groupe pensent que l’IVG est un droit fondamental de la Femme et qu’il ne peut pas être interdit. Cet avis est prononcé par 59% des femmes, et 48,8% des hommes.

« Le mariage est nécessaire pour avoir des enfants ». 11,5% des participants répondent que le mariage n’est pas nécessaire. 9,5% sont ni contre ni pour. La majorité exprime que le mariage est nécessaire.

« Les couples homosexuels ne correspondent pas à notre société » Malheureusement seuls 17,8% expriment qu’ils s-ne sont pas d’accord avec cette affirmation. 18,1% se prononcent neutres.

La place de la Femme dans la famille

La majorité des participants, hommes ou femmes sont pour le partage du rôle de « chef de famille ». Les pourcentages baissent, quand il est question de l’égalité de l’homme et de la femme au sein de la famille.

La Femme, la famille et le travail

69,7% pensent que « quand l’enfant est malade, le père doit également s’occuper de lui ».

65,7 pensent « A la fois que l’homme et la femme doivent participer au budget du foyer »

62,6% disent que « la femme et l’homme doivent partager les tâches ménagères et les tâches qui concernent les enfants »

La majorité est pour que les pères changent les couches autant que les mères.

« Même si la femme souhaite travailler, elle pense d’abord avoir une famille et des enfants » : la majorité des participants ne sont pas d’accord avec cette affirmation, et ne pense pas que le fait que la femme travaille puisse causer du tort à la famille.

Le budget familial

Les femmes (44,8%) et les hommes (36,6%) déclarent que « Le couple réunit tout les revenus et que chacun prend selon ses besoins. »

Les 43,6% des hommes et les 19,4% des femmes disent : « Je gère l’argent et je donne une partie à mon partenaire »

“Les femmes qui veulent être les égales des hommes manquent sérieusement d’ambition.” disait Reiser, mais qu’en pensent les Turcs ?

71,2% des participants expriment qu’il n’y a pas d’égalité entre les femmes et les hommes en Turquie.

66,9% des participants disent que les femmes sont discriminées dans la recherche de travail. 81,3% pensent qu’il est important que les femmes soient actives dans la vie professionnelle et sont pour le salaire égal.

83,7% des participants pensent qu’instaurer l’égalité femmes-hommes est le devoir de l’Etat. 81,7% pensent que les droits des femmes doivent être protégés par des lois. Et 67,3% de naïfs pensent que l’entrée de la Turquie dans l’Union Européen serait bénéfique pour l’égalité femmes-hommes.

“La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune.” disait Olympe de Gouges, mais qu’en est-il chez nos compagnons Turcs ?

77,9% pensent qu’il n’y a pas assez d’élues dans l’Assemblée Nationale et souhaitent que le nombre d’élues augmente. 61,4% répondent à la question « La stratégie pour la femme dans les programmes des partis politiques, joue-t-elle dans votre décision de vote ? » : Oui.

La violence dans les médias

« Pensez-vous que les informations sur les violences faites au femmes augmentent ? » 90,8% répondent : Oui

« Les médias prennent une position qui contre la violence faites aux femmes » 47% des femmes et 38,5% des hommes sont d’accord avec cette affirmation.

Espoir ?

Aussi bien sur la perception que la pratique, les résultats de cet étude, sont plutôt porteurs d’espoir, même surprenants. Il n’est pas fantasmagorique de penser, au regard des manifestation du 8 mars qui ont vu affluer des centaines de milliers de femmes dans les rues de Turquie, que les femmes prennent des forces et que les hommes font des pas positifs dans la façon dont ils les perçoivent…

D’un côté la lutte des femmes semble donc gagner du terrain, et de l’autre côté l’idéologie réductrice de droits des femmes prônée par le pouvoir AKP semble faire un véritable flop depuis 13 ans…

 

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