Erdoğan 2018 • Bienvenue à un criminel de guerre

Erdoğan

Le Président français Emmanuel Macron a décidé cette année de simplifier les voeux traditionnels, pour gagner du temps en janvier. Sans doute pour avoir le temps de voir défiler à l’Elysée les criminels de guerre avec qui il veut “maintenir les liens”. Erdoğan est de ceux-là.

C’est en effet au nom du pragmatisme et de la non rupture, qu’il recevra le Reis Erdoğan, le 5 janvier. Celui-ci s’est-il invité sans crier gare, à la suite de sa tournée africaine ?

Toujours est-il que le programme des entretiens semble pourtant fixé avec ce “un partenaire essentiel sur de nombreux dossiers, notamment la crise migratoire et la lutte contre le terrorisme“.

Rappelons que la France est également en pourparlers sur des questions d’armement, dont le gendre d’Erdoğan est un spécialiste, et que le BTP français contribue largement aux réalisations bétonnières de la Turquie pour 2023.

Alors, en même temps que le Président français rappellera “que la Turquie s’est objectivement éloignée de l’Union européenne ces derniers mois, avec des dérives préoccupantes qui ne peuvent pas rester sans conséquence, sur le projet concernant l’union douanière par exemple” gageons que le général Le Drian, ministre des affaires étranges à ses heures, sera aussi de la partie.

Erdoğan rassurera sans doute les autorités françaises sur les bruits qui couraient en coulisses, disant que des tueurs patentés s’apprêtaient à régler des comptes avec des ennemis de la Turquie en Europe. A la veille de la date anniversaire de l’assassinat à Paris de 3 militantes kurdes, le 9 janvier 2013, dont le dossier est toujours en berne, l’administration française appréciera.

Il serait étonnant que les entretiens portent sur les otages politiques en Turquie. La communication présidentielle va nous affirmer que si, n’en doutons pas… Nous attendons des interventions concrètes.

Le pragmatisme voudra que la Turquie rassure sur la retenue des migrants, et l’assurance qu’un Macron se fera relai de Merkel, en difficultés politiques momentanées, sur les engagements européens en la matière.
Pour la candidature turque à l’Union Européenne, des plaisanteries seront sans doute partagées, tant le sujet s’y prête.

Mais qui osera mettre dans la conversation la teneur du dernier décret du régime turc de décembre, promettant l’immunité aux assassins, dès lors où l’excuse de l’anti-terrorisme sera donnée ? Le faire serait accuser directement Erdoğan, puisque ce décret, même s’il n’est pas lui ce qu’on peut appeler un civil, lui donne l’immunité à postériori à lui aussi, ainsi qu’à ses militaires génocidaires.

Ainsi, tous les massacres qu’il a couvert ou ordonné ces dernières années, sont-ils effacés par une jurisprudence d’après coup d’état béni du ciel. Le Président Macron, qui s’y connaît en décrets présidentiels, n’y trouvera là non plus sans doute rien à redire.

Le Président français plaidera-t-il pour la présence d’une délégation représentant la Fédération de Syrie Nord à la future table des négociations de paix ? Ou bien les congratulations s’arrêteront-elles à la constatation d’un point de vue commun sur la décision américaine de reconnaître de facto Jerusalem comme capitale ?

Erdoğan ne viendra pas à Paris pour partager des loukoums.

Il a besoin de se faire reconnaître, via conférence de presse, comme un “partenaire” incontournable sur le plan international. Et la France, qui elle, est un partenaire économique, a besoin de la nouvelle influence d’Erdoğan en Afrique… Passes moi le sahel…
Il sera dit que les assassins au sang frais, dès lors où ils partagent les options économiques libérales et filtrent les migrants, seront toujours les bienvenus à Paris. En ce sens, la continuité avec le gouvernement Hollande est patente.

Et si, en plus, pour la relance, quelques contrats sont envisageables… Le breton général ex socialiste y pourvoira.

Comme dit un communiqué AFP, “C’est la première visite du président turc en France depuis le putsch manqué du 15 juillet 2016 et l’élection d’Emmanuel Macron en mai dernier“. Des voeux placés sous le signe de l’ignoble.

Visite annoncée seulement quelques jours à l’avance, et ne laissant guère le temps que d’exprimer une colère bien dérisoire. Le 5 janvier dans le Pays de Morlaix s’ouvre une exposition consacrée à Zehra Doğan, journaliste et artiste emprisonnée par le régime AKP. Une occasion de s’y réunir parmi d’autres…

English: Welcome to a war criminal ! Click to read


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