Voici les “chroniques de la révolution kurde”, présentées par Ronahi TV. Un retour sur la semaine du 10 décembre au 17 décembre 2016. Il s’agit de l’émission régulière en langue française, que vous trouverez ici, chaque semaine.

Vidéo et texte en français

Gros titres

  • OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE » – 100 villages libérés
  • OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE » – Témoignages
  • RÉGION DE SHEHBA – Ville de Bab : massacres perpétrés par l’armée turque
  • ARMÉE TURQUE EN SYRIE – Des nouvelles recrues
  • KAYSERI – Explosion d’un autocar : 14 commandos tués
  • PURGES POLITIQUES – Nouvelles arrestations, nouvelles condamnations
  • URFA – Centre de détention improvisé
  • CONGRÈS DES FEMMES DU DBP – Appel à la lutte
  • ANKARA – Assassinat de l’ambassadeur de Russie Andrey Karlov
  • FRANCE – TURQUIE – Compromission de la France
  • BELGIQUE –TURQUIE – Compromission de la Belgique

OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE »
100 VILLAGES LIBÉRÉS

Les forces démocratiques syriennes poursuivent l’offensive pour reprendre la ville de Raqqa au Daesh. Une centaine de villages ont déjà été libérés depuis ce 10 décembre, date du début de la deuxième phase de l’offensive « colère de l’Euphrate »

Abdul Kader Hevidili est un commandant des forces démocratiques syriennes qui opèrent sur le front de la ville de Raqqa, dans le cadre de l’opération colère de l’Euphrate, une opération militaire d’envergure qui en est à sa deuxième phase pour rendre aux habitants de Raqqa leur liberté et débarrasser le nord de la Syrie de ce chancre du Daesh.

Selon le commandant, en dix jours de combats, les forces démocratiques syriennes ont repris 97 villages et tué 96 membres du daesh ; 1300 kilomètres carrés ont été libérés. Toute la rive nord du lac Assad est aujourd’hui sous le contrôle des forces démocratiques syriennes.
Quand les villages sont libérés, les habitants accueillent les forces démocratiques syriennes avec soulagement et gratitude. De nombreuses nouvelles recrues de ces villages viennent d’ailleurs, comme le confirme le commandant, rejoindre les unités des forces démocratiques syriennes.
La coalition internationale est active depuis les airs, et il y a même quelques combattants de la coalition au sol, mais avec l’arrivée des nouveaux combattants des villages libérés, les forces démocratiques syriennes risquent vite de se retrouver à court d’armes dans leur combat contre Daesh.
Les forces démocratiques syriennes progressent sur deux fronts pour prendre la ville de Raqqa depuis l’ouest. Daesh est donc pris en tenaille par le premier groupe armé qui est parti de la ville de Qadiriyê, et du deuxième groupe qui est parti de la ville de Kerdochan. Au nord de Raqqa, les forces démocratiques syriennes avaient déjà, lors de la première phase de l’opération, repris toutes les positions stratégiques et mis en place des structures d’accueil pour les civils qui fuient les combats.
Depuis la deuxième phase des opérations militaires de l’opération « colère de l’Euphrate », les forces démocratiques syrienne ont perdu 9 combattants et une douzaine d’autres ont été blessés.

OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE »
TÉMOIGNAGES

Les combattants arabes des forces démocratiques syriennes témoignent pour l’agence ANF de leur volonté d’en finir avec Daesh dans leur ville de Raqqa.

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Yusuf Yusuf déplore tout d’abord la propagande orchestrée depuis la Turquie pour discréditer l’effort des FDS. Il rappelle que ses compagnons d’armes avec lesquels il combat sont Kurdes, Arabes, Syriaques, Turkmènes ; Quant aux autres unités des forces démocratiques syriennes qui ne peuvent se joindre à l’offensive « colère de l’Euphrate «  Yusuf Yusuf explique qu’elles sont mobilisées sur les lignes défensives le long de la frontière et dans la région de Shehba pour contenir l’agression des forces armées turques, du Daesh et des bandes armées de la coalition nationale syrienne.
Mihemmed el Cadir explique que les combattants des forces démocratiques syriennes prennent toutes les précautions pour la sécurité des civils. Toutes les offensives sont menées avec la plus grande prudence. Notre objectif, dit encore Mihemmed el Cadir, est de nettoyer toutes les terres de Syrie occupées par Daesh, Ahrar al Sham, le front al Nosra, ou encore la brigade sultan Murat. Une fois éradiquées toutes les forces occupant la Syrie, la victoire appartiendra aux forces démocratiques syriennes et à tous les peuples de Syrie.

Kino Gabriel est le commandant du conseil militaire syriaque, qui participe également à l’offensive « colère de l’Euphrate ».
Pour ce commandant, les FdS sont sans aucun doute la seule force qui représente tous les peuples de Syrie, c’est une armée nationale qui repose sur toutes les composantes ethniques et religieuses du pays, ce qui fait de cette force la clé à tous les problèmes de la crise actuelle.
Avec l’établissement des forces démocratiques syriennes, évalue le commandant Kino, ce qui était presque impossible a déjà été réalisé. Hol, Tichrine, Shaddadi, Elin, Cudi et Minbij ont déjà été libérées, et maintenant, les combattants de la liberté se dirigent vers Raqqa, le cœur des bandes du Daesh.
Le commandant syriaque est également fort satisfait de constater que près de 500 jeunes arabes de la ville de Raqqa participent activement aux opérations militaires et que la puissante tribu arabe des Maxmuri a également rejoint les bataillons des forces démocratiques.

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Cers propos sont également confirmés par le combattant syriaque, Zeyd, qui expliquait à l’agence ANF que si les guerres sont souvent destructrices, parfois, elles peuvent contribuer à renforcer la fraternité à l’intérieur des sociétés.

RÉGION DE SHEHBA- VILLE DE BAB
MASSACRES PERPÉTRÉS PAR L’ARMÉE TURQUE

Dans la ville de Bab, les forces armées turques ont commis plusieurs massacres contre des civils. On a aussi appris que les soldats turcs qui sont en poste dans le nord de la Syrie sont les mêmes que ceux qui ont détruit les villes kurdes du Bakur à Cizré, Silopi, Şirnak ou Sûr. Et de nouvelles unités de soldats sont formées grâce à l’arrivée de Turcs en provenance d’Asie Centrale pour pallier aux défections de plus en plus nombreuses.
Selon des informations transmises à l’agence Anha par des habitants de Bab, les forces armées turques ont massacré lors de bombardements 84 civils, dont de nombreux enfants.
Dans certaines familles, c’est le désastre : 13 morts sont déplorés dans la famille El-esfur, 27 dans la famille Selas, et 10 dans la famille Naqo.
A Bab, les bandes de Daesh ont décidé de ne pas céder le terrain comme dans les autres villes du nord de la Syrie, comme à Jarablus, aux bandes de l’armée syrienne libre qui accompagnent les militaires turcs. Des combats ont donc eu lieu entre soldats turcs et membres de Daesh, faisant ce mercredi d‘après les chiffres de l’armée turque, 14 morts et 33 blessés. L’hôpital de la ville a été repris par Daesh, ainsi que la colline Akil qui surplombe la ville.
Peu après, dans la soirée, les militaires turcs tiraient à bout portant sur une auto où se trouvaient 5 civils qui fuyaient les combats, tuant encore les 5 occupants.

ARMÉE TURQUE EN SYRIE
DES NOUVELLES RECRUES

Selon Ahmet Takan, du journal turc « Yeniçag », il y aurait pas mal de demandes de démission parmi les soldats turcs, démoralisés par leurs échecs sur le sol syrien. Ces demandes de démission affectent même les unités de bérets bruns.

Pour le journaliste Ahmet Takan, tous les soldats qui opèrent aujourd’hui dans le nord de la Syrie avaient d’abord été affectés aux destructions et aux massacres des villes kurdes du Bakur, à Cizre, à Sûr, à Silopi et à Sirnak, avant qu’ils ne partent de l’autre côté de la frontière.

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Pour pallier au mauvais moral qui règne dans la troupe et aux nombreuses demandes de mutation, le président Erdogan recrute des turcophones originaires d’Asie centrale, notamment du Kirghizstan.

L’une de ces recrues de l’armée turque, Susluhan Korkmaz, est prise en photo dans les montagnes du Kurdistan ou dans les villes kurdes qui avaient proclamé l’autogouvernement et résisté aux forces armées turques.

Lui et d’autres combattants issus d’Asie centrale sont aujourd’hui employés dans les bandes turques qui terrorisent le nord de la Syrie. Avant d’être enrôlés dans les commandos, ils sont passés par les institutions du mouvement Gülen dans leurs pays d’origine, parfois aussi loin qu’en Mongolie, avant de venir étudier en Turquie. Dans ces établissements d’enseignement du mouvement Gülen, la turcophilie et le nationalisme sont prêchés, et Erdogan n’a plus qu’à récupérer ces jeunes exaltés pour mener à bien ses projets d’invasion et de destruction avec de nouvelles troupes.

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Ayhan Bilgen, le porte-parole du parti HDP, a par ailleurs dénoncé le sort des milliers de soldats turcs envoyés en Syrie. « Qui gouvernera Bab ? » demande Bilgen. L’armée syrienne libre sous contrôle de la Turquie n’est même pas capable de protéger les villages qu’elle a capturés et elle les rend à Daesh. Pour Bilgen, les responsables de l’AKP qui ont nourri jusqu’à présent le Daesh demandent maintenant aux forces armées turques de nettoyer la région, notamment à travers des missions de déminage. Et Bilgen d’aller plus loin : si certains de ces soldats doivent mourir en martyrs en Syrie, c’est parce que ceux qui détiennent le pouvoir en Turquie ont refusé de prendre leurs responsabilités.

KAYSERI
EXPLOSION D’UN AUTOCAR : 14 COMMANDOS TUÉS

Un autocar transportant des soldats turcs du 1er bataillon de commandos de la province de Kayseri avait été ciblé par une attaque du TAK, il y a 10 jours. Il y avait eu au moins 14 morts. Tous ces soldats avaient participé aux opérations violentes dans les villes du Kurdistan du nord.
Les Faucons de la liberté du Kurdistan – les TAK- ont revendiqué l’attaque menée sur l’autocar utilisé par les soldats d’élite du bataillon de commandos de Kayseri, une attaque menée ce 17 décembre. Selon le communiqué du TAK, « tous ces soldats étaient impliqués dans la guerre génocidaire menée depuis des années contre le peuple kurde, et ils avaient répandu le sang de milliers de kurdes. »
Et en effet, des vidéo ont émergé cette semaine, montrant ces soldats de Kayseri brûler des villages, torturer des civils à Hakkari et à Cizre ; Une autre vidéo montrait ces soldats de Kayseri précipitant deux combattantes kurdes arrêtées depuis une falaise pour les exécuter.

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Murat Karayilan, du comité exécutif du PKK, a tenu à rappeler lors d’une interview ce mardi que le PKK n’est aucunement responsable des actions menées au stade de Besiktas ou à Kayseri par le TAK. D’ailleurs, le PKK critique ouvertement de nombreuses actions du TAK.

Mais en ce qui concerne l’action de Kayseri, Karayilan reconnait qu’elle s’est déroulée dans le cadre légal des règles de la guerre.
Et Karayilan de pousser plus loin la réflexion : pourquoi toutes les puissances occidentales qui aujourd’hui condamnent l’action de Kayseri ne disaient rien quand ces mêmes soldats de Kayseri terrorisaient les habitants du Kurdistan ?
Pour Murat Karayilan, le PKK n’a pas été et n’est pas un parti qui souhaite la guerre. Quant à la responsabilité des attaques de Besiktas ou de Kayseri, elle est à rechercher dans les rangs du gouvernement de l’AKP, qui a délibérément choisi de répandre le sang pour conforter son propre pouvoir.

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Après l’attaque de Kayseri, des groupes fascistes se sont formés dans l’ensemble du pays pour attaquer et détruire les bureaux du parti HDP. A Istanbul, dans les locaux du parti à Beylikdüzü, ces groupes ont incendié les bâtiments du HDP en chantant des slogans racistes. D’autres attaques ont eu lieu dans les autres grandes villes, à Ankara, à Izmir, à Kocaeli, ou à Erzincan. Des jeunes femmes de l’assemblée des jeunes du parti HDP ont été attaquées à Eskişehir, en Anatolie centrale. Quand les forces de l’ordre turc sont arrivées, ce sont les jeunes femmes victimes des attaques qu’on a jugé pertinent d’enfermer.

PURGES POLITIQUES
NOUVELLES ARRESTATIONS, NOUVELLES CONDAMNATIONS

La vague de purges qui frappent les élus et les cadres des partis du HDP et du DBP ne connait pas de répit. Les peines exigées par les procureurs pour de simples discours sont exorbitantes.
Pour le personnel politique et syndical en Turquie, la vie oscille entre arrestations et condamnations.
Leyla Birlik, la députée du Hdp de Şirnak, sera entendue par la cour de Şirnak ce 4 janvier. L’acte d’accusation du procureur public, Mehmet Patlak, requiert contre elle de 15 à 37 années de prison sur la seule base d’une dizaine de déclarations faites à la presse et pour sa présence à des funérailles dans sa ville de Sirnak en 2015 et 2016.

Contre le député Abdullah Zeydan, d’Hakkari, le procureur a requis jusqu’à 20 ans de prison. Zeydan aurait eu le tort, pour la justice turque, de tenir des discours lors de 7 réunions différentes, d’avoir participé à des manifestations et d’avoir lui aussi été présent lors e funérailles à Hakkari, à Gever et à Sirnak ces deux dernières années.

Contre l’ancien membre de la délégation d’Imrali, le député HDP Idris Baluken, le procureur d’Elazig a requis une peine de 10 ans de prison. Ce procureur reproche à Idris Baluken de faire de la propagande pour une organisation terroriste.
A cette première requête du procureur d’Elazig s’en ajoute une deuxième, introduite par le procureur de Bingöl, pour 18 années de prison. Le procureur reproche à cet homme politique d’avoir mené des activités contre la structure unitaire du pays, des activités qui visent à affaiblir l’indépendance du pays et à rompre l’unité de l’Etat.
Rappelons que depuis le mois de juillet 2015, 8.500 membres du parti HDP ont été arrêtés. Les actes de vandalisme menés sous la bienveillance des forces de police ont permis aux bandes fascistes de s’en prendre à 352 reprises aux différents bâtiments du parti à travers le pays.
A Aksaray, les forces de police qui sont intervenues sur les lieux de l’attaque fasciste contre les locaux du parti Hdp ont finalisé le travail des agresseurs en déroulant un grand drapeau turc sur les panneaux HDP du bâtiment provincial.
Le pouvoir turc s’en prend aussi aux syndicalistes. Cette semaine, Civan Yildirim, du syndicat BES a été arrêté en même temps que le rédacteur en chef de l’agence DIHA pour Ankara, Kenan Kirkaya et du co-président provincial du HDP Ibrahim Binici.

URFA
CENTRE DE DÉTENTION IMPROVISÉ

Et puis, il y a encore tous ces responsables politiques d’Urfa, pour qui les autorités ne trouvent toujours pas de prison assez grande. 212 personnes sont ainsi retenues depuis ce 12 décembre dans un hall sportif, sans même savoir quand ils pourront rencontrer leurs juges.
Parmi ces détenus, il y a des co-bourgmestres du DBP, comme Zeynel Taş de Bozova et Halil Akbaş de Suruç, mais aussi 9 avocats du barreau d’Urfa. Dans ce centre sportif transformé en centre d’internement, il n’y a qu’une toilette pour 210 personnes, et le médecin ne vient les visiter qu’une fois tous les 5 jours. Ils ne peuvent bien entendu pas rencontrer leurs avocats comme la loi le permet normalement, à moins d’avoir une autorisation spéciale du procureur.
A Van, 3 nouvelles prisons ont donc été construites il y a un mois. Ces prisons sont inachevées. Il y a là aussi des problèmes de sanitaire. Les détenus ne bénéficient pas de soins médicaux, subissent des fouilles corporelles, et ne peuvent pas posséder de montre à leur poignet.
Les prisonniers politiques sont mélangés avec les prisonniers de droit commun. Et tous sont menacés en plein hiver d’être enfermés dans des cellules froides et humide.

CONGRÈS DES FEMMES DU DBP
APPEL À LA LUTTE

C’est à Amed que s’est tenu dimanche passé le congrès des femmes du parti DBP. Ce congrès a tenu à marquer tout spécialement sa solidarité avec la co-présidente du parti, Sebahat Tuncel ainsi qu’avec toutes les autres femmes qui croupissent dans les prisons.
Le congrès des femmes du DBP a tenu à dénoncer la persécution des responsables politiques des partis DBP et HDP comme un coup d’Etat politique pire que celui de l’année 1980, sous le général Kenan Evren.
Le but de ce nouveau coup d’Etat est de permettre à Erdogan de mettre en place un système présidentiel dans lequel toute forme d’opposition doit être obéissante.
Pour l’assemblée des femmes, les attaques sur le Kurdistan ont augmenté après le coup d’état de ce 15 juillet 201, mais le processus de mise en place de ce coup d’Etat avait commencé plus tôt, quand le gouvernement avait rejeté les résultats des élections du 7 juin.

L’assemblée des femmes constate que les politiques intérieures et extérieures de la Turquie sont marquées du sceau de l’échec ; l’insistance du gouvernement AKP à promouvoir la guerre a amplifié la crise économique et politique d’aujourd’hui.
Rappelant le passé autoritaire, nationaliste et sexiste de la scène politique en Turquie, les femmes du DBP ont fait savoir que ni les femmes ni le peuple kurde n’accepteraient plus le statu quo. Les décrets d’urgence utilisés par le pouvoir en Turquie privent les femmes de leur emploi, et aujourd’hui, le congrès des femmes du DBP appelle toutes les femmes du pays à se lever pour la défense de leurs droits et à rejoindre la lutte.

ANKARA
ASSASSINAT DE L’AMBASSADEUR DE RUSSIE ANDREY KARLOV

C’est lors d’une exposition d’œuvres d’art à Ankara que l’ambassadeur de Russie en Turquie, Andrey Karlov, a été assassiné de plusieurs balles tirées dans le dos. Son assassin est un policier du département anti-émeute de la police d’Ankara.
Mevlüt Mert Altintaş est un ancien de l’école de police d’Izmir. En poste à a police d’Ankara, il a lâchement assassiné l’ambassadeur de Russie à Ankara.
Le parti HDP a immédiatement dénoncé dans les termes les plus vigoureux ce meurtre et il a exprimé ses condoléances à la famille du défunt ainsi qu’au peuple russe.
Mais ce crime, relève le HDP, prouve malheureusement que la Turquie n’est plus un pays sûr, à cause de sa politique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières.
Cemal Bayik, du KCK, l’union des communautés kurdes, a analysé ce crime dans les colonnes du journal Yeni Özgür Politika. Pour Cemal Bayik, le meurtrier est un fan du président Erdogan ; et Bayik s’explique :
Juste après le meurtre, les médias proches du pouvoir ont immédiatement dénoncé en chœur l’organisation de Fethullah Gülen ; Or, dit Bayik, on ne sait toujours pas si oui ou non ce policier avait des liens avec une quelconque organisation.
Ce qui est certain, c’est que ce meurtre se situe dans un cadre idéologique et politique dans lequel l’intolérance envers les différentes formes de foi et d’identité se développe grâce au personnage de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc a créé une perception sociale vengeresse et colérique à l’encontre des chrétiens, de l’Europe et des pays étrangers. Il est donc hautement probable, selon Bayik, que ce policier soit un grand fan d‘Erdogan, comme le montrent les photos publiées dans les médias.
Ce crime contre l’ambassadeur ne se comprend qu’à l’intérieur de ce cadre idéologique et politique. La politique de l’AKP en Syrie a fait de la Russie une cible, et les discours du policier démontrent qu’il a accompli son meurtre comme une mission historique faite au nom de l’islam.
Autrement dit, dit Bayik, les discours et la politique d’Erdogan sont des incubateurs fertiles pour que des personnalités du même type que celle de ce policier puissent émerger.
Et si la Russie prétend aujourd’hui que ce meurtre n’est qu’une provocation destinée à dégrader les relations entre les deux pays, c’est uniquement parce qu’elle ferme volontairement les yeux sur cette réalité. La Russie se raccroche à cet argument volontairement, de manière à pouvoir continuer à utiliser la Turquie dans le cadre de sa politique internationale.
Cemal Bayik le prévoit donc déjà : l’enquête russo-turque sur cet assassinat ne débouchera sur rien, et pour cause, ce ne sont pas les guleniste qui sont derrière ce crime, mais bien les discours de l’AKP du président Erdogan, des discours qui s’en prennent de façon avilissante à toutes les puissances étrangères.

FRANCE – TURQUIE
COMPROMISSION DE LA FRANCE

Deux évènements majeurs viennent de jeter un certain émoi sur le sol européen. En France, le principal suspect du crime du 9 janvier 2013 à Paris est mort à quelque semaines de son procès dans sa prison. Et en Belgique, le président de l’agence de presse kurde ANF a été arrêté sur base d’une demande Interpol des autorités turques.
C’était à Paris, ce 9 janvier 2013, que trois femmes kurdes étaient assassinées à bout portant par un homme, Ömer Güney, dont l’enquête déterminera très rapidement qu’il était en lien avec le MIT, les services secrets turcs.
Les trois femmes, Sakine Cansiz, co-fondatrice du PKK, Fidan Dogan, représentante du Congrès national kurde- le KNK, et Leyla Söylemez, une jeune militante, ont été assassinées pour 6.000 €. C’est ce que révèlent des documents du 18 novembre 2012, des documents qui ont fuité sur internet suite aux tensions existant alors entre güleniste et akpistes au sein des services turcs. Le document qui a fuité permet aussi de préciser que Güney s’entretenait avec les principaux responsables du MIT sur la préparation du crime. Ces responsables formellement reconnus sont O. Yüret, directeur de section au Mit, U.K.Ayik, un autre directeur, le vice-président du MIT, S. Asal et le président H. Özcan.

Le tireur, Güney, avait cependant été récupéré par les policiers français et emprisonné.
Malgré les promesses véhémentes du président Hollande de faire toute la lumière sur cette affaire au lendemain du triple assassinat, l’eau a depuis coulé sous les ponts. Pourtant le président Hollande connaissait personnellement Fidan Dogan.

Toutes les pistes de l’enquête pour traduire les commanditaires en justice menant en Turquie, et la Turquie ayant toujours refusé de collaborer à l’enquête française, la procureur Jeanne Duyé a clos le dossier de l’instruction en mai 2015.
Et pourtant… le procès devait commencer en décembre 2016, et puis, la date du procès a été postposée au 23 janvier puis au 12 février 2017, sans aucune raison.
Et pourtant… les autorités françaises avaient que Güney avait des problèmes de santé.
Et pourtant… comme l’indique le dossier, l’assassinat a été organisé par le MIT.
Et pourtant… dès 2012, les médias turcs répétaient à l’envi que le PKK serait éliminé rien qu’en tuant de 20 à 30 de ses administrateurs.
Pour le KCK, l’union des communautés kurdes, la mort de Güney en prison est plus que suspecte. Il est fort probable qu’il ait été tué pour l’empêcher de s’expliquer devant la cour.
Les autorités judiciaires et politiques françaises n’ont pas voulu exposer le crime perpétré par le gouvernement AKP sur le territoire français.
Cela aurait entrainé une crise profonde entre la Turquie et l’Europe et remis en question la présence de la Turquie au sein de certaines institutions de l’Europe.
Dans son communiqué, le KCK considère que le meurtre de l’assassin Güney juste avant son procès fait de la France une complice du triple assassinat. Sakine Cansiz, Leyla Söylemez et Fidan Dogan ont donc été tuées une deuxième fois, cette fois-ci par l’Etat français.

BELGIQUE –TURQUIE
COMPROMISSION DE LA BELGIQUE

Pour revenir sur l’affaire belge, il faut savoir que le directeur de l’agence de presse ANF, Maxime Azadi, a été arrêté sur le territoire belge suite à une demande d’Interpol émanant de la Turquie.
Maxime Azadi est un journaliste établi en Europe depuis le début des années 2000. Il a été arrêté sur base d’une notification d’Interpol introduite par la Turquie.
Pour les associations de journalistes IFJ et EFJ, les fédérations internationales et européennes de journalistes, cette arrestation pose un dangereux précédent, un précédent à même de menacer la sécurité des journalistes turcs et kurdes exilés en Europe. Les deux organisations ont donc décidé de dénoncer cette violation manifeste de la liberté de la presse en Belgique auprès du conseil de l’Europe.
En attendant, Maxime Azadi a immédiatement été parrainé par un comité de solidarité mis en place pour exiger sa libération, un comité qui a lui aussi dénoncé cette arrestation comme une honte pour la démocratie et pour les libertés dans un pays de l’union européenne. Ce comité avait recueilli un jour seulement après sa constitution plus de 2500 signatures sur la pétition qui avait été lancée en ligne.