Reporters sans frontières avait invité ici Can Dündar, rédacteur en chef du journal Cumhuriyet en Turquie, alors même que leur représentant, Erol Önderoğlu, correspondant RSF était en but à la répression lui aussi. Pour lui,”la déception est grande”.

Can Dündar n’a pu que critiquer l’absence concrète sur le sujet des gouvernements occidentaux, en dehors de déclarations générales, reprises elles aussi complaisamment par la presse, pas plus résolue elle non plus, dans son soutien, en dehors des soutiens de “confrères à confrères”.

Ses paroles ne peuvent être plus claires :

Le gouvernement français est inefficace car il n’est pas impliqué dans notre cause. La défense de la liberté de la presse en Turquie devrait pourtant intéresser les représentants d’un pays synonyme de démocratie et de droits de l’homme. Pour les journalistes qui se battent pour ces mêmes valeurs en Turquie, vous ne pouvez imaginer combien la déception est grande… Lorsque j’étais en prison l’an dernier, j’ai écrit une lettre manuscrite aux 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union. Je n’ai pas eu la moindre réponse.

Cette “visite” se fait alors que ce journaliste, devenu figure emblématique, devait être reçu par la “diplomatie française” et se rendre ensuite au Parlement européen. Rappelons qu’il a été condamné le 6 mai dernier à cinq ans et dix mois de prison.

La semaine dernière, Can Dündar avait rencontré également le ministre allemand des Affaires étrangères. On connaît le “rafraîchissement” apparent des relations germano turques, mais aussi la façon dont l’UE, Allemagne en tête, s’est liée les mains et cousu les lèvres, avec le deal sur les “réfugiés”. Peu de choses à attendre de ce côté là non plus, autre que des déclarations sans suite et des apartés entre deux diplomates…

Pourtant, les arrestations d’Erol Önderoglu, (RSF  Turquie), de l’écrivain et journaliste Ahmet Nesin et de Sebnem Korur Fincanci, actuelle présidente de la Fondation des droits de l’homme (TIHV), qui sont sous la menace de quatorze ans et demi de prison , devraient mobiliser davantage, même si “l’attentat d’Istanbul” sert de paravent à la critique désormais.

Les seules “protestations” politiques qui se font entendre, portent peu sur la réalité, mais sont plutôt intéressées à instruire un “procès” contre la Turquie, payant électoralement auprès d’un public xénophobe… Mais de là à franchir le pas vers un soutien de l’opposition démocratique, la marche est haute. Et ce ne sont pas des déclarations de “tribune”, après des “entretiens” qu’attendrait l’opposition turque et kurde. Elle a déjà les mêmes en interne, avec les kémalistes bon teint. Là, on a dépassé la simple déception.

C’est pourtant à la mise au pas et à la “normalisation” d’une presse qui il y a une décennie était d’une grande variété, où le meilleur et le pire se côtoyait, que l’on a assisté depuis la main mise Erdogan sur les médias, comme sur la justice et l’appareil d’état entier… Nous en avons abondamment parlé ici.

La grande vague Charlie, crayons en main, et l’imposture sur la défense de la “liberté d’expression” détournée en “combat international contre le terrorisme sous toutes ses formes” aura donc produit son effet placebo. Désormais, les gouvernements européens auront “déjà donné” et peuvent passer à autre chose, même quand sous leurs yeux, l’assassinat continue sous d’autres formes. Mais c’est la Turquie… Midnight Express… On connaît.

Can Dündar risque bien malgré lui pourtant de se retrouver “instrumentalisé” , après la tuerie de l’aéroport d’Istanbul. Non pas parce que les “démocrates européens” se préoccuperaient  réellement des libertés démocratiques violées en Turquie, mais parce que Erdogan pourrait bien devenir l’épouvantail et l’excuse facile pour faire oublier que depuis plus d’un an, ceux là l’ont aidé “diplomatiquement” à détruire son opposition.

Qui va se lever demain, lorsque débuteront les arrestations des députés du HDP accusés de “terrorisme” ? Ce n’est peut être pas le même sujet ? Celui de la Paix non plus sans doute ?

Alors, méfions nous des fausses indignations de circonstances, alors que, comme le dit Can Dündar, “j’ai écrit une lettre manuscrite aux 28 chefs d’État et de gouvernement de l’Union. Je n’ai pas eu la moindre réponse.” 

Comme on dit “méfiez vous des imitations”. De nombreuses déclarations et commentaires convenus en ce moment sont “des trains qui cachent la forêt de silence”.


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