Choman Hardi • “Anfal”, mort et poésie en enfer

Choman Hardi

Choman Hardi est une poétesse irakienne, peu connue dans les pays francophones… Des poèmes extraits de son livre, Considérer les femmes (Considering the women, 2015) traduits pour la première fois en français par Victor Martinez, paraitront en mars prochain, simultanément dans les revues littéraires Europe n° 1055, et Conséquence n°2.

Ces extraits poétiques, parlent d’Anfal…

Le génocide kurde, connu sous le nom d’Anfal, ordonné par le régime irakien de Saddam Hussein a eu lieu du 23 février au 6 septembre 1988, détruisant 2000 villages, conduisant à l’élimination de plus de 180 000 civils kurdes (selon les kurdes, 100 000 selon HRW) et obligeant bien davantage à un exode forcé. En plus des bombes conventionnelles, 281 zones furent gazées durant la “campagne”. La majorité des victimes finit dans des fosses communes. Des civils moururent d’inanition et de maladie dans les camps de prisonniers, pendant que d’autres mouraient sous les bombardements et les gazages, ou pendant leur fuite vers l’Iran et la Turquie.
L’épisode le plus célèbre de ce génocide est le bombardement aux gaz chimiques de la ville kurde d’Halabja le 16 mars 1988.

Anfal“Ce massacre a trouvé très peu de place dans l’actualité”. Tel est l’avis de Ramazan Öztürk, reporter photographe de Turquie, un des rares journalistes à s’être rendu à Halabja. Ramazan qui a couvert pourtant de nombreux conflits et guerres, exprime encore aujourd’hui son affectation profonde. Appelé également comme témoin pour le procès du donneur d’ordre, général Ali Hassan al-Majid, alias “Ali le chimique”, exécuté par pendaison en 2010, les photos de Ramazan ont fait le tour des médias apportant son témoignage journalistique au monde entier. Une d’entre elles, intitulée “Témoin silencieux”, représentant Ömer Hawar, un père tenant son enfant dans les bras est devenue le symbole du massacre d’Halabja. Une sculpture inspirée de cette photo se trouve depuis avril 2014 à Lahey.

Ramazan a également tourné deux documentaires sur le sujet (dont un ici, sous titré en anglais). Mais pour lui, “Ce massacre fait partie des sujets sur lesquels la sensibilisation n’est pas suffisamment faite dans l’opinion internationale. “La volonté de passer ce massacre sous silence est toujours là, même autant d’années plus tard”.

Quand les hélicoptères nous ont laissés en dehors de la ville, dans un terrain dégagé sur une colline, les militaires nous ont dit, “nous viendrons vous chercher en fin d’après-midi, si vous n’êtes pas présent à l’heure du rendez-vous nous ne vous attendrons pas, vous resterez ici”. Ensuite ils nous ont distribué des masques à gaz et des antidotes.

La majorité des animaux étaient morts. Je me suis demandé, si le gaz a fait tant de dégâts en dehors de la ville, quelle doit être la situation dans la ville. Dans une ville où 70 mille personnes vivaient, on n’entendait pas un seul oiseau.

Dès que je suis entré dans la ville, j’ai commencé à voir des cadavres. Il y en avait un grand nombre. C’était surtout des femmes, des personnes âgées, des enfants et des bébés. Leur état était atroce. Certains avaient la peau boursouflée, comme arrosée par de l’eau bouillante. D’autres étaient brûlés, meurtris. Père, mère, enfants, en train de manger, étaient morts à table. Certains étaient morts enlacés. Dans les jardins, dans les maisons, sur les pas de porte, mères… enfants. C’était le 21 mars, quatre jour après le massacre. Il y avait une odeur intenable. Je vous laisse imaginer l’odeur de 6 mille morts. Je pleurais en appuyant sur le déclencheur.

J’ai vu quelque chose difficile à accepter. J’ai vu l’instant où l’humanité avait disparu. J’ai vu ce que l’humain était capable de faire à d’autres humains. J’ai vu que la vie s’était arrêtée.

Nous mettons quelques unes des photos de Ramazan Öztürk à votre disposition pour apporter son regard journalistique. Mais, bien qu’elles tournent sur la toile sans aucun avertissement ni protection, nous préférons par correction,  vous laisser le choix de visionner le diaporama ou non, en cliquant sur les flèches.

Si nous parlons de Ramazan et ce dont il a témoigné en tant que journaliste, c’est parce que Choman en est une des témoins. Mais son témoignage à elle, passe par les mots.

Ses mots d’une force extrême rejoignent tant de textes qui décrivent des massacres de masse, commis à l’encontre de populations souvent désignées comme boucs émissaires, à différentes époques, en différents lieux, et victimes des nationalismes ethniques… On peut les lire comme on a lu les récits du quotidien des fascismes… Cette bête immonde qui n’en finit pas de jeter des Peuples les uns contre les autres, toujours instrumentalisée par des pouvoirs en crise, désireux de se succéder à eux mêmes. Cette bête qui retrouve aujourd’hui des justifications, de Damas à Ankara, Budapest… et ailleurs dans les “démocraties européennes” à bout de souffle.

Dans ce Moyen Orient découpé à la règle et à la plume lors du dépeçage de l’Empire Ottoman, la mosaïque des Peuples donna lieu à vastes marchandages et attribution de pouvoirs. L’histoire même de l’état irakien témoigne de ce que produit dans l’histoire, l’ignorance volontaire de la diversité humaine, pour construire un état-nation sous rapport de forces, (hors le fait supplémentaire que son territoire “alloué” ait été l’objet de toutes les convoitises, du fait des richesses fossiles). La minorité kurde “désignée”, a vécu dans sa chair ces processus politiques jusqu’à l’horreur de ces massacres à caractère génocidaire du régime.

Nous publions donc la biographie de Choman Hardi, rédigée de sa plume, et un poème, extrait d’Anfal, en primeur avant la parution du mois de mars, avec l’aimable autorisation de Choman, de Victor Martinez ainsi que des revues Europe et Conséquence. 

 

«  Choman Hardi par elle-même  »

Préface de Gendered experiences of genocide  : Anfal survivors in Kurdistan-Iraq (2011)

Traduit de l’anglais par Victor Martinez

L’Anfal a commencé quand j’étais au début de mon adolescence. Je vivais dans la ville de Souleimaniye avec mes parents. Mes trois soeurs et frères avaient déjà quitté la maison. Mon frère et ma soeur les plus âgés étaient partis vivre à l’ouest. Mes autres frères étaient peshmergas (combattants de liberté) dans les montagnes. Ma deuxième soeur était mariée et vivait à Tikrit (ville de naissance de Saddam Hussein), et ma troisième soeur finissait ses études de médecine à l’université de Mossoul. À partir de février 1988, des rumeurs ont couru sur des frappes irakiennes massives sur la région kurde. On parlait de gazage, de bombardements, de sièges militaires, de destructions de villages, de pillage, d’enlèvement et de disparition massive des populations civiles.

Une nuit le cousin de mon père est venu pour nous dire qu’on avait conduit des villageois au bâtiment des Forces d’intervention d’urgence de Souleimaniye. Ce lieu a été un des nombreux centres temporaires de rétention pendant l’Anfal. Des centaines de civils ont pu être vus derrière les barrières du bâtiment. Ils étaient dans un état pitoyable, les vêtements déchirés trempés de boue. Il nous a dit que les gens du voisinage venaient pour «  jeter de la nourriture aux prisonniers.  » J’ai porté cette image dans ma tête pendant des années ; les gens affamés et assoiffés emprisonnés dans des cages pour animaux. Mon père a prédit qu’ils seraient tous tués mais j’ai refusé de le croire. La plus grande partie de ma vie j’ai résisté au pessimisme de mon père à propos du monde. Il s’est passé des années avant que je puisse accepter que les gens soient capables d’une cruauté aussi systématique.

En avril, comme les nouvelles du désastre continuaient, une femme est venue pour nous dire qu’elle hébergeait mon frère, Asos. Mes frères étaient peshmergas dans le Karadagh, région qui était devenue la proie de la deuxième offensive de l’Anfal. Dans le chaos d’un rapide défaite ils avaient été séparés les uns des autres et Asos avait rejoint furtivement la ville avec quelques villageois. Il avait pensé qu’il valait mieux ne pas rentrer à la maison. Il a frappé à la porte d’un ancien ami d’université qui vivait dans un petit village à l’écart de la ville. Cette famille a abrité mon frère jusqu’au couvre-feu, et la chasse à l’homme maison par maison à Suleimanya, quelques semaines plus tard. Il a réussi ensuite à obtenir des faux papiers et est allé à Tikrit. On a pensé que ce serait l’endroit le plus sûr pour sauver sa peau. Quelques semaines plus tard nous avons eu des nouvelles de mon frère Rebin qui, après avoir été légèrement blessé dans l’attaque au gaz de Shanakhse, était parti en Iran. Bientôt Asos l’a rejoint.

En août 1988 quand l’Irak a signé le Traité de paix avec l’Iran, plus de deux semaines avant que l’Anfal ne s’achève, mon père a décidé de quitter l’Irak et de rejoindre mes frères en Iran. Nous avons voyagé sur des mules, à travers les montagnes des «  régions interdites  », guidés par des contrebandiers. Nous avons traversé des douzaines de villages abandonnés. Ce dont je me souviens le plus, c’est du silence angoissant des maisons et des fermes abandonnées.

Tout en habitant en Iran j’ai entendu beaucoup d’histoires au sujet de l’Anfal et, à l’âge de 14 ans, j’ai commencé à prendre des notes sur cette campagne. J’ai demandé à nos amis et parents, qui s’étaient trouvés en plein milieu de l’opération, d’écrire leur expérience dans un carnet consacré à cet effet. Ce livre a été conservé par un homme, lui-même un survivant, et il ne m’a jamais été rendu.

Personne n’a su ce qui était exactement arrivé aux civils enlevés. Beaucoup de gens ont espéré que les villageois soient emprisonnés ou déplacés dans les provinces arabes du sud dont on parlait beaucoup dans les années 60 et 70 (Van Bruinessen 1988).

Finalement, pendant le soulèvement populaire de courte durée de 1991, les bureaux de la sécurité et des services secrets ont été pillés au Kurdistan irakien et des tonnes de documents qui dévoilaient la vérité sur l’Anfal ont été saisies. Les documents, à côté des témoignages et de l’emplacement des fosses collectives, prouvaient clairement que les civils disparus avaient été exécutés en 1988.

En 1993, je suis arrivé en Angleterre et j’ai commencé à faire des études d’anglais et à avancer dans mon parcours universitaire (j’avais perdu deux ans en raison du chaos consécutif à la première guerre du Golfe). Je me rends compte maintenant que pendant un certain nombre d’années j’ai inconsciemment étouffé beaucoup de questions traumatiques liées à mon pays d’origine  ; il me fallait maîtriser les différentes difficultés de l’adaptation au nouveau pays. J’ai continué mes études et lu de la philosophie et de la psychologie à l’Université d’Oxford. J’ai enchaîné avec un MA en philosophie à l’Université de Londres en 1999. En 2001 j’ai eu la chance d’obtenir une bourse pour faire un doctorat à Université de Kent à Cantorbéry sur la santé mentale des femmes kurdes réfugiées.

C’est pendant que je faisais mon MA que mon intérêt pour l’Anfal s’est de nouveau éveillé. J’ai peu à peu perdu de l’intérêt pour la philosophie et pour les questions abstraites dont elle traitait. Mon intérêt s’est porté sur les raisons pour lesquelles la violence se produisait dans certaines communautés et sur les conséquences qui en découlaient. Tout en vivant dans une démocratie paisible, je suis devenue plus sensible à la violence faite à ma communauté, à la violence qui augmentait contre les femmes, et aux inégalités sociales qui se généralisaient. J’ai voulu en savoir davantage sur la façon dont les communautés pouvaient se relever de la violence et sur les mesures qui pouvaient être prises pour l’accomplissement de la justice et de l’égalité.

Plus tard, pendant que j’étais interprète pour des réfugiés et des demandeurs d’asile j’ai rencontré grand nombre de jeunes Kurdes irakiens entièrement ou partiellement illettrés. Cela me paraissait étrange étant donné le grand nombre de personnes qui pendant les années 70 et 80 avaient des diplômes. Par moments je me suis même demandé si certains prétendaient être illettrés parce qu’ils avaient été conseillés en ce sens par des passeurs et des contrebandiers qui pensaient que ce serait bénéfique. Bientôt je me suis rendu compte que certains d’entre eux étaient des enfants survivants de l’Anfal qui étaient nés dans les villages kurdes avant l’Anfal qui à jamais a changé leurs vies.

J’ai regardé de nombreux documentaires sur l’Anfal quand le canal satellite kurde a été lancé vers la fin des années 1990. Ces documentaires étaient principalement composés d’entrevues avec des survivants. Ils étaient comme une fenêtre par laquelle nous avons entendu les histoires de la communauté mise à genoux par la terreur, la mort, la torture et la disparition de masse. Pendant que j’écoutais les hommes et les femmes, qui pendant l’Anfal avaient été incarcérés, me parler des cellules surchargées des prisons, de la pénurie d’eau potable et de nourriture, de la diffusion des épidémies et de la mort, il m’a paru difficile d’imaginer ce que les femmes avaient pu souffrir souffert et de quelle manière elles avaient été traitées.

Plus tard j’ai commencé à m’intéresser aux voix marginalisées des femmes et en particulier aux expériences de la violence subie par les femmes et ses conséquences, au moment où je faisais mon doctorat sur la santé mentale des femmes kurdes réfugiées. J’ai voulu en savoir davantage sur les femmes victimes et survivantes de l’Anfal – de quelle manière elles ont fait face à la violence, à la perte et à la destruction, de quel soutien elles ont pu bénéficier et quel rôle elles ont joué dans la reconstruction du Kurdistan après que la zone d’exclusion aérienne a été installée pour protéger les Kurdes en 1991, et qu’un parlement kurde a été élu pour la première fois en 1992. C’était pour répondre à ces questions que j’ai commencé cette recherche. J’ai eu la chance d’obtenir une bourse doctorale de deux ans de la Leverhulme Trust pour retourner chez moi et commencer à chercher des réponses. Plus tard, je suis parvenue à obtenir une bourse d’un an du Gouvernement régional du Kurdistan qui m’a aidée à accomplir cette recherche. Une partie de cette recherche paraîtra également comme chapitre dans un livre concernant les génocides oubliés.


Dispute au-dessus d’une fosse

Celui que vous avez fini d’examiner
est mon fils. C’est le costume kurde à la couleur de lait
que son père avait fait pour lui, la chemise bleue
que son oncle lui avait donnée. Vos conclusions prouvent
que c’est lui – c’était un grand garçon de quinze ans,
était gaucher, avait eu une côté cassée.

Je sais qu’elle était aussi à la recherche de son fils
mais vous devez lui dire que ce n’est pas le sien.
Oui tous les deux ont été camarades et ont combattu
l’année dernière. Mais c’est mon fils qui avait une côte
cassée, le sien a seulement simulé pour fuir les ennuis.

C’est le mien ! S’il vous plaît rendez-le moi.
Je l’enterrerai dans un bord du jardin –
Le mûrier lui offrira son ombre,
Les fleurs garderont sa tombe avec gravité,
Les poules picoreront sur sa pierre tombale,
La ruche grondera au-dessus de sa tête.

Choman Hardi
Anfal

Le camp de Dibs, la prison des femmes

Nabat Fayaq Rahman

Vous ne mourez pas ! Pas quand vous le voulez.
Pas quand vous voyez votre courageux mari, l’aîné
de la famille, être frappé jusqu’au sang par un groupe
d’hommes haineux armés et prêts à tirer.

Pas quand votre belle enfant adolescente
est cueillie par des soldats, ne revient jamais.
Et vous n’avez plus qu’à vous demander jusqu’à la fin de vos jours :
l’a-t-on vendue comme prostituée ? Vit-elle encore ?

Pas quand votre fils dépérit sur vos genoux
et crie jusqu’à n’en plus pouvoir, quand la dernière chose
qu’il vous demande est « un concombre », et vous lui donnez
un chausson vert à suçoter, parce qu’il n’est plus en mesure

de voir la différence. Non. Pas même quand
les enfants qui vous restent grandissent nourris de
vos vêtements noirs, de vos larmes secrètes, de vos maux de tête
quand vous sentez le concombre. Vous ne mourez pas.

Choman Hardi
Anfal

 

L’enfant dans les fosses

Taymour Abdullah, le garçon de douze ans qui a survécu

Voici comment cela s’est passé : à Topzawa ils ont dépouillé
les femmes de leurs boucles d’oreilles, de leurs anneaux, pris les bouteilles de
lait des bébés, nous ont dit que nous n’avions besoin de rien là où
nous allions, nous ont entassés dans des camions transformés en
ambulances, avec de petites fenêtres à l’arrière – les femmes et
les enfants, pas les hommes, pas les vieux. Alors a commencé le voyage
dans la longue route déserte, à travers les villages arabes.
Les gens sont venus sur le bord de route, en poussant des cris
de joie. J’ai vu un garçon, probablement de mon âge, qui passait sur
sa gorge le bout de ses doigts. Une femme enceinte
s’est évanouie dans le camion à cause de la chaleur, de la soif, du manque d’oxygène.
La plupart du temps nous avons été sur une route principale puis nous avons
roulé à l’écart. Cela a dû prendre douze heures ou plus.
Alors les camions se sont arrêtés, les portes se sont large ouvertes, ils
nous ont attrapés par les bras et nous ont jetés dehors. J’ai vu les fosses,
il y en avait beaucoup, elles sentaient le frais. Les bulldozers
étaient prêts. Ils nous ont alignés, les fosses derrière nous
et les soldats en face. Je ne peux pas me rappeler ce que chacun
a dit, il y avait des murmures, certains étaient hébétés, certains trop
fatigués pour protester. J’étais avec ma mère et trois
sœurs, ma tante et mes cousins, quelques centaines de villageois.
L’officier a ordonné : Feu ! Et les soldats ont tiré.
J’étais blessé mais pas gravement. Je me suis levé de nouveau, ai saisi
l’arme du soldat, l’ai supplié de ne pas me tuer. Alors j’ai vu
qu’il pleurait. L’officier a de nouveau donné l’ordre de tirer,
et alors il l’a fait. A ce moment je me suis recroquevillé. Les soldats sont
partis et j’ai vu que ma mère et mes sœurs étaient mortes,
le sang jaillissait des poignets de ma tante. Une jeune fille était encore
vivante, pas blessée. Je lui ai dit de s’enfuir avec moi
mais elle n’a pas osé. J’ai rampé hors de la fosse, me suis caché derrière
le monticule de terre et ai continué à ramper jusqu’à ce que j’aie atteint la dernière fosse
qui était encore vide. J’ai dû m’évanouir. Quand je
me suis réveillé tout était calme. Les soldats étaient partis, les fosses
étaient recouvertes de terre. Alors j’ai couru aussi vite que j’ai pu,
promettant à Dieu que si je survivais, je donnerais
cinq dinars aux pauvres. A l’aube j’ai rejoint le village
des Bédouins, où les chiens m’ont encerclé avec leurs aboiements.
Jusqu’à ce que quelqu’un vienne avec une torche, me protège, me parle
arabe, m’accepte comme un des siens, mais c’est une
autre histoire, je te la raconterai une autre fois.

Choman Hardi
Anfal

Vous trouverez les autres poèmes de Choman, extraits de son livre Considérer les femmes (Considering the women, 2015), dans les revues littéraires Europe et Conséquence qui paraitront en mars.

Vous pouvez également commander en ligne, en cliquant sur les logos…

       


Biographie de Choman Hardi

Née au Kurdistan et ayant grandi en Irak et en Iran, Choman Hardi est venue au Royaume-Uni en 1993, où elle a fait ses études au Queens College d’Oxford, puis à l’University College de Londres et à l’Université de Kent à Canterbury.
Ecrivaine et chercheur, elle fut d’abord poète en résidence au Centre pour les écrivains de Moniack (Écosse), à la Villa Hellebosch (Belgique) et au Hedgebrook Women’s writer center, (États-Unis). Elle a travaillé au Royaume-Uni, en Europe, aux États-Unis, en Inde, en Malaisie et à Taiwan. Elle a publié trois recueils de poésie en kurde et son premier recueil anglais, Life for Us, a été publié par Bloodaxe en 2004 et réédité dix-huit mois plus tard. En 2006, elle est devenue l’une des plus jeunes poètes dont le travail était exposé dans le cadre du projet “Poems on the Underground”. Choman a animé de nombreux ateliers de poésie, notamment pour en 2007 pour les jeunes du Kurdistan à travers les Maisons des jeunes de différentes villes.
En 2005, elle a obtenu une bourse de post doctorat de deux ans par le Fonds Leverhulme, pour travailler sur les veuves du génocide au Kurdistan irakien. Elle a alors collaboré avec le Programme d’études sur l’Holocauste et le génocide de l’université d’Uppsala. Elle a présenté certains de ses résultats lors de conférences universitaires au Royaume-Uni, aux États-Unis, à Oslo, à Berlin, à Amsterdam et à Sarajevo.
Ajoutons encore que Choman Hardi a co-animé des ateliers de formation pour les femmes sur le genre et la santé mentale au Kurdistan en 2006 et 2007, avec le Dr Jennie Williams. Enfin, elle a donné divers séminaires et ateliers sur la construction du genre dans la société kurde, et sur la situation et les expériences des veuves d’Anfal dans beaucoup de Kurdes Villes, ainsi que pour la diaspora.

choman hardi

Livres
Return with no memory  1996 (en kurde)
Rûnakîy sêberekan  1998 (en kurde)
Light Mirrors and Shadows Poésie – 2000
Life for Us – 2004
Gendered Experiences of Genocide : Anfal Survivors in Kurdistan-Iraq – 2011
Considering the Women 2015

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Choman lit une poème d’amour pour son mari. “A day for love”
(Vidéo en anglais)

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