Article de Carol Mann. Première parution dans le blog Médiapart.

Demain, la Chancelière allemande, Angela Merkel arrive en Turquie pour négocier avec le président turc Erdogan un deal aussi opportuniste que dangereux.

Celui- ci se résume à la transaction suivante: si la Turquie accepte de garder les réfugiés syriens sur son sol actuellement (deux millions environ) Mme Merkel consent à faciliter l’entrée de la Turquie dans l’UE, améliorant les conditions de voyage pour les ressortissants turcs. Avec un don de trois millions d’euros comme preuve de bonne volonté.

Si la droite allemande approuve, ce deal est invraisemblable à tous les niveaux.

Premièrement, a-t-on seulement demandé leur opinion aux Syriens?

Si les conditions étaient correctes, sûrement ils préféreraient rester plus proches de chez eux en Syrie. Seulement, les conditions sont effroyables en Turquie. il est interdit aux chercheurs et aux ONG d’enquêter dans les camps. Les récits qu’en font les rescapés sont terrifiants: l’ambiance y est militaire, les jeunes filles y seraient vendues, les seules écoles sont coraniques. Ce qui mériterait une enquête de la part du gouvernement allemand et des autres avant de signer quoique ce soit, avant d’investir trois millions d’Euros dans un pareil projet. Au risque de se retrouver avec une situation comme celui du camp nazi de Theresienstadt visité et approuvé par la Croıx Rouge en 1944.

Ensuite, il est évident que cette visite au plus haut niveau en période pre-électorale signifie un soutien de poids à la candidature du représentant du AKP, parti islamo-conservateur dont les rapports directs avec Daech ne sont plus à prouver.

Finalement, M. Erdogan l’a dit plus d’une fois, il avait l’intention d’installer les réfugiés dans la zone tampon frontalière entre la Turque et la Syrie, avec l’accord du Présıdent Hollande ce qui signifie à court terme, le blanc seing européen pour détruire le seul projet social laïque et démocratique de la région, soit le Kurdistan syrien, le Rojava.

Il est impératif de réagir immédiatement , car un deal de ce genre est dangereux pour l’avenir de l’Europe et à moyen terme de la planète

Carol Mann, sociologue, présidente de www.womeninwar.org, écrivant ce billet à partir d’Istanbul avec des amis turcs qui ne peuvent pas signer en leur nom, la presse étant muselée.