Voici les “chroniques de la révolution kurde”, présentées par Ronahi TV, un retour sur la semaine du 3 décembre au 10 décembre 2016. Il s’agit de l’émission régulière en langue française, que vous trouverez ici, chaque semaine.

Vidéo et texte en français

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Les gros titres :

  • RAQQA • Début de la deuxième phase des opérations
  • BATAILLE D’ALEP • Appel du croissant rouge kurde- HEYVA SOR
  • ALEP • Les loups gris et le MIT à ŞEYH XIDIR
  • ROJAVA – SYRIE du Nord • L’invasion turque se poursuit
  • TURQUIE • Les purges continuent
  • QU’EST CE QUE LE DBP ? • Bilan
  • WIKILEAKS • La famille du président, le pétrole et Daesh
  • DEMIRTAŞ ET YUKSEKDAG • Compte rendu des procès
  • PARLEMENT EUROPÉEN • 13ème Conférence Internationale « EU, Turquie et Kurdes »
  • LIBERTÉ DE LA PRESSE • Rien n’est acquis

 


RAQQA
DÉBUT DE LA DEUXIÈME PHASE DES OPÉRATIONS

L’opération « colère de l’Euphrate » vise à libérer la ville de Raqqa, le siège du Daesh en Syrie.

La première phase des opérations militaires s’était terminée avec succès : 700 kilomètres carrés avaient été libérés au nord de la ville. Maintenant, les forces démocratiques syriennes vont s’attaquer au flanc ouest de la ville.
Pour libérer la ville de Raqqa, les consignes du commandement des forces démocratiques syriennes sont claires : il faut absolument tout mettre en œuvre pour protéger la vie des civils. C’est la raison pour laquelle des couloirs sécurisés ont été aménagés.
Parmi les troupes qui vont libérer la ville, il y a notamment 1150 combattants arabes de la ville de Raqqa, qui viennent libérer leur propre ville.
Ces combattants sont entrainés par les forces de la coalition. Il y aura également les forces du conseil militaire de Der Azzor, les forces du teyyar el-Xed el suriye el Nuxbe ainsi que la nouvelle brigade du Thuwar al Raqqa.
Les forces de la coalition participeront également à cette deuxième phase de l’opération « colère de l’Euphrate ». Il faut dire que Raqqa sert de base arrière à tous les groupes qui viennent aussi en Europe perpétrer des attentats. C’est ainsi que le commanditaire de l’attaque sur Charlie Hebdo, Abu Bakr Al Hakim, qui a coordonné l’attaque des frères Kouachi, vient d’être tué par un drone ce 26 novembre, à Raqqa.
Une fois la ville de Raqqa libérée du Daesh, ce sera la population locale qui prendra entièrement en charge la gestion et l’administration

BATAILLE D’ALEP
APPEL DU CROISSANT ROUGE KURDE- HEYVA SOR

La bataille d’Alep se poursuit. Les forces du régime ont presque entièrement repris l’est de la ville aux bandes armées. Les combats ont poussé des milliers de réfugiés à rejoindre le quartier kurde de cheikh Maqsoud. La situation que vivent de nombreux malades et blessés est dramatique.
Il y a déjà plusieurs dizaines de milliers de civils en provenance des quartiers est d’Alep qui ont réussi à passer vers le quartier de cheikh Maqsoud pour y trouver un refuge. Afin de faciliter leur passage, les combattants des unités YPG et YPJ ont ouvert des corridors sécurisés. Plusieurs quartiers d’Alep est ont aussi été libérés par les unités YPG, notamment ceux de Bustan al Pasha, de Al Hellok, de Bedin, de Sheikh Faris et de Sheikh Kider
Le docteur Mihemed Sileman, du croissant rouge kurde Heyva sor a dénombré plus de 3.000 réfugiés qui ont besoin d’une aide médicale urgente. Quand ils arrivent, ces réfugiés sont affamés, ils ont soif et ils ont froid.
Les risques de complication de leur état de santé sont élevés, particulièrement en ce qui concerne les pneumonies, les diarrhées et l’anémie.

Dans les quartiers libérés d’Alep-est, une centaine d’habitants ont immédiatement demandé à intégrer la police asayish afin de protéger leurs quartiers des attaques de la coalition nationale syrienne.
Dès dimanche dernier, plusieurs centaines d’habitants qui s’étaient réfugiés à Cheikh Maqsoud ont également profité de la libération de leurs quartiers par les YPG pour immédiatement rentrer chez eux.

ALEP
LES LOUPS GRIS ET LE MIT À ŞEYH XIDIR

En ouvrant un corridor à travers le quartier de Şeyh Xidir pour permettre aux civils de fuir, les combattants kurdes des unités YPG ont découvert une école qui servait de quartier général aux responsables du MIT, les services secrets turcs, et aux loups gris, ces militants ultranationalistes de Turquie.
Les combattants kurdes font de surprenantes découvertes. En plus des lieux où s’entassent des objets qui ont été pillés par les bandes armées, les combattants ont aussi découvert dans l’école primaire de Şeyh Xidir un quartier général du MIT.
 
Cette école a été choisie à cause de sa situation géographique : elle se trouve dans un quartier où vivent de nombreux turkmènes d’Alep. Sur les murs de l’école, des drapeaux – ceux de la fondation des loups gris pour la culture et l’éducation ou de l’association de solidarité et d’aide pour les Turkmènes de Syrie- montrent comment l’aide humanitaire et la culture sont de bonnes excuses pour subvenir aux besoins en armes des troupes soutenues par la Turquie à Alep.
Parmi ces bandes de pilleurs et d’assassins qui travaillent pour le compte de la Turquie à Alep, on retrouve indiqués sur les murs de l’école les noms de la katiba Muhammed Fatih, de la katiba Ömer Muhtar, mais aussi des bandes Liwa Tawid et Sultan Murad. Les commandants de la brigade Sultan Murad sont bien connus : il s’agit de Seyf Ebu Bekir Polat, de Osman Salih et de Fehim Isa, tous trois attachés au MIT.

Dans un autre bâtiment, les unités kurdes ont découvert un atelier de fabrication d’armes chimiques et d’explosifs qui était utilisé par les bandes armées du Conseil national syrien. 
Dans cet atelier, un drapeau de la fédération des Turcs de Suisse pour aider les Turkmènes rappelle aussi à quoi peut servir l’aide humanitaire.
Muhamad Sheikho, le co-président du TEVdem à Sheikh Maqsoud appelle la communauté internationale à sanctionner ceux qui permettent des crimes contre l’humanité à Alep. Il accuse aussi les autorités européennes qui tolèrent que les associations turques de charité en Europe puissent fournir ainsi en produits chimiques les bandes criminelles d’alep.

ROJAVA -SYRIE DU NORD
L’INVASION TURQUE SE POURSUIT

Dans le nord de la Syrie, les forces armées turques poursuivent leur projet d’invasion. Aucune règle n’est respectée. Les bombardiers turcs lancent des bombes au phosphore, pourtant interdites par la convention de Genève sur les armes classiques.

A l’ouest de la ville de Minbij, les envahisseurs turcs attaquent les villages pour tenter d’occuper le nord de la Syrie. Depuis maintenant plus de 15 jours, il y a des attaques sur les villages de Korhiyok, Sebweran, Boxaz et Ilan. Les tirs d’artillerie sur Korhiyok de ce lundi ont fait 7 blessés parmi les habitants.
Mardi, les avions turcs bombardaient le village de Qirtweran, toujours à l’ouest de Minbij.
Le lendemain, une nouvelle vague de bombardiers turcs lâchait des bombes incendiaires au phosphore sur les villages densément peuplés de Qirtweran, Korhiyok et Qawiqli. Ces armes cruelles sont pourtant classées sur la liste du troisième protocole de la convention de Genève sur les armes classiques, signée le 10 octobre 1980.
Mercredi, plusieurs dizaines de véhicules blindés et un millier de soldats turcs ont encore franchi la frontière syrienne pour rejoindre la région de Bab.

Vendredi, à Bab, une nouvelle frappe aérienne turque menée sur les habitants de Bab s’est soldé par la mort de 12 personnes dont plusieurs femmes et enfants, de la famille des Nasani. 
Des sources locales signalent également qu’une centaine de familles turkmènes originaires d’Irak ont été emmenées par les forces turques vers les villages kurdes désertés de la région de Shehba. L’objectif de cette implantation de familles turkmènes d’Irak est de changer la composition démographique de la région et de permettre à la Turquie de pouvoir encore contrôler le trafic d’armes à destination de Daesh, comme le prouvent les dépôts de munitions abandonnés par les forces turques dans les villages dont ils se retirent avant que Daesh ne les recupère.
 
Signalons encore que les forces armées turques ont agressé lundi un groupe de 17 réfugiés qui tentaient de passer la frontière du Rojava vers le Bakur, à hauteur de la ville de Dirbisiyé. Mihemed Eli Nime, Xalid Çekiro et Yehya Feysel ont immédiatement été assassinés. Leurs corps ont ensuite été rejetés du côté syrien de la frontière. On est toujours sans nouvelle du sort des 14 autres personnes.

TURQUIE
LES PURGES CONTINUENT

Les villes et métropoles qui s’étaient choisi lors des élections du 30 mars 2014 des représentants du parti DBP sont reprises en main par le régime d’Erdogan. Les élus sont emprisonnés, des curateurs proches du pouvoir sont nommés et tous les programmes sociaux sont abandonnés. 
Ils sont une cinquantaine, une cinquantaine d’élus du parti Démocratique des régions, le DBP, qui avait remporté les suffrages de 6,36% du corps électoral de Turquie en mars 2014.
103 municipalités avaient été conquises par les élus du DBP, ainsi que 3 métropoles.
Aujourd’hui, une cinquantaine de ces élus sont derrière les barreaux. A leur place, le régime d’Erdogan a nommé des curateurs qui contrôlent directement 36 des 103 municipalités, et indirectement une quinzaine d’autres. En tout, c’est donc la moitié des villes et communes où le DBP avait pris le pouvoir par la voie des urnes qui se trouvent soumises à l’arbitraire des curateurs.
Pourtant, le parti DBP fédère aussi de larges segments de la société civile turque, des écologistes, des artistes, des travailleurs sociaux. Parmi les co-bourgmestres du parti, mais aussi parmi les conseillers communaux ou les conseillers provinciaux, il y a des Arméniens, des Kurdes, des Alévis, des défenseurs turcs des droits de l’homme, des avocats…
Les municipalités où le BDP avait réalisé un score historique ont payé chèrement leur choix.
 
Sirnak, avec 69,81% des voix a été rasée. Nuseybin (78,78%) et Cizre (81,61%) ont été livrées à la barbarie des forces armées turques.
Là où les curateurs remplacent les élus, les projets implémentés par les responsables du DBP sont abandonnés ou sabotés.

QU’EST CE QUE LE DBP ?
BILAN

Le DBP, c’est une politique basée sur le développement artistique et culturel. Chaque année, il y a des festivals du film et du théâtre à Mardin, à Diyarbakir, à Batman ou à Van.
Dans les institutions consacrées à la culture, et entièrement gratuites, des milliers de personnes peuvent se former aux arts de la musique, du cinéma, du théâtre, de la peinture ou de l’artisanat.
Le DBP, c’est aussi le choix d’un combat pour l’égalité des hommes et des femmes. C’est pour cette raison que dans toutes les municipalités gérées par le DBP, il y a toujours deux co-bourgmestres, un homme et une femme. Des ateliers pour les femmes victimes de violences conjugales avaient été ouverts, avec des psychologues pour les soutenir, des équipes de formateurs pour les réinsérer sur le marché de l’emploi. Avec l’arrivée des curateurs, tous ces ateliers ont été fermés, laissant sur le côté des dizaines de milliers de femmes qui profitaient de ces services.
Sur le plan économique et social, le DBP avait mis en œuvre d’ambitieux projets de renforcement de l’économie locale et solidaire. Des terres étaient mises à la disposition de travailleurs agricoles sans terres, on leur fournissait avec l’aide de l’assemblée pour l’environnement d’Amed des semences organiques. A Van, 40 tonnes d’ail ont ainsi été produites, faisant vivre des dizaines de familles.
A Sirnak, les curateurs ont pris la décision de ne pas payer le salaire de 130 travailleurs sous-traitants de la municipalité. Ils avaient été empêchés de travailler à cause du couvre-feu, et ils sont donc normalement légalement couverts pour leurs salaires. Les travailleurs de Sirnak interrogés expliquent qu’il s’agit de les mettre à la porte pour les remplacer par des familles de gardes de villages.
A Mardin, Mustafa Yaman, le nouveau curateur qui remplace les deux élus Ahmet Türk et Februniye Aykol, a tout de suite fermé la banque alimentaire qui venait en aide aux familles précarisées par la destruction de leur ville de Nusaybin.
96 foyers sociaux avaient déjà été construits dans 96 quartiers de Mardin par les élus du DBP. Ces foyers servent de lieu de rencontre, de réunion et permettent aux proches des défunts d’organiser les cérémonies d’adieux. Tous les foyers sociaux dont la construction devait commencer ne sortiront plus de terre.
Le programme social appelé « vêtement-nourriture -abri » mis en place pour les habitants affectés par les combats a lui aussi été abandonné. Il aidait 73.000 personnes.

WIKILEAKS
LA FAMILLE DU PRÉSIDENT, LE PÉTROLE ET DAESH

Wikileaks a publié cette semaine les emails de Berat Albayrak, ministre turc de l’énergie et gendre du président Erdogan. Il y est notamment question des liens qui lient le beau-fils à la société Powertrans, une société active dans le commerce de pétrole avec le Daesh.

Powertrans, c’est cette société turque qui a profité de l’embargo pour importer depuis l’Irak et à des prix planchers le pétrole produit dans les régions occupées par Daesh. 
Dans la fuite de 58.000 emails écrits par Albayrak, le gendre du président et ministre de l’énergie entre 2000 et 2016, Wikileaks dévoile entre autre des échanges avec son avocat pour tenter de masquer qu’ Albayrak n’a aucun lien avec Powertrans.

Wikileaks revient aussi sur les évènements de Gezi en 2013, quand les réseaux sociaux étaient infectés par une armée de trolls, ces internautes dont le seul objectif sur les réseaux sociaux était de créer des conflits et de perturber la communication.
Wikileaks a réuni et publié les mails compromettant le pouvoir AKP avec ces cyber-activistes dont l’objectif était de discréditer le mouvement de Gezi.
Albayrak, a aussi tenté début 2016 de s’assurer de la revente d’Ipek Medya, une société qui était alors entre les mains des gulenistes et de la transmettre à des soutiens plus fidèles du parti AKP
Google drive et Drop box, qui permettent de prendre connaissance de la correspondance d’affaire du gendre président Erdogan, ont été bloqués par les autorités turques.

DEMIRTAŞ ET YUKSEKDAG
COMPTE RENDU DES PROCÈS

Cette semaine, les deux co-présidents du parti HDP ont été entendus par leurs juges sur deux affaires : des propos tenus par Demirtaş sur les liens entre Erdogan et le leader de l’extrême droite turque, Devlet Bahçeli et un discours tenu lors des funérailles de victimes de l’attentat d’Ankara du 10 octobre 2015 par la co-présidente Figen Yüksekdag.

Par vidéo-conférence, Selahattin Demirtaş a dû s’expliquer pour des propos jugés insultants envers le président de Turquie. Il avait rappelé que le leader du parti MHP, Bahçeli, avait tout au long de la campagne électorale traité le président Erdogan de voleur, et qu’une fois les élections terminées, il allait passer de bons moments dans le palais de celui qu’il accusait quelques temps plus tôt.

Aucune parole de ce discours, a affirmé Demirtaş, n’accusait directement le président. Or, les procureurs estiment plus judicieux de poursuivre celui qui n’a que répété les propos litigieux en laissant l’auteur original de ces phrases sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui. Pour Demirtaş, cela constitue un cas évident de discrimination politique. Bahçeli peut traiter le président de voleur, alors que lui-même doit répondre devant la justice pour la même chose.
Demirtaş a aussi rappelé que quand Bahçeli traite les 6 millions de citoyens qui ont voté pour le Hdp de personnes sans honneur, aucune plainte n’aboutit non plus devant les tribunaux.
Figen Yüksekdag a quant à elle dû répondre devant ses juges, toujours par vidéo-conférence, des propos qu’elle a tenus lors de la cérémonie funèbre des victimes de l’attentat d’Ankara en octobre 2015.

La co-présidente a déploré le fait que ceux qui auraient dû prendre place devant les juges, ce sont ceux qui ont des responsabilités dans cet attentat, et pas ceux qui partagent la douleur des victimes. En effet, à côté de la co-présidente, ce sont des centaines d’autres personnes qui ont assisté aux funérailles qui sont aujourd’hui enfermées.

Les vrais responsables courent toujours. Lors de la dernière audition concernant l’enquête de l’attentat du 10 octobre, des témoins ont confessé de façon limpide la responsabilité, la collaboration et la supervision du massacre par des représentants de l’Etat.
Pour Figen Yüksekdag, c’est le gouvernement qui considère que ses paroles à elle constituent un crime. Et de poursuivre que ce n’est que dans les pays où un coup d’Etat a réussi que les membres du parlement sont arrêtés.
Il faut donc, avertit Yüksekdag, que les juges eux-mêmes fassent preuve d’indépendance. Sinon, le système judiciaire tout entier n’est plus qu’un outil d’oppression entre les mains des politiques.

PARLEMENT EUROPÉEN
13ÈME CONFÉRENCE INTERNATIONALE « EU, TURQUIE ET KURDES »

Mercredi a commencé au parlement européen, à Bruxelles, la 13ème conférence internationale, intitulée : « l’Union Européenne, la Turquie et les Kurdes »
Parmi les participants, deux prix Nobel, l’archevêque sud-africain Desmond Tutu et la militante iranienne du droit des femmes, Shirin Ebadi ainsi que des professeurs et intellectuels renommés, comme Noam Chomsky.

Demirtas, le co-président du parti Hdp devait être présent au parlement européen. Depuis sa prison, il a envoyé une lettre aux conférenciers et aux parlementaires. Il dénonce le régime d’Erdogan et le fait qu’il soit mis aux arrêts d’une façon qui ne se rencontre que dans les régimes dictatoriaux et lors de coups d’état militaires. Il dénonce également le fait que le régime turc a mis un terme à la démocratie en Turquie et s’est mis à détruire en Syrie et en Irak les conditions de coexistence pacifique entre les peuples en y intervenant politiquement et militairement.
Mais Demirtas s’est voulu rassurant : la lutte pour la liberté et pour la démocratie se poursuivra depuis les prisons, a-t-il écrit.

Muslim Salih, le co-président du parti syrien PYD était lui à Bruxelles. Lors d’une session consacrée aux méthodes démocratiques alternatives au Moyen-Orient, il a expliqué » que le système qui est mis en place au Rojava est un modèle envisageable pour toute la région. Et de préciser que la modèle de l’Etat-nation doit être changé. Il faut aussi mener une révolution contre le sexisme, a affirmé Salih Muslim, et c’est précisément ce qui se fait au Rojava.
Salih Muslim a aussi dénoncé l’invasion turque en Syrie et l’idéologie qui justifie ces attaques. Une idéologie qui se résume à l’expression : « un bon Kurde est un Kurde mort ». Le Daesh et toutes les bandes islamistes de la région ne sont pas tombées du ciel, explique le co-président du PYD. La Turquie et d’autres pays les ont lâchées sur la région.
Le combat des Kurdes, résume Salih Muslim, est un combat mené pour tous les peuples de la région : c’est un combat humaniste.
Le directeur de l’institut des études pour les droits de l’homme de l’université de Columbia, David Philips, a précisé que le régime d’Erdogan devrait être jugé pour crimes contre l’humanité. En parlant du régime AKP, Philips a expliqué qu’il fallait donner une carte rouge à ces bandes criminelles. Il y a en Turquie une administration criminelle, elle commet des crimes de guerre, et elle doit être jugée pour cela.
Philips plaide aussi pour le retrait du PKK de la liste des organisations terroristes.
Kamran Matin, professeur de relations internationales à l’université du Sussex, en Angleterre, a pris la parole pour dénoncer le fait qu’aucune controverse ne peut être résolue en l’absence de l’un des acteurs de cette controverse. Il faut donc, si l’on veut s’assurer du succès des négociations de Genève, que les Kurdes y soient aussi représentés.

LIBERTÉ DE LA PRESSE
RIEN N’EST ACQUIS

Informer le citoyen est un droit nécessaire dans un régime démocratique. Pourtant, les journalistes payent très cher leur engagement professionnel. En Irak, en Turquie, mais aussi en Europe, rien n’est acquis. 
Ce premier décembre, Şukri Amediye, reporter pour la chaine KNN basée au Kurdistan du sud, le Başur, était retrouvé mort après avoir disparu pendant 4 jours.

Le président du syndicat des journalistes de Kirkuk, Osman Fuad, a rappelé que sous le régime de Barzani, les journalistes n’ont pas le droit de s’opposer, de poser des questions ou de protester. Quand les professeurs, les employés du service public ou les représentants de la société civile font valoir leurs droits, les journalistes essaient de les faire entendre. C’est la raison pour laquelle ils sont visés. Pour le syndicaliste, il n’y a plus de liberté d’expression dans la région kurde d’Irak. Les journalistes sont contraints de s’associer à un camp politique. Leur travail est dangereux, et ils finissent massacrés. Contre ceux qui détiennent le pouvoir économique ou politique, déplore Osman, les journalistes n’ont aucune chance, et ils sont alors obligés de n’être plus que les esclaves des partis en présence. Des dizaines de journalistes ont déjà été tués, et aucun responsable n’a été arrêté, ce qui fait craindre que ce soit le gouvernement qui soit derrière ces meurtres. Rien que pour Kirkuk, on en est déjà à 11 journalistes assassinés. Il y avait auparavant des dizaines de journaux dans la ville, il n’y en a plus qu’un seul.

En Turquie, la journaliste Müjgan Ekin est portée disparue depuis 50 jours. Elle travaillait pour la chaine de télévision Özgür Gün. Les responsables du mouvement démocratique des peuples, le HDK ainsi que le mouvement des femmes libres TJA ont lancé ce mercredi un appel à la presse depuis le bureau du Hdp d’Adana pour qu’enfin on puisse avoir de ses nouvelles.

En France, la société de diffusion par satellites Eutelsat avait été condamnée le 16 novembre par le tribunal de commerce de paris pour avoir mis un terme à la diffusion des chaines kurdes Med Nuce et Newroz TV.
Et pourtant, les deux chaines ne sont toujours pas rediffusées. Eutelsat veut imposer un nouveau contrat aux deux chaines, un contrat qui permettrait à Eutelsat de mettre un terme aux diffusions sans procédures légales.

Le combat des avocats des deux chaînes kurdes n’est donc pas terminé. Il faut dire qu’Eutelsat vient de lancer ce lundi un satellite de l’armée turque, Göktürk 1, pour une somme proche du milliard de dollars. 

Mais il y a de bonnes nouvelles : Zehra Dogan, la journaliste de l’agence Jinha, qui avait notamment couvert les évènements tragiques de Nuseybin, a été libérée. Emprisonnée depuis le 21 juillet, une campagne de soutien par cartes postales solidaires avait été lancée par le journal Kedistan. En liberté provisoire, elle sera jugée au mois de février 2017.

Enfin, il semble que Bob l’éponge, la star des enfants, soit quand même lavée des soupçons de terrorisme. La diffusion de la chaine Zarok Tv, une chaine de dessins animés et de programmes pour les petits a repris, après avoir été fermée sur décret ce 28 septembre.