Article d’Anne Tempelhoff  :

Tout d’abord, qui sont les tsiganes?

Il y a les dénominations internes (comme Rom), et les dénominations externes, que les non-Tsiganes utilisent pour désigner les Tsiganes, comme Romanichel, ou encore Bohémien. Ce dernier terme renvoit par exemple aux lettres de protection qui étaient accordées par les rois de Hongrie, de Pologne et de Bohême.

Les Gitans –Gypsi en anglais, Gitanos en espagnol (qui se nomment eux-mêmes Kalé)- vivent en Espagne et dans le sud de la France, et représentent environ 10 % des Tsiganes selon le collectif Romeurope.

Les Sinté, ou Manouches en français, se sont plutôt établis en Italie, France ou dans les régions germanophones, le Bénélux et certains pays nordiques, et représentent environ 4 à 5 % des Tsiganes, selon la même association.

Les Roms, terme signifiant homme en romanès. Il s’agit là encore d’un terme générique, mais, cette fois, endogène, c’est-à-dire employé par les Roms eux-même. Il a été choisi en 1971 par des associations d’Europe de l’Est, comme l’Union romani internationale, pour remplacer celui de Tsigane, considéré comme péjoratif.

Souvent originaires de Roumanie, Bulgarie, Grèce, Slovaquie, Serbie, Hongrie : selon l’association Rom Europe, ils représentent 85 % des Tsiganes européens. Leur arrivée en France s’est faite essentiellement en plusieurs vagues migratoires : d’abord au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, puis dans les années 1970 et enfin à partir des années 1990. S’ils viennent de la même région de l’est de l’Europe, ils n’ont pas la même nationalité, ni forcément les mêmes confessions religieuses, ni le même statut administratif. Il y aurait entre 15 000 et 20 000 Roms en France, dont 85 % de ressortissants européens, essentiellement bulgares et roumains.

– Quant au terme “gens du voyage”, il s’agit d’une catégorie administrative, créée par la loi du 3 janvier 1969. Le terme désigne les personnes vivant plus de 6 mois par an en “résidence mobile terrestre”. Leur nombre est estimé à près de 400 000 personnes selon la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes. Selon cette association, la quasi-totalité d’entre eux sont de citoyenneté française.

– En Turquie les Rroms sont surnommés “roman”. Ce terme est utilisé en Thrace pour désigner les Rroms, appelés ailleurs en Turquie Cingene, “Tziganes”. D’autres appelations régionales sont usitées, comme Mutrip dans les régions proches de l’Iran.
Toutes ces communautés peuvent être regroupées sous le nom de “Tsiganes” (ou “Tziganes”)

De tout temps, les Tsiganes ont été persécutés, en Europe Orientale comme en Europe Occidentale.
Ils ont été réduits en esclavage en Roumanie (le pays où, selon Manuel Valls, ils ont “vocation” à vivre), mis aux galères en France et déportés dans les colonies en Angleterre.

Ils étaient persécutés parce que différents, différents par leur apparence, différents par leur mode de vie et différents par leur culture.
Ces persécutions atteignirent leur paroxysme durant la Seconde Guerre mondiale. Les Nazis entreprirent de les exterminer au motif qu’ils étaient des asociaux irréductibles de par leur appartenance à une race “hybride” et inférieure. Ces persécutions prirent des formes différentes selon les pays : internement, stérilisation, massacres, déportation et extermination dans les chambres à gaz. Le camp d’Auschwitz est connu de tous pour symboliser le génocide des Juifs, ce fut aussi le camp dans lequel furent exterminés la plupart des Tsiganes.

Aujourd’hui, leur statut s’est amélioré. Considérablement, même, puisque le Tsigane est passé de victime expiatoire à simple intouchable…

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1/ Allemagne

Depuis la fin du XIXème siècle, les Tsiganes allemands, majoritairement sédentaires, étaient devenus l’objet de toutes les attentions de ceux qui dénonçaient le “fléau tsigane” (anthropologues, linguistes, folkloristes) et notamment des services de polices qui entreprirent de les recenser et de les mettre sous étroite surveillance.

Les nazis achevèrent de fédérer les différentes législations anti-tsiganes des Länder, assimilèrent les Tsiganes aux asociaux, ce qui leur permit de toucher les sédentaires, et mirent au point une définition raciale des Tsiganes devant permettre l’éradication définitive du “fléau tsigane”.
Dès 1933, ils sont, ainsi que les handicapés, stérilisés (lois d’hygiène raciale).
En 1935, ils sont exclus du corps électoral.

Les Nazis définissant la citoyenneté allemande d’après des critères raciaux, entreprirent de définir racialement les Juifs et les Tsiganes afin de les exclure de cette citoyenneté. Le Centre de recherches en hygiène raciale et biologie des populations, créé en 1936 au sein des Services de Santé du Reich, mais dépendant du ministère de l’Intérieur, et dirigé par le docteur Ritter, reçut la mission de recenser tous les Tsiganes du Reich en utilisant l’anthropométrie et la généalogie.

En 1944, 30 000 expertises avaient été établies ; la quasi-totalité des Tsiganes du Reich avaient été recensés et fichés.
Les données accumulées lors de ces expertises permirent au docteur Ritter d’établir une classification précise des Tsiganes en août 1941.

“Z (Zigeuner) : Tsigane (c’est-à-dire de véritable et pur sang tsigane).

“ZM + ZM (+) (Zigeunermischling) : Plus qu’à moitié tsigane (c’est-à-dire métissé, mais au sang tsigane prédominant).

“ZM (Zigeunermischling) : Semi-tsigane (à part égale de sang tsigane et de sang allemand). Cette catégorie se subdivise elle-même en deux sous-groupes : 1) “ZM de premier degré”, dans le cas où l’un des parents est pur tsigane et l’autre allemand. 2) “ZM de second degré”, dans le cas où l’un des parents est “ZM du premier degré” et l’autre allemand.

 “ZM_ ou ZM (_) (Zigeunermischling) : Plus qu’à moitié allemand (c’est-à-dire métissé, mais à sang allemand prédominant).

“NZ (Nicht-Zigeuner) : Non-Tsigane (personne à considérer comme étant de sang allemand).”

Le Centre de recherches en hygiène raciale considérant qu’une majorité des Tsiganes était en fait des métis (Mischling) concluait qu’ils étaient des asociaux par leur mode de vie et une race hybride par leur métissage biologique, ce qui impliquait qu’aucune “rééducation” n’était possible. L’équipe du docteur Ritter proposait d’ailleurs de tous les stériliser pour solutionner la question tsigane.

Peu à peu, les Tsiganes subirent le sort réservé aux Juifs : les mariages mixtes furent interdits, les enfants exclus de l’école, les adultes de l’armée, les travailleurs soumis à un impôt spécial, etc.

tsiganes-portraits

La politique de sédentarisation fut parachevée en internant les Tsiganes dans des camps communaux. Ces camps furent créés à l’initiative des autorités municipales ou de polices locales, sans qu’il ait existé au préalable de cadre juridique formel. Le caractère de ces camps et les conditions de vie des Tsiganes, qu’on internait par famille, furent par conséquent très variables. Tous ces camps ont en commun d’avoir servi, au départ, à l’internement des Tsiganes qui habitaient dans des roulottes placées sur des aires de stationnement ou dans des baraquements, et qui, de ce fait, correspondaient le mieux aux préjugés racistes. Ceux qui vivaient comme la majorité des allemands, sans se faire remarquer par leur mode de vie, ont cependant été internés à leur tour dès lors qu’ils furent recensés en tant que Tsiganes sur la base de critères raciaux. L’objectif généralement poursuivi était la concentration de tous les Tsiganes d’une ville ou d’une région dans un camp. Le premier camp tsigane fut organisé à Cologne en avril 1935. Le 6 juin 1936, un “Décret pour la lutte contre le fléau tsigane” déclara illégales les expulsions reléguant les Tsiganes à la périphérie des villes et exigea des autorités “la sédentarisation des Tsiganes en un lieu déterminé” afin d’en faciliter la surveillance par la police. Un grand nombre de villes se servirent de ce décret pour justifier la création de camps tsiganes.

Est-ce que ça vous parle, vous interpelle? Je l’espère.

 

En juillet 1936, les 600 Tsiganes de Berlin, dont la présence était indésirable pendant les Jeux Olympiques, furent internés dans un camp situé à la périphérie de la ville. Le “Décret pour la lutte préventive contre l’infestation tsigane” du 8 décembre 1938 ordonnant leur sédentarisation pour faciliter leur recensement fut interprété comme “signifiant qu’à l’avenir tous les Tsiganes devaient être logés dans un camp”. Ces camps étaient de véritables camps d’internement : ils étaient entourés de barbelés, gardés par un gardien armé, les Tsiganes ne pouvaient en sortir sans autorisation et étaient soumis au travail forcé. Ils étaient d’autant plus obligés de se soumettre à cette obligation que le travail était la condition sine qua non pour obtenir une allocation des services sociaux, allocation qui leur permettait de se nourrir, l’administration ne le faisant pas. Ces mesures touchaient principalement les nomades et les semi-sédentaires.

terraibarbeles-strasbourg(Au fait, vous êtes au courant que le terrain fourni à ses Roms par la municipalité de Strasbourg, l’espace Hoche, est un ancien camp militaire entouré de barbelés?)

Assimilés à des asociaux, les Tsiganes furent internés dans des camps de concentration. Dans la semaine du 18 au 25 septembre 1933, la police, aidée des SA et des SS, procéda à une rafle de mendiants et de vagabonds dans tout le Reich. Dix mille personnes, dont un nombre inconnu de Tsiganes, furent arrêtées et internées dans des camps de concentration.

berlin-tsiganes

Marzahn (quartier de Berlin), l’un des premiers camp d’internement pour les Tsiganes

Le 14 décembre 1937, Heinrich Himmler publia le “Décret de lutte préventive contre le crime” appelé aussi “Décret sur les asociaux” stipulant que “la Police Judiciaire du Reich avait la possibilité de déporter dans les camps de concentration tous ceux qui étaient qualifiés d'”asociaux” ou de “rétifs au travail””. En avril 1938, 2 000 hommes, dont nombre de Tsiganes, furent ainsi internés dans le camp de Buchenwald.

Prétextant que ce décret “n’avait pas été appliqué avec toute la rigueur nécessaire”, Himmler ordonna de procéder à une nouvelle vague d’arrestation. Cette opération désignée sous le code “Aktion Arbeitscheu Reich” eut lieu dans la semaine du 13 au 18 juin 1938. Chaque poste de police avait reçu l’ordre d’envoyer dans les camps de concentration au moins 200 hommes capables de travailler dont :”les Tsiganes ou les personnes nomades comme le sont les Tsiganes, si elles n’ont pas montré une volonté de travail régulier ou si elles se sont rendues coupables d’infractions.”

Dix mille personnes furent à cette occasion arrêtées et internées dans les camps de Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen, où on leur attribua le triangle noir des asociaux. Parmi ces 10 000 personnes se trouvaient tous les hommes du camp tsigane de Francfort, une vingtaine de Tsiganes “non salariés” du camp tsigane de Cologne et les adolescents du camp tsigane de Düsseldorf. Le nombre exact de Tsiganes qui furent arrêtés en juin 1938 n’est pas connu.

A l’automne 1942, Himmler ordonna l’internement “des éléments asociaux des établissements pénitentiaires (des Tsiganes mais aussi des Juifs et des Russes) en vue de l’élimination par le travail”. Les hommes n’étaient évidemment pas les seuls à être menacés, les femmes étaient également internées comme asociales, notamment à Ravensbrück. La plupart d’entre d’elles furent arrêtées pour mendicité, alors qu’elles exerçaient une activité commerciale interdite, ou pour avoir prédit l’avenir. Toute infraction constatée -ou supposée- suffisait pour être interné dans un camp de concentration. De nombreux Tsiganes originaires d’Autriche furent déportés dans les camps de concentration allemands.

Dès l’été 1938, 15 000 Tsiganes étaient déportés à Dachau ; 600 d’entre eux furent transférés à Buchenwald à l’automne 1939. Un tiers de ces tsiganes ne passa pas l’hiver.

Le 21 septembre 1939, lors d’une conférence organisée par Heydrich, il fut décidé de déporter tous les Juifs et les Tsiganes vers la Pologne.
Le 27 avril 1940, Himmler donna l’ordre de déporter par familles 2 500 Tsiganes dans le Gouvernement général de Pologne.

A l’origine la totalité des 30 000 Tsiganes vivant en Allemagne devait être déportée, mais “comme des difficultés pratiques étaient apparues lors du “déplacement” de 160 000 Juifs et Polonais, seul un “premier transport” de 2 500 Tsiganes originaires des zones frontalières de l’ouest et du nord-ouest de l’Allemagne fut ordonné”. Ces déportations furent organisées du 21 avril au 16 mai 1940.

300 Tsiganes originaires du sud de l’Allemagne furent également déportés en Pologne. Tous avaient signé un document attestant qu’ils avaient bien compris que s’ils revenaient en Allemagne, ils seraient stérilisés et envoyés en camp de concentration. Ces déportations eurent lieu au vu et au su de tous, sans que cela provoque une quelconque réaction.

La déportation systématique des Tsiganes prit toute sa dimension avec un décret d’Himmler du 16 décembre 1942. Ce décret ordonnait la déportation à Auschwitz de tous les Tsiganes du Grand Reich. Peu de temps après, le décret fut élargi aux Tsiganes d’Autriche, du Nord de la France, de Pologne, du Luxembourg, de Belgique et des Pays-Bas.

L’ordre donné par Himmler, le 16 décembre 1942, l’Auschwitz Erlass, constitue la dernière étape vers “la solution définitive de la question Tsigane”. Enfin, avec le décret d’application du 29 janvier 1943, tous les Tsiganes devaient être déportés par familles, “sans prendre en compte le degré de métissage”, dans la section tsigane (Zigeunerlager) du camp d’Auschwitz.

Le “camp de familles” a été construit à Auschwitz -Birkenau II en février 1943. Le premier transport arriva le 26 février.

Du 26 février au 6 mars, 828 Tsiganes arrivèrent au camp en quatre convois. Le 23 mars, 1 700 Tsiganes de Bialystock furent immédiatement gazés sans même être enregistrés. Du 6 au 31 mars, 23 convois comprenant 11 339 Tsiganes arrivèrent et furent immatriculés à Auschwitz. Environ 19 000 Tsiganes furent déportés à Auschwitz en 1943 et 2 200 avant l’été 1944. 63 % étaient allemands, 21 % venaient de Bohême-Moravie, 6 % de Pologne, les 11 % restants avaient d’autres nationalités ou étaient considérés comme apatrides.

Si l’on inclut ceux qui furent internés sans enregistrement pour être assassinés peu de temps après dans les chambres à gaz, le chiffre total des Tsiganes déportés dans la “section tsigane” atteint 23 000 personnes.”

Les Tsiganes furent les seuls à ne pas connaître la sélection sur la rampe d’Auschwitz, ils furent aussi les seuls à vivre en famille. La plupart de ces Tsiganes sont morts de faim, de maladies (typhus et Noma pour les enfants) et des suites des expériences médicales pratiquées par le docteur Mengele. En avril et mai 1944, quelques centaines de Tsiganes aptes au travail furent transférés à Buchenwald et Ravensbrück. Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, les 2 897 personnes restées au “camp de familles” furent gazées.

Estimation de la population rom avant la guerre : 20 000
Estimation de la population rom massacrée : 15 000

camp-tsiganes

2/ Pologne

Les persécutions ne commencèrent véritablement qu’après l’invasion de l’URSS en juin 1941.

Des Tsiganes furent internés dans des ghettos (Cracovie, Lodz, Lublin et Varsovie) et dans des camps de travail.

Les persécutions redoublèrent d’intensité en 1942. Le 1er juin, tous les Tsiganes résidant dans les régions de Varsovie et d’Ostro-Masowiecki furent contraints de rejoindre un ghetto. Des massacres de Tsiganes furent perpétrés par des fascistes polonais et ukrainiens dans de nombreuses régions de Pologne. 115 Tsiganes furent tués à Lohaczy en 1942, 96 à Szczurowa et 15 à Berna, en 1943. 104 furent tués à Zahroczyma, 30 à Grochow et une cinquantaine à Karczew. Tous les Tsiganes de Olyce furent fusillés, et il y eut d’autres assassinats à Pyrach, Zyradow, Targowka, Radom, Sluzeca et Komorow. On lâchait les chiens contre les Tsiganes à Poznan.

Il y eut de exécutions massives à Wolyn (Wolhynie) et dans les Carpates. Dans la province de Wolyn, 3 000 à 4 000 tsiganes furent tués par les Allemands, et par les fascistes ukrainiens. Seuls les adultes étaient fusillés. Pour tuer les enfants, on les soulevait souvent par les pieds, et on leur fracassait le crâne à la volée contre les arbres (c’est cher, les balles). On avait également recours à des chambres à gaz mobiles. En 1943 et 1944, environ 600 Tsiganes polonais et 2 600 originaires de Bialystok furent envoyés à Auschwitz.

Environ 13 000 Tsiganes polonais (un quart de la population tsigane) ont trouvé la mort sous l’Occupation.

Estimation de la population rom avant la guerre : 50 000
Estimation de la population rom massacrée : 13 000

3/ Croatie

En avril 1941, le ministre de l’Intérieur Artukovic ordonna l’internement dans des camps de concentration de tous les Tsiganes originaires de Croatie et de Bosnie-Herzégovine. Plusieurs milliers de Tsiganes furent arrêtés et assassinés en mai et juin 1942 notamment dans le camp de concentration de Jasenovac. Des Communistes, des Juifs, des Serbes, des Tsiganes et des Croates opposés au régime y furent massacrés.
Ce camp était composé de 6 camps principaux, mais le camp III C était un camp d’extermination. Quelques Tsiganes y travaillaient, mais la plupart étaient exterminés peu de temps après leur arrivée. Ici, les Tsiganes recevaient moins de nourriture que les autres internés et n’avaient pas accès au camp hôpital. Ils mourraient roués de coups, de faim ou d’épuisement.

Du printemps à l’automne 1942 environ 25 000 Tsiganes y ont été assassinés. Chaque jour, 6 à 12 wagons arrivaient. Les hommes étaient immédiatement tués à coups de maillet et les cadavres enterrés dans les jardins. Puis venait le tour des femmes et des enfants.

Environ 30 000 Tsiganes furent assassinés dans ce camp.

Estimation de la population rom avant la guerre : 28 500
Estimation de la population rom massacrée : 28 000

4/ Serbie

Une forte communauté tsigane résidait en Serbie lorsqu’elle fut occupée par les Allemands en avril 1941 (estimée entre 60 000 et 120 000 parsonnes). Un mois plus tard, l’occupant publia des décrets soumettant les Tsiganes au même traitement que les Juifs. Ceux-ci devaient se faire immatriculer et porter un brassard jaune sur lequel était inscrit le mot “Zigeuner”. Les transports en commun étaient interdits aux Juifs et aux Tsiganes. Les hommes étaient contraints au travail forcé. La plupart des Tsiganes qui furent arrêtés en 1941 servirent d’otages. Pour chaque soldat allemand tué par les partisans, 100 otages devaient mourir. Le 29 octobre 1941, 250 Tsiganes furent arrêtés dans ce but dans les environs de Belgrade. Les Tsiganes, dont les femmes et les enfants des otages, furent ensuite internés dans des camps de concentration situés à Belgrade et sur le territoire croate. Dans le camp de Sajmiste (à la frontière croate), des Tsiganes furent gazés en 1942 dans des camions équipés en chambre à gaz.

Estimation de la population rom avant la guerre : 60 000
Estimation de la population rom massacrée : 12 000

5/ Union-Soviétique et Etats baltes

En Union-Soviétique et dans les Etats baltes, les Tsiganes furent principalement victimes des Einsatzgruppen. Ces unités spéciales allemandes devaient assurer “la sécurité politique des territoires conquis”, c’est-à-dire éliminer toute opposition au national-socialisme et à sa politique de l’espace vital : les commissaires politiques soviétiques, les fonctionnaires et membres du parti communiste, les partisans et les Juifs.

Le 22 juin 1941, Heydrich créa quatre groupes, commandés par des généraux du SD (Service de la sécurité) et de la police : Einsatzgruppe A pour le Nord et les Pays baltes, Einsatzgruppe B pour la région de Moscou, Einsatzgruppe C pour l’Ukraine et Einsatzgruppe D pour le Sud, la Crimée et le Caucase. 3 000 hommes, qui exterminèrent systématiquement tous les éléments jugés indésirables selon les normes politiques et raciales des Nazis, dans le sillage des divisions de la Wehrmacht et de la Waffen SS, lesquelles leur accordaient en cas de besoin des renforts en hommes.
Ces unités spéciales sont responsables du massacre d’un à deux millions de personnes. Les Tsiganes furent exécutés comme les opposants désignés du IIIème Reich parce que soupçonnés d’être des partisans, mais aussi parce que considérés comme “des éléments dangereux pour la sécurité par leur existence biologique”. Michael Zimmermann, historien allemand, a retrouvé la trace de plusieurs milliers d’exécutions de Tsiganes commises par les Einsatzgruppen. Au printemps 1942, 71 Tsiganes furent exécutés dans la région de Leningrad par l’Einsatzgruppe A. En septembre 1941, l’Einsatzgruppe B réserva un “traitement spécial” (pas de questions sur le “traitement spécial”, je vous prie, personne ne veut vraiment savoir) à 13 hommes et 10 femmes tsiganes accusés de terroriser la population locale et d’avoir commis de nombreux vols. De nombreux Tsiganes furent tués ou enterrés vivants dans la région de Smolensk par les hommes de l’Einsatzgruppe D. Des Tsiganes figuraient parmi les victimes identifiées comme étant des “asociaux, des saboteurs, des pilleurs, des partisans, des personnes mentalement et racialement indésirables”.

Gardons une pensée pour le fameux massacre de Babi Yar ( plus grand massacre de la Shoah par balles) mené par les Einsatzgruppen nazis en URSS : 33 771 personnes (Juifs, prisonniers de guerre soviétiques, communistes, Roms, Ukrainiens et otages civils) assassinés par les nazis et leurs collaborateurs locaux (principalement le 201e bataillon Schutzmannschaft), les 29 et 30 septembre 1941 aux abords du ravin de Babi Yar.

babi-yar-tsiganes

Babi Yar

Les unités A, B et C ne recherchaient pas systématiquement les Tsiganes comme ils le faisaient pour les Juifs. Les Tsiganes étaient, la plupart du temps, livrés par l’armée, dénoncés par la population russe, saisis lors d’une vérification dans les prisons, tués durant des contrôles de la population civile dans les zones situées près du front ou encore ramassés par une unité.

Il en allait tout autrement pour l’Einsatzgruppe D. Cette unité massacra en Crimée entre 2 000 et 2 400 Tsiganes dont les 800 habitants du quartier tsigane de la ville de Simferopol en décembre 1941. Les Tsiganes étant des Musulmans parlant le Tatar, les Allemands demandèrent à deux habitants de les aider à les identifier. Le 1er décembre 1941, tous les Tsiganes furent expulsés de leurs maisons et conduits sur une place située sur la route reliant Simferopol à Karasubarar. Tous leurs objets de valeurs furent confisqués pour être expédiés à Berlin. Les Tsiganes furent conduits après s’être déshabillés – leurs vêtements furent distribués à la population locale – au bord d’une tranchée de deux mètres de profondeur préparée avec des explosifs par un ingénieur de l’armée pour les Einsatzgruppen. On ordonna aux Tsiganes de faire face à la tranchée puis un peloton les exécuta d’une balle dans la tête. Les hommes du Einsatzgruppe D (de véritables stakhanovistes du meurtre!) exécutèrent du 15 janvier au 15 février 1942 91 personnes identifiées comme étant “des pilleurs, des saboteurs et des asociaux”, dans la seconde moitié du mois de février 421 “Tsiganes, asociaux et saboteurs” et en mars 1942 810 “asociaux, Tsiganes, malades mentaux et saboteurs” et 261 “asociaux dont des Tsiganes”.

L’Einsatzgruppe D est responsable de l’assassinat d’environ 31 000 personnes dont une majorité de Juifs entre le mois de novembre 1941 et le mois de mars 1942. La Wehrmacht eut un rôle non négligeable dans ces exécutions ; elle remettait les victimes aux Einsatzgruppen et fournissait la logistique. Dans certain cas, elle participait elle-même aux massacres. En mai 1942 la 281ème division tua 128 Tsiganes à Noborshev.

3 à 5 000 Tsiganes furent tués dans les Etats baltes. La plupart des Tsiganes d’Estonie furent exécutés entre 1941 et 1943. L’extermination systématique des Tsiganes, dans les Etats baltes, commença en décembre 1941 avec l’assassinat de 100 Tsiganes de Libau en Lettonie. Dans l’est du pays, les Tsiganes furent regroupés dans trois villes : Ludsa, Rezenke et Vilani. A Ludsa, ils furent enfermés dans une synagogue qui fut incendiée. Les survivants furent “déportés dans les forêts” où ils furent exécutés le 6 janvier 1942. En 1943, les massacres furent stoppés et les Tsiganes furent incorporés dans l’armée allemande pour combattre les forces soviétiques.

Selon l’historien Michael Zimmermann, entre 2 000 et 2 400 Tsiganes furent exécutés en Crimée par l’Einsatzgruppe D, de même que la moitié des 3 800 Tsiganes de Lettonie, tout comme la presque totalité de la population tsigane en Estonie et Lituanie.

Donald Kenrick, quant à lui, estime que 30 000 Tsiganes ont été tués en Biélorussie, Russie et Ukraine.

URSS :

Estimation de la population rom avant la guerre : 100 000
Estimation de la population rom massacrée : 30 000

Estonie :

Estimation de la population rom avant la guerre : 1 500
Estimation de la population rom massacrée : 1 500

Lettonie :

Estimation de la population rom avant la guerre : 3 500
Estimation de la population rom massacrée : 2 000

Lituanie :

Estimation de la population rom avant la guerre : 1 500
Estimation de la population rom massacrée : 1 500

6/ Roumanie

En Roumanie le régime d’Antonescu pratiqua la déportation des Tsiganes uniquement dans certaines régions.

En 1941 et 1942, environ 25 000 Tsiganes de la région de Bucarest furent déportés vers les territoires ukrainiens occupés par la Roumanie et appelés Transdniestrie. En 1942, dans le cadre du plan “pour la purification de la nation roumaine”, tous les habitants du village tsigane de Buda-Ursari furent déportés en Ukraine. En 1944, un camp d’internement fut édifié à Tiraspol. Dans le reste de la Roumanie, les Tsiganes étaient plus ou moins libres. Donald Kenrick estime que 9 000 Tsiganes ont péri sur les 46 000 déportés.

Estimation de la population rom avant la guerre : 300 000
Estimation de la population rom massacrée : 36 000

7/ France

Des camps sont ouverts par le gouvernement Daladier pour regrouper les réfugiés de la Guerre civile espagnole (décret-loi du 12 novembre 1938 de Daladier qui prévoit l’internement des “indésirables étrangers”, élargi par la loi du 18 novembre 1939 qui permet l’internement “de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique”) . Ces camps furent créés pour les 500 000 réfugiés de la Guerre civile espagnole (le plus célèbre reste le camp de Gurs, dans les Pyrénées-Atlantiques).

En 1939-1940, on a :

– les camps qui internent Allemands et Autrichiens antinazis, souvent Juifs, ayant fui le nazisme depuis 1933 , mais considérés comme ressortissants ennemis ;
– les camps de nomades qui internent “individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani” (Manouches, Gitans, Roms, Sintés, et plus généralement Tsiganes) ;

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Vue aérienne du camp de nomades d’Argelès (France)

– les camps de prisonniers de guerre allemands (camp des Milles) ; compte tenu du déroulement des opérations, les soldats allemands prisonniers furent peu nombreux.

Des camps d’internement des Tsiganes firent aussi leur apparition sous le régime de Vichy. Les deux camps principaux furent Montreuil-Bellay et Jargeau.

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Camp d’internement tsigane de Montreuil-Bellay (France)

Les Tsiganes de France n’ont pas été déportés (sauf ceux des départements du Nord et du Pas-de-Calais rattachés au gouvernement militaire allemand de Bruxelles) essentiellement parce que les Allemands ont ordonné aux autorités françaises de procéder à leur internement. Ces autorités ont arrêté uniquement les nomades porteurs du carnet anthropométrique (vous savez, ce carnet que les Tsiganes ont dû garder en France jusqu’en 2015, on est le pays des droits de l’homme, on s’assume…), c’est-à-dire les seuls Tsiganes clairement identifiés en France.

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Carnet anthropométrique

L’invasion allemande n’avait pas permis l’application du décret du 6 avril 1940 dans tous les départements. Toutes les personnes qui furent internées dans les camps d’internement pour nomades n’étaient pas des Tsiganes ; il y avait parmi eux des clochards et des gens que la quête du travail avait jeté sur les routes. Les Allemands ne pouvaient pas ordonner la déportation des Tsiganes de France au vu de ces informations : trop nombreux auraient été les Tsiganes à échapper à la déportation. N’ayant pas les moyens de procéder eux-mêmes au recensement de tous les Tsiganes, il semble que les Allemands aient décidé de remettre à plus tard leur projet. La victoire des Alliés ne leur laissa pas le temps d’exterminer l’ensemble du peuple tsigane.

Estimation de la population rom avant la guerre : 42 000
Estimation de la population rom massacrée : 14 000

Allez, juste pour s’amuser, les chiffres de quelques autres pays (faut savoir reconnaître les efforts!)

Autriche :

Estimation de la population rom avant la guerre : 11 200
Estimation de la population rom massacrée : 6 500

vienne-rafle-familles-tsiganes

Vienne, rafle de familles tsiganes

Belgique :

Estimation de la population rom avant la guerre : 600
Estimation de la population rom massacrée : 352

Bohême-Moravie :

Estimation de la population rom avant la guerre : 13 000
Estimation de la population rom massacrée : 5 500

Pays-Bas :

Estimation de la population rom avant la guerre : 300
Estimation de la population rom massacrée : 200

Hongrie :

Estimation de la population rom avant la guerre : 100 000
Estimation de la population rom massacrée : 28 000

Italie :

(Toujours à la traîne ces Italiens, des fainéants!)
Estimation de la population rom avant la guerre :25 000
Estimation de la population rom massacrée : 2 000

Les chiffres que j’ai pu trouver étant extrêmement variables d’un historien à l’autre, j’ai fait une moyenne, et (désolée) systématiquement pris en compte, pour les estimations, la moyenne basse.

Les avis des historiens continuent aujourd’hui à diverger sur le nombre total de victimes.
Disons qu’il y en a eu en tout de 250 000 à 1,5 million.

.

Anne Tempelhoff pour Kedistan


Bibliographie :
ASSEO Henriette : Contrepoint : La question tsigane dans les camps allemands
FINGS Karola, HEUSS Herbert, SPARING Frank : De la “science raciale” aux camps, Les Tsiganes dans la Seconde Guerre mondiale
HOHMANN Joachim S. : Le génocide des Tziganes: La politique nazie d’extermination
KENRICK Donald, PUXON Grattan : Les Tsiganes sous l’oppression nazie
MC Hubert : Mémoires tsiganes.

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