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Sur ce sujet de Sainte Sophie, qui a largement occupé l’actualité en Turquie, et trouvé écho à l’extérieur, nous avons vu passer de nombreux articles écrits à toutes les sauces… Les kedi, plutôt que faire “du Etienne Copeaux”, ont préféré le prier de reprendre le clavier… Nous le remercions de ne pas avoir décliné notre demande.

Voilà une excellente mise à jour, dont tout journaliste, analyste devrait profiter…



Il est un peu agaçant de voir les médias découvrir subitement certains sujets, dont ils font une « nouveauté » simplement parce qu’ils sont nouveaux pour eux. Il en est ainsi de la restitution de Sainte-Sophie au culte musulman, ce 11 juillet 2020. Erdogan franchirait pour l’occasion un pas important dans la destruction de la laïcité instaurée par Atatürk, laissant entendre, comme chaque fois, qu’avant Erdogan tout était pour le mieux. La Turquie étant, bien entendu, comme le veut une certaine légende du XXe siècle, « le seul pays musulman laïque », et Atatürk étant perçu, encore et toujours, comme le modernisateur, celui qui a extrait la Turquie de l’obscurantisme.

On ne le dira jamais assez : Atatürk est celui qui a entériné le génocide des Arméniens (1915) et les premières expulsions de chrétiens orthodoxes (1914, puis 1923), il est celui qui a fondé une république prétendument laïque mais seulement alors qu’elle avait été « débarrassée de ses éléments allogènes » (l’expression est de son ami l’anthropologue suisse Eugène Pittard). « Allogènes », c’est-à-dire non musulmans. Il faut rappeler encore que tous les « échanges de population » et autres expulsions de masse de l’époque, que ce soit avant ou après l’instauration de la république, étaient fondés sur des critères religieux et non linguistiques ou « ethniques ». Ainsi, lors du « Grand Échange » de 1923 ont été expulsés d’Anatolie les  “Grecs”  qui en réalité étaient des orthodoxes turcophones, et expulsés des Balkans les “Turcs”, en réalité Bosniaques et Epirotes musulmans qui ne parlaient pas un mot de turc.

Bref, la république de 1923 a été créée comme la maison commune des musulmans de la région. Le processus a été complété, comme chacun sait, par des pogroms anti-juifs en 1934, l’expulsion massive des orthodoxes d’Istanbul (c’était alors encore une ville « grecque ») entre 1955 et 1964, et enfin l’expulsion des orthodoxes du nord de Chypre, manu militari, en 1974. En ce 25e anniversaire de Srebrenica, il est bon de rappeler que nos amis turcs, nos alliés de l’OTAN, ont perpétré un parfait nettoyage ethnique tout au long du XXe siècle, y compris par génocide.

En 1935, la transformation de Sainte-Sophie en musée par Atatürk n’est donc qu’un petit jouet, un grelot, comme d’autres mesures, agité pour abuser les Occidentaux naïfs qui ont oublié tout le reste, tout ce que j’ai énuméré ci-dessus, grâce à ce geste qualifié aujourd’hui d’ « apaisant », de « moderne » et que sais-je encore.

La passion actuelle des médias pour Sainte-Sophie me met en rage et voici pourquoi :
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