Voici l’élé­ment de lan­gage de tout.es les politicien.nes qui sou­ti­en­nent le droit des géno­cidaires à se défendre, lorsque la ques­tion de “recon­naître la Pales­tine” leur est posée.

Mais nous deman­der à nous si “recon­naître un Etat” est notre pri­or­ité, c’est comme deman­der à un végan si la viande bio est préférable au boeuf aux hor­mones cana­di­en. La ques­tion est mal posée. Je développe.

La ques­tion de la recon­nais­sance de la Pales­tine est aujour­d’hui plus que jamais fondamentale.

Et la recherche d’un con­sen­sus poli­tique large transna­tion­al ne se fera pas sur une intran­sigeance anar­chiste dans ces con­di­tions où la guerre dicte la loi de son talon de fer. Car le sujet n’est pas non plus de recon­naître un Etat, mais l’ex­is­tence d’une représen­ta­tion poli­tique d’un Peu­ple, et donc recon­naître à ce Peu­ple le droit d’ex­is­ter quand un géno­cide con­tre lui est en cours.

Du Jour­dain à la mer, s’é­tend la Pales­tine his­torique, et cette his­toire n’ap­par­tient pas à une quel­conque représen­ta­tion ou insti­tu­tion poli­tique d’é­tat con­tem­po­raine. C’est un fait et une réalité.

Et le Droit Inter­na­tion­al recon­naît, depuis même 1948 et le “partage” de la Pales­tine, le droit des Pales­tiniens à leur autodéter­mi­na­tion. De nom­breuses autres réso­lu­tions depuis con­fir­ment une solu­tion “à deux Etats” néces­saire. L’E­tat d’Is­raël n’en a lui recon­nu aucune. La démarche d’Oslo qui s’en approchait a été tor­pil­lée par ceux au pou­voir aujour­d’hui, courant poli­tique du Hamas d’alors compris.

Les représen­ta­tions poli­tiques et insti­tu­tion­nelles dont veu­lent se dot­er les pop­u­la­tions de ce ter­ri­toire sont du ressort de leurs déci­sions poli­tiques. Mais pour cela ces déci­sions doivent pou­voir s’ex­primer hors du joug total­i­taire d’un Etat-nation et là en l’oc­curence, celui d’Is­raël, qui ne saurait être l’ar­bi­tre des élégances.

Recon­naître, à tord ou à rai­son, que depuis 1948, les peu­ple­ments de la Pales­tine ont été affec­tés par des déci­sions de droit inter­na­tion­al, au sor­tir de l’holo­causte, et par l’ex­ode mas­sif de pop­u­la­tions juives venues d’Eu­rope, rejoignant celles déjà présentes, et enfin, la déci­sion des vain­queurs de la 2e guerre mon­di­ale d’in­stau­r­er un état d’Is­raël en Pales­tine, c’est juste enreg­istr­er et con­stater une réal­ité qui s’est imposée depuis. Même si cette réal­ité a tout autant été créée par l’ex­ode for­cé de la Nak­ba, impul­sé par l’idéolo­gie sion­iste et colo­nial­iste, qui per­dure jusqu’à aujourd’hui.

La ques­tion n’est donc pas non plus de recon­naître l’ex­is­tence légitime d’un Etat d’Is­raël, mais de com­bat­tre cet Etat pour ce qu’il est : un Etat-nation mes­sian­ique exclu­ant et colo­nial­iste. Et, en ce sens, con­stru­ire durable­ment un Etat pales­tinien du même type à côté c’est per­pétuer un état de guerre per­ma­nent pos­si­ble, et non une garantie de sécu­rité pour l’un ou l’autre, dans l’é­tat des haines présentes et des représen­ta­tions poli­tiques belliqueuses ou défail­lantes. Dilemme. D’au­tant que la ques­tions des colonies qui occu­pent illé­gale­ment des por­tions entières est un autre sujet, au coeur égale­ment des exac­tions et assas­si­nats actuels.

La vraie ques­tion est celle de la recon­nais­sance de la Pales­tine et de l’ensem­ble des pop­u­la­tions qui la com­posent, avec la néces­sité d’une représen­ta­tion et d’une recon­nais­sance de toutes ses com­posantes, eth­niques, religieuses, cul­turelles, dans une même entité pales­tini­enne, même si des étapes s’im­poseraient pour un tel processus.

Cela sup­poserait donc la dis­pari­tion de l’E­tat d’Is­raël actuel et l“apparition poli­tique de zones de peu­ple­ment fédérées et recon­nues, représen­tées dans un cadre démoc­ra­tique, chaque zone admin­istrée démoc­ra­tique­ment respec­tant la diver­sité de son peu­ple­ment, à part égale, dans sa représen­ta­tion poli­tique. Certes une utopie aujour­d’hui, mais qui n’ex­iste pas seule­ment dans l’e­sprit des “anar­chistes”.

C’est un mod­èle, inspiré du com­mu­nal­isme démoc­ra­tique, que prô­nent idéologique­ment les Kur­des, par exem­ple, et qu’ils n’ont tou­jours pas réus­si à faire exis­ter réelle­ment en grand, même si le Roja­va s’en voulait pro­mo­teur et embry­on. La sit­u­a­tion en Syrie bloque toute évo­lu­tion pos­si­ble du proces­sus et le con­duit à un repli sur lui-même. La Turquie de son côté est un Etat-nation aux antipodes de ce pro­jet. Ne par­lons pas de l’I­rak ni de l’I­ran. Le temps du con­fédéral­isme démoc­ra­tique n’est pas encore venu, mais le chemin est tracé. Sans utopie poli­tique, point de débat, point d’a­vancées démoc­ra­tiques pos­si­bles vers la paix, et des déci­sions qui soient pris­es au niveau des Peu­ples. Le mou­ve­ment kurde devrait davan­tage ouvrir ce débat en direc­tion de la résis­tance pales­tini­enne, du moins de ses com­posantes démoc­ra­tiques qui se sont pas dans les geôles israéliennes.

Les ter­ri­toires de Pales­tine appar­ti­en­nent à celles et ceux qui les peu­plent aujour­d’hui, et cette recon­nais­sance est de droit, dès lors où ces peu­ple­ments ne sont pas indus et résul­tats d’oc­cu­pa­tions illé­gales. (Ce qui est le cas pour la majorité des colonies). Et recon­naître ce ter­ri­toire du Jour­dain à la mer est le con­traire de le faire dis­paraître, le recon­naître tel qu’il est peu­plé, et vouloir qu’il ait un avenir. Le gou­verne­ment actuel dans la par­tie israéli­enne comme la dépouille de l’au­torité pales­tini­enne devront céder la place pour cela. Voir aujour­d’hui sur­gir une relève poli­tique crédi­ble ne pour­ra advenir qu’avec une paix durable, dont le cessez le feu ne serait que le prémisse. Les mas­sacres en cours n’en­cour­a­gent pas à l’op­ti­misme sur des avancées.

Ce n’est aucune­ment dévelop­per une pen­sée anti­sémite que de remet­tre en cause l’E­tat d’Is­raël dans sa forme et sa nom­i­na­tion d’au­jour­d’hui. D’au­tant que depuis peu, sa déf­i­ni­tion a pris un tour mes­sian­ique et per­du son car­ac­tère laïc. Vouloir anéan­tir les Juifs qui sont en Pales­tine ou leurs droits fon­da­men­taux d’y exis­ter à part entière, avec les autres com­posantes, le serait. En ce sens, l’idéolo­gie dévelop­pée par le Hamas des orig­ines était fon­da­men­tale­ment anti­sémite, tout comme le mes­sian­isme sion­iste à l’op­posé est un racisme anti-arabe, qui jus­ti­fie la coloni­sa­tion. L’autre est un “ani­mal” ou un “enne­mi”. Les inten­tions géno­cidaires ne se cachent même plus. Quiconque encour­age ou sou­tien ce qui se déroule en ce moment sou­tient et promeut une démarche géno­cidaire avérée, et à min­i­ma des crimes con­tre l’humanité.

Je fais par­tie d’une généra­tion qui avait 17 ans en 1967 (Guerre des 6 jours), et donc 23 en 1973 (Guerre du Kip­pour) et qui se for­ma aux débats sur la Pales­tine et Israël au con­tact d’é­tu­di­ants pales­tiniens laïcs engagés et de juifs paci­fistes de gauche. A cette époque, l’idée des paci­fistes de gauche était celle d’in­sti­tu­tions bi-nationales et de la recherche de la paix avec les Etats arabes, après ces guerre où se ren­força la notion de “ter­ri­toires occupés” tout autant que celle de “résis­tance pales­tini­enne”. Cette utopie fut très vite dom­inée et effacée par la volon­té de lutte armée, dans une sit­u­a­tion déjà blo­quée, côté pales­tinien, et de l’idéolo­gie “sécu­ri­taire” décrivant Israël comme assiégé et menacé.

Je mesure le fos­sé qui s’est creusé en un demi siè­cle, et la hau­teur des murs qui se sont élevés. Et, à la lumière des cartes de la coloni­sa­tion, je lis tout autant la dif­fi­culté à trou­ver la bonne réponse dans cette fameuse “solu­tion à deux Etats”. Le ter­ror­isme aveu­gle des uns répon­dant aux mas­sacres et exac­tions à répéti­tion des autres a de plus brouil­lé toute réflex­ion poli­tique, pour ne laiss­er que le vide favor­able à l’ex­trême droite mes­sian­ique cor­rompue ou au sec­tarisme religieux total­i­taire et ter­ror­iste. Le rôle de gen­darme région­al joué par l’E­tat d’Is­raël dans la région, et les sou­tiens impéri­al­istes qu’il a reçu de ce fait jusqu’i­ci a fini d’éloign­er toute réflex­ion inter­na­tionale con­cer­nant la réso­lu­tion des con­flits sur place, faisant inter­venir de plus en plus des alliances d’in­térêts inter­na­tionaux avec les pays arabes, passés sur le dos de la ques­tion pales­tini­enne. L’im­péri­al­isme améri­cain en est le pre­mier respon­s­able, avec sa poli­tique guer­rière au Moyen-Orient.

La Pales­tine est dev­enue peu à peu un mot archaïque, et Israël un Etat “démoc­ra­tique occi­den­tal”, men­acé au Moyen-Ori­ent. Le 7 octo­bre a levé le voile sur cette impos­ture, de la plus mau­vaise des manières.

Et, de gou­verne­ment en gou­verne­ment, après l’as­sas­si­nat du dernier homme d’E­tat israélien capa­ble d’en­vis­ager une solu­tion de paix en Pales­tine, après le tor­pil­lage en règle des accords d’Oslo, pour­tant si indi­gents, on en arri­va à une extrême droite mes­sian­ique offi­cielle­ment au pou­voir, qui avait choisi son “oppo­si­tion pales­tini­enne”, le Hamas, en la finançant à Gaza. La “résis­tance” pales­tini­enne n’avait plus de choix poli­tique que col­la­bor­er ou dis­paraître dans la cor­rup­tion. Les pop­u­la­tions israéli­ennes ont dérivés vers le tout sécu­ri­taire et au mieux l’ig­no­rance des Pales­tiniens, dans un régime d’a­partheid organisé.

Avouez que le 7 octo­bre, dans tout ça, n’a rien de fon­da­teur, et n’est qu’une mon­stru­osité que d’au­cuns utilisent pour légitimer les leurs et avancer au grand jour leurs inten­tions géno­cidaires, voire les met­tre en oeu­vre en util­isant leurs moyens d’Etat.

Nous sommes là telle­ment loin de l’an­tisémitisme, tant nous sommes loin du Peu­ple juif et de sa pos­si­bil­ité de vivre en paix, tant les fau­teurs de guerre les amè­nent au chaos et leur pré­par­ent un avenir d’in­sécu­rité per­ma­nente et de haines recuites. Les dirigeants actuels de l’E­tat d’Is­raël, celles et ceux qui les sou­ti­en­nent, font davan­tage con­tre le Peu­ple juif que ne l’ont fait les nation­al­ismes arabes ou les anti­sémites du monde entier ces dernières décen­nies. Ils détru­isent leur avenir. Et les extrêmes droites racistes européennes ne s’y se sont pas trompées. Elles ont trou­vé là un allié dans leur guerre de “civil­i­sa­tion”, met­tant pour un temps de côté leur anti­sémitisme de tra­di­tion, comme d’ailleurs le fait l’ex­trême droite israéli­enne en par­lant de “défense de la civil­i­sa­tion judéo-chré­ti­enne”, faisant oubli­er les orig­ines his­toriques chré­ti­ennes de l’an­tisémitisme mas­sacreur. Ces extrêmes droites utilisent la douleur des familles d’o­tages pour dévelop­per leur agen­da politique.

Dif­fi­cile dans tout cela de faire le tri par­mi ceux qui nous pro­fessent tou­jours “le droit d’Is­raël à se défendre” alors que la jus­tice inter­na­tionale inter­vient au con­traire sur la néces­sité de “préven­tion d’un géno­cide” et lance des incul­pa­tions pour “crimes de guerre et crimes con­tre l’hu­man­ité”.

Il est même des ani­ma­teurs de pro­pa­gande qui invi­tent un des pressen­tis inculpés pour “éclair­er le débat” en France. On nage en plein délire et surtout on cou­vre et tente de légitimer ce qui fera l’ob­jet d’une procé­dure de recon­nais­sance de géno­cide, quand le moment sera venu.

Les con­séquences sont mul­ti­ples et lourdes.

Inutile de ren­tr­er dans une compt­abil­ité macabre des morts de part et d’autre, mais utile de dénon­cer le dou­ble stan­dard per­ma­nent qui hiérar­chise les vic­times entre “peu­ple élu” et “ani­maux ter­ror­istes”, pour décrypter l’hypocrisie de cer­tains pro­pos repris en boucle par la pro­pa­gande. Ces mas­sacres à répéti­tion sont des crimes de guerre, des crimes con­tre l’hu­man­ité, au regard des jurispru­dences et textes du Droit Inter­na­tion­al com­mun, 7 octo­bre com­pris. Et ils encour­a­gent tous les crim­inels poli­tiques, tant les paroles “offi­cielles” sont suiv­ies de leur inverse, que ce soit sur les armes, les sanctions…

Le déplace­ment for­cé des pop­u­la­tions, dans une plus grande ampleur encore de ce que fut déjà la Nak­ba, leur pri­va­tion des moyens de vie les plus élé­men­taires, les blo­cus, les destruc­tions sys­té­ma­tiques d’in­fra­struc­tures vitales, de lieux de cul­ture, d’en­seigne­ment, de cultes, tout cela est con­sti­tu­tif d’une démarche géno­cidaire. Et la Cour de Jus­tice en a aver­ti. L’hu­man­i­taire même a fait l’ob­jet de manip­u­la­tion, tan­dis que le blo­cus et la pénurie était organisée.

La pro­pa­gande israéli­enne a pris le dessus sur l’in­for­ma­tion, alors que plus de 100 jour­nal­istes pales­tiniens ou non ont été assas­s­inés à Gaza et que tout jour­nal­iste était visé, quand il/elle pou­vait forcer le blo­cus. La grande majorité des médias inter­na­tionaux se sont habitués à col­porter le men­songe, et à manip­uler leurs opin­ions, au nom du “droit d’Is­raël à se défendre“et de la “lutte con­tre l’an­tisémitisme”. En France, par exem­ple, on compte sur les doigts de deux mains les jour­nal­istes de télévi­sion qui font leur méti­er en ce moment dans cet univers de pro­pa­gande sion­iste, et les “spé­cial­istes” qui parvi­en­nent encore à être invités mirac­uleuse­ment sur les plateaux. Dans une péri­ode où l’ex­trême droite jubile, le fait que le jour­nal­isme s’habitue à relay­er mas­sive­ment la pro­pa­gande est de mau­vais augure.

La pro­pa­gande sion­iste et ses relais inter­na­tionaux détru­isent l’idée même de “Droit Inter­na­tion­al” et ses moyens de guerre le respect le plus élé­men­taire de l’aide human­i­taire. Toutes les ONG devi­en­nent “anti­sémites”, toutes les insti­tu­tions, jusqu’à la CPI, aus­si désignée. La rad­i­cal­ité sion­iste d’ex­trême droite brise l’idée même de Droit, quand elle ne la trans­forme pas en reli­giosité divine. Le com­bat con­tre le Hamas est qual­i­fié de qua­si divin et d’ex­is­ten­tiel. Et, à l’in­ter­na­tion­al, les “Etats” dits démoc­ra­tiques qui devraient s’arc bouter pour défendre le Droit Inter­na­tion­al, les con­ven­tions qu’ils ont signé, les Insti­tu­tions, se taisent ou par­ticipent au lyn­chage. Les gou­verne­ments courageux qui prô­nent le Droit con­tre la guerre de Tsa­hal devi­en­nent rares par­mi les “Occi­den­taux”. Le dou­ble stan­dard entre Ukraine et Gaza en devient grotesque.

L’ef­fet poli­tique est à la hau­teur de cette pro­pa­gande qui promeut racisme et inhu­man­ité au pre­mier rang. Tous les islam­o­phobes sont ain­si récom­pen­sés et encour­agés à essen­tialis­er des pop­u­la­tions sur leur pro­pre sol.

L’ef­fet Bibi est tout aus­si dévas­ta­teur que l’ef­fet Pou­tine, con­cer­nant le Droit Inter­na­tion­al, et com­plète ain­si l’ef­fet Irak qui per­dure, dans l’impunité.

Ain­si la défense à min­i­ma du Droit Inter­na­tion­al et de ses insti­tu­tions décriées devient qua­si une tâche mil­i­tante fon­da­men­tale et essen­tielle, dans ce délabre­ment des rela­tions inter­na­tionales, où l’ONU devient une coquille à pal­abres, tant ses mem­bres per­ma­nents du Con­seil de Sécu­rité la déconsidèrent.

Ain­si se ral­li­er au peu qui pour­rait refaire con­sen­sus, ou aller dans cette direc­tion, devient utile.

La recon­nais­sance d’un “Etat pales­tinien” devient un de ces moyens, et en ce sens, n’a rien de sym­bol­ique, et ne peut atten­dre “un moment venu”.

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Daniel Fleury
REDACTION | Auteur
Let­tres mod­ernes à l’Université de Tours. Gros mots poli­tiques… Coups d’oeil politiques…