Voici les “chroniques de la révolution kurde”, journal présenté par Ronahi TV chaque dimanche. Un retour sur la semaine du 12 au 18 février 2017. Il s’agit de l’émission régulière en langue française, que vous trouverez ici, chaque semaine, en partenariat avec Kedistan.

Les gros titres :

• RAQQA : Poursuite des opérations militaires – Analyses
• INVASION TURQUE DE LA SYRIE : Bombardements meurtriers à BAB – Quelles perspectives
• SUR LE PLAN DIPLOMATIQUE : ILHAM EHMED (MSD) de retour de Washington
• 15 FÉVRIER : Jour noir – Commémorations
• HEWLER : Le KDP à contre courant
• TURQUIE : Climat de guerre civile – Silence on torture !


 

 

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Le journal Ronahi TV en 24 minutes

RAQQA
POURSUITE DES OPÉRATIONS MILITAIRES

L’opération « colère de l’Euphrate » se poursuit. Les efforts des forces démocratiques syriennes se portent sur les territoires situés à l’est de Raqqa, pour lui couper toute forme d’approvisionnement depuis la ville de Deir Azzor.

Au dernier bilan des opérations, un bilan communiqué dimanche dernier par le porte-parole des FDS, le colonel Talal Ali Silo, les FDS ont repris au Daesh lors de la troisième phase de l’opération « colère de l’Euphrate », plus de 700km carrés de terres dans les campagnes situées au nord-est de la ville de Raqqa.

98 villages ont été libérés. 124 membres de Daesh ont été tués et de nombreux autres blessés.
Les forces démocratiques sont maintenant aux portes de la ville de Raqqa. Elles sont soutenues par les avions de la coalition menée par les Etats-Unis ainsi que par des troupes au sol.
Lors des combats, 13 membres des FDS ont malheureusement perdu la vie.
Jeudi, un second volet de la troisième phase des opérations militaires pour libérer Raqqa s’est ouvert, plus à l’est, depuis la région de Mekmen.
A mi-chemin entre la ville de Raqqa et celle de Hasaké, les FDS ont repris les villages de Siyad et de Hassan Zeid. Cette colonne doit percer les positions du daesh afin de reprendre les terres situées à proximité de Deir Azzor, ce qui permettra d’isoler complètement le Daesh de ses autres positions. Les combattants du conseil militaire de Deir Azzor ont d’ailleurs pris part dans cette nouvelle offensive, qui permettra en même temps de libérer leur ville du Daesh.
Et puis, ce jeudi toujours, 165 nouveaux combattants arabes originaires de Raqqa ont été diplômés de l’académie militaire Abu Leyla, en présence de commandants des FDS et de représentants de la tribu des El-Fedan.
Après avoir prêté serment, les nouveaux combattants des FDS ont rejoint leurs nouvelles positions sur la ligne de front de Raqqa.

RAQQA
ANALYSE
Quels sont les enjeux de la bataille de Raqqa ? Quelles seront les conséquences de la libération de cette ville pour l’avenir de la révolution en cours en Syrie ? Voici quelques éléments d’analyse.
Cela fait plus de trois ans que le Daesh considère Raqqa comme sa capitale. C’est la plus grande ville sur la rive orientale de l’Euphrate. Avant l’occupation du Daesh, il y avait à Raqqa, comme dans tant d’autres villes de Syrie, une mosaïque de peuples et de croyances.
Aujourd’hui, des milliers de jeunes hommes et de jeunes femmes originaires de Raqqa ont rejoint les forces démocratiques syriennes pour libérer leur ville. Cette présence de plus en plus importante d’éléments combattants qui ne sont pas kurdes au sein des FDS est un gage de légitimité de cette force militaire appelée à devenir un jour la nouvelle armée nationale syrienne.
Les chefs tribaux locaux et la population attendent énormément de ces combattants de la liberté. La nouvelle administration américaine continue également d’apporter son soutien militaire pour contribuer au succès croissant des unités FDS.
La libération de Raqqa sera un coup fatal au Daesh. Et la fin du règne de la terreur dans cette ville marquera aussi les fondations d’une Syrie démocratique et fédérale. Ce sera une Syrie qui garantira la liberté du Rojava.

INVASION TURQUE DE LA SYRIE
BOMBARDEMENTS MEURTRIERS À BAB

Les forces armées turques sont toujours coincées à hauteur de la ville de Bab. Elles ne parviennent pas à reprendre la ville au Daesh. Par contre, elles détruisent la ville et bombardent aveuglément les civils.
Le martyre de la ville de Bab, ce sont toutes ces victimes des bombardements aveugles de l’aviation et de l’artillerie turque.
Il y a dix jours, vendredi 10 février, les avions turcs tuaient 27 civils, en blessaient 37 autres ; il y a une semaine, dimanche dernier, une nouvelle vague de bombes s’abattait sur Bab. Des dizaines de victimes succombaient aux bombes turques. Des familles complètes ont été décimées, notamment celles d’Abdul Qader Yusuf Waky, de Mazen Akkam, de Muhammad Adib Bakkoor.
La nuit de lundi à mardi, nouveau massacre : 15 membres de la famille de Karkanaz ont été tués. 70% de la ville de Bab est déjà détruite. Selon les observateurs sur place, l’objectif de ces destructions est d’empêcher les habitants de revenir habiter chez eux plus tard. Le combat contre le Daesh n’est qu’un prétexte. Le projet turc de repeuplement de la région par d’autres habitants, Arabes et Turkmènes, a d’ailleurs été reconfirmé par le président Erdogan lui-même lors d’une interview qu’il a donnée lundi sur une chaine de Bahreïn.
En attendant, les réfugiés affluent vers le canton kurde d’Afrin. Mardi, les asayish, les policiers kurdes du canton, accueillaient encore 600 nouveaux réfugiés à hauteur du passage de Qatma. Ils ont rejoint le groupe de plus de 1.000 réfugiés qui les avait déjà précédés le vendredi.
Aucun secours extérieur ne parvient jusqu’au canton d’Afrin pour prendre en charge ces réfugiés. Le canton kurde est complètement isolé par l’embargo de la Turquie.

BAB
QUELLES PERSPECTIVES ?

Les civils payent un lourd tribut à l’opération turque d’invasion du nord de la Syrie. Mais les troupes turques perdent elles aussi de nombreux combattants. A Bab, la situation militaire peut changer d’heure en heure. Et les forces du régime sont à moins d’un kilomètre au sud de la ville.
Samedi 11 février, 26 éléments de l’armée d’occupation turque étaient tués dans les combats qui se livrent à Bab.
Ce mercredi, plus au nord, à Raï, un véhicule explosait près d’un quartier général des forces armées turques. Il y aurait eu là encore plusieurs dizaines de tués parmi les soldats turcs et les membres des bandes armées qui les accompagnent.
Il semble bien que les projets d’Erdogan pour la Syrie soient compromis. Pourtant, l’opération turque « bouclier de l’Euphrate » avait bien commencé. Daesh avait accepté de remettre à la Turquie les villes de Dabiq et de Jarablus. Et puis, à Bab, l’ancien protégé d’Erdogan s’est rebiffé.
Ailleurs en Syrie, la situation de la Turquie n’est pas bien meilleure : les groupes de la prétendue armée syrienne libre qui combattaient le régime à Alep ont eu la désagréable impression d’avoir été trahis par la Turquie. Celle-ci les avait en effet abandonnés en échange de la promesse faite à la Russie de pouvoir s’attaquer à la région de Shehba, une région charnière entre les cantons kurdes de Kobani et d’Afrin.
L’aversion absolue du régime turc concernant la possible réunification des trois cantons kurdes pourrait être contre-productive pour Erdogan. L’armée syrienne libre pourrait apporter non plus la victoire, mais la défaite de la Turquie sur le sol syrien. Et sur le plan diplomatique, les nombreuses irrégularités envers les partenaires de la coalition et envers la Russie ont fait perdre tout crédit diplomatique à la Turquie.
De même qu’Enver Pacha a provoqué la chute de l’empire ottoman à Sarikamiş lors de la première guerre mondiale, Erdogan pourrait bien provoquer la chute de son propre régime à Bab.

SUR LE PLAN DIPLOMATIQUE
ILHAM EHMED (MSD) DE RETOUR DE WASHINGTON

Ilham Ehmed, la co-présidente de l’assemblée nationale syrienne, le MSD, a été invitée à Washington pour discuter de l’avenir de la fédération du nord de la Syrie, qu’elle représentait.
Elle a fait le point sur l’approche de la nouvelle administration américaine.
Pour la co-présidente du MSD, l’assemblée législative de la fédération du nord de la Syrie, les Etats-Unis sous Obama n’avaient pas en Syrie l’influence qu’ils auraient aimé avoir. « Dans la guerre contre le terrorisme, affirme Ilhem Ehmed, j’ai l’impression que si une approche directe et cohérente émerge au niveau politique, la nouvelle administration l’appuiera. »
Après avoir rencontré de nombreux membres du congrès, des responsables du département d’Etat, des anciens conseillers d’Obama, et des conseillers de Trump, Ilhem Ehmed a pu annoncer à l’agence ANF que des zones tampons sécurisées se créeraient en Syrie. Si on ne sait toujours pas où se trouveront ces zones, on peut déjà affirmer qu’elles se trouveront, après l’approbation de Trump, là où la sécurité maximale est garantie aux civils qui fuient les violences, c’est à dire sous le contrôle des FDS et des YPG.
En ce qui concerne l’attitude américaine envers le projet fédéral, Ilhem Ehmed a affirmé que les responsables américains étaient d’abord mal renseignés, mais qu’après avoir clarifié avec eux le projet, ils ont eu l’impression qu’enfin une solution pouvait émerger en Syrie. Ils n’ont pas émis d’objections strictes au projet actuellement mis en place dans le nord de la Syrie. Ils sont donc dans une phase d’observation : si une solution peut être envisagée en Syrie, cela pourrait- être la méthode expliquée par la co-présidente du MSD.
Sur le plan stratégique, Ilhem Ehmed a eu l’impression que les américains continueront à soutenir les FDS et leur projet de résolution de la crise syrienne, bien qu’en politique, l’on ne soit pas à l’abri d’une surprise. L’ancien projet mené avec la Turquie, le projet « entrainement et équipement » de forces rebelles peu crédibles, n’a plus les faveurs des américains.
Aux Etats-Unis, a encore dit Ilhem Ehmed, ils veulent que Bachar al Assad reste. Ils ne veulent pas que l’Etat syrien s’écroule.

15 FÉVRIER
JOUR NOIR

C’est le 15 février 1999 que le leader kurde, Abdullah Öcalan, était arrêté au Kenya. Pour le capturer et le remettre à la Turquie, il aura fallu la coopération de plusieurs services de renseignements. Cette coopération aura illustré la duplicité de l’occident face à ses propres valeurs humanistes et démocratiques. Ocalan emprisonné, c’est la fierté et l’espoir d’un peuple qui était piétiné. Un jour noir dans l’histoire du Kurdistan.
Abdullah Ocalan, c’est une vie politique marquée par les ruptures, la fuite et l’exil. Après avoir fondé en 1978 le PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, un parti ouvertement antinationaliste, il est pourchassé par les autorités turques. Le général Kenan Evren, l’auteur du coup d’Etat militaire de 1980, organise une chasse aux militants du jeune parti. C’est le début d’une longue série d’arrestations et de condamnation. Ses compagnons, Mazlum Dogan ou Kemal Pir, sont arrêtés et exécutés. Le PKK, privé de toute possibilité de lutte politique, prend alors en 1984 la voie de la résistance militaire.
Ocalan doit s’exiler : en Syrie et au Liban d’abord, vers l’Europe ensuite. Mais la répression s’amplifie. La Turquie bénéficie de la complicité des services secrets des pays de l’Otan pour pouvoir arrêter Ocalan sur le sol Kényan. Immédiatement transféré en Turquie, Ocalan est enfermé sur une ile-prison, à Imrali, où il est condamné à mort. La Turquie, qui regardait alors vers l’Europe, décide cependant, sous la pression, de ne pas l’exécuter.
En prison, il continue le combat, une lutte intellectuelle, pour analyser dès les débuts de l’histoire, au néolithique, jusqu’à aujourd’hui, les ressorts de thèmes qui lui sont chers : l’émancipation des peuples, l’émancipation des femmes, l’Etat-Nation ou encore le capitalisme.
Il en sortira une nouvelle vision de la société, plus radicale encore que celle des débuts de l’histoire du PKK, marquée par le communisme. Le projet d’une démocratie directe, sans aucun Etat, où toute l’autorité publique est rendue aux seuls habitants d’un quartier ou d’une ville, qui doivent décider librement et en toute fraternité de leurs projets en matière d’éducation, d’économie ou de protection. C’est le projet du confédéralisme, appliqué aujourd’hui dans le Rojava et dans les villes qui auront proclamé leur autogestion au Bakur avant que l’armée turque ne vienne les écraser sous les chars. Un projet de solidarité et de fraternité entre les peuples qui ambitionne de s’étendre à l’ensemble des pays du Moyen-Orient. Un projet qui renoue avec la première internationale des travailleurs de 1864 chez Bakounine, le rival antiautoritaire de Karl Marx.

15 FÉVRIER
COMMEMORATIONS

« On n’assombrira pas notre soleil » La phrase peut sembler excessive en Europe quand on parle d’un homme, mais elle traduit pourtant les aspirations du peuple kurde, livré depuis le traité de Lausanne de 1923 et tout au long du siècle, à la colonisation et aux massacres.
Partout au Kurdistan, et partout où il y a des Kurdes, de l’Australie au Canada, le 15 février est une date sombre, commémorée avec l’espoir et la volonté de mettre un terme aux 18 années d’emprisonnement d’Ocalan.
Il y avait déjà eu ce rassemblement à Strasbourg la semaine dernière, un rassemblement où 20.000 Kurdes ainsi que de nombreux militants internationalistes de la paix ont exigé la libération d’Ocalan.

Mais il y a encore eu toutes ces manifestations dans le Rojava. À Kobani, des milliers de personnes ont marché pendant trois jours pour faire entendre au monde leur revendication : la liberté pour Ocalan.

A Qamishlo, ils étaient aussi plusieurs milliers à commémorer le jour noir.
En Irak, l’assemblée constituante de Sengal, a aussi condamné la conspiration internationale. Et les Ezidis de rappeler qu’ils se lèveront tous pour Ocalan, à qui ils doivent, grâce aux troupes de la guérilla, d’avoir pu échapper au génocide mené par le Daesh à partir du 3 aout 2014.
En Grèce, une marche de trois jours entre Lavrion et Athènes a rassemblé 65 personnes dès lundi.
A Toronto au Canada, à Sidney en Australie, à Evry en France, à Stockholm en Suède, partout dans le monde, les kurdes ont dénoncé l’emprisonnement d’Ocalan.
Et dans les régions turkmènes ou arabes de syrie, le projet émancipateur et pacifiste d’Ocalan a aussi mobilisé la population.
Près de Gire Sipi, les Turkmènes du village de Hemak Tirkmin ont condamné l’enlèvement d’Ocalan. « On ne peut, disent-ils, retenir captif celui derrière lequel des millions de personnes se tiennent. Il représente tous les opprimés, tous les peuples exploités »
Et à Minbij, cette ville pluriculturelle libérée du Daesh en aout 2016, les manifestants portaient sur leur bannière le slogan : « Ocalan nous a appris la fraternité entre les peuples. »
Faruk Al-Mashi, le co-président de l’assemblée civile de Minbij, a rappelé que tous les progrès réalisés en syrie du nord ont été obtenus grâce à la philosophie d’Ocalan.

HEWLER
LE KDP À CONTRE-COURANT

Alors que la Turquie s’isole totalement sur le plan international, elle peut néanmoins toujours compter sur son dernier allié régional, le parti démocratique du Kurdistan de l’influente famille des Barzani, un parti, une famille qui contrôle le gouvernement régional kurde d’Irak.
Cette semaine, les peshmerga du PDK ont interdit une marche de soutien à Ocalan
La marche des jeunes du Kurdistan du sud, le Başur, a rallié la ville de Suleymanieh à celle de Kirkuk.
En chemin, les jeunes kurdes ont visité le monument des martyrs de l’Anfal, cette opération militaire criminelle menée par Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak, une opération dont la violence avait culminé dans l’extermination par bombes chimiques de la population de la ville d’Halabja, en 1988.
L’administrateur du site, Habil Ahmet, a accueilli les jeunes manifestants et leur a rappelé que le peuple kurde avait été à de nombreuses reprises au cours de son histoire la cible de politiques génocidaires. Et actuellement, a-t-il expliqué, c’est l’Etat turc qui reprend à son compte le génocide initié par le régime Baath de Saddam Hussein.
La marche des jeunes kurdes a ensuite traversé Kirkuk, où elle a été chaleureusement accueillie, et elle est enfin arrivée à son terme, à la ville d’Hewler, le fief du PDK de Massoud Barzani.

Le mot d’ordre des manifestants était : Terminons-en avec l’Occupation et libérons notre leader » Le message est mal passé auprès des autorités. Le KDP a envoyé sa police, et les manifestants ont été retenus au check point de Pirde. Les manifestants ont alors commencé un sit-in, avant de lire une déclaration. Erdal Engin, du comité des organisateurs de la marche, a alors dénoncé l’obstruction d’une puissance qui se fait appeler « parti démocratique du Kurdistan ».
Peu après la déclaration, 4 manifestants qui avaient réussi à rentrer dans la ville d’Hewler ont été arrêtés par les asayish. On ne sait pas ce qu’ils sont devenus.

TURQUIE
CLIMAT DE GUERRE CIVILE

La coalition AKP-MHP se prépare pour le référendum du 16 avril. Dans l’est du pays, ce moment crucial pour l’avenir du président Erdogan se prépare dans un climat de guerre civile : l’armée mène des raids, tue, incendie pendant que les responsables politiques qui portent le message du « Non » au référendum sont enfermés par centaines.
Lundi, 318 membres du parti HDP ont été arrêtés lors de raids à leurs domiciles. Depuis le 22 juillet 2015, on compte donc 9796 arrestations rien que dans les rangs du HDP. Ces arrestations ont conduit à l’emprisonnement de 2906 membres du parti.
Mais il y a encore eu d’autres arrestations ce lundi, dans les rangs du parti DBP et dans ceux du parti SYKP, le parti de la refondation socialiste.
A Van, la dernière des 12 municipalités de l’agglomération gérées par le parti DBP, Bahçesaray, a été confisquée ce jeudi. Tous les co-bourgmestres sont emprisonnés et remplacés par des curateurs à la solde de l’Etat. Au total, il y a en Turquie 80 municipalités où le DBP avait remporté les élections communales et qui ont été confisquées par le pouvoir central, Les élus y sont enfermés et des curateurs confisquent la volonté populaire au profit de l’Etat central.

Dans les villes et villages du Kurdistan du nord, les mêmes scènes de désolation et de violences se poursuivent de semaine en semaine : Lundi, Ulas Çakin, 15 ans, se rendait au champ de sa famille. Les soldats turcs qui mènent des opérations militaires dans la région depuis une semaine avaient enfui une mine ; L’adolescent a été sévèrement blessé aux bras, aux jambes et au visage.
Mercredi, un autobus transportant 10 personnes se rendait de Lice à Amed. Un véhicule blindé se trouvait sur le passage de l’autobus. Le bus a été perforé par les tirs du blindé qui a ensuite pris la fuite. Heureusement, il n’y a eu qu’un seul blessé, Ozgür Atagün, mais les femmes et les enfants de l’autobus étaient paniqués et en état de choc.
Plus inquiétant : Près de Nuseybin, les forces turques sont entrées dans 9 villages mis sous couvre-feux. Les habitants ne peuvent plus communiquer avec leurs proches : les lignes et les réseaux téléphoniques sont coupés.
Les écoles de ces villages sont vidées de leurs élèves, les classes sont transformées en cantonnements pour les miliaires. La soldatesque aux ordres du palais a toute licence pour tuer et torturer : on a déjà rapporté le cas de trois personnes assassinées dans le village de Xerabê et de 30 autres qui ont été torturées avant ou pendant leur détention, sur la place publique.
Et la nuit, les flammes emportent les maisons des citoyens. A l’heure actuelle, on nourrit encore les plus grandes craintes concernant la vie de ces villageois.

TURQUIE
SILENCE, ON TORTURE !

Pendant que le leader kurde Abdullah Ocalan est totalement isolé dans sa prison d’Imrali, que des milliers d’autres prisonniers politiques sont enfermés, les journalistes sont priés de se taire. Même les députés européens qui tentent de briser le mur du silence sont refoulés devant les portes des prisons.

Le bureau d’avocats Nasrin défend les intérêts d’ Ocalan. Ou défendait : depuis le 27 juillet 2011, plus aucun avocat n’a eu le droit de rencontrer le leader kurde dans sa prison.
Même sa famille se voir constamment refusée l’accès à Imrali, sauf de façon très exceptionnelle, quand les circonstances politiques s’y prêtent, comme lors de la dernière visite, accordée suite à une grève de la faim de la classe politique de la ville d’Amed.
Et voilà que les pratiques d’Imrali, faute d’avoir été dénoncées par la CPT, la cour européenne pour la prévention de la torture ou par la cour européenne pour les droits de l’homme, se généralisent à l’ensemble des prisons turques : maintenant, les conversations entre les avocats et leurs clients sont enregistrées, et elles se déroulent sous la présence d’un officier.
Pour tenter d’en savoir plus, une délégation internationale menée par des députés européens et des universitaires s’est rendue en Turquie et a introduit une nouvelle demande pour visiter Selahattin Demirtas et Abdullah Ocalan dans leurs prisons. Cette délégation, chapeautée par la commission civique Union européenne-Turquie, est restée devant les portes fermées de la prison.
Julie Ward, députée européenne, a réagi en expliquant qu’elle raconterait au monde entier qu’ils n’ont pas pu rencontrer des parlementaires démocratiquement élus, et qui sont maintenant emprisonnés dans des conditions inhumaines.

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Quant aux journalistes, eux non plus n’ont pas le droit de contester les vérités en provenance du palais : Aysel Işik, journaliste pour l’agence Jinha, avait été arrêtée en novembre 2016. L’acte d’accusation a été rédigé : il indique que le travail de reporter pour l‘agence Jinha constitue un crime. Elle sera jugée à la deuxième haute cour criminelle de Sirnak ce 1 mars.
Un autre journaliste, Selahattin Aslan, a été arrêté à l’aéroport Sabiha Gokçen d’Istanbul ce jeudi. Il serait toujours retenu dans les locaux de la police d’Istanbul.
L’appartement d’un autre journaliste, Deniz Yücel, qui a la chance d’avoir la double nationalité turque et allemande, a été fouillé par la police. Ce journaliste de « Die Welt » de 43 ans est toujours en état d’arrestation. Grâce aux mesures de l’état d’urgence, il pourra rester enfermé pendant 14 jours sans même rencontrer un juge.