KEDISTAN http://www.kedistan.net Le petit magazine qui ne se laisse pas caresser dans le sens du poil Wed, 28 Jun 2017 22:21:43 +0000 fr-FR hourly 1 http://www.kedistan.net/wp-content/uploads/2015/10/cropped-goz-boncuk-perle-oeil-32x32.png KEDISTAN http://www.kedistan.net 32 32 Turquie • 111 personnalités font appel à l’Etat pour Nuriye et Semih http://www.kedistan.net/2017/06/27/turquie-nuriye-semih-appel-111-personnalites/ Tue, 27 Jun 2017 10:42:25 +0000 http://www.kedistan.net/?p=48052 111 personnalités ont fait une déclaration de soutien à Nuriye et Semih, en grève de la faim depuis 111 jours, aujourd’hui… C’est un nième appel fait en direction de l’Etat. La mort de Nuriye et Semih peut être annoncée à tout moment… Nuriye et Semih, les enseignants licenciés par un décret publié le 29 octobre […]

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111 personnalités ont fait une déclaration de soutien à Nuriye et Semih, en grève de la faim depuis 111 jours, aujourd’hui… C’est un nième appel fait en direction de l’Etat. La mort de Nuriye et Semih peut être annoncée à tout moment…

Nuriye et Semih, les enseignants licenciés par un décret publié le 29 octobre 2016, sous état d’urgence, sont toujours derrière les barreaux depuis le 22 mai 2017 et poursuivent une grève de la faim, qu’ils ont entamée le 9 mars.

Nuriye et Semih ont pu rencontrer leurs proches, hier, lors des visites pour la fête du Ramadan. Nuriye ne pèse plus que 44 kg. Elle a des difficultés pour absorber de l’eau, les douleurs l’empêche de se lever, de marcher, elle souffre d’un pouls très bas, d’une insuffisance cardiaque, entre autres… Quant à Semih, douleurs, arythmie, faible pouls, problèmes d’ouïe… Voici les propos de sa mère, Sultan Özakça “Il avait tellement maigri, que je n’ai pas osé le serrer dans mes bras. J’avais peur de lui briser les os.” Sultan et Esra, la compagne de Semih avaient débuté une grève de la faim à leur tour, le jour de l’arrestation de Semih et Nuriye. Sultan a été obligée de cesser la grève, pour cause de maladie. Esra la poursuit, depuis 36 jours, aujourd’hui… Leurs compagnons de lutte, Veli Saçılık, Nazife Onay, Acun Karadağ et bien d’autres, continuent à occuper, tant bien que mal, l”espace de résistance” que Nuriye et Semih leur ont “confié” dans l’avenue Yüksel à Ankara, au pied du monument aux Droits de l’homme. “Tant bien que mal”, parce que les interventions policières, les garde-à-vues sont quotidiennes…

Veli, hier…

111 personnalités, dont des écrivainEs, artistes, ont déclaré leur inquiétude et leur soutien aujourd’hui, par un communiqué publié dans les médias. Dans les signataires, il y a des noms comme Ataol Behramoğlu, Ayşe Kulin, Ahmet Ümit, Barış Pirhasan, Ercan Kesal, Ferzan Özpetek, Gülriz Suriri, Hale Soygazi, Halil Ergün, Hasibe Eren, Hayko Cepkin, Lale Mansur, Latife Tekin, Meltem Cumbul, Murathan Mungan, Müjde Ar, Müjdat Gezen, Nejat Yavaşoğulları, Pelin Batu, Rutkay Aziz, Selçuk Yöntem, Sabahat Akkiraz, Sıla Gençoğlu, Sevinç Erbulak, Suavi, Şevket Çoruh, Tolga Sağ, Tilbe Saran, Zeynep Tanbay, Zülfü Livaneli et Zuhal Olcay…

appel 111
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Nuriye Gülmen et Semih Özakça, ne sont que deux des cinq mille universitaires, cinquante mille enseignantEs, et cent cinquante mille fonctionnaires.

Ils ont été jeté en prison pour avoir entamé une grève de la faim en revendiquant leur travail et ils ont faim depuis 111 jours.

Il ne faut pas que Nuriye et Semih ne meurent.

Leur droit de travail doit leur être rendu.

Nous demandons à l’Etat de faire les pas nécessaires, pour qu’ils puissent retourner à leur école, et continuer leur vie.

La Justice et la Démocratie nécessitent cela.

Par ailleurs, lors de la Session d’été du conseil de l’Europe (APCE) qui se déroule en ce moment à Strasbourg, le secrétaire Général Thorbjørn Jagland, a répondu aux questions des membres de l’Assemblée, en soulignant qu’il est “préoccupé par la situation actuelle concernant les droits fondamentaux en Turquie” [vidéo de la session, en français], et a déclaré : “J’appellerai le Premier ministre Binali Yıldırım et lui demanderai la libération de Gülmen et Özakça”.

Vous pouvez soutenir…

Une nouvelle campagne de soutien à été lancée également. Elle s’étend sur les réseaux sociaux, avec le hashtag , Nuriye et Semih sont partout !

Pourquoi ne pas participer, là où vous êtes… Même en vacances !

Amenez Nuriye et Semih avec vous partout…


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Livre • “Ali et Ramazan” de Perihan Mağden http://www.kedistan.net/2017/06/26/ali-et-ramazan-perihan-magden/ Mon, 26 Jun 2017 21:24:05 +0000 http://www.kedistan.net/?p=48006 Le roman de Perihan Mağden,“Ali et Ramazan”, paru en turc en 2010, nous transporte dans l’univers de deux très jeunes garçons homosexuels, Ali et Ramazan, tous deux rejetés et discriminés. Ce livre paraîtra le 12 septembre, chez publie.net, dans une nouvelle édition revue et corrigée, postfacée par sa traductrice Canan Maraşlıgil. Il est possible de le réserver, […]

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Le roman de Perihan Mağden,“Ali et Ramazan”, paru en turc en 2010, nous transporte dans l’univers de deux très jeunes garçons homosexuels, Ali et Ramazan, tous deux rejetés et discriminés.

Ce livre paraîtra le 12 septembre, chez publie.net, dans une nouvelle édition revue et corrigée, postfacée par sa traductrice Canan Maraşlıgil. Il est possible de le réserver, dès aujourd’hui, en suivant ce lien

Ali et Ramazan sont deux enfants. Ils sont orphelins. Leur rencontre se fait dans la cour empierrée d’un orphelinat d’Istanbul. Ils tombent amoureux. De leur naissance jusqu’à leurs dix-huit ans, ils vivent à la rue. Du service militaire au chômage, Ali et Ramazan tentent de survivre dans cette ville qui leur est cruelle. Leur vie fut courte. Ils meurent tragiquement. Tout ce qu’il nous reste de ces deux garçons, ce sont des coupures de journaux que Perihan Mağden ravive. À travers les pages de ce court roman, à coups de phrases brèves, de ponctuation déconcertante et d’émotion, sans jamais tomber dans le sentimentalisme, Mağden redonne vie à ces enfants de “la page trois”.

Et le génie de Perihan Mağden est de raconter ces vies, parfois trop courtes, comme c’est le cas pour Ali et Ramazan, sans pathos ni clichés. Perihan Mağden nous montre l’humain, et non la victime. Elle ne veut pas que l’on pleure sur le sort de ses personnages, elle nous pousse à nous souvenir que nous sommes avant tout humains.

Ali et Ramazan se rencontrent dans un orphelinat d’Istanbul et tout simplement, s’aiment. Leur histoire de vie et d’amour prendra fin le 18 décembre 1992, comme décrit dans les colonnes de la troisième page du journal Hürriyet, sous le titre “Dérapage de nuit : deux morts”,  dérapage,  nuit de débauche, perversité, les mots abjects du fait divers et de l’homophobie…

L’auteure a pris donc connaissance de l’histoire tragique d’Ali et Ramazan, en 1992, à travers des articles parus dans les médias et, frappée par la façon homophobe, discriminatoire et méprisante dont cette “information” a été traitée, elle s’est donnée le devoir d’écrire le roman “Ali et Ramazan” inspiré de leur véritable histoire.

Le livre s’ouvre, dès la première page, sur les articles annonçant la mort de Ramazan et d’Ali. Ramazan, fuit la maison d’un homme qu’il a tué, en s’accrochant à des câbles, tombe du sixième étage, et meurt… Quant à Ali, il se pend dans un chantier de construction.

Perihan Mağden, s’exprime dans un reportage de 2010 :

ali et ramazan
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J’avais vu ces “nouvelles” dans les journaux en 1992. J’avais été très affectée et depuis, je les avais en tête. Je ne possédais pas les coupures en question. Trois, quatre ans plus tard, j’en ai parlé à un ami, je lui ai proposé d’en faire un film. Nous sommes donc allés fouiller les archives de Hürriyet, et nous avons trouvé les articles. J’ai d’abord écrit, en me basant sur des photocopies, un texte de synopsis de trois pages. Ensuite, le projet de film fut annulé et des années se sont écoulées. J’ai abandonné mes chroniques en me disant “Je vais écrire un livre !”. Je voulais écrire quelque chose qui réunit les Meurtres d’enfants messagers, mon livre précédent, avec la thématique gay, mais quelque chose de joyeux, drôle, quelque chose qui ne vomisse pas le sang.

Mon ami Barbaros Altuğ m’a empêchée de le faire. Je lui avait parlé d’Ali et de Ramazan. Il me disait, “tu dois l’écrire !” Je n’arrivais pas sortir cette histoire de ma tête. C’était comme une dette. Ramazan et Ali me poursuivaient depuis 1992.

Une grande partie du roman est de la fiction, car les journaux ne parlaient que de la mort des deux jeunes, en 30, 40 lignes à peine… Nous ne connaissions pas leur passé. Nous savions juste que Ali était né à Samandağ à Hatay. Sur Ramazan, il n’y avait rien… Zéro ! Il était seulement noté “depuis leur enfance, dans l’orphelinat, ils ont subi des viols”. Mais par qui ? J’ai donc crée le personnage du Directeur. Qui peut violer un enfant, dans un orphelinat ? Le journal rapportait que Ramazan avait tué “un compositeur de musique turque”, mais nous ne connaissions pas les détails sur cette personne. Nous ne connaissions pas l’homme, mais nous savions qu’il avait une femme et un enfant. J’ai imaginé donc, son caractère, sa maison…

A propos d’Ali, je me suis demandée, pourquoi un enfant de Hatay, finirait à l’orphelinat ? J’ai imaginé une grande souffrance familiale…

Sur la couverture du livre (en turc), la photo est celle de Ramazan. Perihan nous apprend qu’il s’agit d’une photo prise par la police pour les registres. “La marque de mégot éteint sur sa nuque était entourée de rouge”, souligne-t-elle et elle ajoute, “Ramazan avait subi des tortures, lors d’une garde-à-vue aléatoire ciblant les enfants de rues. Comment peut-on être si beau sur une photo de police ?”

 

Notons que le TEDA, “programme de diffusion et de promotion de la littérature turque à l’étranger”, mis en place par le Ministère de la Culture et du Tourisme de Turquie, et destiné aux maisons d’éditions installées à l’étranger souhaitant publier des oeuvres culturelles, littéraires, artistiques Turques en langue étrangère, qui a soutenu la publication de 17 précédents livres de Merihan Mağden à l’étranger, a refusé cette fois son aide aux éditions allemandes Suhrkamp, pour Ali et Ramazan. Ce sujet a été également porté à l’Assemblée Nationale turque.

Bien qu’en Turquie l’homosexualité ne soit pas “criminalisée”, l’évolution bigote du régime et l’islamisme politique tentent de reléguer les LGBTI aux marges. En témoigne l’interdiction depuis plusieurs années de la Marche des Fiertés d’Istanbul, tout comme les traitements dégradants infligés aux LGBTI en prison. Les viols et assassinats de trans, agressions et meurtres des homosexuels, sont aussi en constante augmentation, au même rythme que les violences faites aux femmes suivies de meurtres.

Le mouvement LGBTI turc tente de résister à l’ordre moral du régime et de faire valoir ses droits. Il se retrouve de fait aux côtés de l’opposition démocratique, et en tant que minorité parle lui-même d’être partie prenante de lutte des classes.

Ce n’est pas par hasard que dans le roman de Perihan, cette citation de Raoul Vaneigem apparaît à la première page :

Ceux qui parlent de la révolution et de lutte de classes sans se référer explicitement à la vie quotidienne, sans comprendre ce qu’il y a de subversif dans l’amour et de positif dans le refus des contraintes, ceux-là ont dans la bouche un cadavre.


Perihan MağdenPerihan Mağden

Née le 24 août 1960 à Istanbul, Perihan Mağden est auteure, chroniqueuse, et objectrice de conscience. Elle est mère d’un enfant.

Elle a fait sa scolarité au collège anglais et au Lycée Robert, et a étudié la psychologie à l’Université du Bosphore. Après ses études, Perihan, a sillonné l’Asie pendant deux ans, et à son retour à Istanbul, elle a travaillé pendant une période, dans la publicité. Entre 1997 et 2005, elle a publié des chroniques dans le journal Radikal, en 2006 dans la revue Yeni Aktüel. Cette année, un article intitulé “L’objection de conscience est un droit humain” publié dans Yeni Aktüel, à valu à l’auteure, un procès, pour “avoir dissuadé le peuple du devoir militaire, par voix de presse”, avec une demandepour elle de 3 ans de prison. Perihan a été acquittée. Ensuite, en 2007, elle est retournée à ses chroniques dans Radikal, jusqu’en février 2009.

Elle a aussi rédigé des chroniques, dans le journal Taraf  pendant trois mois, de novembre 2011 à fin janvier 2012, et, suite à l’ouverture d’un procès à son encontre, pour deux de ses articles, pour “insulte” à Tayyip Erdoğan, alors Premier Ministre, elle a cessé ses activités de chroniqueuse.
Elle écrit depuis août 2015 dans le magazine Nokta.

Perihan Mağden a écrit plusieurs livres, dont des romans, poèmes et essais. Tous ces romans on été traduits dans de nombreuses langues et ont été publiés dans les pays européens, au Brésil, en Russie…

Son livre İki Genç Kızın Romanı (Le roman de deux jeunes filles) a été le sujet d’un film, et celui-ci a reçu en 2005, de nombreux prix au Festival du film “Altın Portakal Film Festivali” à Antalya.

En 2008, le prix de la “Liberté d’opinion et d’expression” de Türkiye Yayıncılar Birliği (Union des éditeurs de Turquie) lui a été décerné.

En 2014, Ali et Ramazan a été adapté au théâtre par Onur Karaoğlu, İbrahim Halaçoğlu, et joué au Studio 4 Istanbul, dirigé par Onur Karaoğlu.

| ROMANS | Haberci Çocuk Cinayetleri (Meurtres d’enfants messagers), Refakatçi (L’accompagnateur), İki Genç Kızın Romanı (Le roman de deux jeunes filles), Biz Kimden Kaçıyorduk Anne (A qui échappons nous, maman ?), Ali ile Ramazan (Ali et Ramazan), Yıldız Yaralanması (Blessure de Star). | POESIE | Mutfak Kazaları (Accidents de cuisine) | ESSAIS | Politik Yazılar (Textes politiques ), Hiç Bunları Kendine Dert Etmeye Değer mi ? (Cela vaut-il de t’en faire ?), Kapı Açık Arkanı Dön ve Çık! (La porte est ouverte, tourne le dos et sors), Fakat Ne Yazık ki Sokak Boştu (Mais malheureusement la rue était déserte), Herkes Seni Söylüyor Sahi Mutsuz musun? (Tout le monde parle de toi. Es-tu vraiment malheureux-se ?), Dünya İşleri (Les affaires du monde), Topladım Dağılan Kalbimin Herrr Köşesini (J’ai récupéré touuutes les pièces de mon coeur), Korkma Bu Akşam Gelip Çalmam Kapını (N’ai pas peur, je ne sonnerai pas à ta porte ce soir), Best of Perihan Mağden (Best of de Perihan Mağden), Aktüel Yazıları ya da Hangimiz Uğramadık ki Haksızlıklara? (Les articles d’Aktüel, ou Qui d’entre nous n’a pas subi des injustices ?), Son Yazılar (Derniers articles), Yaz Kitabı (Le livre d’été), Kış Kitabı (Le livre d’hiver)

Canan MarasligilAli et Ramazan a été traduit par Canan Maraşlıgil. Elle est auteure, traductrice littéraires éditrice et scénariste. Elle vit à Amsterdam et explore les langues et traductions à travers des projets et activités culturels et créatifs.

Canan est la responsable de la collection “Meydan”, “La Place”, dans la langue turque, qui au sein des éditions publie.net, propose une anthologie des auteurEs contemporainEs de Turquie

Quant à publie.net, il s’agit d’une maison d’édition de littérature contemporaine, qui se décrit comme “ancrée dans la création qui s’écrit et se partage sur le Web, ouverte aux œuvres qui lui font écho dans tout l’espace littéraire et transmédias.” Crée en 2008, publie.net propose des livres en papier et en version numérique et des réalisations sur le Web.


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Film intégral • “Du Golfe au Kurdistan, des hommes abandonnés de Dieu” http://www.kedistan.net/2017/06/24/film-integral-du-golfe-au-kurdistan-des-hommes-abandonnes-de-dieu/ Sat, 24 Jun 2017 11:09:55 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47969 Baudoin Koenig est un réalisateur passionné et profondément engagé. Son obsession pour les frontières, dont il s’explique dans son autoportrait, l’a conduit au Proche et au Moyen-Orient. En 1997, il réalise Du Golfe au Kurdistan, des hommes abandonnés de Dieu. Questionnant les conflits passés et en cours, son documentaire ressemble à une enquête à la […]

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Baudoin Koenig est un réalisateur passionné et profondément engagé. Son obsession pour les frontières, dont il s’explique dans son autoportrait, l’a conduit au Proche et au Moyen-Orient.

En 1997, il réalise Du Golfe au Kurdistan, des hommes abandonnés de Dieu.

Questionnant les conflits passés et en cours, son documentaire ressemble à une enquête à la recherche d’un avenir meilleur pour la région. Pas à pas, on découvre avec lui les acteurs et les enjeux du devenir du Kurdistan. Le motif : l’eau, le pétrole, l’argent. Le coupable : en filigrane, l’Occident. Les victimes : les irakiens, les kurdes, “ces hommes abandonnés de Dieu”.

À la manière d’un carnet de voyage, le film suit son cours, celui du Tigre et de l’Euphrate, et s’autorise des détours, au fil des rencontres et des pistes à creuser … Comprendre l’embargo, dénoncer les manipulations occidentales, s’indigner du silence “du monde libre” lors du massacre d’Halabja en 1988, s’inquiéter de l’évolution de Saddam Hussein : les enjeux de ce documentaire, produit par Arte, sont nombreux.

 Choman Hardi • “Anfal”, mort et poésie en enfer

Toujours à la bonne distance, porté par une voix off à la première personne, ce film nous embarque 20 ans en arrière et augure déjà des conflits à venir.

Vous pouvez retrouver sur le site de Bretagne et Diversité un portrait du réalisateur, sa filmographie et ses documentaires en ligne.

Il parle sur Bretagne et Diversité d’un site : Iraqbodycount, pour prendre la mesure de la violence des conflits incessants. Et d’un livre : La Géographie, ça sert d’abord à faire la guerre, d’Yves Lacoste.

Baudouin Koenig est également fondateur d’Alterdoc, collectif de professionnels de l’audiovisuel, documentaristes et journalistes réunis autour d’un engagement commun contre les injustices et un attachement profond à la cause des Droits de l’Homme, et du projet DOKU de formation de documentaristes au Kurdistan Irakien, dont sont issus de très beaux court-métrages, tournés par des cinéastes en herbe. On vous en parle bientôt sur Kedistan !

Pour voir le film sur le site du Bretagne et diversité suivez le lien : Du golfe auKurdistan, des hommes abandonnés de Dieu

Kedistan vous avait déjà donné à voir ce film en 2016. Celles et ceux qui en avait alors profité ont pu lire aussi  le court article qui l’accompagnait.

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Urgence Athènes • City Plaza sous menace d’expulsion http://www.kedistan.net/2017/06/24/city-plaza-urgence-expulsion/ Sat, 24 Jun 2017 10:52:57 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47936 Pour les migrants, les frontières sont des murs, des barbelés et des chiens. Elles séparent non seulement géographiquement des peuples, mais trient dans l’humanité ceux qui auraient de par leur situation géopolitique ou climatique le droit à la survie ou non dans le pillage en règle d’une planète fermée. Causes d’exils et migrations forcées sont […]

Cet article Urgence Athènes • City Plaza sous menace d’expulsion a été publié par KEDISTAN.

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Pour les migrants, les frontières sont des murs, des barbelés et des chiens. Elles séparent non seulement géographiquement des peuples, mais trient dans l’humanité ceux qui auraient de par leur situation géopolitique ou climatique le droit à la survie ou non dans le pillage en règle d’une planète fermée.

Causes d’exils et migrations forcées sont donc les deux faces de la même médaille d’une mondialisation qu’il faut bien nommer comme celle d’un système d’exploitation et de pillage des richesses, hier colonial, aujourd’hui politico-financier.

Le 20 juin dernier, Amnesty lançait un appel, pour ce qui était une “Journée mondiale pour les réfugiés”.

Il existe des milliers de raisons d’accueillir des réfugiés. Quelle est la vôtre ? disaient-ils.

Dans le même temps, lors du dernier Conseil européen, des déclarations franco-allemandes rappelaient l’impératif de l’accueil, la durabilité des migrations liées au climat et aux guerres, tout en prenant des mesures de contrôle accrus des frontières européennes. Une politique “sécuritaire” était promise à Calais, face aux appels au secours des associations.

On est en droit de se demander, période électorale passée en France, qu’elle serait la teneur véritable de la réponse aux questions d’Amnesty. Personne pour le moment ne voit un gouvernement prendre le chemin concret de l’accueil par la mise en place de structures et de politiques, en appui sur des campagnes de réhabilitation des réfugiés aux yeux des populations, permettant aux migrants de déployer autonomie et apport partagé de compétences.

Les solutions minuscules au regard des besoins dans différentes métropoles, les politiques “d’hébergement” ailleurs, sont quasi toujours carcérales, sous surveillance ou infantilisantes. L’immense majorité des migrants, demandeurs d’asile ou non, restent dans des situations de rue ou de précarité absolue.

 L’humanité appelle à l’aide par la fenêtre !

Pour répondre à la question d’Amnesty, nous nous re-penchons sur une URGENCE, dans un premier temps et, à l’appel de lectrices et lecteurs qui se sont impliqués dans cette urgence, nous publions des “visages de migrants”.

L’urgence d’abord :

Appel à défendre City Plaza, squat de réfugiés à Athènes

Tout d’abord quelques informations qui permettent de comprendre la situation.

Le 17 mai dernier, après une procédure de fait engagée sous couvert du gouvernement Tsipras, mais pas directement, le Procureur a donné l’ordre d’évacuer trois squats à Athènes : City Plaza (hôtel occupé par des réfugiés et des solidaires) et deux autres squats (à Exarchia au 119 rue Zoodochou Pigis “Cat’s spirit / Women’s Squat” et en périphérie d’Athènes à Haidari, “occupation Papoutsadiko”). L’ordre du tribunal laissait quinze jours de délai aux occupants avant l’exécution. Il fut diffusé le 7 juin dans la presse, et d’après CNN grec il s’agit d’un ordre donné à la suite de plaintes déposées par des propriétaires des immeubles en question. Concernant City Plaza et toujours d’après CNN grec il s’agit du deuxième ordre d’évacuation communiqué par le procureur.

Le tout fut largement diffusé par des médias, accompagné par l’information que la propriétaire de City Plaza avait déposé plainte contre l’actuel ministre de Protection du citoyen et le chef de police pour manquement à l’obligation d’exécuter l’ordre du procureur. De toute évidence il y a actuellement une campagne dans plusieurs médias pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il fasse évacuer City Plaza.

Une pétition, à l’inverse, s’adresse au gouvernement grec pour qu’il défende City Plaza et tous les squats de réfugiés. Il s’agit de contrer les pressions exercées sur le gouvernement pour qu’il donne l’ordre d’évacuation définitif.
Elle est ici : « The Greek Government : Defend all Refugee Squats.”

A signer et à diffuser le plus largement possible !

D’après un texte récent qui a été publié sur les médias et médias sociaux.

 

Un article, datant déjà du 9 octobre 2016, dans Regards croisés, vous donnera des éléments sur le fonctionnement du lieu autogéré.

City Plaza est donc maintenant sous menace d’expulsion, et une solidarité nécessaire commence aussi par la poursuite de l’information.

Appel est lancé dans l’immédiat pour envoyer des cartes postales au consulat.

Une signature de pétition (4000 signatures à ce jour) est en cours…
« The Greek Government : Defend all Refugee Squats.”

city plaza

Les réfugiés continuent de venir en Grèce (mais moins massivement depuis l’accord passé avec la Turquie, et les routes de Macédoine coupées) et restent là, les voies de progression vers l’intérieur de l’Europe étant interdites par d’autres états membres.

Au City Plaza il y a 400 réfugiés dont 190 enfants. Beaucoup de Syriens, souvent Kurdes. Mais il y a aussi des Irakiens, Iraniens et Afghans.
Il y a également des mineurs isolés, mais ils font adulte, tellement ils ont muri sur la route.

Les conditions de vie dans les camps de l’Etat (gérés par les ONG qui acceptent encore) deviennent de plus en plus difficiles chaque jour ; surtout dans les camps “fermés” comme celui de Moria à Mytilene (il y a même eu des morts). L’été qui succède à l’hiver apporte d’autres problèmes, hygiène entre autres.

En avril 2016, 4 organisations d’extrême gauche, dont une anarchosyndicaliste avaient réquisitionné l’hôtel City Plaza, hôtel qui avait été construit pour les Jeux Olympiques, mais qui était vide…

Ils sont allés chercher des familles ou femmes avec enfants dans les camps de rétention gouvernementaux. Parce qu’ils avaient justement constaté les conditions exécrables de survie dans ces camps, et l’absence de libertés.

Rien que pour l’alimentation, le HCR (Haut commissariat aux Réfugiés) délivre des fonds. Mais il les remettent à des entreprises privées. Celles-ci pour le profit, font le minimum vital. Les barquettes alimentaires par exemple, sont stockées aux soleil par mesure d’économie.

Les soutiens des réfugiés, ont fait opérer et analyser des prélèvements. Résultat, c’est un élevage de bactéries…

Un accueil de réfugiés dans City Plaza a donc été organisé. Le lieu est très bien géré. Ils tourne avec des bénévoles, grecs et internationaux. Les bénévoles peuvent également résider sur place.

Depuis 15 mois, 2000 réfugiés ont été hébergés au City Plaza. Il y a un taux de rotation très important de 80%. Ce qui veut dire, qu’après une période où ils se posent, la plupart des réfugiés entrevoit des solutions.

Il n’y a guère d’autres moyens de quitter la Grèce que par avion. Et pour cela il faut des démarches, des papiers…

Toute cette organisation se fait sans 1 centime. Le HCR donne 17 euros par jour, pour chaque réfugié. Multiplié par le nombre de réfugiés, cela fait de grosses sommes. Au City Plaza tout se fait par dons, par solidarité. Des dons arrivent de l’Europe, les achats se font sur place. Et les formes d’auto-gérance des résidents fonctionnent.

Il y a des activités organisées. Comme des cours d’anglais, ou d’allemand, pour celles et ceux qui veulent aller dans ces pays, pour qu’en attendant ils avancent. Pour les enfants, des salles de jeux sont installées. Il y a des activités de loisir. Parfois il y a des plus gros projets. Par exemple un chorégraphe grec a enseigné la danse classique aux réfugiés. Quand ils ont fait leur présentation sur une place à Ahènes, le spectacle a été transmis jusqu’à New York.

Le gouvernement fait un effort pour rendre “le problème” invisible. Un problème qui n’existe pas, en réalité, avec les personnes, mais qui concerne la manière de gérer les gens/ les camps/ l’argent de la Haute Commissariat de l’ONU etc…. La police a déjà évacué des squats autogérés en Thessalonique, en utilisant comme prétexte les voisins qui “avaient peur pour les pauvres réfugiés qui vivaient dans des ruines” dont l’Église était une des propriétaires. Ils ont évacué aussi le camp d’Elliniko.

La cible prochaine semble être le City Plaza, et peut être les autres squats d’Athènes.

Apparemment, l’Etat se prépare (et ils préparent les “opinions publiques”) pour l’évacuation des migrants. Les soutiens sur place ont peu de moyens, matériels ou en énergies disponibles, pour les soutenir. Le moral est au plus bas, les camarades qui sont plus impliqués sont épuisés après 14 mois de lutte sans discontinuer. Il n’y a plus, après 2 ans, cette énorme vague de solidarité populaire qui existait et, – pour être réaliste – l’été est toujours l’époque favorable pour l’Etat pour effectuer des évacuations (les universités sont fermées, les gens qui travaillent sont en vacances.)

Evidemment, les soutiens ne céderont pas. Il ne s’agit pas seulement de défendre l’expérimentation d’autogestion ou pour la cellule de la solidarité internationale au cœur de la ville leur lieu, mais aussi de protéger 400 personnes qui, malgré tous leurs problèmes, vivent maintenant une vie digne.

Vous pouvez suivre City Plaza sur le web sur le site Internet (en grec et en anglais) et sur la page Facebook (en anglais, parfois il y a aussi de textes en français).

Encore une fois, merci !
Notre force, et notre langue commune est la solidarité !

 


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Turquie • En marche pour la semaine de travail de 7 jours http://www.kedistan.net/2017/06/22/turquie-marche-semaine-travail-7-jours/ Thu, 22 Jun 2017 19:04:34 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47948 Un projet de loi de “Développement de l’industrie et de soutien à la production”, pour une Turquie en marche, qui était arrivé dans l’ordre du jour de l’Assemblée parlementaire, vient d’être entériné. On peut s’interroger sur l’utilité désormais du Parlement, depuis le vote du référendum constitutionnel. Eh bien, il sert quand même à faire entériner […]

Cet article Turquie • En marche pour la semaine de travail de 7 jours a été publié par KEDISTAN.

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Un projet de loi de “Développement de l’industrie et de soutien à la production”, pour une Turquie en marche, qui était arrivé dans l’ordre du jour de l’Assemblée parlementaire, vient d’être entériné.

On peut s’interroger sur l’utilité désormais du Parlement, depuis le vote du référendum constitutionnel.

Eh bien, il sert quand même à faire entériner des lois qui, sur le plan économique, vont dans le sens d’un développement “néo-libéral” de la Turquie. Une économie où un libéralisme sauvage s’abrite derrière un pouvoir fort, et promeut le profit pour quelques uns, tout en détruisant les “normes” et les régulations contraignantes, sociales, environnementales ou publiques…

Non, la Turquie n’a rien d’un pays sous développé doté d’une dérive démocratique du pouvoir.

C’est un lieu d’investissements européens et arabes, en partie russe aujourd’hui également, où les investisseurs veillent à leurs dividendes en réclamant comme partout ailleurs toujours plus “d’allègements des normes”. La façade démocratique du Parlement abrite le lieu où se dénouent ces affaires…

Ce projet de loi se proposant de réveiller la croissance, a éveillé beaucoup de réactions dénonçant le pillage des oliveraies. C’est un exemple qui a fait couler un peu d’encre, dans ce qui reste de la presse. Actuellement en Turquie il y a 826 mille hectares d’oliveraies avec 167 millions d’oliviers. Des termes et mesures du projet en menaçait 578 hectares, soit 117 millions d’arbres, en enlevant toutes protections et autorisant des “chantiers” de développement. Quand on sait que la Turquie fournit 10% de la production d’olives et 6% de l’huile d’olive au marché mondial, on mesure la réaction à l’annonce d’arrachages et du fait que les terrains devenaient objet d’ouverture à constructions industrielles, sur fond de “concentration” des productions encore aujourd’hui dispersées.

Cet article concernant les oliveraies a été retiré, parce qu’il attaquait de plein fouet d’autres intérêts et également risquait de ruiner trop de petits producteurs. Sans compter l’aspect très symbolique autour d’un bien commun à l’ensemble des populations. Mais, dans le pack de loi, au milieu de divers points de la réorganisation des taux de la  taxe sur l’audiovisuel, d’autres sur les donations de terrains appartenant à la trésorerie d’état, au secteur privé, sont restés… et menacent encore.

La polémique a servi pourtant de paravent.

Car, à cette occasion, derrière les polémiques, un droit social, une conquête de 93 ans, a été supprimée en silence…
La loi sur le ‘Repos hebdomadaire’ a été liquidée discrètement. Désormais, aucune entrave légale ne s’oppose à ce que les salariés travaillent 7/7j.

Oui, vous avez bien lu, il n’y a plus de cadre national pour régir le “repos hebdomadaire”. Si cela vous rappelle des débats plus européens sur la durée “légale” du temps de travail, qui se déroulent en Europe, ne soyez pas étonnés, les demandes de la finance sont les mêmes un peu partout, et adaptent leurs cibles en fonction des pouvoirs politiques et des rapports de forces qu’ils instaurent. Le libre arbitre des employeurs pour accorder un repos sera sans doute “tempéré” par la négociation avec son employé…

Le prétexte officiel, l’élément de langage, fut le fait que les entreprises privées, particulièrement dans l’industrie, étaient obligées de demander une autorisation spéciale pour faire travailler leurs salariés pendant le week-end, et que cette demande aurait été un “poids supplémentaire” pour les entreprises, un frein à leur développement.

Par cette nouvelle loi, le travail du week-end-end sera donc facilité. Sauf que la même ancienne loi, rendait également obligatoire 1 journée de repos par semaine, et empêchait les entreprises de faire travailler leurs salariés plus de 6 jours hebdomadaires. On efface tout, et au passage, on ne ré-écrit rien.

Difficile d’imaginer que ce vote en restera là, sauf si une campagne sur la nécessité de “chercher la croissance pour le pays et de consentir des sacrifices” est menée, (croissance complètement plombée par une politique de quasi guerre contre les civils depuis deux ans, et un secteur touristique en chute libre). Le pouvoir politique AKP va sans doute “communiquer”, Reis en tête.

Par ailleurs avec la loi de “Développement de l’industrie et de soutien à la production”, l’obligation d’avoir un spécialiste de sécurité de travail et un médecin rattaché, dans des entreprises de moins de 50 personnes, et dans les institutions publiques, a été reportée à l’an 2020.

Voilà le projet de Turquie nouvelle pour 2023 en marche, côté droits sociaux pour les travailleurs… et côté relance des investissements extérieurs, qui profiteraient de l’aubaine.

Le pouvoir AKP a beau jeu de faire constater des nécessaires “réformes” pour relancer l’économie, tout en niant les effets de sa politique folle de suppression des libertés, de liquidation de son secteur public, et de son  propre appareil d’état au profit d’une concentration de tous les pouvoirs répressifs en une seule main, et une tutelle totale de la justice. Dans ces conditions, les “affaires” entre particuliers, la micro et macro économie sont à l’arrêt, sur fond de tourisme en berne. La polarisation politique, comme la crainte d’une dérive vers une véritable guerre civile pour résoudre les questions de pouvoir, d’une manière ou d’une autre, la peur, plombent encore davantage l’économie “ordinaire et quotidienne”.

La “relance” contre les classes populaires est donc en marche, celles-ci étant toujours les dupes des promesses du régime, et de sa “modernité” apportée et clamée par le pouvoir populiste et bigot de l’AKP. La Turquie doit se “retrousser les manches”, face “aux ennemis extérieurs”.

Allez, un drapeau national et une prière contre un jour de congé, pour la grandeur du Reis…


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Douarnenez Sinema Festivali 2017 • “Sınırlar” http://www.kedistan.net/2017/06/20/douarnenez-sinema-festivali/ Tue, 20 Jun 2017 13:57:11 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47912 Douarnenez Sinema Festivali 1977’den beri her yıl, Ağustos ayının ikinci yarısında gerçekleşen bir festival. Douarnenez ise Fransa’nın batısında bir breton kenti. Bretanya, ya da Breton bölgesi, kuzeyde Manş Denizi, güneyde Biscay Körfezi arasında bulunuyor. Ve Bretonlar, kültürü, müziği, dili ile varolmaya devam eden kelt bir halk. Bretanya sözcüğü, latince Brittania’ya dayanıyor, ve “Bretonların ülkesi” anlamına […]

Cet article Douarnenez Sinema Festivali 2017 • “Sınırlar” a été publié par KEDISTAN.

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Douarnenez Sinema Festivali 1977’den beri her yıl, Ağustos ayının ikinci yarısında gerçekleşen bir festival. Douarnenez ise Fransa’nın batısında bir breton kenti. Bretanya, ya da Breton bölgesi, kuzeyde Manş Denizi, güneyde Biscay Körfezi arasında bulunuyor. Ve Bretonlar, kültürü, müziği, dili ile varolmaya devam eden kelt bir halk. Bretanya sözcüğü, latince Brittania’ya dayanıyor, ve “Bretonların ülkesi” anlamına geliyor. Bretonların güzel ülkesi Fransa’nın denize en çok kıyısı olan bölgesi. Cancale ve Pornic arasında 1100 km sahil var. Ama bir de sayısız adanın kıyılarını sayarsak bu sayı ikiye katlanıyor.

festival douarnenez

İşte Douarnenez bu bölgede, 15 bin nüfuslu bir deniz kenti. Bugün, sardalya balıkçılığı bazı zorluklarla karşılaşıyor olsa da, Douarnenez “Sardalya şehri” unvanını koruyor. Ilıman okyanusal iklime sahip Douarnenez’in bir de marinası var. Diğer ekonomik sektörlerin başında gelen bir tanesi de sinema.

Sinema, Douarnenez Sinema Festivali ile apayrı bir konuma sahip. Festival, halktan yüzlerce kişinin gönüllü katılımı ile gerçekleşiyor. Uzun süre Fransa Komünist partisi ve sol belediyelerin yönetiminde bu günlere gelen Douarnenez, 2008’de sağa geçmiş. Ama sol gelenekte yerini bulan Douarnenez Sinema Festivali korunmuş ve sıcak, misafirperver, düşünceye ve tartışmaya açık var oluş biçimini kaybetmeden seyirciyi sinemayla buluşturmaya devam ediyor.

douarnenez

Douarnenez Sinema Festivali, aslında, “Azınlık filmleri festivali” olarak doğmuş. Bretonlar da azınlık sayıldığı ve direnişçi bir geleneğe sahip olduğu için, bu seçim hiç şaşırtıcı değil. Festival, gözlerini her yıl ayrı bir ülkeye, ve o ülkenin azınlık halklarına çeviriyor. Örneğin, 2016’da 39uncusu gerçekleşen ve Kedistan’ın da partner olarak katıldığı festival, Türkiye halklarını ele alıyordu. Dört farklı mekanda 150 film izlendi, ve bir çok panel, söyleşi ve konser gerçekleşti.

Festivalde seçilen ülke hangisi olursa olsun, her yerde azınlık olarak algılanan LGBTİ ve engellilere özel bir yer ayrılıyor, ve Bretanya kültürü ve dili de ana çizgilerden biri.

douarnenez

Douarnenez Sinema Festivalini öyle sadece, seyircinin gösterimlere ve törenlere katılıp sonra kös kös eve döndüğü bir festival sanmayın. Dokuz gün boyunca, sayısız panel, söyleşi, konser, gösteri ve sergi düzenleniyor. Kırmızı halılar, payetli tuvaletler falan da yok. Yönetmen ve sinemacılar olsun, forumlara katılan gazeteci, akademisyen, sanatçı, aktivist, tüm konuklar, Douarnenez halkının evlerinde misafir ediliyor.

Etkinlikler farklı sinema ve mekanlarda yapılıyor ama festivalin yüreği, şehir merkezinde kurulan festival köyünde atıyor. Günde iki kez, o sene konu olan ülkenin yemekleri yine gönüllüler tarafından hazırlanıyor. Çeşitli bar ve büfeler yanında, forum ve konserler için kullanılan büyük çadır, festivalin dayanıştığı dernek ve kuruluşlara ayrılan bölüm, konukların seyirciyle kenetlendiği, kültürlerin birbirine dostlukla örüldüğü küçük bir dünya.

Douarnenez Sinema Festivali, 9 gün süren bir “birlikte uyumla yaşama” deneyimi, Breton dansından halaya bir melodide geçilebileceğini gördüğünüz, ve sonunda, “keşke bütün dünya bu şekilde var olsa” diyerek, ayaklarınız geri gide gide ayrıldığınız sıcacık bir etkinlik. Ayrıca tüm payet ve smokin yokluğuna rağmen, yerel ve ana basın tarafından değer verilerek izleniyor ve haberleştiriliyor.

Douarnenez Sinema Festivali, her on yılda bir, geçen on senenin muhasebesi olarak, bir ülke seçmek yerine, daha önce konuk ettiği ülkeleri, ortak bir konuda bir araya topluyor.

18-26 Ağustos 2017 tarihlerinde gerçekleşecek olan 40ıncı festivalin konukları bu kez “Sınırlar” konusu çevresinde buluşacak. Sinema, sanat, müzik, ve birlikte düşünmek, sınırları aşmak için birebir…

Douarnenez Sinema Festivali bu yılın konusunu şöyle açıklamış:

Bu sene, arşınladığımız yolun yüreğinde ve güncel sorgulamalarımızda yer alan, ve geçtiğimiz yıllarda gerçekleşen festivallerin içinden çapraz geçen bir konu seçmeyi arzu ettik: Sınırlar.

Sınırlara yaklaşımımız onları keyfi kısıtlamalar, ayıran bariyerler olarak algılamak değil, aksine, onları bir değiş tokuş alanı, fethedilmesi, doldurulması gereken bir yer, kısacası ortak bir bölge olarak görmek. En azından, bir süreliğine, festival boyunca, burada, Douarnenez’de, düşünülen ve/veya hayal edilen şekilde…

Turfanda yayınlanan özet programa göre, Türkiye’den Reyan Tuvi‘nin “Gözyaşına Yer yok” isimli belgesel filmi de festivalde yer alacak. Suriye ve Türkiye sınırının ayırdığı birbirine yakın komşu iki yerleşim bölgesinde, Kobanê ve Maheser köyünde, savaş tehdidi altında birbirine kenetlenen insanları ekrana getiren belgesel, bu seneki festival konusuna, ve festivalin sınırlara odakladığı insani, içten ve umut dolu bakışa daha uygun olamazdı…

Douarnenez Sinema Festivali
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Festival görselleri sanatçı Jacek Wozniak tarafından tasarlandı, ‘sahneye koyan’ ise, Adelinaa Ka.


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Des chats, une bouteille, l’amer, un Consulat… http://www.kedistan.net/2017/06/20/chats-bouteille-mer-france-consul/ Tue, 20 Jun 2017 11:35:52 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44671 Un chat qui enverrait des bouteilles à la mer, ça ne se verrait que dans un poème à la Prévert. Et pourtant, c’est ce que nous faisons en permanence au Kedistan. Lancer une bouteille à la mer peut s’avérer sans utilité, si une vague ou un courant ne l’emporte. Elle revient alors vers le rivage et […]

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Un chat qui enverrait des bouteilles à la mer, ça ne se verrait que dans un poème à la Prévert.

Et pourtant, c’est ce que nous faisons en permanence au Kedistan.

Lancer une bouteille à la mer peut s’avérer sans utilité, si une vague ou un courant ne l’emporte. Elle revient alors vers le rivage et s’enfouit dans le sable à jamais. Il peut donc y avoir parfois une certaine vanité à insister, voire un certain égotisme à répéter une telle opération sans suites.
Mais comme à Kedistan, on ne se décourage pas pour un vent contraire, on continue.

Une des dernières bouteilles, sans étiquette aucune, date du mois de janvier. On s’y promettait de venir, tant que faire se peut, en aide aux otages politiques en Turquie. On y croyait encore, d’autant que la petite “fillette” lancée en novembre pour Aslı Erdoğan s’était transformée en “jeroboam”. Toutes celles et tous ceux qui avaient soufflé sur la vague, sur trois continents, qui avaient repris le message, lancé leurs propres bouteilles à leur tour, avaient eu la satisfaction en décembre, d’avoir fait passer un message, de l’avoir lu, fait lire, fait comprendre en partie, et ainsi avoir contribué à une décision de liberté provisoire, là où auparavant une perpétuité incompressible était demandée par l’injustice turque.
C’est donc à la suite de ce qui fut bien davantage que des clapotis sur le Bosphore, que nous avions entrepris, kedi et associéEs, avec l’aide bien sûr des réseaux sociaux, d’élargir notre soutien, et si possible lui donner une épaisseur concrète, qu’elle soit financière, auprès de prisonniers en grande précarité et leurs familles, qu’elle soit “logistique” , auprès de résistances qui perdurent.

Rappelons que le procès d’Aslı va se tenir ces jours prochains de juin, tout comme celui d’Ahmet Altan en ce moment même, toutes et tous des “noms” plus ou moins mis en avant, jugés au milieu d’autres, qu’on voudrait tant ne plus laisser anonymes. Tous et toutes sont les otages politiques du régime.

Il est une dimension dans ce soutien dont on ne parle pas souvent.

D’une part, nombre de celles et ceux qui en Turquie luttent encore dans cette prison à ciel ouvert, ne veulent pas quitter leur combat, d’autre part pourtant, il en est qui, risquant l’enfermement cette fois derrière les murs de pierre, ont besoin en urgence de trouver assistance et refuge.

Et c’est bien sûr ici qu’interviennent les “gouvernements” européens, leurs “valeurs humanistes”, et qu’ils s’empressent de montrer, en ouvrant les portes des ambassades et consulats, leur générosité et solidarité… Ils accordent des “visas”…du moins pour celles et ceux qui n’ont pas d’interdiction de sortie ou ne se sont pas encore vu confisquer leur passeport. Non, je me trompe ???

Tout le monde sait qu’il y a à peine un an, l’UE elle-même, dans le cadre du grand troc “humaniste” sur les réfugiés, avait quasi promis, en sus des euros trébuchants, une suppression des visas pour les ressortissants turcs. Attardons-nous d’ailleurs un peu sur cette promesse non tenue.
Dois-je comprendre que l’UE était prête à accepter que ce soit le régime lui-même qui décide de qui peut voyager librement, alors que devait se lever les barrières ? Ou bien cette même UE ignorait-elle les interdictions qui pesaient déjà à l’époque sur beaucoup d’opposants turcs ? Bon, c’est une réalité, les gouvernements européens ne pouvaient là, pas faire “ingérence”, mais de fait auraient accordé un passe-droit aux affidés du régime…récompense d’ailleurs promise par le Reis.

Mais, puisque cette clause n’a pas été acceptée, nous voilà donc, dans cette Turquie des grandes purges, dans cette nuit de chasse aux sorcières, après le grand vent de “défense de la démocratie” post 15 juillet 2015, dans la situation d’avant, pour les ambassades et consulats.

Le régime des visas n’a donc pas changé, et les procédures de visas Schengen non plus. Le régime turc peut aussi à sa discrétion refuser une sortie, même avec un visa en bonne et due forme.

Revenons à nos bouteilles

Non, pas à des signatures de pétitions, où bien souvent des noms s’alignent plus pour se voir mis en lumière que pour se décider à se bouger le c… Les bouteilles de “j’ai dit c’est fait” se perdent toujours dans le sable. Revenons aux vrais engagements à être solidaires et actifs. Pour Aslı Erdoğan, par exemple, la forme prise fut la multiplication de lectures, de rencontres, de réunions têtues, popularisées par les réseaux sociaux, avec l’objectif d’obtenir une “libération” et de faire connaître la profondeur de la nuit turque. L’obstination à faire “connaître”, “dénoncer”, appeler à réagir, se mobilisa contre l’indifférence et la lâcheté politique.

Et toutes les bouteilles qui se lancent sur ces mêmes objectifs ne peuvent qu’être bienvenues. Mais quelle forme peuvent prendre les courants susceptibles de les porter ? En France surtout, dans le tam tam électoraliste, toute bouteille peut vite devenir fictive.

Les milieux universitaires commencent à se mobiliser à leur tour… Et il aura fallu pourtant que les universitaires en Turquie montrent leur résistance en prenant d’énormes risques pour qu’ici s’organisent et se tissent des solidarités. Enfin ! diront celles et ceux qui depuis deux ans se sentaient bien seulEs à le faire en Europe…

Mais pouvons-nous compter sur nos gouvernements pour recevoir nos bouteilles ?

Pour ce qui est de la France, on a bien souvent l’impression qu’elle se se contente simplement de boire le champagne aux réceptions chez l’ambassadeur avec le régime AKP, pour fêter des contrats.

Mais y aurait-il une version cachée de la diplomatie, celle d’un gouvernement français aussi remonté contre Erdoğan qu’il l’est contre le bourreau syrien ?

Comment avoir une meilleure réponse à cette question qu’en essayant tout simplement de demander son aide, dans un domaine où il a souveraineté, celui des visas…

Et là, le constat est plutôt édifiant

Une candidate nauséabonde aux présidentielles françaises avait remis sur le tapis une polémique révisionniste faisant un subtil distingo entre la responsabilité de l’Etat français et celle des “gouvernants” de l’époque, dans l’arrestation, la déportation, et la non assistance aux peuples persécutés, les Juifs en l’occurence, mais aussi bien d’autres minorités. Dois-je donc à mon tour et sur ce modèle accuser pour hier un gouvernement qui s’affuble d’une étiquette socialiste, et non la France et ses services d’Etat dans la volonté de refuser de porter assistance à des opposantEs en danger en Turquie ? Ou bien devrions-nous attendre le rétablissement de la peine de mort là-bas, pour voir la France changer d’attitude ?
Car, visiblement, celle-ci considère toujours “légal” que des journalistes, des intellectuels, des universitaires, des fonctionnaires… des personnes libres d’esprit, soient incarcérées, mises sous surveillance, interdites de voyager, par l’entremise d’accusation de “propagande terroriste”. Nous aurions donc nous aussi, depuis un état d’urgence qui perdure, les mêmes approches du “terrorisme” que celles d’Erdoğan ?

Et ainsi, ordre serait donné à nos “fonctionnaires”, “attachés” et “diplomates”, de devoir assumer une lâcheté politique, (que parfois ils partagent eux mêmes par conviction)… La longue chaîne de dilution des responsabilités ou chacun n’assume que la survie de son poste et de son rang, en appliquant une politique, ça rappelle bien des choses…

Oui, la France en ce moment refuse, sans devoir s’en expliquer, les visas à celles et ceux qui cherchent à se mettre à l’abri du pouvoir turc, nous en avons des preuves, tout autant qu’elle a une pratique du droit d’asile sur son propre sol parfaitement inopérante et souvent ignoble. Je ne citerai pas de noms, les faux culs ne méritent aucune publicité. Faux culs de bouteille, cela va de soi. Et pour les “preuves”, ils savent eux-mêmes que les fournir ici mettrait en danger celles et ceux qui ont sollicité de l’aide. Et la “nouvelle” diplomatie semble s’être faite très “négociatrice” lorsque M Depardon s’est retrouvé encagé.

Et qui va continuer à demander la libération d’Ebru Fırat, maintenant qu’elle ne représente plus un enjeu électoraliste local dans sa région ?

Alors, devant ces refus non motivés, sur demande de visas parfaitement légales, pour des personnes désireuses de se mettre à l’abri, et sans doute suspectées de ce fait par les autorités françaises, je remplis cette fois la bouteille d’essence et je la lance vers l’amer.

Et que tous les mitterrandiens d’opérette ne viennent plus me donner les exemples où même une femme de Président se rendait-elle même au secours de prisonniers de dictatures d’Amérique latine. Ce temps est révolu, depuis que la finance libérale s’accorde à trouver les meilleurs vertus aux régimes totalitaires, et que le social libéralisme y trouve ses “postes”. Le gouvernement français sortant n’avait pas d’états d’âme sur la suite que prendront des vies en Turquie, par sa lâcheté politique, par sa veulerie et désir de ne pas gêner un “partenaire”… utile pour contenir les réfugiés et enrichir les entreprises du BTP. N’en déplaise à ceux qui croient encore que les roses ne poussent jamais sur le fumier. On a la démonstration du contraire. Le nouveau a l’excuse de sa nouveauté. Mais Soeur Anne…

Voilà, l’amer est franchi. La lie est vidée. Je sens que boire une prochaine bouteille pour la remplir à nouveau d’un appel à faire réagir sur cette pratique de lâcheté quotidienne de notre diplomatie va être indispensable.

Et même si je sais que les hologrammes passionnaient en ce moment davantage que les bouteilles, je persiste et je lance.


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Documentaire • Reyan Tuvi • “Pas de place pour des larmes” http://www.kedistan.net/2017/06/19/reyan-tuvi-pas-place-pour-larmes/ Mon, 19 Jun 2017 20:54:43 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47882 Reyan Tuvi, journaliste, photographe et réalisatrice documentariste, revient avec un nouveau film sur l’occupation de Kobanê, “Pas de place pour les larmes”. Nous connaissons Reyan, par son film documentaire de 2014 “Jusqu’à ce que le visage de la Terre soit le visage de l’amour !” où elle parle de la Résistance Gezi de 2013. Le film prend […]

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Reyan Tuvi

Reyan Tuvi, journaliste, photographe et réalisatrice documentariste, revient avec un nouveau film sur l’occupation de Kobanê, “Pas de place pour les larmes”.

Nous connaissons Reyan, par son film documentaire de 2014 “Jusqu’à ce que le visage de la Terre soit le visage de l’amour !” où elle parle de la Résistance Gezi de 2013. Le film prend son nom d’un poème d’Adnan Yücel, dont vous trouverez une traduction dans cet article.

 Jusqu’à ce que le visage de la Terre soit le visage de l’amour !

“Jusqu’à ce que le visage de la Terre soit le visage de l’amour !” n’était pas le premier film de Reyan. Elle a réalisé “Offside”, en 2010, un documentaire sur deux réfugiés nigérians Taju et Rachid dont les chemins se sont croisés en Turquie, leur combat pour survivre, et qui parle aussi de leur ami Festus Okey. Festus, ou de son surnom “Okute” lui aussi réfugié africain, partage avec Taju et Rachid une passion pour le foot. La mort d’Okute, tué en garde-à-vue, secoue la vie des deux amis.

Vous pouvez visionner en suivant ce lien, une vidéo (en anglais) concoctée par le Festival de film suisse, Visions du Réél dans laquelle Reyan parle de son film “Offside”.

reyan tuvi

Pas de place pour les larmes

Gözyaşına Yer Yok / No place for tears

Point zéro de la frontière Turquie-Syrie. Côté Syrie, Kobanê, et côté turc le village de Maheser, des lieux de vies dont les habitants se sont liés par des relations familiales et d’amitié qu’ils ont tissées depuis des siècles.

Ces voisins, séparés par une frontière, subissent toutes les conséquences de la guerre, et lorsque Daesh occupe Kobanê, la population civile traverse la frontière et se réfugie côté Turquie. Certaines familles trouvent asile dans les camps de réfugiés, d’autres sont accueillies au village de Maheser.

Ce documentaire propose une observation de longue haleine, et raconte la vie des personnes qui espèrent sous l’ombre de la guerre, le jour où elles retrouveront leur proches, sains et saufs, et retourneront dans leur ville, leur maison. En attendant, elles se soutiennent mutuellement, et luttent pour reconstruire leur vie. Dans cette lutte, la solidarité est primordiale, et il n’y a pas de place pour les larmes.

Gözyaşına Yer Yok est film fort, qui entrelace amour, espoir et résistance.


Kobane, ville devenue mythique du Rojava, située à la frontière turco-syrienne, a subi le siège des milices de Daesh qui profita des divisions introduites par la Turquie et de la guerre civile en Syrie profonde. Daesh a bombardé la ville avec de l’artillerie lourde et l’a séparée du reste du Nord Syrie, avec la complicité tacite de la Turquie à ses frontières. La riposte kurde dura quatre mois, durant lesquels sans relâche les forces kurdes de l’YPG (acronyme de Unités de protection du peuple) tentèrent par des contre-offensives coûteuses en combattants de reprendre Kobane, ville quasi détruite, quartiers par quartiers. Durant les combats, de nombreuses familles ont cherché refuge en Turquie proche. De l’autre côté de la frontière, la solidarité s’est organisée, en dépit des interdits turcs. No Place for Tears est un témoignage fort sur les valeurs de la population kurde de Kobane et sur le courage des habitants du village de Maheser qui ont abrité leurs voisins.

Reyan Tuvi a filmé avec empathie la détresse de ceux qui endurent les épreuves de cette guerre. Une parfaite description de cette résilience, qui donne accès à l’un des évènements majeurs de l’histoire récente au Moyen Orient, qui apportera une pierre  pour consolider  les fondations du Rojava.

Réalisation : Reyan Tuvi | Année : 2017 | Durée : 84′ | Langue : kurde et turc | sous titrages : turc, anglais | montage Thomas Balkenhol | Son : Sinan Kesgin | Production : Reyan Tuvi

Gözyaşına Yer Yok, a participé à de différents festivals. Il a obtenu une mention spéciale du prix inter-religieux, au festival de film Visions du Réel qui s’est déroulé en avril dernier à Nyon en Suisse. Ce prix est décerné aux oeuvres qui “mettent en lumière des questions de sens et d’orientation de la vie”.

Le documentaire de Reyan Tuvi, sera bientôt au Festival de Douarnenez !

 Yüksekova, ville ferraille un article de Reyan Tuvi, en français.

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Cet article Documentaire • Reyan Tuvi • “Pas de place pour des larmes” a été publié par KEDISTAN.

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Selahattin Demirtaş • Turkish Prison User Instructions http://www.kedistan.net/2017/06/19/selahattin-demirtas-turkish-prison-user-instructions/ Mon, 19 Jun 2017 13:19:42 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47870 In a recent article in french, we published comments by Selahattin Demirtaş, praising the virtues of « popular humor » in order to be heard and understood without hatred or spite, despite all the seriousness of the repression. Here then is a text written in prison by Selahattin Demirtaş that illustrates his method (originally published in Turkish […]

Cet article Selahattin Demirtaş • Turkish Prison User Instructions a été publié par KEDISTAN.

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In a recent article in french, we published comments by Selahattin Demirtaş, praising the virtues of « popular humor » in order to be heard and understood without hatred or spite, despite all the seriousness of the repression.

Here then is a text written in prison by Selahattin Demirtaş that illustrates his method (originally published in Turkish on Birgün and translated by Kedistan.)


My incarceration is too recent to allow me to forget the sound of life still flowing freely outside. It isn’t long enough either for me to give lessons in a country where some hostages have been jailed for over 25 years. But I consider it a duty to write down my impressions on the world of incarceration.

One of the objectives in jailing us is to spread fear in society, to intimidate everyone with the threat of prison. Our duty then consists in annuling those efforts. In any event ‘fear doesn’t help death’ [Turkish proverb]. If we must break down the climate of fear in order to enter the season of courage, instead of cowering in front of the injustices and illegalities, it’s wiser to tease fear.

I’m writing so that you will have fresh information on hand should you be arrested. In all honesty, there are no novelties worth talking about… Therefore, I will write about small matters of daily life. You can store in your memory what you find useful…

When you enter, they search you and confiscate everything it’s forbidden to keep. But they cannot confiscate your “opinions”, those that are put forth as the motives for your incarceration. Thus, you can bring them inside with you. A strange practice.

During the first days, when they take you out of your cell, you may panic for a moment in the corridor, searching for your key and thinking you may have left it inside. No panic ! Here, there are a lot of locks, but no key.

Your visitors always find you at home, no problem. There’s no one to tell them : “Monsieur just left for a meeting”, or “He’s on annual holiday, if you wish to leave a message, we’ll pass it on.” In other words, you have no excuses…

Don’t be saddened if, on the outside, you are a person who is loved and respected and who counts for the members of his circle. Here, they count you at least twice a day. It’s better than nothing. Try to draw some happiness from it.

Here, you don’t have the worry that makes you say : “Damn ! I’ve no battery left !” Your battery is never down here. Take it easy, don’t stress yourself.

They can’t block your Internet connection either, as they usually do when events intensify. It gives a sensation of serenity, a foretaste of freedom.

For those complaining because they never appear on TV, matters have been taken in hand. There are cameras filming you 24 hours a day and buddies following your every move on their screens.

My friends, if you spend your days in a sweat, rushing not to miss the bus, the metro, the ferry, this place is made for you. Because the transfer vehicle, called ‘ring’ absolutely never leaves before you are aboard. Great importance is put on the travellers’ satisfaction.

You’ve reached the point where you can’t go anywhere without the help of your GPS navigational system ? Not to worry, at least 4 guards take you everywhere you must go.

You’ll certainly have friendly co-detainees who’ll want to tease you by saying “hey I just heard the doorbell, you want to answer ?”. Don’t let them fool you.

If you hear noises in the night, you can be sure it won’t be robbers. Of course, there are robbers in jail but they are in other wards and other cells. In any event, they are only small fry. The big robbers aren’t sent to jail. You have nothing to fear.

Here, no one threatens to send you to jail. It’s a rather pleasant sensation.

For those who get excited and say “I sent a message ten minutes ago, and no one’s answered me yet !” Here, at least a month goes by between the sending of a letter and receiving an answer. An excellent method to learn anger management.

No point in adding to the canteen list items such as pickaxes, saws, sickles, hammers. Those nasty boys don’t provide them.

Here, there are teachers, directors, assistant directors, but don’t count on the day when you’ll receive your year-end report card and go on holiday. No report card. Guaranteed.

Even if you show off by saying “I’m the son in law of a family in Lice” [allusion to a very influential Kurdish family in Lice], you won’t get anywhere. It’s not your father-in-law’s fault. It’s the way the system works.

In Izmir they call sunflower seeds “çiğdem”. Here as on the outside, that doesn’t change. [Residents of Izmir have their own designations for certain things. For instance gevrek instead of the sesame seed pastry everybody else calls simit.]

Here also “life is short, birds fly”, here too “even if you’re a dragon it makes no difference”, here also “true love is not giving up”…

Selahattin Demirtaş

Translation by Renée Lucie Bourges.
iknowiknowiknowblog.wordpress.com
French version >Demirtaş • Mode d’emploi des prisons en Turquie


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Kedistan sort les griffes et ouvre les yeux http://www.kedistan.net/2017/06/18/kedistan-griffes-yeux-photos/ Sun, 18 Jun 2017 18:21:27 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47828 Les chaleurs de juin se prêtent parfois aux coups de gueule et de griffes à Kedistan. Mais c’est pour la bonne cause, et surtout bon pour les yeux… Nous avons souvent pesté à Kedistan, et nous ne sommes pas les seuls, contre ceux qui publient sur les réseaux sociaux ou sur des blogs, des photographies […]

Cet article Kedistan sort les griffes et ouvre les yeux a été publié par KEDISTAN.

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Les chaleurs de juin se prêtent parfois aux coups de gueule et de griffes à Kedistan. Mais c’est pour la bonne cause, et surtout bon pour les yeux…

Nous avons souvent pesté à Kedistan, et nous ne sommes pas les seuls, contre ceux qui publient sur les réseaux sociaux ou sur des blogs, des photographies volées sans l’accord de leurs auteurEs, les re-cadrent ou les “charcutent”, pour illustrer des propos qui baignent dans le pathos ou incitent à la haine, en croyant par là défendre la cause kurde. Pire, ces mêmes illustrent parfois leur “Paris Match” kurde avec des images trouvées sur internet et choisies du fait de leur morbidité, représentatives pourtant de “faits” qui datent d’années antérieures, voire sont totalement et géographiquement étrangères au propos.

Notre ami Etienne Copeaux vient de publier quelques unes de ces “perles”, parfois de faux grossiers, publiées par des “amis” croyant bien faire, alors qu’ils/elles, discréditent le propos même qui est défendu.

S’interdire de tels raccourcis à l’heure où en un clic, il est si simple pour quiconque de repérer un plagiat ou de retrouver l’origine douteuse d’une illustration, doit être le minimum. L’histoire militante regorge de ces manipulations “pour bien faire et pour la cause”, dont le stalinisme, entre autres, fut un utilisateur zélé…

Ces pratiques douteuses, qui discréditent à nos yeux leurs auteurES, ne sont pas uniquement désastreuses pour défendre et soutenir des populations victimes d’exactions, mais deviennent, de par le choix de publications qui mettent souvent “l’inhumain” au premier plan, contradictoires avec “l’humanité” que l’on veut soutenir, et suscitent, non compassion source de prise de conscience, mais culte de la haine et de la vengeance. Lorsqu’il s’agit de peuples discriminés, victimes, nous ne sommes plus guère loin des pires exaltations des sentiments de ressentis nationalistes. Tout ce que nous exécrons à Kedistan.

Il s’agit aussi de manipulation de la mémoire de “victimes”, et d’irrespect total. Aucune cause politique ne justifie ces pratiques éditoriales.

Mais pour nous, la coupe déborde quand on sait que des photographes, des journalistes, font un travail remarquable, avec entêtement, en prenant des risques pour eux/elles mêmes, pour faire lire et donner à voir justement la vie des populations soumises aux exactions d’état, au broyage de leurs vies déjà de minorités exclues, et que ce travail là n’intéresse pas, parce que non spectaculaire, non source de buzz sur un média social ou mainstream… Car notre colère là s’étend à l’ensemble de ce qui constitue le conglomérat médiatique…

Défendre une cause, pour un média, c’est donner à voir autant l’humanité des peuples qu’elle concerne, que les résultats des oppressions et exactions qu’elles subissent, pour que des prises de conscience soient porteuses d’avenir. 

C’est une règle, en tous cas, que Kedistan s’est imposée, même si elle lui vaut parfois l’ostracisme de celles et ceux qui cherchent le radicalisme systématique à tous prix en guise de réflexion et d’analyse, où la “superbe” ignorance volontaire de “médias sérieux”.

C’est pourquoi, lorsque la quête personnelle de compréhension d’unE photographe, d’unE journaliste, (et il en existe fort heureusement de nombreux/ses), rencontre ces mêmes exigences, et se traduit dans des travaux passés sous silence, celle-ci trouvera toujours le meilleur accueil dans nos “pages”.

Et, lorsqu’il s’agit d’une journaliste et artiste, comme dans le cas de Zehra Doğan, nous sommes décidés à aller plus loin encore que nos modestes pages… Nous vous en tiendrons informés.

Rassurez-vous, il est des journalistes qui oeuvrent dans ces médias dits “mainstream” qui se battent eux/elles mêmes contre l’uniformisation et le scoop, deux faces d’une même désinformation. Qu’ils/elles sachent que nous ne les jetons pas dans un sac indistinct…

Pour clore ce coup de gueule de juin, qui nous démangeait déjà depuis des mois, voici un exemple de travail récent sur l’offensive de l’état turc à Sur, et qui n’a intéressé aucun média “mainstream”. Si la mobilisation pour la libération de M. Depardon fut, et c’est fort heureux, largement diffusée, dommage qu’il n’y ait pas le même intérêt pour les travaux d’autres photographes n’appartenant pas “au sérail” – les premiers oubliés étant les photographes locaux – comme l’agence Nar Photos, qui produisent depuis des années un travail de qualité.


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Selahattin Demirtaş • Mode d’emploi des prisons en Turquie http://www.kedistan.net/2017/06/18/demirtas-mode-emploi-prisons-turquie/ Sun, 18 Jun 2017 16:45:07 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47827 Dans un article récent, nous publiions les propos de Selahattin Demirtaş, qui mettait en avant les vertus de “l’humour populaire”, pour être entendu et compris sans haine ni hargne, malgré toute la gravité de la répression qui s’abat. Voici donc un texte, écrit en prison, par Selahattin Demirtaş, (et à l’origine publié en turc sur Birgün), […]

Cet article Selahattin Demirtaş • Mode d’emploi des prisons en Turquie a été publié par KEDISTAN.

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Dans un article récent, nous publiions les propos de Selahattin Demirtaş, qui mettait en avant les vertus de “l’humour populaire”, pour être entendu et compris sans haine ni hargne, malgré toute la gravité de la répression qui s’abat.

Voici donc un texte, écrit en prison, par Selahattin Demirtaş, (et à l’origine publié en turc sur Birgün), traduit en français par Kedistan, qui illustre bien la démarche.


Mon incarcération est encore trop récente pour oublier le bruit de la vie, qui continue à couler abondamment au dehors. Elle n’est pas assez longue non plus, pour devenir donneur de leçons, dans un pays où il y a des otages emprisonnés depuis plus de 25 ans. Mais je pense qu’écrire mes impressions sur le monde carcéral est de mon devoir.

Un des objectifs de notre incarcération est aussi de répandre la peur dans la société, intimider tout le monde par la menace d’emprisonnement. Le devoir qui nous revient alors, est de rendre ces efforts vains. De toutes façons ‘la peur n’aide pas la mort’ [proverbe turc]. Si nous devons casser le climat de peur pour entrer dans la saison du courage, au lieu de se plier par peur, devant les injustices et les illégalités, il est plus sage de taquiner la peur.

J’écris pour que vous ayez, au cas où vous vous feriez arrêter, des informations fraîches entre vos mains. A vrai dire, il n’y a pas de nouveautés qui valent la peine d’en parler… Je vais écrire donc à propos de différentes petites choses de la vie quotidienne. Vous mémoriserez ce que vous trouverez utile…

Quand vous entrez dans la prison, ils vous fouillent et confisquent tout ce qui est interdit d’y faire entrer. Mais ils ne peuvent pas confisquer vos “opinions”, celles qui sont montrées comme motifs de votre incarcération. Vous pouvez donc les faire entrer à l’intérieur. C’est une drôle de pratique.

Les premiers jours, lorsque vous êtes sortis de la cellule, vous pouvez paniquer un instant dans le couloir, et chercher votre clé en pensant que vous l’auriez oublié à l’intérieur. Pas de panique ! Ici, il y a beaucoup de serrures, mais il n’y a aucune clé.

Les personnes qui vous rendent visite, vous trouvent à domicile chaque fois, sans problème. Personne ne leur dit “Monsieur vient de quitter le local pour une réunion”, ou “Il est actuellement en congé annuel, si vous avez un message, nous lui transmettrons”. En quelque sorte, vous n’avez pas de prétexte…

Ne soyez pas triste, si dehors, vous êtes une personne aimée, respectée et qui compte pour votre entourage. Ici, vous êtes comptés au moins deux fois par jour. C’est mieux que rien. Essayez d’en tirer un peu de bonheur.

Vous n’avez pas ici, cette inquiétude qui vous fait dire “Zut je n’ai plus de batterie !” Votre batterie ne se décharge jamais ici. Soyez tranquilles, ne vous stressez pas.

Ils ne peuvent pas vous couper votre connexion Internet non plus, comme ils le font d’habitude, lorsque les événements s’intensifient. C’est vraiment une sensation de sérénité, qui donne un avant goût de liberté.

Pour celles et ceux qui se plaignent de ne jamais passer à la télé, il y a des des mesures prises. Il y a des caméras qui vous filment 24h sur 24 et des potes qui vous suivent attentivement sur leurs écrans.

Mes amiEs, qui courez toute la journée en pleine sueur, pour ne pas rater le bus, le métro, le ferry, cet endroit est fait pour vous. Parce que le véhicule des transferts appelé ‘ring’ ne part absolument pas avant que vous y montiez. Une grande importance est portée à la satisfaction des voyageurs.

Vous êtes arrivés au point de ne pouvoir vous rendre nulle part, sans l’aide de votre appareil de navigation GPS ? Ne vous en faites pas, au moins 4 gardiens vous amènent partout où vous devez aller.

Il y aura certainement des copains co-détenus, qui voudront vous taquiner, en vous disant “Tiens la porte sonne, tu peux ouvrir?” Ne vous faites pas avoir.

Si vous entendez des bruits la nuit, vous pouvez être sûrs qu’il ne s’agira pas de voleurs. Il y en a des voleurs, dans la prison, mais ils sont dans d’autres quartiers et cellules. De toutes façons, ce sont de petits voleurs. Les grands ne sont pas mis en prison. Il n’y a pas de raison pour avoir peur.

Ici, personne ne vous menace de vous envoyer en prison. C’est une sensation plutôt agréable.

Pour celles et ceux qui s’énervent en disant “ça fait dix minutes que j’ai envoyé un message, on ne m’a toujours pas répondu !”. Ici, le temps qui s’écoule entre une lettre envoyée et sa réponse est au minimum d’un mois. Excellente méthode pour apprendre à contrôler sa colère.

Ce n’est pas la peine d’ajouter sur la liste de cantine, des choses comme pioche, scie, faucille, marteau. Ils ne les fournissent pas, les vilains.

Ici, il y a des enseignants, des directeurs, des sous directeurs, mais n’espérez pas voir le jour où vous aurez votre bulletin de fin d’année et où vous partirez en vacances. Pas de bulletin. Information sûre.

Même si vous frimez en disant “je suis le gendre d’une famille de Lice” [allusion à une tribu kurde de Lice très influente] ça ne sert à rien. Ne cherchez pas la faute chez votre beau-père. C’est le système qui est comme ça.

Ceux d’Izmir appellent les grains de tournesol “çiğdem“. Ici aussi comme dehors, ça ne change pas. [Les habitants d’Izmir ont des appellations particulières, bien à eux pour certaines choses. Par exemple gevrek à la place de la pâtisserie au sésame que tout le monde appelle simit.]

Ici aussi “la vie est courte, les oiseaux volent”, ici aussi “même si tu es un dragon ça ne change rien”, ici aussi “le vrai amour est ne pas céder”…

Selahattin Demirtaş


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Şirin Tekeli, décès d’une figure de proue du féminisme http://www.kedistan.net/2017/06/18/sirin-tekeli-feministe-turquie/ Sun, 18 Jun 2017 13:55:52 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47810 Şirin Tekeli, figure emblématique du féminisme en Turquie, est décédée le 13 juin 2017 à Bodrum. Elle a offert son corps à la Faculté de médecine de Cerrahpaşa. Les féministes ont fait leurs adieux Şirin à Bodrum, sous des applaudissements, avant le départ de sa dépouille vers la faculté de Médecine. Şirin Tekeli tient une […]

Cet article Şirin Tekeli, décès d’une figure de proue du féminisme a été publié par KEDISTAN.

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Şirin Tekeli, figure emblématique du féminisme en Turquie, est décédée le 13 juin 2017 à Bodrum. Elle a offert son corps à la Faculté de médecine de Cerrahpaşa.

Les féministes ont fait leurs adieux Şirin à Bodrum, sous des applaudissements, avant le départ de sa dépouille vers la faculté de Médecine.

Şirin Tekeli tient une place importante pour les féministes de sa propre génération, mais est aussi une source d’inspiration et une référence pour les générations à venir. Certes, elle est une légende, mais pas sur un piédestal hors sol.

Si à l’évocation de son nom, défile tout ce qu’elle a fait durant sa vie consacrée à la lutte des femmes, la tendresse que les féministes de tous âges et milieux lui portent, vient de son existence menée dans le partage, la modestie, la sincérité et les relations d’égale à égalE qu’elle a toujours maintenues avec tout celles et ceux qu’elle a croiséEs de près et de loin.

Elle fut une lumière pour les féministes de Turquie. Ce visage souriant restera emblématique pour toujours.

***

“L’entêtement de Şirin Tekeli” vidéo publié par FilmMor (Coopératif de cinéma féministe), extraite du film documentaire İsyan-ı Nisvan (La révolte des femmes), réalisé par Melek Özman.

Traduction de la vidéo (Kedistan)

“En 1981 j’ai 37 ans. Je suis une des plus âgées du groupe. Mais bon, à l’époque j’étais jeune, 37 ans, c’est jeune n’est-ce pas ?
J’avais quitté l’université. C’était assez récent. Mais 4 ans plus tôt, j’avais fait une thèse concernant les femmes.

J’ai commencé à travailler sur cette thèse en 1975. 1975 était “l’Année mondiale des femmes”, et c’est cela qui m’avait incitée. Mais derrière, il y a ceci ; quand je suis allée en France, j’ai découvert Simone de Beauvoir. Et elle est devenu mon auteure de chevet. Il y a donc une réflexion qui avait commencé par une approche intellectuelle sur les “problèmes des femmes”. Après 1975, en tant que scientifique de la politique, en me posant la question “les femmes ne sont pas dans la politique, cela est clair, pourquoi en sont -elles absentes ?”, j’ai décidé de préparer une thèse sur les femmes et la politique. Lorsque j’ai choisi ce sujet, j’ai essuyé des remarques autour de moi, en commençant par mes amiEs proches, “Une thèse de science politique, peut être sur des thèmes comme l’Etat, comme l’armée.. Peut-il exister un tel sujet pour une thèse de science politique !?” Ils étaient tous contre cette idée. Alors je me suis entêtée : “Je vais faire cette thèse !”

C’était une thèse qui se basait plutôt sur le marxisme, elle ne se basait pas sur le féminisme. Commençant par Engels, passant par Bebel (la femme et le socialisme), c’était une thèse qui se ressourçait du marxisme. Mais, je sentais bien que quelque part, ceux-là n’étaient pas suffisants. En réalité, le marxisme était une idéologie, était un rideau qui empêchait que nous puissions voir les problèmes de femmes. Cette thèse se termine par une phrase qui met les femmes face à face avec la société, mais qui évite de mettre les femmes face à face avec les hommes. Dans ce contexte elle n’est pas féministe. Certes il y a une curiosité sur le féminisme, mais il n’apporte pas d’explication féministe.”

***

Filiz Kerestecioğlu députée HDP, amie et compagne de lutte de Şirin, lui a rendu hommage à l’Assemblée Nationale.

Traduction de la vidéo (Kedistan)

Si vous avez votre entêtement, nous l’avons le nôtre. Et  je voudrais vous faire rencontrer une de ces femmes entêtées. Şirin Tekeli est l’initiatrice de la campagne contre la violence conjugale à l’encontre des femmes, qui a été lancée en 1987, depuis le parc Yoğurtçu (Kadıköy, Istanbul),  et dont le temps fort fut la première manifestation légale qui s’est organisée après le coup d’état militaire [1980]. Cette photo la représente lors de son discours qu’elle prononcé à la marche.

Qu’a-t-elle fait Şirin Tekeli en Turquie ?

A vrai dire, la vie de Şirin est un message entier à la Turquie. Particulièrement dans l’environnement politique délétère, dans cette atmosphère de corruption où tout est lié à l’argent, Şirin Tekeli a légué tout son bien aux enfants de familles démunies pour qu’ils puissent étudier. Şirin Tekeli est membre fondatrice de l’IHD (Association des droits des Hommes), elles est membre fondatrice de la Fondation de la bibliothèque des oeuvres de femmes et du centre d’information d’Istanbul, elle est membre fondatrice des refuges de femmes Mor Çatı (Toit Mauve) d’Istanbul, elle est membre fondatrice de l’Association des citoyenNEs de Turquie à Helsinki, elle est fondatrice de l’Association de soutien des élues femmes, et dernièrement elle fut fondatrice de la Fondation de soutien aux juristes femmes et cette fondation donne actuellement, des bourses à des centaines d’étudiantes. CherEs amiES, peut être que cela ne vous intéresse pas beaucoup, mais, l’argent est fait pour être partagé…

Şirin Tekeli, a défendu durant toute sa vie l’égalité, avant tout en personne, en devenant l’exemple même de l’égalité. Elle a vécu en construisant des relations égales avec tout le monde. Avec des enfants, des adultes, elle a lié des relations à égalité. L’égalité a pris corps avec son existence même. C’est pour cela qu’elle est une personne unique, et elle ne peut être remplacée.

Şirin Tekeli, n’avait pas de garde du corps, mais elle avait des centaines de milliers de personnes qui l’aimaient. Les féministes n’ont pas de garde du corps, les amiEs. Ils/elles circulent seules, se déplacent accompagnées de la lutte pour les femmes, et non dans des voitures étincelantes entourées de milliers de gardes du corps et luttent pour changer ce système dominant mâle. Et en Turquie, Şirin Tekeli est la première femme qui a porté tout cela à travers ses paroles. Elle fut la première femme qui a dit ‘je suis féministe’ et ouvert le chemin. Ce n’est pas seulement sa vie. La mort de Şirin Tekeli est aussi un message à la Turquie. Car Şirin est celle qui a démissionné de l’université, après le coup d’Etat de 1980,  en disant, “Il n’y a plus d’université et d’enseignement libres”, et qui est une des personnes qui ont montré le plus d’empathie avec les milliers d’universitaires liquidés par des décrets, comme elle a tout autant consacré toute sa vie à l’humanité et au féminisme. Elle a légué son corps à la science, à la Faculté de médecine de l’Université d’Istanbul. Demain, à 19h, nous allons dire au revoir à Şirin Tekeli, à la Faculté de médecine de l’Université d’Istanbul. Ensuite, le corps de Şirin Tekeli, continuera à vivre à travers des recherches scientifiques. Ceci est sans doute, un autre message qu’elle nous a donné, en mourant.

Il était peut être difficile qu’autant de bonté puisse survivre dans autant de saletés. En tant que femmes de Turquie, en tant que ses amiEs de combat féministe, nous allons la faire vivre dans notre lutte et nos plus beaux souvenirs.

Je voudrais aussi saluer depuis ici, le mouvement des femmes, la lutte féministe, qui est bien plus réelle et bien plus sincère, de tous les instants, qui se déroulent ici. Je voudrais également exprimer ceci : si dans ce pays, s’il y avait unE présidentE de république éluE par le peuple, cela devait être Şirin Tekeli. Avec tout ce qu’elle a fait, la façon dont elle a vécu, avec sa mort, avec tous les messages qu’elle a donnés, c’est elle qui était digne de ce titre. J’espère qu’un monde comme cela sera construit, je suis sûre que nous allons construire ce monde en Turquie et dans le monde.


Şirin TekeliŞirin Tekeli

(1944-13 juin 2017) défenseure des droits de femmes, féministe, auteure. Née à Ankara, des parents professeurs de philosophie. Şirin, au lycée, tout en choisissant la science, s’intéresse intensivement à la littérature et la philosophie.

Etudes
Après le lycée, en 1961, elle part à Paris, apprend le français et commence à étudier le Droit. Ensuite, elle change d’orientation et étudie en Sciences politiques à l’Université de Lausanne. A la fin de ses études, en 1967, elle rentre à Istanbul et intègre la chaire de Sciences Politique à l’Université d’Istanbul. Elle se marie avec Ahmet Tekeli, rencontré lors des études. Elle termine son doctorat en 1973, sur la théorie de système de David Easton (The Political System). En 1978 elle prépare une thèse sur la participation des femmes aux élections. Elle poursuit ses travaux sur les élections. Elle vient en France avec une bourse et étudie la cartographie au CNRS. Dans cette période, elle constitue une banque de données informatique, avec toutes les données concernant les élections en Turquie, et étudie avec Jean Ranger et son équipe, la sociologie des élections dans l’espace urbain. En 1980-81 elle organise une séminaire sur la sociologie de la politique.

Après le coup d’Etat de 1980 

A la création de YÖK, “Conseil de l’enseignement supérieur”, une administration centrale issue de la réforme de l’enseignement supérieur de 1981 en Turquie, elle dénonce que celui-ci viole la liberté de recherche et de pensée, et qu’il constitue une structure verticale semblable à l’armée, qu’il prend comme objectif non pas la science mais l’enseignement de l’idéologie officielle, qu’il dépolitise aussi bien les étudiantEs que les enseignantEs, et pour protester, elle démissionne de l’université.

Après son départ de l’université, elle travaille comme auteure, rédactrice et traductrice. Elle réalise un travail de recherche sur les politiques d’égalité concernant les femmes. En 1981, elle est invitée à intégrer la coopérative des auteurEs YAZKO et elle travaille au sein d’un groupe de traduction des oeuvres féministes. Ce groupe permet également une expérience de prise de conscience et joue un rôle important pour constituer la terminologie féministe en Turquie. Şirin publie son premier livre en turc, en 1982. Il s’agit se sa thèse “Les femmes et la vie politique et sociale “(Kadınlar ve Siyasal-Toplumsal Hayat)

Activiste

En 1985, elle mène la campagne pour la signature de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et débute la lutte pour la réforme du code civil.

En 1987, elle participe intensivement à des actions, qui commencent par la fête de Kariye et la marche contre la violence inter familiale, qui continuent par la campagne “Mor İğne” (Aiguille mauve) et qui se transforment, avec la participation des jeunes femmes, des femmes rurales, des femmes kurdes, à un vrai mouvement social.

En 1989 elle débute les travaux pour la Fondation de la bibliothèque des oeuvres de femmes et centre d’information. En 1990 elle prépare un recueil des travaux de jeunes chercheures féministes “Les femmes dans la Turquie de 1980“. Ce livre parait en allemand et en anglais.

En 1997 elle prend sa place comme membre fondatrice dans KA-DER (L’association de soutien des élues femmes), Anakültür Kooperatifi  et Winpeace, l’initiative de Paix des femmes turques et grecques.

Après sa départ de l’université, elle continue la traduction et jusqu’en 2011, elle fait gagner à la langue turque 25 livres, concernant majoritairement les femmes et la démocratie.

En 1996, elle reçoit la Palme Académique.

Şirin Tekeli, est décédée suite à une tumeur au cerveau, à 73 ans, le 13 juin 2017 à Bodrum. Elle a offert son corps à la Faculté de médecine de Cerrahpaşa.


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Ankara • De quoi se mettre en marche http://www.kedistan.net/2017/06/16/ankara-se-mettre-en-marche/ Fri, 16 Jun 2017 13:36:23 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47793 Une marche d’Ankara à Istanbul se déroule en soutien à Enis Berberoğlu,  député du Parti républicain du peuple (CHP, kémaliste), qui a été condamné le 14 juin à 25 années d’emprisonnement pour avoir fourni au quotidien Cumhuriyet la fameuse vidéo montrant les services turcs (MIT) organiser des livraisons d’armes à l’intention de djihadistes en Syrie. […]

Cet article Ankara • De quoi se mettre en marche a été publié par KEDISTAN.

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Une marche d’Ankara à Istanbul se déroule en soutien à Enis Berberoğlu,  député du Parti républicain du peuple (CHP, kémaliste), qui a été condamné le 14 juin à 25 années d’emprisonnement pour avoir fourni au quotidien Cumhuriyet la fameuse vidéo montrant les services turcs (MIT) organiser des livraisons d’armes à l’intention de djihadistes en Syrie.

Cette affaire avait donné lieu à une chasse aux sorcières déjà, contre les journalistes qui l’avait publiée et commentée, dont Can Dündar, aujourd’hui en exil forcé. La fureur d’Erdoğan, à l’époque, fut telle qu’il promit au rédacteur en chef de Cumhuriyet, qu’il en “paierait le prix”. Exilé donc en Allemagne, il fut condamné l’année dernière à cinq ans et dix mois d’emprisonnement.

  Livraisons d’armes Drôles de camions !
Tous les articles de Kedistan sur Can Dündar

Enis Berberoğlu, qui comparaissait libre mercredi, a été incarcéré immédiatement après l’annonce du verdict par le tribunal. Un appel de cette décision a été déposé dès jeudi matin, ce qui n’a cependant pas directement d’incidence sur l’emprisonnement.

Jusqu’ici, la vindicte du pouvoir d’Erdoğan contre les députés d’opposition s’exerçait contre le HDP, seul parti radicalement en opposition résolue avec l’AKP. Les unEs après les autres, après leur levée d’immunité parlementaire (votée par le CHP également, rappelons-le), plus de dix députéEs, dont le président et la co présidente du HDP, ont été jetés en prison, avec des accusations d’activités liées à la loi “terrorisme” (votée elle aussi par le CHP, nouveau rappel).

La fameuse “unité nationale pour la démocratie“, engagée après le coup d’état manqué de 2016, entre les ultra-nationalistes, l’AKP et le CHP, avait déjà été sérieusement endommagée avec le référendum pour le changement constitutionnel, qui a donné les pleins pouvoirs à Erdoğan et la possibilité pour lui de tracer son chemin jusqu’au delà de 2023.

Cette fois, les pancartes brandies, dénonçant “l’injustice”, à propos de Enis Berberoğlu, pourraient être tout autant utilisées pour soutenir toutes les victimes des procès et des purges, toutEs les députéEs, éluEs, responsables emprisonnéEs, journalistes, artistes, écrivainEs… Le régime AKP n’est pas seulement “injuste”. Il mène une politique de répression et de polarisation de la société turque, une politique de terreur vis à vis de son opposition, d’apartheid social vis à vis de toutes ses minorités. Les dirigeants du CHP font mine de s’en apercevoir, maintenant qu’ils la subissent directement par la condamnation d’un de leur député.

La réaction de ces jours derniers fut forte, et symboliquement, Kılıçdaroğlu a entamé une “marche”, avec plusieurs milliers de personnes, pour parcourir les 450 km qui séparent Ankara d’Istanbul. L’agence AFP écrit : Des images le montrent, marchant, chemise blanche et pantalon noir, tenant une pancarte avec le mot “Justice” inscrit en lettres rouges. Les participantEs à la marche, eux/elles, scandaient “Ne restez pas silencieux. Si vous êtes silencieux, votre tour viendra”,  “Côte à côte contre le fascisme”.

Nous sommes venus pour la justice“,  déclare encore à l’AFP Funda Sakalıoğlu, une manifestante, qui a qualifié la marche de “mise en garde”. “Nous sommes face à une dictature“. Nous voilà, comme lors des manifestations contre le résultat en partie truqué du référendum, face à un sérieux décalage entre une base d’opposition et la direction d’un parti qui dénonce toujours les “excès” du pouvoir d’Erdoğan, tout en se gardant de placer dans ces excès la traque des opposantEs du HDP, et les affrontements récurrents avec le mouvement kurde, voire les attaques extérieures de l’armée turque contre le Rojava aux frontières syriennes…

Difficile donc, de voir dans cet apparent “réveil” de l’opposition contre le pouvoir et une décision d’injustice, parmi tant d’autres, quotidiennes, contre toute opposition, un “printemps” turc.

Semih et Nuriye ont dépassé en prison leurs 100 jours de grève de la faim. Il/elle ne marcheront donc pas aux côtés de Kılıçdaroğlu demain. Si les marcheuses/marcheurs, pouvaient se munir de pancartes rappelant leur calvaire, tout comme de quelques portraits choisis parmi celles et ceux qui passent aussi en procès ces jours de juin (Aslı Erdoğan, Ahmet Altan…), ou d’autres, qui croupissent en prison (Zehra Doğan, Selahattin Demirtaş, Figen Yüsekdağ…), cette marche aurait une autre valeur, celle d’une rupture politique, celle de la fin de “l’unité nationale” défendant l’état d’urgence.

Même si toute manifestation d’opposition contre le régime est bonne à prendre, et à encourager, il est à craindre qu’elle ne serve seulement de soupape, et ne décourage une fois encore celles et ceux qui désespèrent d’une issue politique autre qu’un affrontement violent à venir. Pour le pouvoir AKP, cette décision d’injustice, sur un sujet qui lui permet d’enterrer une “affaire”, est aussi un test, pour aller plus loin encore dans la dispersion politique, la division et l’éparpillement des oppositions.

Quelques personnes hèlent Kemal Kılıçdaroğlu : “Monsieur le Président [du CHP], Monsieur le Président ! Si vous n’aviez pas voté ‘oui’ [pour la levée de l’immunité des députés du HDP], ça ne se passerait pas comme ça !” Ils répètent ces propos à plusieurs reprises, jusqu’à ce que les policiers en cordon, qui sécurisent le cortège les forcent à rentrer dans leur voiture : “Rentrez crétins !”

Il ne faut donc pas confondre celles et ceux qui viennent demander aux dirigeants du CHP d’aller plus loin, avec ce qu’on nous présente comme des “heurts” qui auraient été provoqués par le pouvoir, en contre manifestation…

La marche continue… le 16 juin 2017, 2ème jour :

Et quand bien même l’organisation de cette marche, relayée dans d’autres villes de Turquie, ressemblerait encore à une “compétition” politicienne dans le cadre toujours de l’unité nationale, un soutien s’imposerait cependant. Pousser au bout la logique d’opposition très contrôlée du CHP serait d’élargir le champ à toutes les raisons de dénoncer le régime, de s’y opposer, de créer un véritable front du refus qui ne soit pas une simple “critique de l’injustice”, mais bien une rupture, contre l’acceptation de l’état d’urgence, contre l’unité nationale qui rejette le mouvement kurde comme terroriste, et pour la paix.

Le kémalisme, porteur du roman national turc, aujourd’hui dans les faits idiot utile du pouvoir AKP, n’en prend pourtant pas le chemin. Il ne le fera jamais sans y être contraint. Dans l’instant, c’est le pouvoir AKP qui tire les ficelles, et qui polarise la société civile en organisant la division politique.

Les solutions ne pourront venir que d’ailleurs…


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Istanbul • Beyoğlu Sineması, cinéma d’art et essai, disparaît http://www.kedistan.net/2017/06/15/beyoglu-sinemasi-fermeture-cinema/ Thu, 15 Jun 2017 14:34:56 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47750 Un par un, les lieux de la mémoire culturelle de la ville d’Istanbul, s’évaporent. Le cinéma n’y échappe pas. Beyoğlu Sineması pourrait lui aussi disparaître… Après la disparition des cinémas İnci, Majik, Rüya, Alkazar, Emek, Sinepop, il ne restait plus que deux derniers bastions du cinéma indépendant, Beyoğlu et Atlas. Beyoğlu Sineması, (le cinéma de […]

Cet article Istanbul • Beyoğlu Sineması, cinéma d’art et essai, disparaît a été publié par KEDISTAN.

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Un par un, les lieux de la mémoire culturelle de la ville d’Istanbul, s’évaporent. Le cinéma n’y échappe pas. Beyoğlu Sineması pourrait lui aussi disparaître…

Après la disparition des cinémas İnci, Majik, Rüya, Alkazar, Emek, Sinepop, il ne restait plus que deux derniers bastions du cinéma indépendant, Beyoğlu et Atlas.

Beyoğlu Sineması, (le cinéma de Beyoğlu), vient d’ annoncer à son tour, sa prochaine fermeture…

Nous avons essayé pendant longtemps de rester indépendant et debout, en dehors des chaînes de distribution et de projections monopolisées. Dans la période où nous sommes, arrivés au point de ne pas pouvoir faire face à nos charges fixes, impossible d’installer les innovations technologiques de cinéma qui  nous sont nécessaires. Beyoğlu Sineması a déjà failli fermer en 2013.

C’est avec avec le soutien et le sacrifice du Başka Sinema, que nous avons pu arriver jusqu’à ces jours. Mais nous ne pouvons toujours pas payer nos charges. Nous avons cherché des sponsors, mais nous n’en avons pas trouvé. Nous avons essayé de baisser nos charges, cela n’a pas marché.
Dans ces conditions, il ne nous est plus possible de continuer nos efforts pour apporter une couleur que Beyoğlu Sineması poursuit depuis 1989.

Beyoğlu Sineması sera fermé le 30 juin.

Nous espérons qu’il s’en trouvera encore quelques unEs, qui trouveront un moyen pour sortir de cette monochromie inacceptable, vers laquelle nous sommes trainés.

La direction était même prête jusqu’à changer de nom, à la condition de gérer la programmation.

L’administration du cinéma ne souhaite pas continuer, en s’intégrant dans le secteur du cinéma commercial.

Beyoğlu Sineması cinémaBeyoğlu Sineması n’est certainement pas doté du confort et du luxe que le capitalisme du 21è siècle impose. Il ne vous fait pas vous sentir autant “roi” que les “clients” des salles de cinéma ouvertes dans des centres commerciaux… Son système d’aération, son écran ont peut être vieilli, ses 286 sièges sont défraichis… Mais cette salle, qui offre son écran au cinéma d’art et essai depuis près de 30 ans, a énormément contribué à former un public de cinéphiles. Pendant toutes ces années, de nombreuses personnes se sont croisées ici, ont ri, pleuré ensemble. Dans ses murs, des amitiés et amours y ont débuté. Avec tous ces aspects Beyoğlu Sineması, situé dans Halep Pasajı, est un des repères qui font de Beyoğlu, le quartier qu’il est.

Après la publication de l’annonce de fermeture, une campagne de solidarité a été spontanément lancée sur les réseaux sociaux. Les amoureux du cinéma d’art et d’essai, connaissant et aimant Beyoğlu Sineması, se sont réunis, se sont entretenus avec la direction, et cherchent des solutions pour éviter cette fermeture. La seule solution serait de résorber les dettes du cinéma. De multiples idées sont donc lancées. Il y a,  peut être, un dernier espoir.

Aujourd’hui 15 juin, dans cet élan de solidarité avec le public, et suite à différentes réunions, une feuille de route a été définie. Les trois grandes lignes en sont :

1- Créer un flux de source financière digne de la renommé de ce cinéma, le plus rapidement possible.

2- Quand l’équilibre financier sera rétabli, éliminer les conditions qui ont provoqué les difficultés.

3- Réfléchir à  des projets, afin de transformer le cinéma comme un espace social, un lieu où se partage la culture du cinéma.

Une intelligence commune et nouvelle, un modèle de travail plus actuel atteindront ces objectifs. Tout sera repensé, des réseaux sociaux, jusqu’aux sièges. Dans le contexte de fidélité, un système d’abonnement sera proposé. Toutes les idées et propositions seront étudiés. Pour que cette solidarité soit complète, la formation d’un groupe de coordination est en cours.

Nous faisons appel, aux cinémas d’art et d’essai en France, en Europe et ailleurs, pour se montrer solidaires avec ce public qui cherche un moyen de garder son cinéma. Consacrer une séance spéciale avec un film d’un réalisateur turc et reverser les entrées dans un fond de soutien ?…

Toutes les initiatives seraient bienvenues…

Beyoğlu Sineması Site Internet | Facebook | Twitter

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Prisons turques • Entretien avec Selahattin Demirtaş http://www.kedistan.net/2017/06/15/selahattin-demirtas-entretien/ Thu, 15 Jun 2017 11:51:04 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47757 Selahattin Demirtaş, le co-président et député du HDP est en prison depuis plus de 7 mois. Après la levée d’immunité des députés du HDP, comme d’autres, il a été arrêté et incarcéré le 4 novembre 2016. Il est accusé de “diriger une organisation terroriste”, de “propagande pour organisation terroriste”, d'”opposition à la loi concernant les […]

Cet article Prisons turques • Entretien avec Selahattin Demirtaş a été publié par KEDISTAN.

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Selahattin Demirtaş, le co-président et député du HDP est en prison depuis plus de 7 mois. Après la levée d’immunité des députés du HDP, comme d’autres, il a été arrêté et incarcéré le 4 novembre 2016.

Il est accusé de “diriger une organisation terroriste”, de “propagande pour organisation terroriste”, d'”opposition à la loi concernant les manifestations et rassemblements”, d'”incitation à la haine et à la révolte”, d'”incitation à transgresser les lois”, d'”incitation au crime”, d'”apologie de crime et des criminels” et sur plusieurs dossiers, il est demandé à son encontre, en totalité, une peine de prison de 43 ans, et jusqu’au 142 années. Il se trouve actuellement incarcéré dans la prison d’Edirne, de type F.

 Turquie • “Prison de type F”, qu’est-ce que c’est ?

Dans les conditions carcérales difficiles qui, sous l’état d’urgence, se sont détériorées encore davantage, les moyens de communication des prisonniers avec l’extérieur sont extrêmement limités. Selahattin Demirtaş partage ces conditions avec ses co-détenus. Peu de textes ou propos politiques peuvent traverser les murs et transgresser les interdits. Les interviews sont encore plus rares…

Selahattin a pu répondre récemment aux questions de Dihaber, par écrit. Voici une traduction Kedistan de cet entretien, réalisé par Hayri Demir, et publié sur Artı Gerçek.


Ils ont l’air d’avoir avalé leur langue, de peur

Combien de livres avez-vous lus depuis le début de votre incarcération ? Quel type de livres lisez-vous en général ?

Je ne compte plus le nombre de livres que je lis. Mais je pense que j’ai lu autour de cent livres. J’essaye de lire un peu de tout, mais ce sont majoritairement des romans.

Dans les personnes qui vous ont rendu visite, y avait-il des noms qui vous ont surpris ?

A part les avocats, je ne peux voir que ma famille. Des amiEs avocatEs que je n’ai pas pu voir depuis des années me visitent. Ils/elles me taquinent, en me disant “Dieu protège notre Etat, il t’a incarcéré, nous pouvons enfin te rencontrer tranquillement !”. Mais sous état d’urgence, les visites de mes oncles, tantes et cousins sont interdites. Je ne peux voir que mes proches du premier degré. Mon droit de voir trois autres personnes en dehors de ma famille, m’est également confisqué. Avec l’état d’urgence, dans toutes les prisons, les violations de droits et l’oppression ont atteint le plafond. Nous pouvons bien observer cela de l’intérieur.

Selahattin Demirtaş
Selahattin Demirtaş avec sa famille, lors d’une visite en prison.

Y a-t-il eu un message qui est arrivé d’une personne de l’AKP ?

Je reçois des messages et lettres de tous les milieux de la société. J’ai reçu des lettres de soutien de centaines de personnes qui se présentaient comme membres ou sympathisants du CHP, de l’AKP ou du MHP. Et cela me rend heureux. Mais, les députéEs avec lesquels nous avons une connaissance politique qui date depuis des années, qui se présentent comme des personnes qui sont pour l’égalité, la justice et la démocratie… ont oublié l’envoi d’un message… ils ont l’air d’avoir avalé leur langue, de peur. Je n’ai reçu de message d’aucun membre haut placé de l’AKP.

Avec votre droit de courrier, vous avez aussi le droit aux conversations téléphoniques. Avec qui parlez-vous ?

Je peux utiliser le téléphone une fois tous les 15 jours, et, dans une limite de 10 minutes. J’utilise ce temps avec ma compagne. Comme notre rendez-vous téléphonique est daté d’avance, mes filles sont avec ma compagne. Dans ces derniers temps, ma fille aimée Delal, ayant bien avancé dans son apprentissage de musique, me joue du violon au téléphone. Et ma fille cadette, Dılda, me fait écouter de la guitare. Et au bout de 10 minutes, la communication s’interrompt automatiquement.

Combien de lettres avez-vous reçu jusqu’à aujourd’hui ?

Je ne connais pas le nombre exact mais j’en ai reçu des milliers.

De quel pays proviennent-elles ?

Je n’ai pas eu l’occasion de faire des statistiques. Mais j’ai reçu des lettres provenant de presque tous les pays européens, et des dizaines de pays jusqu’au Canada, Etats-Unis et Australie.

Comment leur répondez-vous ? Les gardez-vous ?

Je réponds à la grande majorité des lettres. Mais comme le nombre de lettres que je reçois est très important, je répond à certaines d’entre elles, par un message de remerciement. Je garde la totalité des lettres. Plusieurs cartons sont remplis. Je les archive avec une certaine méthode ordonnée.

Pourriez-vous nous parler de la lettre la plus originale que vous ayez reçue ?

Toutes les lettres sont originales et pleines de sens. Je ne peux pas établir une hiérarchie entre elles…

Recevez-vous des lettres en différentes langues ?

Je reçois en général, des lettres en turc, en kurde et en anglais. Elles sont majoritairement en turc.

Quelle lettre vous a ému le plus ?

Toutes les lettres que je reçois m’émeuvent.

Comment vont vos travaux artistiques ?

*Dans ces derniers mois, Selahattin s’est essayé à l’écriture et à l’art. Quelques nouvelles, textes humoristiques, et son tout premier tableau ont été publiés dans les médias. Voir en fin d’article.
Le tout premier tableau de Selahattin, artiste apprenti…

Je les poursuis dans un esprit amateur et avec un objectif. Pour moi, être sérieux en politique ne veut pas dire spécialement porter un visage grave, mais plutôt prendre tout ce qu’on fait au sérieux.

De ce point de vue, l’humour est le travail le plus sérieux. Et l’humour est un des plus importants moyens de la politique, de la vie et de la lutte. L’humour est une affaire d’intelligence, sérieuse, au point que le fascisme ne peut le mettre à genoux et l’abattre. Il est le chemin le plus court et le plus sincère pour atteindre la société. La littérature l’est également. Le langage politique contemporain est brut, laid, discriminatoire et masculin. Quant à l’art, il fonctionne en modelant ce côté brutal de la politique. Le caractère de l’art et de la littérature, qui affine les esprits, rend les politiques du HDP plus compréhensibles. J’ai voulu faire des renvois vers l’art et la littérature, sans me préoccuper de la réussite de ce que je produisais. J’ai voulu également motiver pour aller vers l’art et la littérature, mes jeunes amiEs, qui me prennent comme un “modèle politique”.

Quelles étaient les raisons qui vous a orienté vers des essais artistiques dans les conditions carcérales ?

J’ai voulu donner du poids à l’art et à la littérature, car je voulais casser la peur qu’ils veulent propager, en nous incarcérant. Le message que je souhaite passer ainsi est celui-ci : Nous ne tremblons pas de peur dans nos cellules de prison. Nous gardons le moral, et nous n’avons pas peur.

Ici, les moyens sont extrêmement limités, mais j’essaie malgré tout, de réserver du temps à l’art et à la littérature.

Je reçois de nombreuses critiques favorables ou négatives. Et cela me motive encore plus. La seule critique que je ne partage pas, est celle qui dit que le fait qu’un leader politique comme moi, produise en prison, des dessins et des textes n’est pas compatible avec le sérieux d’un leadership politique.

Moi et mon ami Abdullah Zeydan, à l’occasion de cet entretien, renouvelons notre appel à toute notre population, et nos amiEs, partout où ils se trouvent, pour faire face au fascisme avec courage, debout et la tête haute. Nous leur envoyons nos salutations et amitiés.


Le poème suivant, écrit par Selahattin Demirtaş, fin avril 2017, dans la prison d’Edirne, a été “interdit” quelques jours plus tard, pour “propagande pour organisation terroriste”.

Le 2 mai, une pancarte sur lequel le poème était écrit a été retirée des locaux HDP à Dargeçit, district de Mardin. Le lendemain, le député du HDP Ahmet Yıldırım, lisait le poème dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale et dénonçait “Ce poème a été retiré arbitrairement, sans aucune décision de justice. Le document qui nous a été fourni, après le retrait, stipulait un simple entretien effectué avec le procureur”. Cela est-il possible dans le Droit ? Un directeur de la police et un procureur sirotent un thé dans un café et interdisent un poème. Et cela arrive dans un pays où une personne politique avait été emprisonnée, pour avoir lu un certain poème. Et cette personne -qui d’ailleurs, n’a jamais écrit de poèmes- est devenu le Président de la République. J’en ai honte.”

Courage contagieux

Ils diront, qu'il n'y ait aucun bruit
Ils diront, qu'il n'y ait aucune couleur
Tu t'es révolté en souriant
Ils diront, que les roses n'éclosent
Alors, rions
Que ta révolte ne soit orpheline
Si c'est un crime, qu'il soit un crime mon frère
Mais que le sourire ne fane pas

Ils diront, que le jour ne se lève pas
Ils tourneront les armes contre l'espoir
Tu t'es révolté en courant
Ils diront que c'est ton crime
Alors courons
Que ta révolte ne soit solitaire
Si c'est un crime, qu'il soit un crime mon frère
Ne rendez pas les gens fous

(traduit par Kedistan)
Bulaşıcı Cesaret

Çıt çıkmasın diyecekler
Renk olmasın diyecekler
Gülerek isyan etmişsin
Gül açmasın diyecekler
Gülelim o zaman
Öksüz kalmasın isyanın
Suçsa suç kardeşim
Gülüşü solmasın insanın
Gün doğmasın diyecekler
Umuda silah çekecekler
Koşarak isyan etmişsin
Suçu sana yükleyecekler
Koşalım o zaman
Yalnız kalmasın isyanın
Suçsa suç kardeşim
Tepesini attırmayın insanın.
Un autre poème de Demirtaş, avec le cachet de la prison “Vu”

Il fait froid ici, parfois
Lorsque vient mon tour d’avoir froid
Je brûle un par un, les mots veines
Celui qui en se consumant
Me réchauffe le coeur davantage
C’est ‘désespoir’

Ce sera mieux
Ce sera plus beau
Brûles toi aussi, les bateaux
Brûles les en beauté.

(traduit par Kedistan)

Quoi que vous pensiez de ce que Selahattin essaye d’exprimer par la plume et le pinceau, et dont il décrit lui même la “maladresse” et l’amateurisme (il n’y a qu’une Zehra Doğan…), dans le domaine musical, il assure… Et y a toujours excellé.

Voici en bonus, une vidéo dans laquelle Selahattin chante en duo avec le chanteur Hozan Diyar, une chanson dont il a écrit les paroles et la musique.


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Turquie • Zehra Doğan arrêtée à nouveau http://www.kedistan.net/2017/06/12/turquie-zehra-dogan-arretee/ Mon, 12 Jun 2017 17:25:03 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47732 Depuis quelques mois nous avions peur à tout moment d’apprendre la mauvaise nouvelle de l’arrestation de Zehra Doğan. Depuis sa dernière condamnation début mars, elle vivait un sursis tout provisoire… Zehra, en se rendant de Diyarbakır à Mardin, où vit sa famille, a été arrêtée aujourd’hui lors d’un contrôle policier, sur la route. Elle a […]

Cet article Turquie • Zehra Doğan arrêtée à nouveau a été publié par KEDISTAN.

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Depuis quelques mois nous avions peur à tout moment d’apprendre la mauvaise nouvelle de l’arrestation de Zehra Doğan. Depuis sa dernière condamnation début mars, elle vivait un sursis tout provisoire…

Zehra, en se rendant de Diyarbakır à Mardin, où vit sa famille, a été arrêtée aujourd’hui lors d’un contrôle policier, sur la route. Elle a été mise en garde-à-vue avec le motif d’une “condamnation confirmée à son encontre”, puis envoyée à la prison de Diyarbakır, de type E.

SUIVEZ LA PAGE FACEBOOK FREE ZEHRA DOĞAN

Zehra, avait été arrêtée le 23 juillet 2016, alors qu’elle poursuivait son activité journalistique, et accusée d’appartenance à une organisation illégale et de propagande pour cette organisation, deux chefs d’accusations basés sur des “témoignages secrets”.

Le 9 décembre 2016, lors de la première audience de son procès, qui s’était déroulée au tribunal de Mardin, elle avait été libérée sous contrôle judiciaire. Lors de la deuxième audience, le 2 mars 2017, elle a ensuite été condamnée à 2 ans 9 mois et 22 jours de prison, pour avoir “publié les notes de Elif Akboğa”, une petite fille de 10 ans.

Les notes de résistance

ChacunE doit commencer une nouvelle vie. ChacunE se dessine un chemin. Et sur les chemins de Nusaybin, certains meurent, d’autres sont blessés. Certains enfants écrivent dans leur cahier de note, les secrets qu’ils/elles partagent avec leur amiEs, moi qui suis obligée de grandir précocement, j’écris sur mes feuilles, tous les jours, une nouvelle mort.

En ce moment on entend des bruits de tir. Quand les bruits s’intensifient, nous nous réfugions dans nos maisons. Ensuite, quand les chars partent, nous retournons dans la rue, et nous faisons du bruit. Je sais qu’un jour, on entendra nos voix.

Ceux qui nous attaquent… que le Dieu les punisse. Je pense que nous avons raison et quand je serai grande, je dirai à tout le monde que nous avons raison. J’appelle depuis ici, les enfants qui sont dans l’Ouest : A Nusaybin, les écoles sont brûlées, il n’y a plus de leçons. Ce matin, quand j’étais à l’école, il y a eu des annonces, le couvre-feu a été déclaré. Nous avons interrompu les cours et nous avons couru vers nos maisons. Je suis arrivée chez-moi, au dernier moment, si je n’y étais pas arrivée, je serais morte. De toutes façons, nous n’avons plus d’école. Nous n’avons pas pu y aller cette année, mais vous, continuez à étudier et créez un beau monde. Ne nous oubliez jamais, jamais. Parce que nous, nous ne vous oublierons pas. Si nous arrivons à créer un beau monde, nous ne vous oublierons pas.

Et aussi, changez un peu vos chaînes télé, regardez les nôtres. C’est les vérités qui y sont racontées.

Le deuxième chef d’accusation, plus ubuesque encore, est d’avoir “partagé ses oeuvres réalisées à Nusaybin”, notamment celle où elle avait reproduit une photo de Nusaybin dévastée ornée de grands drapeaux turcs… Dessin réalisé sur une tablette numérique, et resté virtuel, réalisé à partir d’une photographie, elle bien réelle, prise et partagée sur les réseaux sociaux par les militaires eux-mêmes, pour célébrer les destructions.

Ses avocats avaient fait appel, et le tribunal local d’Antep avait pourtant confirmé la peine, dans le courant du mois de mai dernier, et chacun depuis vivait dans la crainte d’une nouvelle arrestation suivie de son incarcération. Zehra Doğan est donc à nouveau dans les geôles de l’Etat turc.

Zehra, artiste et journaliste, a travaillé comme journaliste depuis 2012, au sein de JINHA, agence d’information de femmes, qui avait été également fermée par l’Etat turc le 29 octobre 2016. Elle est également diplômée de Beaux-Arts. Elle a reçu en 2015 le prix de journalisme de Metin Göktepe, pour son travail sur les femmes yézidies persécutées par Daesh.

Zehra reçoit le prix de journalisme “Metin Göktepe” en avril 2015.
Avec la mère de Metin…

Vous pouvez lire, en complément de ce premier article, qui sera suivi d’une campagne pour sa libération à laquelle nous vous convions, tous les articles de Kedistan sur Zehra Doğan, en suivant ce lien… Vous trouverez dans ce dossier spécial, un reportage, ses messages, et toutes les informations concernant son travail de journaliste et d’artiste.

Une campagne de solidarité active doit s’engager pour sa protection immédiate. Nous connaissons trop les conditions d’incarcération en Turquie, les pressions exercées à l’encontre des femmes, le zèle de certains éléments anti-kurdes, pour nous taire. Plus que jamais Zehra Doğan doit figurer dans les listes des nombreux-ses journalistes à défendre, et en tant qu’artiste également, recevoir le soutien de ses pairs. Faire savoir que la nouvelle de sa détention est arrivée jusqu’à nous, et que nous serons vigilants, tout comme nous l’avons récemment été pour Mathias Depardon par exemple, est la première des priorités. Partagez donc cet article sur les réseaux sociaux, le plus que vous pourrez. Reproduisez-le sur vos blogs, vos magazines web, il est fait pour cela.

Son entourage et ses proches sauront très vite nous guider dans cette solidarité de moyen terme, qu’il faudra très vite engager, la plus large possible.

Image à la une Refik Tekin


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Cet article Turquie • Zehra Doğan arrêtée à nouveau a été publié par KEDISTAN.

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Appel des “Universitaires pour la paix” pour un boycott http://www.kedistan.net/2017/06/09/boycott-appel-universitaires-paix/ Thu, 08 Jun 2017 22:24:23 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47703 Nous avions publié récemment l’article “Universitaires : une autre façon d’agir pour soutenir vos pairs en Turquie“, appelant au boycott de l’organisme turc chargé des échanges et de la recherche, et du choix des universitaires susceptibles de participer aux échanges, ou aux publications. Une pétition a été lancée : Appel au boycott universitaire en Turquie NE SOYEZ PAS […]

Cet article Appel des “Universitaires pour la paix” pour un boycott a été publié par KEDISTAN.

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Nous avions publié récemment l’article “Universitaires : une autre façon d’agir pour soutenir vos pairs en Turquie“, appelant au boycott de l’organisme turc chargé des échanges et de la recherche, et du choix des universitaires susceptibles de participer aux échanges, ou aux publications.

Une pétition a été lancée : Appel au boycott universitaire en Turquie


NE SOYEZ PAS COMPLICES DES CRIMES
DANS L’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR TURC

Contexte

En janvier 2016, 2 212 universitaires travaillant en ou sur la Turquie signaient une pétition appelant le gouvernement turc à mettre un terme à la guerre dans la région kurde, à rechercher une solution pacifique à la question kurde, irrésolue depuis des décennies,  et à autoriser des observateurs internationaux à suivre la situation dans les villages et villes détruits par les forces de sécurité. Depuis, les signataires, connus sous le nom d’Universitaires pour la paix  ont été soumis à des attaques vindicatives et punitives ordonnées par le président de la République, Recep Tayyip Erdoğan, et appliquées conjointement par le gouvernement et les institutions de l’enseignement supérieur.

Les Universitaires pour la paix ont été accusés de trahison pour avoir appelé le gouvernement turc à mettre un terme à la violence contre ses propres citoyens. Suivant les instructions du président, le gouvernement, la police, le Conseil de l’enseignement supérieur et les présidents d’université ont uni leurs forces pour faire payer un lourd tribut aux Universitaires pour la Paix. La campagne de lynchage se poursuit et s’est traduite par de nombreuses mesures de rétorsion : vagues d’enquêtes criminelles et administratives, détentions, licenciements, annulations de passeport et interdictions de sortie du territoire, suppression des droits à la retraite et exclusion du marché de travail via une liste noire des numéros de sécurité sociale.

Suite au coup d’Etat manqué de juillet 2016 et à l’état d’urgence qui l’a suivi, les attaques contre les universitaires ont été étendues aux suspects de loyauté au mouvement de Fethullah Gülen, un ex-allié du régime AKP qui s’était également rendu complice de violations des libertés et standards académiques en Turquie. À la date du 30 avril 2017, 5 295 licenciements universitaires étaient recensés. (Cette situation démontre que le système universitaire turc est utilisé par le gouvernement et ses alliés politiques comme un lieu de patronage et de représailles, sous couvert d’activités scientifiques

Violations des standards internationaux de l’enseignement supérieur

La campagne de lynchage contre les Universitaires pour la paix constitue une grave violation des standards internationaux d’autonomie, de liberté académique et de production de savoir non doctrinal dans l’enseignement supérieur. Voici une liste, non-exhaustive, des violations attestées:

  • Les présidents d’université encouragent les enseignants-chercheurs et étudiants à surveiller et dénoncer les universitaires suspects de critiquer le gouvernement, et notamment les signataires de la pétition des Universitaires pour la Paix ;
  • Un jeune enseignant, Mehmet Fatih Traş, s’est suicidé après la révocation de son contrat par l’Université de Çukurova et le refus de ses candidatures dans plusieurs universités, au motif qu’il constituait un danger pour la sécurité nationale ;
  • Les graffiti sur les portes des enseignants-chercheurs, discours de haine et menaces criminelles contre les universitaires critiques sont devenus des pratiques courantes, utilisées et tolérées sur les campus et en dehors ;
  • Les étudiants apportant leur soutien aux universitaires licenciés sont réprimés et exclus ;
  • Le Conseil de l’Enseignement Supérieur (YÖK) et les présidents d’université collaborent avec l’Agence nationale du renseignement et la police pour dresser les listes des universitaires à licencier;
  • Les listes de licenciements sont approuvées par le gouvernement et le Président de la République, et appliquées par des décrets-lois d’urgence, sans possibilité d’appel;
  • L’organisation gouvernementale publiant les revues scientifiques (le Réseau académique et centre d’information national – ULAKBIM) a recommandé aux directeurs de rédaction de ces revues d’exclure les universitaires licenciés ou mis à pied des comités de rédaction et conseils scientifiques.
  • Les organisateurs de colloques excluent les Universitaires pour la Paix licenciés des colloques, séminaires et ateliers, sous la menace du gouvernement et des conseils de l’enseignement supérieur, ou en accord avec ceux-ci.
  • Le Conseil de la Recherche scientifique et technologique de Turquie (TÜBITAK), contrôlé par le gouvernement a: (a) supprimé les bourses et refusé les demandes de financement des Universitaires pour la Paix; (b) révoqué les bourses des doctorants qui ont signé la pétition des Universitaires pour la paix pendant qu’ils étaient en séjour de recherche dans des universités hors de Turquie ; (c) obligé les doctorants boursiers à communiquer le contenu de leur recherche, pour vérifier que celle-ci ne portait pas atteinte aux intérêts nationaux ; (d) contraint, en vertu d’un décret-loi d’urgence, les enseignants-chercheurs licenciés à retirer leur nom des travaux financés dans le passé, publiés ou en cours d’évaluation; et (e) suspendu la publication de livres sur la théorie de l’évolution, alors qu’il apportait un soutien croissant à des projets de « recherche » douteux qui promeuvent le créationnisme.

Le boycott universitaire ciblé

Nous appelons donc toutes les institutions de l’enseignement supérieur, les agences de recherche, les associations universitaires et professionnelles et les universitaires en tant qu’individuels à boycotter le système d’enseignement supérieur turc. L’objectif du boycott universitaire est d’assurer que tous les licenciements soient révoqués et que la persécution des universitaires, exacerbée sous l’état d’urgence, prenne fin. Le boycott est ciblé contre les universités et institutions de l’enseignement supérieur complices, de la manière suivante :

  • Déclarer un moratoire  sur TOUTES les futures collaborations avec le Conseil de l’enseignement supérieur (YÖK) et le Conseil de la recherche scientifique et technologique de Turquie (TÜBİTAK).
  • Déclarer un moratoire sur TOUTES les collaborations avec les présidents d’université , qui n’ont pas seulement violé la liberté académique et bafoué les normes internationales de l’enseignement supérieur, mais aussi agi comme des agents de renseignement dans leur université.
  • Suspendre l’adhésion de tous les responsables du YÖK et de TÜBİTAK et de tous les présidents d’université (liste  ) aux associations professionnelles et scientifiques.
  • Déclarer un moratoire sur toutes les futures collaborations de recherche avec tous les universitaires des universités complices.
  • Déclarer un moratoire sur la PARTICIPATION à tous les futurs colloques, ateliers et séminaires financés et/ou co-organisés ou hébergés par le YÖK ou TÜBİTAK, ou toute université complice en Turquie et ailleurs;
  • Déclarer un moratoire sur la TENUE ou l’ORGANISATION de tous les futurs colloques, ateliers et séminaires dans toute université complice en Turquie
Ce boycott ciblé  exclut: (a) les arrangements/accords conçus pour faciliter et rendre possible la mobilité étudiante: (b) les candidatures d’universitaires de Turquie à des postes de professeurs ou chercheurs invités, ou des engagements similaires, avec des universités hors de Turquie.

Universitaires pour la Paix – France,  Royaume-Uni, Allemagne

PETITION A SIGNER 
academicboycottofturkey.wordpress.comacademicboycottofturkey.net
contact : academicboycott@gmail.com
MULTILANGUAL : Arabic  |  Bengali  |  Bulgarian  | Chinese (Mandarin) | French | Finnish | |German | Greek |Hungarian | Italian |Japanese | Kurdish (Sorani) | Kurdish (Kurmanji) | Norwegian | Persian | Russian | Spanish |  Swedish | Turkish

Vous pouvez lire tous les articles de Kedistan concernant les universitaires en suivant CE LIEN et la lutte et la grève de la faim que l’universitaire Nuriye Gülmen et enseignant Semih Özakça mènent en compagnie de ses camarades enseignantEs ICI.

Image à la une : lire L’Université d’Ankara résiste aux purges !

Cet article Appel des “Universitaires pour la paix” pour un boycott a été publié par KEDISTAN.

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Lyon les 9 et 11 juin • Appel au front antifasciste http://www.kedistan.net/2017/06/09/lyon-front-antifasciste/ Thu, 08 Jun 2017 22:10:17 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47695 Des forces qui combattent les replis identitaires tentent de construire un front unifié sur la ville de Lyon. Elles vous informent de leurs initiatives. Appel de la Maison de la Mésopotamie à la création d’un front antifasciste unifié : Au Kurdistan, en Turquie, dans l’Etat français, le fascisme est un ennemi commun ! Les fascistes […]

Cet article Lyon les 9 et 11 juin • Appel au front antifasciste a été publié par KEDISTAN.

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Des forces qui combattent les replis identitaires tentent de construire un front unifié sur la ville de Lyon. Elles vous informent de leurs initiatives.

Appel de la Maison de la Mésopotamie à la création d’un front antifasciste unifié :

Au Kurdistan, en Turquie, dans l’Etat français, le fascisme est un ennemi commun !

Les fascistes avancent à Lyon. Ils avancent dans l’Etat français. Ils avancent partout dans le monde, sous divers visages, sous divers drapeaux. Mais ils avancent…

Ce ne sont pas des situations séparées, ce ne sont pas des simples points isolés. Daesh ou Erdoğan qui avancent, le GUD qui ouvre son “bastion”, ce sont des victoires pour le fascisme international. Ce sont des défaites pour les progressistes et les révolutionnaires du monde entier. Nous devons riposter en étant unis. Nous devons repousser chaque tentacule du fascisme.

Au Kurdistan et en Turquie, nous connaissons bien le visage du fascisme, ses crimes, la misère qu’il sème, pour le profit des exploiteurs. Nous connaissons sa guerre constante contre les classes populaires, contre les masses, contre les travailleurs et les travailleuses. Nous savons reconnaître cet Etat d’urgence qui n’en finit pas, qui donne toute possibilité aux exploiteurs de réprimer.

Nous ne voulons pas que cette situation devienne également celle de l’Etat français. Nous ne voulons pas que cette situation devienne celle de Lyon. C’est pour cela que nous appelons à cette réunion commune, ayant pour base de briser l’isolement et la fragmentation, de rassembler ceux et celles qui veulent lutter contre le fascisme, le capitalisme et l’impérialisme.

Nous avons besoin d’une autodéfense populaire et unitaire. Tout comme le font nos camarades, nos frères et nos sœurs de combat, qui affrontent les fascistes turcs et les obscurantistes de Daesh, sous un seul drapeau : celui de la liberté et de l’autodéfense.

Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. Car la police, qui enferme nos camarades, qui saisit leur propagande, qui brise leurs mégaphones, n’est pas de notre côté. Ni la justice, laquelle acquitte les fascistes et se montre impitoyable envers les nôtres. Ni l’Etat, dont la tâche de répression, d’asservissement, se marie parfaitement avec les désirs de l’extrême-droite. Ni des vautours de l’électoralisme, qui n’attendent de celles et ceux qui luttent qu’une chose : leur bulletin de vote.

Il existe des désaccords, des hostilités, des jalousies, un nombre inconcevable de raisons pour que dure la division de ceux qui combattent le fascisme. Ces divisions ont -plus ou moins- de raisons d’exister. Mais elles doivent céder le pas devant la nécessité d’opposer un front uni, d’opposer une ligne de défense commune, contre l’avancée du fascisme et de ses agents.

Nous devons ne former qu’un rang dans la lutte contre le fascisme ! Un rang à Lyon. Un rang dans l’Etat français. Un rang au Kurdistan, en Turquie, dans le monde.

Soyons solidaires, unitaires, antifascistes !

Vendredi 09 juin à 18h00, rendez-vous à la place de Jacobins pour dénoncer le “bastion social” qui instrumentalise la misère.

Dimanche 11 juin à 18h00, à la maison de la Mésopotamie (rue Mazagran), retrouvons nous pour nous organiser et riposter !

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Ela… Soyons juste un maillon d’une chaîne de solidarité http://www.kedistan.net/2017/06/07/ela-juste-maillon-chaine-solidarite/ Wed, 07 Jun 2017 14:50:04 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47654 “Si tu sauves une personne, tu sauves l’humanité toute entière”  Kedistan donne un coup de patte à une mobilisation pour sauver une petite fille, voire d’autres personnes… Oui, une vie parmi tant d’autres, nous direz-vous ? Nous vous prions pourtant de prendre quelques secondes d’attention pour lire jusqu’au bout. Nous venons d’apprendre que Ela, âgée de […]

Cet article Ela… Soyons juste un maillon d’une chaîne de solidarité a été publié par KEDISTAN.

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“Si tu sauves une personne, tu sauves l’humanité toute entière”

 Kedistan donne un coup de patte à une mobilisation pour sauver une petite fille, voire d’autres personnes…

Oui, une vie parmi tant d’autres, nous direz-vous ?

Nous vous prions pourtant de prendre quelques secondes d’attention pour lire jusqu’au bout.

ElaNous venons d’apprendre que Ela, âgée de 5 ans est atteinte d’une grave leucémie de type LAL. Elle a commencé un traitement de chimiothérapie mais ils n’a pas été efficace. Ela n’a malheureusement environ plus que quatre mois devant elle… Le temps passe, la situation est critique, et sa seule chance de survie serait d’avoir une greffe de moelle osseuse. Il faut savoir que les chances de compatibilités entre deux personnes sont de 1 sur 4 dans sa propre famille et de 1 sur 1 million en dehors dans le monde. Malheureusement, aucun des membres de sa famille n’est compatible pour la greffe…

C’est pourquoi partout en Turquie, tout le monde se mobilise massivement, des médias, aux politiques en passant par les artistes connus, pour faire un appel au don de moelle en passant par une prise de sang qui permet de déterminer la compatibilité du donneur. Au vu de l’urgence de la situation, un appel au don international a été lancé. Cela signifie que si un donneur compatible est détecté dans le monde, la greffe pourra être possible.

C’est pourquoi je nous vous demandons solennellement de vous mobiliser pour Ela, qui a appris cette nouvelle en sortant de l’école et qui n’a plus quitté sa chambre d’hôpital depuis plusieurs semaines.

Vous pouvez peut-être lui sauver la vie simplement en faisant une prise de sang pour déterminer si vous êtes compatibles. La démarche est extrêmement simple, je vous invite à suivre les instructions sur les liens suivants selon le pays où vous vous trouvez :

FRANCE | SUISSE | BELGIQUE | CANADA

Tout est clairement expliqué et cela ne vous prendra que quelques minutes pour peut-être sauver une vie.

Même si vos résultats ne sont pas compatibles avec ELA, ils le seront probablement avec un autre enfant, avec une autre personne à qui vous pourrez sauver la vie à l’autre bout du monde ! Parce que le web, les réseaux sociaux servent aussi à ça, et que cet article est juste une goutte d’eau dans l’océan. Voilà une occasion parfaite de poser un véritable acte de solidarité dans un véritable combat pour sauver une vie ! 

Et, il faut bien vous le dire, lorsque nous avons reçu cet appel à l’aide, directement par un membre de la famille, par proximité, nous avons décidé de solidifier un maillon de la chaîne, puisque nous sommes lus sur la toile sur différents continents.

Alors, amiEs de près et de loin, s’il vous plait soyez solidaires !

Partagez ! Donnez ! Communiquez !
AIDEZ ELA

Page solidaire sur Facebook | hashtag Twitter 

“Heureusement vous existez. Je vous aime beaucoup et je vous embrasse !”


Vous pouvez copier et reproduire cet article autant que vous le souhaitez…

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Paris 10 juin • Queerfood en soutien à Hêvî LGBTI http://www.kedistan.net/2017/06/07/queerfood-soutien-hevi-lgbti/ Wed, 07 Jun 2017 14:31:03 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47623 Une initiative bienvenue dont nous nous faisons le relai, à l’appel des soutiens en France de Hêvî LGBTI. Hêvî LGBTI est une initiative née à la suite du soulèvement du parc de Gezi à Istanbul en 2013 et qui en 2015 a pris la forme d’une association. Elle lutte pour les droits et revendications des Kurdes […]

Cet article Paris 10 juin • Queerfood en soutien à Hêvî LGBTI a été publié par KEDISTAN.

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Une initiative bienvenue dont nous nous faisons le relai, à l’appel des soutiens en France de Hêvî LGBTI.

Hêvî LGBTI est une initiative née à la suite du soulèvement du parc de Gezi à Istanbul en 2013 et qui en 2015 a pris la forme d’une association. Elle lutte pour les droits et revendications des Kurdes LGBTI+ qui vivent en Turquie, et contre le racisme et l’oppression dont ils/elles sont l’objet.

Depuis l’année dernière, Hêvî LGBTI, est la cible de pressions et d’attaques racistes de l’Etat tout comme de certaines parties du mouvement LGBTI+. Dans ce contexte, l’association Hêvî LGBTI se retrouve privée de financements. Cette pression financière a pour objectif de détruire l’espace et les possibilités politiques ouvertes par l’association.

Pour continuer ses combats, et également survivre en luttant également contre ces discriminations dont elle est cible, Hêvî LGBT a lancé un appel à un soutien international, à l’attention des organisations et personnes LGBTI+ et de tous ceux et toutes celles qui les soutiennent.

En réponse à cet appel de Hêvî, une soirée Queer Vegan Food solidaire est organisée en France. Elle se déroulera le 10 juin à Paris !

Retrouvons-nous pour défendre ensemble les espaces politiques qui inventent de nouvelles possibilités de vies.

Face au racisme, la solidarité et l’union politique sont essentielles !

Queer Food for Love

Le samedi 10 juin 19h30
Nouvelle Rôtisserie
4 rue Jean et Marie Moinon, Paris 10
M : Colonel Fabien, Belleville, Goncourt
Bus 46 et 75, Hôpital St-­Louis

Organisé par Queerfood, avec le soutien de Solidarité femmes Kobanê et personnes LGBTI et/ou kurdes ou non…

Hêvî LGBTI Site InternetTwitter | Facebook
Queerfood Paris Facebook |Evénement Facebook

★ A diffuser largement autour de vous ★

queerfood

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Nuriye et Semih continuent la grève de la faim en prison | Mizah Haber http://www.kedistan.net/2017/06/07/greve-semih-nuriye-prison-faim/ Tue, 06 Jun 2017 22:03:30 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47633 Nuriye Gülmen et Semih Özakça, les deux enseignants continuent leur grève de la faim en prison. Ce mercredi 6 juin, plus de 90 jours se sont écoulés… Ils sont extrêmement affaiblis. Le compteur tourne… Dessin de İsmail Kızıl Doğan (Facebook) “Nuriye – Semih sont en grève de la faim et ils ont été incarcérés” Dessin de İsmail Kızıl Doğan (Facebook) “Dans cette […]

Cet article Nuriye et Semih continuent la grève de la faim en prison | Mizah Haber a été publié par KEDISTAN.

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Nuriye Gülmen et Semih Özakça, les deux enseignants continuent leur grève de la faim en prison. Ce mercredi 6 juin, plus de 90 jours se sont écoulés…

Ils sont extrêmement affaiblis. Le compteur tourne…


Dessin de İsmail Kızıl Doğan (Facebook)
“Nuriye – Semih sont en grève de la faim et ils ont été incarcérés”

grève


Dessin de İsmail Kızıl Doğan (Facebook)
“Dans cette cellule, grève de la faim”

grève


Dessin de Latif Demirci, publié le 28 mai dans le quotidien Hürriyet
Quand l’état d’urgence (OHAL en turc) met les couverts…


Dessin de Kemal Gökhan, “Karga Kafası” (Twitter)
“Elle/Il a un sourire… Il serait contagieux…”

grève


Dessin de Oğuz Özdemir (Facebook)

grève


Et pendant ce temps là, sur leur “espace de résistance”, au pied du monument aux Droits de l’homme : leurs camarades et proches, comme Veli Saçılık, Acun Karadağ, certainEs en grève de la faim depuis leur incarcération, comme Esra la compagne de Semih, et sa mère Sultan Özakça, sont en permanence harcelés par la police, avec utilisation de gaz, balles en caoutchouc, mises en garde-à-vue… Et ils/elles retournent sur les lieux, à peine relâchés…

grève
L’espace a été “isolé” par des barrières afin d’empêcher les rassemblements. Un paysage pathétique…

Dessin de İbrahim Özdabak, publié le 24 mai dans le journal Yeni Asya.
“Droits des hommes”

Faim

En prison…

Nuriye tient “un journal carcéral”… Elle envoie à l’extérieur “des salutations résistantes et pleines d’espoir, qui ne peuvent être arrêtées par des murs, et des barreaux.”

Le silence s’installe…

En Turquie les soutiens se poursuivent, mais sont loin d’être à la hauteur des enjeux. A l’extérieur, on ne peut pas dire non plus que la mobilisation pour les “sauver” soit immense. Sans vouloir faire de comparaisons, la campagne pour la libération du photographe Depardon, parfaitement légitime et nécessaire, et qui d’ailleurs se heurte jusqu’ici à des murs, surpasse largement en audience les relais pourtant existants autour de Nuriye et Semih… Le régime AKP a visiblement décidé de jouir de l’immunité que lui confèrent les gouvernements européens dans le marchandage autour des réfugiés, et, pour certains les intérêts économiques en jeu de multinationales du BTP. Il fait donc silence, tout en agitant de vagues promesses de compréhension, et surtout entamant une campagne de publicité à grand frais pour rétablir une image auprès des investisseurs…

Parmi les soutiens “intérieurs” :

Ismail Edre, un cuisinier, qui a entamé un grève de faim en soutien à Nuriye et Semih, le jour de leur incarcération, publiait ce message sur son compte Facebook :

Penseriez-vous que ce le fond des choses concerne seulement les corps de Nuriye et Semih ? Ou, selon vous, s’agirait-il du corps d’Acun, qui est trainée tous les jours par terre, malgré son coeur qui fonctionne grâce à une pile ? Avez-vous déjà demandé à Veli, qui tombe sur ses genoux sous la pluie de balles en caoutchouc, mais que ne s’agenouille jamais ; résiste-t-il à tant de violence, juste pour lui, en tant que Veli Saçılık ?
Vous pensez peut être, que Nuriye, Semih, Acun, Veli, Esra sont très forts, plus courageuse que vous… Ressembleraient-ils peut être à des super-héros qui n’ont aucune inquiétude existentielle ?
Avez-vous demandé si Acun, n’a pas peur de laisser sa fille sans maman ? Comment Veli cache en rentrant à la maison, les meurtrissures et blessures sur son corps à sa fille de 6 ans, Feraye ?
Auriez-vous une idée, de ce que Neylan, la compagne de Veli, pourrait ressentir en le filmant en train de se faire tabasser ? Existe-t-il des mots suffisants dans une quelconque langue, pour décrire la souffrance et l’inquiétude que peuvent ressentir Esra, la compagne de Semih, sa mère Sultan, et les proches de Nuriye ?
Personne n’attend des louanges héroïques de vous. Le fait de les saluer avec titres pour lesquelles vous ne questionnez pas ces personnes pour savoir si elles veulent les porter ou non, ne suffit pas remplir vos responsabilités sociales. Au contraire, vous êtes responsables de partager le poids porté par ces personnes, que vous chargez à nouveau à chaque hommage.
Si votre parole, vos partages sur des réseaux sociaux ne retrouvent pas écho dans la vie, ils n’ont aucun sens.
Ils attaquent notre existence ! Ce qui est trainé par terre, qui devient cible des balles en caoutchouc, qui se noie dans les gaz, qui est indigné, insulté, n’est autre que notre existence que nous menons depuis toujours.
Hier, j’étais avec Veli. Il m’a dit “Yüksel nous a été confié par Nuriye et Semih, il ne doit pas tomber”. Mon coeur a saigné, mais je n’ai pu rien dire. Et Veli, qui fait en sorte que “Yüksel ne tombe pas”, était encore aujourd’hui, par terre, avec des vêtements que les gaz avaient blanchis.
Je dis cela, sans faire la différence, pour toutes les organisations de société civile, les partis politiques, les syndicats, les organisations corporatives, les universitaires et enseignants à qui les décrets n’ont pas encore enlevé leur travail :
Nous passons aujourd’hui, un examen de dignité. Il viendra un temps, où lorsqu’on parlera d’aujourd’hui, chacune sera évoquéE par ce qu’il/elle a fait ou n’a pas fait. Ce jour là, les “mais” derrière lesquels vous vous réfugiez dans l’ombre, n’auront aucune valeur. C’est vous qui décidez, de quelle façon on se rappellera de vous…

Côté soutiens…

Par exemple, mardi 6 juin, une manifestation de soutien revendiquant la libération immédiate de Nuriye et Semih s’est déroulée à Kadıköy à Istanbul. Par exemple, dans la soirée de mardi, un repas populaire a été partagé dans la rue Konur à Ankara, à la fois rupture de jeûne et soutien à la grève de la faim de Nuriye et Semih…

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Repas dans la rue Konur, Ankara. Photo : FOSEM

Par exemple, le samedi 3 juin, à Munich, Nuriye et Semih ont été salués.
Autre exemple, une expression de solidarité depuis Bruxelles… Un salut du coeur qui part de la Place de la Monnaie vers Avenue Yüksel à Ankara, et qui traverse les murs de la prison…

 

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Le 3 juin à Bruxelles. photo : Bahar Kimyongür

Mais lorsqu’on constate que le nouvel “appel des 1000”, est lui aussi ressenti comme un de plus, dans le silence… On peut avoir les mêmes interrogations que Ismail Edre, et penser que le temps de la résistance sera fait d’une longue succession de mobilisations, de grèves, de gestes utiles pour ne pas sombrer, de “sacrifices”, de colères et de lassitude… Et tout autant, la crainte que les murs des prisons comme celui du silence ne suscitent chez des combattants excédés des raccourcis “terroristes” est grande…


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Cet article Nuriye et Semih continuent la grève de la faim en prison | Mizah Haber a été publié par KEDISTAN.

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Mehmet Said Aydın, poète kurde, premier recueil en français http://www.kedistan.net/2017/06/03/mehmet-said-aydin-poete-kurde-francais/ Sat, 03 Jun 2017 14:57:39 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47522 “On ne résiste pas à l’oppression avec du papier et un crayon, même si cela peut faire partie du décorum de la résistance. Je pourrais aligner de belles phrases, mais je préfère ne pas le faire, par respect pour les deux êtres qui sont en grève de la faim depuis des mois et qui, comme […]

Cet article Mehmet Said Aydın, poète kurde, premier recueil en français a été publié par KEDISTAN.

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“On ne résiste pas à l’oppression avec du papier et un crayon, même si cela peut faire partie du décorum de la résistance. Je pourrais aligner de belles phrases, mais je préfère ne pas le faire, par respect pour les deux êtres qui sont en grève de la faim depuis des mois et qui, comme si cela ne suffisait pas, sont désormais en prison”.

Dans le petit monde de la littérature et de la poésie, le point de vue de Mehmet Said Aydın ne ferait sans doute pas l’unanimité. Mais cela s’explique peut-être par sa réalité : il est Kurde et vit en Turquie, un pays où son peuple est opprimé depuis des décennies. Là-bas, depuis quelques années, la résistance cherche à s’inventer autrement, dans la rue. Les événements de Gezi en sont une illustration. Et la très récente grève de la faim de Nuriye Gülmen et Semih Özakça, ces deux fonctionnaires licenciés par décret et s’affamant pour réclamer leur réintégration et celle de toutes les personnes limogées à leur poste de travail, en est une autre. Une résistance qui effraie tant le pouvoir qu’il a décidé d’enfermer les deux grévistes…

photo ©Philippe Dupuich

Né en 1983 à Diyarbakır, et travaillant aujourd’hui à Istanbul, Mehmet Said Aydın a grandi à Kızıltepe, dans la province de Mardin, une petite ville proche de la frontière syrienne. Très tôt, son enfance fut marquée par une mort. Plus précisément, un assassinat : celui d’un enseignant kurde, Seydo Aydoğan, tué par balle dans la rue près de chez lui, et sur qui Mehmet Said a écrit un long poème dans le second de ses recueils de poésie. Bien-sûr, l’histoire des Kurdes de Turquie est en soi une succession de tragédies. Et les meurtres monnaie courante pour ce peuple souvent qualifié de minorité, quand dans la réalité, il représente au bas mot vingt pour cent de la population du pays. C’est du reste à deux autres morts, dont Erdal Can, son professeur de littérature lui aussi assassiné, que Mehmet Said Aydın a dédié son premier recueil de poésie  : Kusurlu Bahçe, qui vient de paraître en français sous le titre Le jardin manqué aux éditions Kontr, grâce au travail de Sylvain Cavaillès.

Le recueil s’ouvre sur un poème – “cette voix qui dit l’invitation” – en hommage à sa mère, figure très présente dans la poésie de Mehmet Said. Rien de surprenant, explique-t-il. “Il me semble que les gens qui nous manquent trouvent leur place dans les poèmes que l’on écrit”. Sa mère est celle qui en dépit des événements, fait “que les choses tournent rond à la maison”. Une femme toute de bienveillance, “une sagesse souriante”, “un parfum”, “l’odeur raffinée du tabac”, qui n’a jamais pu exercer son métier d’enseignante. Son père, lui, exerce encore, et Mehmet Said le vénère à sa manière dans un autre poème, intitulé non sans raison délivrance  : “la métaphore, quand je parle de mon père, est suicide”.

Outre ses poèmes, Mehmet Said écrit aussi des chroniques pour divers journaux (BirGün, Evrensel et aujourd’hui Gazete Duvar), travaille pour la maison d’édition Everest, a jadis animé une émission de radio bimensuelle sur la littérature kurde (Zîn) et traduit des ouvrages du turc vers le kurde (Murat Özyaşar, Aziz Nesin). “Je n’arrive plus à trouver du temps pour ces traductions. Parfois, pourtant, lorsque ça me prend, je traduis de la poésie du kurde vers le turc ou du turc vers le kurde. Et si j’écris en turc, j’ai essayé de construire ma relation de travail avec le kurde en faisant de la traduction. Le kurde n’est pas interdit à l’école, mais il est inexistant. Et dans le contexte de l’état d’urgence, alors que toutes les institutions liées au mouvement politique kurde ont été fermées, il est très difficile de dire ou de faire quelque chose en relation avec la langue kurde.”

Ces derniers jours, Agos — un hebdomadaire emblématique qui paraît en turc et en arménien, et dont le journaliste Hrant Dink fut rédacteur en chef avant d’être assassiné voilà dix ans — a entamé la publication à la manière d’un feuilleton de l’une de ses nouvelles, Le Trésor. Quant aux autres chroniques que Mehmet Said y publie chaque semaine, “ce sont de toutes petites nouvelles, mais des nouvelles qui sont liées les unes aux autres ; disons qu’elles passent d’une idée, d’une image à l’autre. J’essaie de transmettre un sentiment, une émotion, une voix et ça, ça ne correspond pas vraiment à la mathématique journalistique.” Sylvain Cavaillès se promet de les traduire au fur et à mesure, pour les relayer en français sur le blog de sa maison d’édition, Kontr ou sur la page Facebook qui lui est dédiée. A suivre…

là n’est pas le sujet

vous écoutez un türkü, toi tu chantes avec, « de quelle vigne es-tu le vigneron »
cette proximité n’est pas telle qu’un amour pourrait en naître mais là n’est pas le sujet

mais là n’est pas le sujet, le türkü et le fait que tu chantes avec, l’amour ou encore le cauchemar
il est très tard, à neuf ans quelqu’un gémit, le corps et la fièvre
en tant d’années ils m’ont appris quelques alphabets, l’un arabe l’autre cyrillique
la faucille le marteau la sociologie des peuples opprimés
l’instruction des opprimés et le manuscrit de 1844

tu ne t’appelles pas zîn, ni moi mem ni tajdîn
mon nom n’est mentionné dans aucune chanson, le tien dans aucun poème
tu ne m’as pas chanté de türkü une nuit de novembre
moi un quatre novembre peut-être mem û zîn
pour le dire comme ce poète, j’aime beaucoup turgut uyar moi pas du tout

je ne suis pas un réfugié, je ne connais ni occident ni orient
je n’ai pas assez de courage pour chercher un asile, un pays dans la poésie
kürdistan est un mot plein de fraîcheur.
je garderai en mémoire le fait que tes cheveux sont couleur café.
et aussi que le café a une couleur. et l’odeur du café

aussi.

mais là n’est toujours pas le sujet.

konu bu değil
bir türkü dinlersiniz, eşlik edersin sen, “hangi bağın bağbanısan”
bir aşk oluverecek kadar bir aşinalık değildir ama konu bu değil
fakat konu bu değil, türküye eşlik etmen, aşk yahut karabasan
saat çok geçtir, birinin iniltisi dokuz yaşında, beden ve ateş
bunca yılda birkaç alfabe öğrettiler bana, biri arap biri kiril
orak çekiç ezilen halkların sosyolojisi,
ezilenlerin pedagojisi ve 1844 elyazması
senin adın zîn değil, benim ne mem ne tajdîn
benim adım bir şarkıda hiç geçmiyor, senin adın bir şiirde
bana bir kasım gecesi sen hiç türkü söylemedin
ben sana dördüncü kasım’da belki mem û zîn
o şair gibi söylersem, turgut uyar’ı ben çok seviyorum ben hiç sevmiyorum
muhacir değilim, mağrib bilmem ben maşrık bilmem
iltica edecek kadar cesaretim yok, şiirin içinde bir ülke
kürdistan serin bir kelimedir.
senin saçlarının kahverengi olduğunu aklımda tutarım ben.
kahvenin bir rengi olduğunu da. kahvenin kokusunu
da.
oysa hâlâ konu bu değil.

la délivrance

on apprend ce qu’est le malheur quand certaines maisons se construisent
les murs sentent l’alcool, les rideaux sont d’un jaune maladif, c’est la cigarette
des napperons de dentelle sur le poste de télévision, les fauteuils longs, verts
les métaphores pour les maisons dont la porte ouvre sur la cour sont de seconde main
la métaphore, quand je parle de mon père, est suicide.
d’ailleurs, certains suicides sont classes. ne me dites pas que j’ai 27 ans, je vous prie.

parce que certains mots font penser à un autre mot
débarras pas exemple, ressemble à dé à coudre. dé à coudre dit épingle.
les mots appellent l’odeur. et l’odeur par exemple, la peur.
il y a sur les couettes jaunes des épingles vertes dans le débarras
le mot kurde pour douleur d’ailleurs est en lui-même une odeur
papa on est devant le débarras avec maman. tu es où toi ?

il se redresse, regarde comme sur cette grande photo et dit : « kurtuluş ».
fiston, « délivrance ».
je ne dis rien, sans doute.

mon père est le savoir anisé d’une ville que je n’ai pas encore vue
mon père aussi est une odeur mon père à moi aussi.

kurtuluş
bazı evler yapılırken öğrenir mutsuzluk nedir
duvarlar içki kokar, perdeler hastalıklı sarı, sigaradan
dantelli örtüler televizyon üstünde, koltuklar uzun, yeşil
mecazlar elden düşmedir kapısı bahçeye açılan evler için
mecaz, babamdan söz ederken müntehirdir.
bazı intiharlar zaten şıktır. bana 27 demeyin lütfen.
bazı kelimeler bir başka kelimeyi andırdığı için
yüklük mesela, yüksüğe benzer. yüksük, firkete der.
yani, kelimeler kokuyu çağırır. kokudan, korku örneğin.
sarı yorganların üzerinde yeşil firketeler var yüklükte
sızı kelimesinin kürtçesi bizzat kokudur zaten de
baba yüklüğün önündeyiz annemle. sen nerdesin?
doğrulur, o büyük fotoğraftaki gibi bakar, “kurtuluş” der.
oğlum, “kurtuluş”.
susuyorumdur.
babam henüz görmediğim bir şehrin anasonlu bilgisidir
babam da bir kokudur benim babam da.

l’odeur du café

le café vient du yemen
le rossignol de l’herbe

ils disaient qu’on sait pas d’où vient le café
quand ils disaient « dégage » et qu’ils le disaient en gueulant
qu’on met pas les verbes à la bonne place, que d’ailleurs nous on est des vrais sauvages
que le café c’est dans un sachet, que quand on l’ouvre on en met partout
que quand on se retrouve à deux, on est incapables de trouver un troisième, juste le café
qu’on s’assoit dans les cafés, nous, qu’on passe notre temps à brailler
qu’on sait pas dire « je vous remercie », et tout juste « merci »
que quand on marche on tombe, que quand on court on se fatigue, qu’on a la respiration qui boite
qu’on connaît pas les verbes, qu’on sait pas faire des phrases, qu’on fait taper la cuiller contre le verre
qu’on peut rien tirer de nous
qu’on vaut même pas les mots « cacık », « menthe » ou « merde » qu’on pourrait mettre à la place de ce « rien »
qu’on dit tout ce qui nous vient au bout de la langue, qu’on a des langues de vipère
qu’on sait pas d’où vient le café, que tout notre horizon c’est les türkü
qu’on transpire sans arrêt, que la monnaie qu’on fait passer quand on monte dans un dolmuş est moite
qu’on passe notre temps à fumer des cigarettes dans les gares routières, café et cigarettes
qu’on est pas du tout polis, qu’on connaît pas la politesse, ni les mots de la parenté
qu’on a la voix rude, qu’on est généralement des hommes, qu’on humilie les femmes
qu’on est qui pour savoir d’où vient le café qu’ils nous disaient si on s’empêtrait dans les verbes
qu’on a pas de voitures, qu’on est serveurs, qu’est-ce que ça sait un serveur
qu’on fait mal quand on aime, qu’on n’a jamais entendu parler d’aragon, c’est qui aragon ?
que nous on connaît celal güzelses, muharrem ertaş, kazancı bedih, seyfettin sucu
qu’on n’a même pas encore réussi à apprendre à dire je, que chez nous c’est deux chambres un salon, qu’on vit
les uns sur les autres

mais on dirait bien qu’on sait quand on dit « marabout », quand on ajoute à côté « bout d’ficelle »
« selle de cheval » on ne sait pas ce qu’est un hall ce qu’est une véranda seulement le rebord de la fenêtre

le mot peuple c’est pour qui patron ?

kahve kokusu
kahve yemen’den gelir
bülbül çimenden gelir
kahvenin nereden geldiğini bilmezmişiz biz
“yürü” dediklerinde ve bunu bağırarak söylediklerinde
fiillerin yerini karıştırırmışız, biz zaten çok yabanmışız
kahvenin bir poşeti varmış, onu açarken saçarmışız etrafa
iki kişi bir araya gelsek, üçüncüyü bulamazmışız ancak kahve
kahvehanede otururmuşuz biz, çan çan çene yaparmışız çok çok
“teşekkür ederim” nedir bilmezmişiz, varsa yoksa “sağol”
yürürken düşermişiz, koşarken yorulurmuşuz, nefesimiz aksarmış
fiilleri bilmez, cümleleri dizmez, kaşıkları bardağa vururmuşuz biz
bizden hiçbir şey olmazmış;
“hiçbir şey”in yerine kullanılacak “cacık”, “nane” ve “bok”a da değmezmişiz
dilimizin ucuna gelen her şeyi söylermişiz, dilimizin ucuna biber
kahvenin nereden geldiğini bilmezmişiz, ufkumuz türkülermiş git git
biz habire terlermişiz, dolmuşa bindiğimizde uzattığımız para nemliymiş
otogarlarda sigara içermişiz durmadan, kahvenin yanına sigara
biz hiç nazik değilmişiz, nezaket nedir bilmezmişiz, akraba kelimeleri de
sesimiz gürmüş bizim, genelde erkekmişiz, kadınları aşağılarmışız
kahvenin nereden geldiğini biz kimiz ki bilelim dermişler bize fiiller sarsak
hiç otomobilimiz yokmuş bizim, garsonmuşuz, garsonlar ne bilsin
severken acıtırmışız biz, aragon’dan da haberimiz yokmuş, aragon kim?
biz bilirmişiz celal güzelses, muharrem ertaş, kazancı bedih, seyfettin sucu
daha ben demeyi bile öğrenememişiz, evlerimiz iki oda bir salon, hayat komşu
ama biliyoruz sanki “hu” derken biri, yanına ikinci “hu”yu eklerken
“hu hu komşu” hol nedir bilmeyiz biz veranda nedir biz sadece pervaz
halk kime denir patron?

Kontr Editions

Mehmet Said Aydın

 

Le jardin Manqué • Mehmet Said Aydın
Broché, 96 pages | ISBN : 978-2-9559700-0-3 | 14 €

Pour acheter le livre suivez ce lien.

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“Sur le seuil, je dépose doucement ces pétales de roses” http://www.kedistan.net/2017/06/02/tournee-turquie-premier-jour-repetition-roses/ Fri, 02 Jun 2017 21:32:33 +0000 http://www.kedistan.net/?p=47554 L’aube s’étire lentement comme une jeune fille après un profond sommeil. Cette nuit, J’ai rêvé que Yunus Emre prenait Yaşar Kemal par l’épaule, et que, tels deux frères, ils visitaient le monde. J’ai rêvé que Köroğlu frappait à la porte de la maison de mon père. Je suis de retour, le voyage a été long. […]

Cet article “Sur le seuil, je dépose doucement ces pétales de roses” a été publié par KEDISTAN.

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L’aube s’étire lentement
comme une jeune fille
après un profond sommeil.

Cette nuit,
J’ai rêvé que Yunus Emre prenait Yaşar Kemal par l’épaule,
et que, tels deux frères, ils visitaient le monde.

J’ai rêvé que Köroğlu frappait à la porte
de la maison de mon père.

Je suis de retour,
le voyage a été long.

Ces détours,
Ces sentiers sans lune,
Ces fausses pistes,
Ces contournements,
Tous ces égarements
étaient justes.

Ils formaient le dessein
De mon destin.

je m’assois sur la terrasse qui domine la Corne d’Or (Haliç)
à l’ombre de ta vigne.

Ce café noir que tu m’offres,
il a le goût de ma vie,
je l’ai bue sans sucre, son amertume.

Sur le seuil,
je dépose doucement ces pétales de roses.
Je les ai cueillies tout au long de ma route,
en pensant à vous.
Qu’elles parfument votre maison.

Titi Robin
“Gül Yaprakrarı”

Avec Sinan Çelik (flûte kaval), nous avons choisi et invité trois autres artistes, Hüseyin Yalçın (kemane), Özlem Taner (chant) et Burcu Yankın (percussions) afin de constituer cet orchestre, baptisé « Yer Bakır ». Les répétitions ont commencé, hier, le 1er juin au studio de Duygu Müzik.

 Titi Robin • “Yer Bakır” Tournée en Turquie | Türkiye turnesi

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