KEDISTAN http://www.kedistan.net Le petit magazine qui ne se laisse pas caresser dans le sens du poil Thu, 19 Jan 2017 05:49:46 +0000 fr-FR hourly 1 http://www.kedistan.net/wp-content/uploads/2015/10/cropped-goz-boncuk-perle-oeil-32x32.png KEDISTAN http://www.kedistan.net 32 32 Un appel du 18 qui n’attendra pas juin http://www.kedistan.net/2017/01/18/appel-attendra-pas-juin/ Wed, 18 Jan 2017 21:30:39 +0000 http://www.kedistan.net/?p=39058 Il ne se passe pas une journée sans apprendre que de nouvelles arrestations sont survenues en Turquie, à la suite de dossiers d’enquêtes, toujours diligentées autour des mêmes chefs d’accusation, tout droits sortis de la loi sur le “terrorisme”. Le principe en est simple. Prenez un par un les articles de la loi, tirez-en un qui pourrait […]

Cet article Un appel du 18 qui n’attendra pas juin a été publié par KEDISTAN.

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Il ne se passe pas une journée sans apprendre que de nouvelles arrestations sont survenues en Turquie, à la suite de dossiers d’enquêtes, toujours diligentées autour des mêmes chefs d’accusation, tout droits sortis de la loi sur le “terrorisme”.
Le principe en est simple. Prenez un par un les articles de la loi, tirez-en un qui pourrait servir de titre à un dossier à charge contre quelqu’unE à faire taire, et emballez le tout dans des “preuves” glanées chez le “suspect”, lors de la perquisition précédant la garde à vue. Cela, pour n’importe quel juriste, s’appelle une instruction à charge, partant d’une accusation sans délit autre que d’avoir “dit”, “écrit”, “prononcé”, “dessiné”,”voulu faire savoir”…

Dans cette loi, les accusations de “présomption de terrorisme ou d’intelligence avec le terrorisme”, alliées à “atteinte à l’unité de la Nation”, et donc forcément issues de “appartenance à une organisation terroriste”, sont énoncées par ce triptyque à usage multiple, véritable “machine à tampons” pour dossiers à la chaîne…

Ainsi, malgré le délabrement de l’injustice, provoqué par les purges d’après juillet 2016, la police peut officier, et délivrer aux Procureurs des dossiers ficelés et dûment classés “terrorisme”. Chaque cas, chaque “affaire” qui parvient à être connue ou documentée par le peu de presse indépendante qui les publie encore en Turquie, se retrouve être un copié-collé de la précédente.

Comment croire dans ces conditions à ce théâtre d’injustice, et surtout s’imaginer qu’un avocat, même le plus dévoué, puisse “personnaliser” la défense, rétablir devant les tribunaux aux ordres l’individualisation d’un dossier et la “personnalisation de la peine”.

Quand cette loi fut proposée et votée, toutes ces conséquences furent envisagées et décrites par l’opposition démocratique, en l’occurence le HDP seul contre tous, excepté les quelques rares frondeurs kémalistes habituels. Le coup d’état civil, déjà bien engagé, trouvait là, la “légitimité” de la répression qui allait suivre, véritable génocide politique de l’opposition. Le “cadeau” que le ciel fit à Erdoğan fort opportunément en juillet, et le sursaut unitaire national pour “défendre l’unité de la Nation turque et sa démocratie” permirent d’accélérer les processus… Ainsi va la démocratie turque non ?

Depuis, l’Assemblée vient même majoritairement de voter le projet de réforme constitutionnelle (qui sera soumis à référendum) qui pose le turban sur la tête de l’ensemble, et surtout celle de son Sultan pour 2023.

Voilà bien des questions politiques “internes à la Turquie” que les diplomaties européennes se contentent de saluer par une “grande vigilance“.
L’Agence française pour le développement (AFD) qui vient de promettre une somme de 250 M€ à la Turquie, pour donner la possibilité aux équipementiers français, aux bétonneurs et gestionnaires d’espaces publics, d’encaisser quelques profits, ne sera pas de ceux qui feront la fine bouche sur les interprétations et distorsions du droit international par la Turquie. Ce n’est pas de droit des affaires dont il s’agit. Le Consul est sur la même ligne. Visiblement, si on en juge la rapidité de la Belgique à répondre aux sollicitations policières d’Erdoğan, de ce côté là non plus, rien à attendre de bon de Bruxelles. Et, de toutes les manières, soyons réalistes, une grande majorité des gouvernements et “majorités” européennes sont en sursis où en fin de règne. La curée électoraliste fera rage en 2017.

Si on observe à quelle vitesse a disparu des médias la situation crée par la reprise d’Alep, et son cortège de victimes, on peut parier aussi que ce qui n’a constitué qu’un “intermède” pour certains d’entre eux, autour de la personnalité d’Aslı Erdoğan, va aussi se dissiper, tant dans les salles de rédaction que parfois certains tapis de salles de réception, entre initiés et élus, et repasser dans la rubrique “culture”.

Ainsi, la formidable mobilisation, le bel élan pour défendre la liberté d’expression en Turquie, à partir d’une personnalité d’écrivaine, pourrait-ils connaître une trajectoire qui ne les amènerait pas à passer par la défense opiniâtre de toutes et tous les accusés de terrorisme, aujourd’hui otages emprisonnés en Turquie, en retournant vers un unique et apolitique ancrage littéraire et culturel. Comme on aurait blanchi un Mandela. Nous connaissons des ministres que cela arrangerait bien, sans vouloir nous montrer mauvaise langue.

Alors, encore une fois, que faire ?

Nous sommes nous posé cette question, assortie de pessimisme, lorsqu’il s’est agit de lancer un appel pour la libération d’Aslı Erdoğan ?
Quand, alors que les réactions de la profession, lors de salons du livre, celle des éditeurs, se sont perdues dans le sable des plages du mois d’août, et que l’après putsch en Turquie voyait ses grandes purges débuter, avons nous rejoint le camp des aquabonistes ?

Il y a eu un appel par là, une lettre de prison d’Aslı par ci, un entêtement à penser qu’il était toujours utile de lancer des bouteilles à la mer… Et, malgré tous les pronostics, malgré le désintérêt (heureux en l’occurence) des politiciens habituels, il s’est trouvé des maillons d’une chaîne qui ont tissé une solidarité, oh, bien fragile, sur trois continents. Et il faut le reconnaître, il s’est trouvé aussi ici et là des “journalistes” pour tenir tête à des rédactions affairées ailleurs, ou simplement convaincre, qui ont commencé à faire du “bruit”, et ont rejoint le bruissement des mots lus, puis bientôt mis en musique.

Ces mêmes mots, qui décrivent aussi la réalité de la répression en Turquie, des discriminations, ont appelé nombre de consciences à déchirer le rideau de fumée soigneusement entretenu, pour cause de “rétention de réfugiés indésirables en Europe”.

Et si, par bonheur, Aslı Erdoğan, ainsi portée vers la lumière, se retrouvait libre en mars, après ce nouveau jugement d’injustice à venir, nous n’oublierons pas, du moins pour beaucoup d’entre nous, qu’elle disait “qu’elle ne serait pas libre tant que les autres resteront en prison”.

Et qui sont ces autres, ces milliers d’autres ?

Si vous parcourez Kedistan régulièrement, vous commencez à les connaître, ou du moins celles et ceux qui collectivement résistent et se portent défenseurs de tous, et acceptent cette mise en avant sans crainte. Ils n’ont plus aucune illusion sur ce régime qui les accable.

Ils, elles, femmes, hommes, sont, pêle mêle, avocats, activistes, intellectuellEs, universitaires, artistes, quidam, féministes, cinéastesjournalistes, éluEs, politiques, LGBTI, auteurEs, toutes et tous otages politiques d’un régime fascisant.

Et ce ne serait pas la première fois dans l’histoire des courtes ou longues vies de chacunE d’entre nous que nous rencontrons cette situation où la simple conscience demande d’agir, chacunE selon ses compétences, possibilités et avec la conscience de le faire aussi pour nous mêmes, au vu des nuages qui s’accumulent.

Alors, vérifions uns par uns les maillons de la chaîne, et même s’il en manque un peu au final, imaginons collectivement comment faire de ces visages, de ces humanités encagées, des compagnons de résistance quotidienne, ici et là bas.

Nous avons lu des textes, projeté des films, mis en lumière et en musique des mots pour Aslı Erdoğan, et nous continuerons à le faire jusqu’à sa libération… Nous le ferons aussi pour toutEs les autres… En inventant les mots si nécessaire.

Le livre de l’oppression turque ouvert sous nos yeux appelle aussi tout autant à lectures et compréhensions collectives, parce qu’il contient en creux des devenirs menaçants et destructeurs, pour nos propres vies “libres”.

Certes, plus nombreux, plus divers nous serons…

Alors, quelques jours en mars ?


Vous pouvez copier, partager, diffuser cet appel sans retenue, vous y joindre, nous faire part de vos idées d’initiative…

Sur Facebook
Groupe Liberté pour tous les “otages” politiques | Page @freeaslierdogan | Page @Kedistan
La cagnotte solidaire
Si nous pouvez apporter qu’un soutien financier :
Solidarité avec Aslı Erdoğan et les autres prisonniers/ères du régime en Turquie

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Réseaux sociaux, l’oiseau en cage, le F accusateur… http://www.kedistan.net/2017/01/18/reseaux-sociaux-arrestations/ Wed, 18 Jan 2017 03:28:04 +0000 http://www.kedistan.net/?p=39022 Le régime Erdoğan, dans le cadre de différentes “enquêtes” concernant le putsch raté du 15 juillet 2015, a lancé une vaste opération contre 10 000 personnes, dans un premier temps suspectées selon les dires du ministère de l’intérieur, de “propagande terroriste” ou d'”atteinte à l’unité nationale” sur des réseaux sociaux. En réalité, ce n’est pas chose […]

Cet article Réseaux sociaux, l’oiseau en cage, le F accusateur… a été publié par KEDISTAN.

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Le régime Erdoğan, dans le cadre de différentes “enquêtes” concernant le putsch raté du 15 juillet 2015, a lancé une vaste opération contre 10 000 personnes, dans un premier temps suspectées selon les dires du ministère de l’intérieur, de “propagande terroriste” ou d'”atteinte à l’unité nationale” sur des réseaux sociaux.

En réalité, ce n’est pas chose nouvelle, pour les forces de répression du gouvernement AKP, que de puiser des “actes d’accusation” sur les comptes personnels de celles et ceux qu’elles placent en garde à vue. C’est même devenu un réflexe et une procédure pour la police et les supplétifs officiels.

Durant la période de Gezi, un jeu de chat et souris s’était installé pour fermer à temps les comptes d’amiEs sur les réseaux sociaux lors des arrestations, dès qu’elles étaient connues. Chacun devrait savoir aussi qu’il est déconseillé pour qui se rend en Turquie aujourd’hui, d’avoir des partages “sensibles” sur son portable dans les jours qui précèdent. Des journalistes, et récemment une avocate italienne, ont ainsi pu être dans la plus complète illégalité refoulés.

La loi “terrorisme”, votée avant le coup d’état manqué s’applique donc, sous état d’urgence aujourd’hui, aux publications et partages personnels sur les réseaux. Ces partages, non seulement apparaissent comme “preuves de sédition” dans des dossiers ouverts, mais deviennent en eux mêmes “objets d’enquêtes”, et prétextes à répression. Et pour cela, le gouvernement AKP a mis en place des surveillances, lancé des campagnes de signalement et de délation, financé des AKtrolls pour ce faire.

Et penser que cela date de la grande purge d’après juillet serait se fourrer le doigt dans le clavier.

Car justement, dès les années 2013, le “danger des réseaux sociaux” était dénoncé au Palais. Dès ces années là aussi, furent mis en place pour les diasporas européennes des “surveillances bienveillantes” qui ne se limitèrent plus aux tapis de prières, pour gagner ceux des souris. L’Allemagne en sait quelque chose, puisque récemment certains journaux allemands ont fait remonter des enquêtes, qui ont fait l’objet de communications au Bundestag. On ne signale pas encore d’enquêtes semblables, à propos du minitel français… Par contre, des connivences entre le régime turc et les réseaux Facebook ont été en 2015 déjà dénoncées au Royaume Unis, par le mouvement kurde. Nous avons eu à Kedistan le même type de soucis à l’époque.

Bref, s’imaginer que l’utilisation du maillage des réseaux sociaux et leur surveillance est un bricolage rapide d’après juillet serait une erreur. La planification de la main mise sur tous les moyens d’expression, leur contrôle, leur fermeture, les obligations à auto-censure, sont réalisées au fil des opportunités qui se présentent, mais les moyens pour ce faire sont eux, pensés depuis longtemps. On peut même, sans dévoiler de secrets d’état, dire qu’il s’agit là du “renforcement antiterroriste” commun avec l’UE et ses échanges de renseignements. Un Cazeneuve, ou d’autres ministres de l’intérieur d’Etats européens, lors de visites et rencontres avec le Palais turc, ont certainement aussi peaufiné ces mesures là, qui mettent en place la “lutte contre le terrorisme”.

Et de la même façon que des gouvernements ici ont resserré les contrôles sur le net, et l’ont étendu à bien d’autres choses, le gouvernement Erdoğan ne s’en est pas privé, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Faites rapidement une recherche sur le net, avec quelques mots clés précis, et vous trouverez des exemples parlants de cette belle collaboration et de ses effets d’aubaine. La diaspora turque et kurde n’a qu’à bien se tenir, et ses soutiens avec elle…

Aujourd’hui

Revenons à l’actualité des purges, des enquêtes, des gardes à vue, des décrets en tous genres qui les permettent.

Nous comprendrons mieux la démarche d’accusation en prenant par exemple le cas de 6 journalistes en garde à vue depuis 24 jours, qui ont été arrêtés entre autres pour leur activité sur Twitter.

(Pour info : Ils sont passés devant le juge aujourd’hui. Derya Okatan, Eray Sargın et Metin Yoksu ont été liberés sous contrôle judiciaire. Quant à Mahir Kanaat, Tunca Öğreten et Ömer Çelik, ils ont été mis en détention pour un procès ultérieur, comme c’est le cas dans des centaines de dossiers). Chaque jour certainEs sont remisEs en liberté sous contrôle judiciaire, tandis que d’autres sont arrêtéEs, on ne peut que vous conseiller de consulter régulièrement cette page qui est quotidiennement mise à jour.

Metin Yoksu, journaliste de l’Agence de presse Dicle (DIHA), agence fermée par décret le 29 octobre dernier, est accusé de “propagande pour une organisation terroriste”. L’acte d’accusation a été établi à partir de ses mails personnels et de ses publications sur Twitter.

Ömer Çelik est inculpé pour avoir été ajouté, en tant que journaliste, dans un flux sur Twitter dans lequel les informations concernant la divulgation publique par le “RedHack” de mails du Ministre Albayrak, et qui ont été publiés. Le Tribunal voulait aussi savoir ce que “prolétaire” voulait dire exactement, car Özer se présentait comme tel sur son profil de compte perso sur Twitter.

Semra Turan, journaliste de l’Agence de presse Dicle (DIHA) avait été mise en garde-à-vue, il y a quatre jours. Accusée pour ses notes journalistiques qu’elle collectait dans différentes villes telles que Diyarbakır, Dersim, Bingöl, mais aussi pour ses publications sur les réseaux sociaux, elle a été libérée sous contrôle judiciaire. Là encore l’utilisation des réseaux est criminalisée…

Mais, bien sûr, il n’y a pas que les journalistes. N’importe quel internaute opposantE qui publie sur les réseaux sociaux est dans la ligne de mire. Nous avons là aussi beaucoup de mal à collecter noms et chiffres, mais les opposants au régime AKP utilisant massivement les réseaux, l’accusation est récurrente.

Le Ministre de transports, maritime et information, Ahmet Arslan a en personne déclaré aujourd’hui que l’objectif du gouvernement était de “nationaliser le numérique”  et que de grands projets étaient en route pour ce faire. Ecoutons le :

Ainsi, les données des enseignes de réseaux sociaux comme Twitter, Facebook, Instagram seront conservées dans notre pays, afin de sécuriser les données de nos citoyens. Nous allons donc empêcher que les données qui concernent les tendances personnelles des Turcs se baladent à l’étranger.

Le Ministre annonce par ailleurs qu’un moteur de recherche “national” est en train d’être élaboré, toujours dans la même optique. “Il permettra l’utilisation des caractères spéciaux de l’alphabet turc” ajoute-t-il, “mais aussi contribuera à utiliser Internet sans faire de concessions dans l’intégration de notre pays avec le monde”.

Ce sont là déclarations plus douces que celles qui consistent à désigner les réseaux sociaux comme utilisés par les terroristes, mais au final, l’intention est bien de réduire et contrôler flux et données, même si elle repose sur une incompréhension du web. Et s’ils n’y parviennent pas, la coupure pure et simple des communications, comme c’est souvent le cas au Bakur, fera toujours l’affaire.

C’est donc la phase du coup d’état civil d’Erdoğan qui voudrait balayer les dernières marges à demi libres, et ne plus se contenter d’ouvrir ou fermer des robinets d’internet quand ça l’arrange.

Purger le net, comme on purge une tuyauterie, est le grand rêve aujourd’hui de toute dictature qui se respecte. S’en servir pour inculper ne suffit plus, contrôler l’ensemble serait un plus. Erdoğan sait bien qu’un désormais “ami proche” y parvient en partie, dans sa Russie nouvelle, et que la Chine pourrait fournir l’exemple qu’il est possible de travailler en “bonne intelligence” avec certains des plombiers omniprésents et gras sur la toile. Si les multinationales du web avaient une conscience politique, cela se saurait.

Ce qui se passe en Turquie devrait donc alerter tous les défenseurs de la liberté du web, surtout après la vague d’arrestation spécifique récentes dans les milieux activistes et militants accusés d’être des hackers rouges…

Et terminons encore sur des chiffres

Un décret concernant les délits commis sur Internet avait été promulgué le 6 janvier dernier.
Le décret n° 680 permet donc à la police d’obtenir les identités et les données des utilisateurs, ainsi que de suivre les flux numériques, sans décision de tribunal, afin de “prendre des précautions avant que le délit soit commis”.

Des descriptions telles que les personnes qui font sur les réseaux sociaux, “des publications incitant la population à la haine et à la rébellion”, “faisant l’éloge du terrorisme”, “faisant de la propagande d’organisation terroriste”, “déclarant son lien avec l’organisation terroriste” permettent désormais des observations, enquêtes et poursuites totalement arbitraires.

Les liberté d’expression et de communication avaient été déjà bafouées en 2007 avec la loi 5651, le décret 680 a renforcé les limitations encore davantage.

A notre connaissance ces décrets n’ont encore pas permis une seule enquête réussie concernant Daesh, même si l’arrestation de l’auteur de l’attaque de Reina du 31 décembre, est présentée comme telle.

Avant le décret les estimations étaient : procédures ouvertes sur 3710 personnes, 1656 arrestations, dont 102 libérées sous contrôle judiciaire, 84 en détention.

Le 14 janvier dernier, donc après le décret 380, le député du CHP et membre de la Commission Média au Parlement, Barış Yarkadaş a pris parole à l’Assemblée Nationale et a annoncé qu’une chasse aux sorcières était lancée sur les médias sociaux. En soulignant qu’une unité spécifique “Unité de suivi des médias sociaux” étaient fondée :

“Des personnes sont arrêtées suite au travail de cette unité, pour des motifs qui n’existent pas dans las Code Pénal turc, tels que ‘insulte à homme d’Etat turc'”.

Barış Yarkadaş, a également posé une question :

“Conformément à quelle loi cette unité a-t-elle été constituée ? Qui paye les salaires de ces policiers qui en font partie ?”

Et voici les chiffres exacts :

  • Environ 3500 personnes ont été mis en garde-à-vue, dont 1500 jetés en prison depuis.
  • Des dossiers d’enquête ont été ouverts à l’encontre de 17 862 internautes. 
  • Sur les dossiers ouverts toujours en cours, sur 68 774 personnes, 21 723 personnes sont clairement identifiées et 47 024 en cours de vérifications.

Celui ou celle qui tweete l’article s’ajoutera-t-elle/il au nombre ?


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La Facture Erdoğan tombe dans les boîtes aux lettres http://www.kedistan.net/2017/01/17/la-facture-erdogan-tombe-boites-lettres/ Tue, 17 Jan 2017 15:49:09 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38964 Nous avons trouvé dans nos boîtes aux lettres… au beau milieu d’autres factures, une très belle note… “L’ardoise de la présidentialisation”.  Un rendez-vous pour une campagne de partages était aussi donné par l’initiative @biraradayiz sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #BaşkanlığınFaturası (Facture de la présidentialisation), le 16 janvier à 20h. La facture de la présidentialisation 09.01.2017 Observations pour l’abonné : […]

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Nous avons trouvé dans nos boîtes aux lettres… au beau milieu d’autres factures, une très belle note… “L’ardoise de la présidentialisation”. 

Un rendez-vous pour une campagne de partages était aussi donné par l’initiative @biraradayiz sur les réseaux sociaux, avec le hashtag  (Facture de la présidentialisation), le 16 janvier à 20h.


La facture
de la présidentialisation

09.01.2017

Observations pour l’abonné :
Nous allons payer le prix de cette facture tous ensemble !

Depuis la déclaration de l’état d’urgence :

  • Essence (sur un plein) = augmentation de 45 Livres Turques
  • Dette extérieure (sur 100 LT) = 55 LT
  • SMIC (pouvoir d’achat) = perte de 350 LT
  • Livre turque (par rapport au $) = 30% de baisse
  • Investissements = Autour de 100 milliard de $ ont quitté le pays vers l’étranger
  • Economie [croissance] = Baisse de 5%
  • Société civile = Plus de 1 500 organisations fermées
  • Médias = 180 organes de presse + plus de 2 500 journalistes ont perdu leur travail
  • Public = Plus de 90 000 fonctionnaires + 4 400 universitaires licenciés
  • 450 000 nouveaux chômeurs/ses sont apparuEs
  • Internet = peu
  • TRT [chaine télé officielle] = beaucoup
  • Infos dans les médias = inexistante

Depuis les élections de juin (7 juin 2016)

  • Curateurs attribués = aux 30 mairies
  • EmprisonnéEs = 55 maires / 12 députEs / plus de 100 journalistes et auteurEs.
  • Sécurité de vie = dizaines de villes détruites / plus de 100 affrontements / 33 attaques à la bombe / plus de 1500 morts.
    – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – –
  • KHK [“décret”, allusion à la TVA] = 100%
  • Total = Régime présidentiel / Etat d’urgence.


La Facture de la présidentalisation est la facture de la guerre, de la crise économique, de l’autoritarisme, de la violence, du trouble social.

Répondons #Non, ne payons pas cette facture encore plus!

  • N’oublie pas, ces données ne sont pas communiquées par les chaînes télévision, par la presse, ou d’une façon très limitée.
  • Prends l’initiative personnelle, partage.
  • Passe cette facture aux autres, diffuse.
  • Télécharge, imprime, distribue.
  • Parle de ces donnés dans les transports en commun, au travail, à l’école. Garde cette facture sur toi pour la montrer.
  • Prends-la en photo, partage là sur les réseaux sociaux avec l’étiquette 

 

 

Voilà une initiative de résistance qui répond au premier vote majoritaire au sein du parlement turc, de la modification constitutionnelle voulue depuis longtemps par Erdoğan. Le référendum qui suivra sera de fait une demande de blanc seing pour cette facture présentée ici. Ce qui reste d’opposition démocratique, laminée par les arrestations, regroupe ses forces. Aidons là par nos soutiens à le faire, et faisons connaître sa lutte ici. (Nous en avons d’ailleurs les mêmes ferments qui se développent) …


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Kerema xwe dema hun nivîsên Kedistanê parve dikin, ji bo rêzgirtina maf û keda nivîskar û wergêr, lînk û navê malperê wek çavkanî diyar bikin. Spas

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Paroles de Femmes • Rencontre à Paris, 24 janvier 2017 http://www.kedistan.net/2017/01/17/rencontre-paris-femmes-contre-feminicides/ Tue, 17 Jan 2017 14:48:59 +0000 http://www.kedistan.net/?p=39002 Une initiative parmi beaucoup d’autres que nous ne pouvons pas toutes relayer sur le site. Cette rencontre tient à la date anniversaire des assassinats. D’autres, beaucoup d’autres, en France ou ailleurs, naissent grâce à une “embellie médiatique” qui a été provoquée par la mise en liberté provisoire d’Aslı Erdoğan, fruit en partie d’une mobilisation sur […]

Cet article Paroles de Femmes • Rencontre à Paris, 24 janvier 2017 a été publié par KEDISTAN.

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Une initiative parmi beaucoup d’autres que nous ne pouvons pas toutes relayer sur le site. Cette rencontre tient à la date anniversaire des assassinats.

D’autres, beaucoup d’autres, en France ou ailleurs, naissent grâce à une “embellie médiatique” qui a été provoquée par la mise en liberté provisoire d’Aslı Erdoğan, fruit en partie d’une mobilisation sur les 3 continents autour de son statut d’écrivaine emprisonnée. Cette embellie ne durera pas, et l’attention sur la Turquie faiblira. On ne connaît que trop le fonctionnement de la “bulle médiatique”.

Alors, faisons connaître largement ces soirées d’information, ces projections/débat, ces concerts de soutien, ces campagnes financières et politiques, qu’elles émanent d’associations ou de collectifs.

L’information sur la Turquie, sous toutes ses formes, en tous domaines, est indispensable pour ne pas laisser retomber le silence sur celles et ceux qui subissent un régime qui pourrait bien devenir un “modèle sécuritaire” pour les populismes identitaires européens, surtout maintenant qu’il a l’aval de la diplomatie poutinienne.

La page facebook de kedistan est aussi un relai. N’hésitez pas à nous faire parvenir vos agendas…


Paroles de Femmes contre les Féminicides

En hommage à Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Saylemez, militantes kurdes, assassinées à Paris le 9 janvier 2013

Mardi 24 janvier 2017
à partir de 13h00
Mairie du 2ème arrondissement de Paris
Salle Jean Dame

Pour participer à cette rencontre, vous devez vous inscrire par mail à cette adresse : colloquefeminicide2017@gmail.com

Evénement Facebook : Paroles de femmes contre les féminicides

Chères amies, chères camarades,

Quatre ans après les assassinats de Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Saylemez le 9 Janvier 2013, nous attendons toujours que justice soit faite.

Bien que tous les éléments du dossier pointent la responsabilité des services secrets turcs (MIT), ceux-ci n’ont jamais été mis en cause par les autorités françaises qui préfèrent préserver leurs relations économiques et politiques avec l’Etat turc plutôt que de faire la lumière sur cette affaire «embarrassante», d’autant plus qu’elle met également en cause leurs propres services de renseignement.

Le 17 janvier dernier, après quatre longues années de lutte incessante pour la Vérité et la Justice, nous avons appris le décès de « l’assassin présumé », Ömer Güney, seul individu poursuivi dans cette affaire. Son procès devait se tenir devant la Cour d’assises de Paris un mois plus tard, le 23 janvier 2017. Les camarades de Sakine, Fidan et Leyla, leurs familles et l’ensemble du peuple kurde sont ainsi privés d’un procès public qui aurait permis de juger non seulement l’exécutant, mais aussi, et surtout, le commanditaire, l’Etat turc, et aussi de dévoiler la responsabilité des services français de renseignement.

Sakine, Fidan et Leyla étaient kurdes, féministes et militantes politiques. Leur meurtre est un féminicide. Phénomène universel qui recouvre les atteintes à la vie des femmes et toutes les violences physiques, psychologiques, économiques et sociales, ainsi que toutes les discriminations exercées à l’encontre des femmes, le féminicide touche toutes les femmes, quel que soient leur âge, leur appartenance ethnique, leur religion ou leur culture. Mais ses auteurs et commanditaires sont rarement jugés. Et, quand ils sont jugés, ils bénéficient de réductions de peines.

Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Saylemez qui représentent trois générations de révolutionnaires kurdes, ont joué chacune un rôle important dans le développement de la lutte de libération des femmes, aussi bien sur le plan social que politique. Pour poursuivre cette lutte et réunir nos forces contre les féminicides, nous proposons une rencontre internationale de femmes, en hommage à ces trois femmes, le 24 Janvier 2017, soit symboliquement un jour après la date du procès qui devait juger leur “assassin présumé”.

Nous vous invitons à participer nombreuses à cet évènement qui offrira une tribune libre aux participantes. Nous voulons que cette rencontre soit riche en réflexions et partages d’idées et d’expériences sur les moyens et stratégies de lutte contre les féminicides, sur le combat contre l’impunité, et qu’elle soit un premier pas vers la construction d’un réseau international de lutte contre les féminicides.

Mouvement des Femmes kurdes en Europe | Femmes solidaires | Collectif Solidarité Femmes Kobanê | Marche mondiale des Femmes

PROGRAMME

  • 13h00-13h20 – Accueil
  • 13h20-13h30 – Ouverture par Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris chargée des questions relatives à l’égalité femmes/hommes, la lutte contre les discriminations et des droits humains
  • 13h30- 14h15 – Enjeux Politiques et Juridiques du féminicide
    Modération : Nursel Kılıç, Représentation Internationale du Mouvement des Femmes Kurdes
    Gabriela Conder, Avocate des Mères de la Place de Mai, Barreau des Avocats de Buenos Aires
    Virginie Dusen, Avocate des Familles de Sakine, Fidan et Leyla, militantes kurdes assassinées à Paris en 2013
  • 14h15-15h00 – Questions, interventions, tribune libre
  • 15h00-15h45 – Féminicides et Assassinats Politiques
    Modération : Laure Marchand, Journaliste
    Jacqueline Derens, Collaboratrice de Dulcie September
    Sylvie Jan, Présidente de l’Association de Solidarité France-Kurdistan
    Vânia Martins, membre de la coordination européenne de Marche Mondiale des
    Femmes (à confirmer)
  • 15h45-16h30 – Questions, interventions, tribune libre
  • 16h30-16h50 – Pause Café
  • 16h50-17h35 – Stratégies de lutte contre les Féminicides
    Modération – Elsa Meunier, Collectif Solidarité Femmes Kobane
    Dilşa Osman, Porte-parole du Mouvement des Femmes kurdes en Europe
    Sabine Salmon, Présidente de Femmes solidaires
  • 17h35-18h30 – Questions, interventions et tribune Libre
  • Résolution Finale

Cet article Paroles de Femmes • Rencontre à Paris, 24 janvier 2017 a été publié par KEDISTAN.

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Derrière les chiffres de la répression, des humains http://www.kedistan.net/2017/01/17/chiffres-humains-famille/ Tue, 17 Jan 2017 01:32:45 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38938 Celles et ceux d’entre vous, qui regardent d’un peu de près ce qui se passe en Turquie, voient des chiffres passer sous leurs yeux. Décrets sur décrets, des dizaines de milliers de personnes sont limogées, licenciées, arrêtées. Plus de 90 000 fonctionnaires, environ 4 400 universitaires ont été licenciés. Plus de 1500 associations ont été […]

Cet article Derrière les chiffres de la répression, des humains a été publié par KEDISTAN.

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Celles et ceux d’entre vous, qui regardent d’un peu de près ce qui se passe en Turquie, voient des chiffres passer sous leurs yeux.

Décrets sur décrets, des dizaines de milliers de personnes sont limogées, licenciées, arrêtées.

Plus de 90 000 fonctionnaires, environ 4 400 universitaires ont été licenciés. Plus de 1500 associations ont été fermées, 180 organes de presses ont été scellés, enseignants, journalistes, fonctionnaires, plus de 450 000 personnes ont été projetées dans le chômage… Au mieux ils ont perdu leur travail, mais beaucoup de fonctionnaires ont vu disparaitre avec leur licenciement par décret, leurs droits sociaux et leur retraite… Et pour compléter, ils sont en plus jetés en prison.
Les maires d’une trentaine de localités ont été remplacés par des curateurs, mis en prison, comme les 12 députés du HDP…

Cette situation concerne celles et ceux qui remplissaient des tâches de responsabilité, mais aussi le “petit personnel”, jusqu’au chauffeur d’une municipalité, voire le cantinier qui servait le thé dans les services…

Leur faute ? Ne pas penser, ou être soupçonnés de ne pas penser comme le régime leur ordonne.

Ces vies basculent dans un climat venimeux de haine, couronné d’une importante inflation galopante et d’un corollaire de baisse de pouvoir d’achat.
La Livre turque a chuté de 30% devant le Dollar, la dette extérieure augmente (55 Livres turques sur 100 LT), l’investissement quitte le pays (autour de 100 millards de Dollars) et l’économie “croissance” a baissé de 5%….

Et ce ne sont pas de simples chiffres. Les noms qui s’alignent sur des pages interminables, sont de vraies personnes. Elles ont toutes, une famille, des enfants, des proches, des charges, des engagements, une vie ! Vous voulez un exemple concret ?

On vous emmène à Mamak, une ville et un district de la province d’Ankara, chez Hüsnü Gençtürk.

Hüsnü, fonctionnaire avec une ancienneté de 20 ans, a été licencié sur proposition de Mesut Akgül, Maire AKP du Mamak, et par décision de décret n° 677.

Il a été abandonné à son sort, sans travail et sans sécurité avec sa femme et ses enfants, 21 et 17 ans, qui tous les deux, souffrent d’une maladie incurable qui nécessitent des médicaments, et des soins spéciaux.

On ne vous emmène pas chez Hüsnü pour titiller vos cordes sensibles, à la recherche de charité. Ce cas est juste un cas sur des milliers de travailleurs du secteur public.

Nous voulons aussi contrer une image facile qui pourrait naître ici : “Ce régime persécuterait ses élites, ses intellectuels, ses politiques, et s’appuierait sur “le petit peuple des ânes”, abrutis de religiosité pour le faire“…

Ce serait bien mal appréhender la répression en Turquie et la nature du régime… Bien mal comprendre aussi la nature de l’opposition qui subit de plein fouet la purge. Cette purge est politique, ethnique, patriarcale, contre toutes les minorités, et ce du haut en bas de l’échelle sociale.

C’est une division et une polarisation complète de la société, instrumentalisée par un pouvoir fascisant. Lorsqu’elle frappe les “petites gens”, ceux-ci, de par leur appartenance sociale déjà défavorisée, sont doublement victimes. Victimes des accusations portées contre eux certes, parce qu’ils avaient osé relever la tête et voulu sortir de leur condition, mais plongés dans la précarité totale, plus grande encore, parce qu’appartenant déjà au prolétariat qui pratique la survie… Et dans cette descente sociale aux enfers, s’ajoute la haine de l’Etat et de ses représentants en prime.

Les victimes des massacres de cette année passée, les familles brisées, déplacées, la perte de toute vie sociale normale, parce que sans logement à la suite des destructions, les emprisonnements à grande échelle, concernent très majoritairement des milieux populaires, ne nous méprenons pas. Et cela tout bonnement parce que leur combat était aussi un combat d’émancipation sociale.

Alors, lorsque nous écrivons “et tous les autres”, c’est réellement toutes et tous les autres… l’humanité des chiffres.

Mais alors que faire ?

Et bien, déjà à notre, votre petite échelle, aider à résister celles et ceux qui là bas peuvent encore apporter solidarité et secours… des associations, des collectifs, des militantEs, sans pour cela penser que nos “collectes” suffiront, dans cette “béance de la misère” provoquée par la guerre politique et militaire du régime. Diffuser, participer à des campagnes de soutiens, même si pour cela il faut mettre en avant telle ou tel. Et les noms, les personnalités ne manquent pas… Continuer l’envoi de cartes aux prisonnierEs… Inlassablement mettre en lumière les “otages oubliés” sur les réseaux sociaux… et inventer…

Et là, précisément, inonder les réseaux sociaux, le fax la mairie scélérate par exemple…

La Mairie de Mamak
Tél : 90+312550 70 00 | 90+312 550 70 01
Fax : 90+312 550 71 66
Site Internet de la Mairie de Mamak
Twitter @MamakBelediyesi | Facebook @mamakbelediyesi

Mesut Akgül, maire de Mamak 
Twitter @mesutakgul06 | Facebook @amesutakgul

Traduction de la vidéo :

Le 22 novembre 2016, par de décret n°677, Hüsnü Gençtürk, le père de Sibel et Ugur qui sont malades et dépendants, à été mis à la porte de la Mairie de Mamak, où il travaillait comme administrateur.
Hüsnü : La Terre n’a rien d’autre que la terre. Personne n’emporte rien à l’au-delà… On ne peut rien emporter. Nous pouvons penser juste à l’avenir de nos enfants. Mes enfants n’ont pas d’avenir. Mon garçon a 21 ans. Il pesait 87 kg, il est descendu actuellement jusqu’à 37, 38 kg. Parce que mon enfant, mon fils, n’a pas d’avenir. Il a une maladie qui s’aggrave. Ma fille, c’est pareil. Elle faisait 76 kg, elle pèse 51 kg aujourd’hui. Ca s’aggrave.
J’ai commencé à travailler à la Mairie de Mamak en 1995, même en décembre 94. Je suis programmeur informatique. A la mairie il y avait 13 ordinateurs, je les ai mis à niveau, alors que la mairie ne pouvait rien faire avec ses 13 ordinateurs. J’ai organisé les réseaux pour la Direction de Reconstruction, Direction de ressources humaines, et d’autres services.
Avec ce décret, ils m’ont licencié. Nous sommes des victimes. Nous ne savons pas quoi faire. Mon travail m’a été retiré.
L’épouse de Hüsnü :  J’ai eu un choc. J’ai fondu de 2 kg en 3 jours. Et en ce moment… quoi dire…. c’est terrible…
Hüsnü : J’ai deux enfants. L’un est né en 1995. Il est actuellement alité, alimenté avec de la nourriture pour bébés… il porte des couches. Ses médicaments viennent de l’étranger. Quant à ma fille, elle est née en 2000. Elle a la même maladie que son frère. Elle a 17 ans, et depuis 3 ans, sa maladie s’aggrave. C’est moi qui subviens à tous leurs besoins.
L’épouse de Hüsnü : Notre vie est difficile. Mais après le licenciement de mon mari, c’est devenu encore plus difficile.
Hüsnü : Je suis un homme de 54 ans. Personne ne te donne du boulot. Tu es au chômage. Tu as l’obligation de subvenir aux besoins de ton foyer. Jusqu’à maintenant je n’ai touché aucune aide de l’Etat. aide à la famille, allocation handicap, nous n’avons rien demandé.
Je portais le cachet de la mairie. Je faisais ses registres. Je n’ai au aucune responsabilité importante pour accuser ou faire quelque chose à l’encontre de la mairie et du Maire. Si c’est fait, c’est parce que je suis Alévi, que je défends la laïcité, le “kémalisme”….. je n’accepterai absolument aucune accusation à mon encontre.
L’épouse de Hüsnü :  C’est eux qui nous ont apporté le lit de notre enfant. Ils sont venus chez-nous. Ils savaient notre situation, pourquoi ils ont fait ça ? J’ai voulu demander, mais il ne voulait pas (en montrant son mari).
Hüsnü : Il ne peut pas avoir pire dans cette vie. S’il m’arrivait quelque chose, que je sois arraché de la vie, qui s’occuperait de ces enfants, on ne peut pas savoir ?
L’épouse de Hüsnü :  Le 27 février, notre prise en charge par sécurité sociale se terminera aussi. Après.. il y a les médicaments. Comment on va les acheter ? Il y a des médicaments qui viennent de l’étranger. Je ne vais quand même pas demander des ordonnances au nom de quelqu’un d’autre ?
Hüsnü : Maintenant  elle commence à avoir des handicaps moteurs. Elle ne peut plus tenir une cuillère, manger. On l’emmène aux toillettes, ensemble avec sa mère, on lui donne son bain à deux C’est une jeune fille… Ugur, depuis un mois et demi, n’a pas pu prendre de bain. C’est difficile, à cause des crises.
Nous faisons appel aux autorités… Je fais appel aux autorités qui ont une conscience : je veux retrouver mon travail.
La jeune fille essaie de dire “Nous voulons le travail de mon père”

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Merhaba Hevalno mensuel n°11 | Janvier 2017 http://www.kedistan.net/2017/01/16/merhaba-hevalno-mensuel-11-janvier-2017/ Mon, 16 Jan 2017 19:50:34 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38926 EDITO Plus rien ne devrait nous étonner en terme de collaboration criminelle entre les gouvernements européens et leur allié turc. Et pourtant, nous ne pouvons nous empêcher de sursauter à chaque nouvelle trahison des populations kurdes par l’Europe. L’année 2016 s’est terminée sur le classement de l’affaire accusant un membre des renseignements turcs de l’assassinat de trois militantes kurdes […]

Cet article Merhaba Hevalno mensuel n°11 | Janvier 2017 a été publié par KEDISTAN.

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EDITO

Plus rien ne devrait nous étonner en terme de collaboration criminelle entre les gouvernements européens et leur allié turc. Et pourtant, nous ne pouvons nous empêcher de sursauter à chaque nouvelle trahison des populations kurdes par l’Europe.

L’année 2016 s’est terminée sur le classement de l’affaire accusant un membre des renseignements turcs de l’assassinat de trois militantes kurdes à Paris en 2013. C’était sans doute la femme la plus influente du PKK, Sakine Cansız, qui était visée par cette exécution ; celle-ci avait été acceptée en France en tant que réfugiée politique. Or, les autorités françaises (services de renseignements, juges et gouvernement) ont tout fait pour que rien ne soit dévoilé sur cette affaire. La date du 9 janvier qui devait être un moment d’hommage à la lutte de ces trois femmes, a été marqué en 2016 par une nouvelle exécution en Turquie de trois femmes militantes kurdes, puis en 2017 par la clôture du dossier en France.

Parallèlement, en Belgique, Maxime Azadi, responsable de l’agence de presse kurde Firat News Agency (ANF) était arrêté et placé sous procédure anti-terroriste, à la demande de la Turquie via l’organe de coordination internationale des polices, Interpol. Vous pouvez lire son témoignage dans ce numéro.

Alors que les spots sont plutôt tournés vers Alep (deuxième ville de Syrie, dont les derniers quartiers d’opposant.e.s sont tombés, sous les bombes russes, entre les mains du régime) et vers Mossoul (principale ville sous contrôle de l’État Islamique, en Irak, que tente de reprendre une alliance -opportuniste- à force de lourds combats), la région du Rojava tient encore et poursuit son travail de fourmi pour construire son modèle confédéral, tout en se défendant de l’armée turque et de l’EI. C’est sur les efforts de la société civile, et le soutien -ou pas- des différentes populations au modèle révolutionnaire mis en place, que se penche un bénévole européen dans la “Lettre du Rojava”.

Les Kurdes tentent de mettre en place au Rojava un système politique inclusif des différentes communautés ethniques et religieuses présentes dans la région, car ils et elles ont bien pris conscience des effets dévastateurs des nationalismes écrasant toute diversité. Les populations kurdes ont partout été victimes de ces nationalismes assassins, et y ont également participé à des occasions, notamment contre les populations arméniennes lors du génocide de 1915, qui prépara le terrain pour la future République Turque. Comme le souligne la sociologue kurde Bilgin Ayata, « Quoique la chronologie, l’étendue et les pratiques de violence d’État contre les Arméniens, les Kurdes, les Alévis et d’autres groupes persécutés puissent varier, ces groupes partagent un assujettissement aux politiques négationnistes de la République turque. » Dans son article, l’auteure trace différents liens entre le génocide arménien et les violences dirigées notamment sur les Kurdes et les Alévi.e.s, puis elle propose de revaloriser les approches proposées par les intellectuel.le.s ou les militant.e.s kurdes quant au processus de “réparation” du génocide arménien.

Par ailleurs, un autre intellectuel kurde souligne la nécessité de tenir compte des discriminations selon les différents aspects de l’identité, et l’interconnexion ou « intersectionnalité » entre celles-ci. Il analyse plus spécifiquement la double répression subie par les epersonnes LGBTI+ kurdes, et comment la répression contre le mouvement kurde en Turquie vise aussi directement ses politiques en faveur des mouvements LGBTI+.

On pourrait appliquer l’analyse intersectionnelle à la situation des travailleurs kurdes transfrontaliers, entre l’Irak et l’Iran, ainsi qu’entre l’Iran et la Turquie, qui subissent la répression raciste de la part des différents États, ces derniers se cachant à peine derrière des considérations économiques qui mettent en lumière une discrimination de classe. Dans tous les cas, le texte que nous relayons à ce propos, tiré de Kedistan.net, nous fait découvrir la réalité peu connue de ces populations qui tentent de survivre grâce à l’échange commercial entre des régions kurdes séparées par des frontières, et donc traitées comme “contrebandiers”.

Enfin, le dernier sujet abordé dans ce onzième numéro du Merhaba Hevalno, concerne le groupe clandestin kurde TAK qui fait parler de lui de plus en plus, de par ses attaques à la bombe menées dans des villes de l’ouest de la Turquie, visant des brigades connues pour leurs opérations militaires menées au Kurdistan. Ce texte explique comment la violence extrême vécue par les Kurdes en Turquie ne laisse pas le choix privilégié de la «non-violence» et va puiser dans les racines des attaques du TAK.

On aurait pu finir cet édito en vous souhaitant une année 2017 pleine de santé, d’amour et de rage, mais nous préférons terminer sur une note plus sarcastique… Cette année les Kurdes de Turquie ne manquaient pas d’un certain humour noir pour se souhaiter la bonne année. « Deux personnes sont passées chez moi aujourd’hui. Ils m’ont demandé ton adresse, ton numéro et tout le reste. Je t’ai pas demandé, et je leur ai donné. J’espère que tu m’en veux pas. Je leur ai demandé pourquoi est-ce qu’ils te cherchaient. Ils m’ont dit que samedi soir ils allaient passer chez toi. Le nom d’un des deux est Bonheur, et l’autre Santé. Et toute l’année ils vont rester chez toi et chez moi. Santé, Bonheur, et que la Paix nous accompagne. Belle année. »

SOMMAIRE

  • Edito p. 2
  • L’état d’urgence en Turquie et les LGBT+ kurdes p. 3
  • Lettre du Rojava p. 8
  • Les Kolbers, ces travailleurs oubliés du Rojhilat p. 10
  • Les kurdes dans le processus de réconciliation arméno-turc p. 12
  • Lorsque les kurdes entendent le mot « TAK », il et elles saven ce que cela signifie : vengeance p.15
  • Je ne suis pas coupable, j’accuse ! p. 18
  • Les femmes contre les féminicides p. 19
  •  Glossaire & agenda p. 20

* * *

Nous voudrions, en publiant ce bulletin Merhaba Hevalno, mettre en mots et en acte notre solidarité avec les mouvements de résistance au Kurdistan.

Ce bulletin mensuel autour de l’actualité du Kurdistan est notamment rédigé depuis la ZAD de NDDL, mais pas seulement ! Un certain nombre de camarades de Toulouse, Marseille, Angers, Lyon et d’ailleurs y participent…

Pour nous contacter : actukurdistan[at]riseup.net

Pour télécharger le pdf cliquez ICI et enregistrez.

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Cet article Merhaba Hevalno mensuel n°11 | Janvier 2017 a été publié par KEDISTAN.

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Insurrection urbaine dans l’espace kurde et Écologie sociale http://www.kedistan.net/2017/01/14/insurrection-urbaine-dans-lespace-kurde-et-ecologie-sociale/ Sat, 14 Jan 2017 22:02:54 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38589 Une réflexion universitaire sur l’espace kurde développée actuellement dans différentes conférences par l’auteur et que nous publions in extenso. Nouvelle forme d’Insurrection urbaine dans l’espace kurde et Écologie sociale Cet article interroge la façon dont l’espace kurde intervient dans un tel puzzle d’écologie urbaine micropolitique autour de la question kurde au Moyen-Orient, et propose une étude ontologique […]

Cet article Insurrection urbaine dans l’espace kurde et Écologie sociale a été publié par KEDISTAN.

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Une réflexion universitaire sur l’espace kurde développée actuellement dans différentes conférences par l’auteur et que nous publions in extenso.

Nouvelle forme d’Insurrection urbaine dans l’espace kurde et Écologie sociale

Cet article interroge la façon dont l’espace kurde intervient dans un tel puzzle d’écologie urbaine micropolitique autour de la question kurde au Moyen-Orient, et propose une étude ontologique de cas qui consiste à penser un changement des valeurs politiques de la vie.

Il s’agit de parler d’une émancipation micropolitique de l’écologie, au sein de l’espace kurde en Turquie, qui se forme dans la performance du mouvement hétéroclite (mouvement politique kurde, mouvement féministe, genre, etc.) contre la crise de la société coloniale, et de l’environnement (de l’écosystème), et pour l’émancipation des Kurdes.

On s’attardera sur l’expression de l’émancipation dans l’espace public en rapport avec la culture de l’insurrection kurde urbaine. La complexité de l’espace de la révolte engendre une nouvelle perception politique de révolution cantonale par le biais du contre-pouvoir et de la reproduction contre-culturelle, qui se donne à voir, visiblement en dehors du comportement idéologique orthodoxe, au Moyen-Orient depuis la révolution du Rojava. Cette tendance de forme micro-révolutionnaire englobe des réalités hétérogènes, articule une politique d’espace kurde dans une perspective proche de celle que développe Félix Guattari, “une révolution moléculaire”1 au sein de la production d’une nouvelle subjectivité kurde qui interroge parallèlement la réflexion sur l’écosystème ou une politique d’écologie environnementale au Rojava ou au Bakur (Kurdistan de Turquie). Les questions qui surgissent alors : Quelles sont les réflexions et les perceptions actuelles de l’espace kurde sur les conséquences sociales des crises écologiques au Kurdistan en temps de guerre et de conflit ? Quelles sont les propositions des projets alternatifs du Mouvement politique kurde dans le lieu de la révolution et de l’autogestion pour une transition écologique de l’espace urbain et rural ?

“Pas de révolution sans les femmes.
Biji Frida”

Il est possible de parler d’une rhétorique et d’une attitude favorable aux priorités politiques du mouvement politique kurde au travers de l’écologie sociale. Pourtant, ce type de discours du Mouvement politique kurde véhicule la problématique d’une politique alternative, écologique, communale et micro-identitaire sur le multiple territoire où, depuis quelques années, on voit une série d’ateliers et des conférences (avant la suspension du processus de la paix en Turquie) sur l’économie alternative dépendante du système monétaire économique de l’état et des grandes entreprises mondiales. Le mouvement politique kurde et les activistes de l’écologie ont tenu une conférence d’économie démocratique à la ville de Van, convoquée les 8 -9 Novembre 2016 avec son slogan propre : « laissez-nous communautariser notre terre, l’eau, et l’énergie ; laissez-nous construire une vie démocratique et libre ».2 Cette vision micropolitique sur un territoire libre et communal est bien représentée par la Révolution de Rojava, sous l’influence des théories d’Abdullah Öcalan, prêtant la théorie de l’écologie sociale de Murray Bookchin.3 Le résultat de la conférence exprime une nécessité de construire une économie alternative-micro axée sur les avantages sociaux, « humanitaires » l’environnement et l’émancipation des femmes, pour éviter des approches « individualistes » ou étatistes lucratives centrées. Dans la même perspective, nous voyons les principes sur la démocratie radicale, le communalisme, l’écologisme, l’émancipation des femmes, l’égalitarisme des identités sexuées, la pauvreté, la précarité et la solidarité. Cette perception vise à socialiser la production de la terre, du travail contre la précarité et l’inégalité coloniale au Kurdistan de Turquie avec une tendance à amplifier ces réalités vulnérables pendant la brutalité de la guerre et de la nécropolitique de la violence en Turquie. Ces cascades d’imminence ne se contentent pas de stimuler la réflexion micro-nationale du mouvement, mais aussi expriment de cette façon une sorte de politique du dissensus (au sens de Rancière)4 dans l’espace kurde. Le mouvement écologiste agit à la fois avec une approche sur l’écologie politique en se basant sur la ligne de la réalité, du partage et théorise en effet de concepts comme une boite à outils.5 De manière générale, cette définition dans une société biopolitique peut résulter une transformation des conditions politiques de la lutte sociale sur le travail matériel et immatériel (partage, camaraderie, savoir, relation, désir et émotions) privilégiant la mobilité de la pratique et l’organisation politique en réseaux transversaux. L’espace kurde est caractérisé au dernier temps par ce décodage herméneutique de la lecture philosophique différente sur la politique et sur l’écologie (Nietzsche, Marx, Bakounine, Fanon, Foucault, Deleuze, Bookchin, Harvey, Chomsky, Negri, etc.) en se basant sur le changement survenu de la théorie d’Öcalan (de l’orthodoxie marxiste à l’écologie sociale ou au confédéralisme démocratique).6 Pour mieux comprendre le caractère politique du mouvement politique, il faut se pencher sur la Révolution cantonale du Rojava et la résistance de « Hendekler » (Fossés barricadés) à Bakur (région kurde en Turquie).7

Photo © Ateş Alpar

Une altérité d’espace kurde au sein de la crise de la violence et de l’état ?

L’aspect de l’espace kurde nous oblige à faire une analyse hétéroclite sur l’autogestion kurde (« özyönetim », le sens étymologique du terme du mouvement politique kurde en turc) depuis le déclenchement de la Révolution cantonale du Rojava et son influence dans l’espace kurde en Turquie et plus spécifiquement sur son historicité micropolitique avec la montée des subjectivités kurdes dans les nouveaux mouvements politiques (écologiste, genres, autonomistes, etc.). La définition de l’autogestion kurde met en perspective l’élaboration d’un nouveau projet de société basé sur de nouveaux rapports sociaux avec le mouvement politique non-étatique, écologiste, qui propose une conceptualisation non-étatique selon l’épistémologie de la nouvelle politique du mouvement politique kurde (PKK)8 dans la gestion sociopolitique et économique. Il est important de souligner que le discours du Mouvement politique kurde sur l’autogestion relève une multitude approche dans l’élaboration du projet social dans l’espace kurde. La contre-violence9 (en face de la violence étatique, patriarcale et djihadistes) a crée ici un aspect d’organisation non-étatique dans l’espace kurde, mais élabore ainsi une réflexion très contestable de la domination de la lutte armée urbanisée avec son rapport hiérarchique (un mouvement autogéré). L’autogestion est une nouvelle stratégie de production du micro-pouvoir contre l’oppression de l’état gouvernementale par l’armement dans la région kurde et la domination nécropolitique des mouvements djihadistes au Moyen-Orient. Alors il est possible de remettre en question le rapport de force de l’autogestion, comment la nouvelle subjectivité kurde crée un mode sociopolitique de production autogestionnaire avec la ‘nécessité’ de reformer la société en se basant sur l’écologie sociale, l’émancipation et la contre-violence non étatique. Cette nouvelle transformation de l’espace kurde constitue également une dissolution du milieu militaire dans la région kurde pour s’étendre aux intra-relations politiques de l’espace kurde. Elle porte sur l’expression de l’émancipation dans l’espace urbain en rapport avec la culture de la nouvelle résistance. Le territoire urbain permet ici d’accroitre l’efficacité des échanges sociopolitiques en les coordonnant dans le temps et l’espace.10 On questionne alors la complexité de l’espace de la révolte urbaine qui engendre une nouvelle perception politique par le biais du contre-pouvoir et de la reproduction contre-culturelle, qui donne à voir visiblement en dehors du comportement du discours victimaire.

Depuis le début, la déclaration de l’autogestion kurde en Turquie s’est instaurée avec la résistance Nous parlons d’une génération née pendant les années 90, années de guerre se trouvant dans les « Hendekler » (Fossés barricadés) comme une instrumentalisation de résistance actuelle des Kurdes. Ce terme de type de la résistance au « Hendek » avait été forgée par les manifestants de la « résistance des jardins de Hevsel » à Diyarbakir en mars 2014 contre le projet de la gentrification dans la région. Cette explosion de terme s’est accompagnée d’une considérable réponse avec un schéma géopolitique de structure sociale autogérée soutenu par les différents groupes politique. Dans ce contexte d’une société autogérée, c’est Diyarbakir (la capitale du Kurdistan historique, un laboratoire concrétisé) qui cristallise les principales transformations des projets politiques du Mouvement politique kurde sur l’économie, le social, la vie, l’écosystème, le genre, etc.

Photo © Ateş Alpar
“La Paix, avec entêtement !”

Une petite histoire du Rojava (le petit Kurdistan en marche)

Par contre, ouvrons une parenthèse dans notre discussion. Pour redéfinir cette résistance et la révolte, nous forgeons trois exemples importants liés dans l’espace kurde (Syrie et Turquie) : la lutte armée du Mouvement politique kurde des années 90 et son héritage de militantisme, la Révolution cantonale du Rojava en Syrie, en rapport avec les soulèvements au Moyen-Orient, et le soulèvement protestataire de Gezi Parc, et enfin la révolte de l’autogestion kurde (Varto, Silopi, Silvan, Sur, Nusaybin et Cizre). Par la suite, nous pourrions introduire une autre problématique autour du terme du Rojava au sein de la résistance kurde actuelle. Un de nos points essentiels reste la région Kurde de Syrie (anciennement « petit Kurdistan » : « Kurdistana Biçûk »). Car la région Kurde de ce « petit Kurdistan » porte d’une part la mémoire de la résistance Kurde depuis le début du siècle, jusqu’à la résistance de Kobanê, et aussi la pratique concrète des changements transversaux de la théorie d’Öcalan. Pourquoi le terme de Rojava fait-il l’objet de tant d’objections ? En premier lieu, depuis les années 1960, le mouvement politique kurde dans toute sa diversité utilisait une appellation pour cette partie du Kurdistan : « Kurdistana Biçûk » (Petit Kurdistan), ou Kurdistan du Sud-ouest. En deuxième lieu, depuis les années 1980, une grande partie du PKK se tenait dans cette zone de « Kurdistana Biçûk », où le premier établissement du mouvement de guérilla a fait son apparition. Ce que l’on questionne avec le terme de « Kurdistana Biçûk » est devenu dans le discours politique actuel le « Rojava ». Car le mouvement Kurde depuis la révolution, essaie de recontextualiser son espace politique avec un nouveau bagage micro-révolutionnaire en s’appuyant sur la mémoire de la Kurdicité. Et ainsi le parti HDP utilise un nouveau langage pour l’élection en appuyant sur la ligne alliée de la révolte de Gezi Parc jusqu’à la Révolution du Rojava comme une telle perspective du commun des peuples et le point de départ de sa micropolitique.11 Finalement on voit un grand changement du paradigme dans l’appellation juste après la guerre en Syrie et la déclaration de l’autodétermination des Cantons du Rojava au Kurdistan de Syrie. Le mouvement Kurde a commencé à incarner le terme de Rojava telle une référence micropolitique à la mémoire de nouvelle subjectivité Kurde. Cependant il faut ajouter que lors de toutes les révoltes Kurdes depuis le début du siècle, le Rojava est resté un foyer pour les Kurdes opposants, combattants et révolutionnaires fuyants pour demeurer dans ce petit territoire Kurde. Et aussi on dirait que le Rojava était à la lisière avant la guerre dans une pratique transfrontalière de « Kaçakçilik » (contrebande). Rojava était une niche de sauvetage de leur propre économie politique avant et après la révolution. Tous ces paradigmes des dispositifs ont changé le lieu, et Rojava est devenu un lieu de mémoire accumulée de la résistance Kurde. En effet, il s’agit de problématiser cet espace métaphorisé où le terme Rojava situe un programme politique, ou un projet micro-national au sein d’une analyse plus large du mouvement Kurde sur la façon dont le changement se produit depuis la demeure du mouvement des guérilleros dès l’année 1984 dans ses nouveaux canons micro-révolutionnaires. Pourquoi Rojava est-il devenu une étiquette permettant de gérer les institutions Kurdes et comment s’articule cette conceptualisation par le mouvement kurde avec celui du PKK ?

Avec l’autogestion ou la révolution nous voyons un changement d’argumentation, de conception, et de lutte comme la lutte urbaine mise au centre de l’autogestion Kurde en Turquie. Comme le disait H. Bozarslan dans un reportage « une nouvelle dynamique qui dépasse la pratique de la violence dans le mouvement kurde.. et où le PKK n’est plus désormais identifié à la Kurdicité par la violence  ».12 Alors une nouvelle subjectivité sociale qui constitue l’espace kurde en Turquie, repose sur l’affirmation d’un ensemble de valeurs nouvelles en politique en rapport avec la Révolution de Rojava comme l’égalité, la citoyenneté ou la participation, appuyées sur la construction d’une région autogestionnaire démocratique, et ainsi reposant sur une affirmation identitaire, avec une capacité à inventer de nouvelles relations sociales dans la vie quotidienne de l’espace kurde. Ces données nous font problématiser en effet les indices empiriques de ce changement politique de l’espace Kurde, préciser la nouvelle subjectivité Kurde avec son espace, qui mémorise des empreintes, imbriquées avec des analyses et des observations. 13

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“Une révolution à laquelle les femmes ne prennent part ne peut exister.”

De la Révolution à l’autogestion : du Rojava au Bakur

Donc, la région kurde est devenue un espace de soulèvement du nouveau « Serhildan » urbanisé (soulèvement) contre les dispositifs de l’État, où l’État suit une nouvelle stratégie avec l’instauration de zones prioritaires de sécurité dans les villes. Nous parlons d’une génération née pendant les années 90 de guerre se trouvant dans les «Hendekler » (Fossés barricadés) comme une instrumentalisation de résistance actuelle des Kurdes. (Fossés barricadés : Varto, Silopi, Silvan, Sur, Cizre, Derik, Nusaybin, etc.). L’émergence de cette nouvelle génération (YDG-H / K : Mouvement de la Jeunesse Patriote Révolutionnaire/ Femme, devenu YPS : Union de protection civile)14 montre une rupture réflexive-stratégique avec les années 90 du PKK et une continuité politique avec cette génération 90, qui devient ainsi l’acteur principal de la contre-violence de l’« intifada » kurdisé (nouveau « Serhildan » autogestionnaire de la génération post-PKK) dans une relocalisation du combat politique de la nouvelle génération kurde. Après le soulèvement des zones déclarées d’autogestion dans les lieux de l’insurrection, le gouvernement a instauré des zones de sécurité prioritaire (OHAL) au Kurdistan de Turquie comme dans les années 90, et a déclaré une guerre sans nom interrompant le processus de la paix. Si nous devions comparer cela, on est sur un passage continuel des années 1990 (du système d’OHAL: Région de l’état d’urgence) au système actuel de Zones prioritaires de sécurité (Özel Güvenlik Bölgeleri) contre les soulèvements des combattants urbains. Le potentiel subversif, créatif et critique de l’espace kurde est a révélé un topo de résistance urbaine avec la morphologie de la ville, que cet article essaie de montrer comment l’insurrection de l’espace kurde peut être d’un côté comme acte de soulèvement politique ainsi que de l’autre comme mode de résistance culturelle qui défigure la violence étatique et reconstitue la vie quotidienne de cet espace d’insurrection avec une créativité politico-ironique. Nous analysons donc des interventions urbaines du soulèvement kurde à travers le langage de l’acteur politique et le potentiel de la nouvelle subjectivité kurde. Les dernières insurrections urbaines dans la région kurde (les « Hendekler »- Fossés barricades) appuient sur le fait qu’insister sur l’émancipation et l’égalité des Kurdes sont une façon d’occulter les mécanismes qui créent les inégalités sociopolitiques identitaires en Turquie. Les enfants de la barricade et de l’autogestion kurde en Turquie sont des figures mobilisées contre la violence étatique sur la représentation identitaire des quartiers kurdes. De manière plus précise et, surtout, plus proche de la contre-violence constitue des signes aux aspects symboliques du mouvement kurde (le culte résistance multiplié dans l’histoire Cizîrî Botan –Cizre des Kurdes) dans cet espace politique de nouvelle génération. Dans une perspective plus large l’espace urbain devient un lieu de « création » au travers d’un acteur-réseau intergénérationnel qui tisse son désir anticolonial.

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Elle se fonde sur une observation caractérisée comme une ontologie micropolitique par laquelle la connaissance de l’insurrection kurde urbaine est liée à la pratique de l’espace géopolitique du mouvement politique kurde au Moyen-Orient. Cette analyse est basée alors sur les images du conflit et le langage ironique de l’insurrection dans l’espace du soulèvement, située dans les villes kurdes comme Cizre, Sur, Silopi, Nusaybin en Turquie. Un mouvement d’insurrection autogérée a surgi pour protéger le lieu du soulèvement et a déclaré les zones d’autogestion dans les quartiers au Kurdistan de Turquie. Le mouvement de résistance kurde a proposé́ la création d’une autonomie en Turquie dans la région kurde comme un nouvel instrument d’émancipation, et le mouvement va au-delà̀ du conservatisme de l’état unitaire ; il oppose le métabolisme social de l’état-nation et demande une société́ prieure autogérée. Mon hypothèse est que le lieu de l’insurrection urbain est un transit entre l’espace réel et l’espace politique et crée son langage micropolitique à travers les images et les écrits sur les murs. Notre analyse contribue à la compréhension des différentes dimensions de l’espace kurde à partir du soulèvement, son approche, et les aperçus de ce soulèvement qui guident les actions des acteurs au nom de la demande de l’autogestion et de l’émancipation. Cet article a abouti à deux aspects du lieu de l’insurrection : les images comme instruments, les écrits ironiques sur les murs comme contrapositions en face de la violence de l’état. L’objectif de notre article se focalise sur les arguments de l’espace kurde en soulèvement. L’argumentation que l’on fait de notre proposition a pour but d’analyser deux corpus différents qui émergent dans l’espace kurde, l’un est la création artistique et l’autre est la production politique esthétique de la contre-violence à travers des images (ses codes politico-culturels, de l’espace). Nous engageons une critique multiple qui exige une approche transdisciplinaire des faits de la résistance à la création. Alors ici l’espace devient le champ sociopolitique de la création artistique que les tensions de la résistance ou des révoltes fécondent les pratiques filmiques artistiques, qu’elles se situent dans le champ des faits sociaux. Il y a une sensibilité artistique de résistance kurde que l’on aborde. Ce qui nous intéresse ici, c’est cette émergence d’une création politique dans l’espace kurde, qui s’est donnée à voir dans la constitution d’un nouvel espace créatif de la résistance. Cette mise en relation nous amène à introduire la notion de réel-fictif, c’est-à-dire d’une résistance du réel dans l’art et d’une persistance de la fiction dans notre rapport à la réalité à travers de la définition de l’espace.

On peut développer enfin une problématique comparée sur la nouvelle révolte émancipatoire des Kurdes en Turquie reliée à l’héritage du mouvement kurde, au printemps Arabes, à la révolte de Gezi Parc ainsi qu’à la Révolution du Rojava dans la sphère publique. Plus précisément, à la faveur de l’usage des technologies de l’information, du media social et de la communication émergent des images subversives et articulées autour de la résistance ou de la guerre à travers la production créative des singularités différentes.

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“Liberté c’est résister”

En effet, la guerre et le conflit font apparaître d’un côté « une déchirure de la raison », un sentiment d’insécurité avec le dispositif de la violence dans la société appliqué par le discours autoritaire de la violence à partir de l’usage des nouvelles techniques du pouvoir, et d’un autre côté, ont permis de voir les nouvelles subjectivités issues de la résistance ou de nouvelles révoltes, qui remettent en question le traumatisme sociopolitique de cette violence à la suite de l’« Insurrections Arabe », du « Révolte de Gezi Parc » et de « la Révolution du Rojava » en Turquie et au Moyen-Orient. Nous observons un changement des acteurs dans le même temps ou dans le même espace kurde urbain. Un nouvel espace urbain apparut à la suite des révoltes et de l’état de violence. Cette cohésion sociale est le résultat de la nouvelle forme de la résistance façonnée par les conflits, l’oppression autoritaire et les compromis de l’état sécuritaire dans la gouvernance urbaine. Des tendances se dessinent, des vouloirs du changement sociopolitique en termes de devenir dont on peut analyser des phases, et identifier les facteurs politiques déterminants se profilent également. Ces changements affectent les représentations, génèrent de nouveaux codes, et touchent donc à la culture de la révolte contre les pouvoirs autoritaires locaux. Comme à la suite du Mouvement de Gezi Parc qui essaie de revitaliser l’espace urbain afin de préserver l’écologie mondiale, certains mouvements écologistes ont créé une écopolitique urbaine dans divers espaces pour un lieu de partage tel celui du Mouvement de « Bostan » (Jardin en turc) dans le centre d’Istanbul ou de la résistance des Jardins de Hevsel à Diyarbakir (région Kurde) contre la gentrification, l’expansion urbaine dévastée, la privatisation de la ville et l’exclusion sociale (les nouveaux acteurs du changement politique urbain. Ainsi, nous posons la question suivante : Comment pouvons-nous problématiser les nouvelles formes de révolte urbaine (comme les « Hendek »- Fossés barricadés dans les villes kurdes en Turquie) qui reposent sur une ligne transnationalisée des politiques d’émancipation (le système des zones, des cantons libres ou de l’autogestion) ?

On voudrait saisir les enjeux de cette insurrection urbaine autour du langage ironique qui donne une nouvelle forme de révolte. Cet article examine des approches de la nouvelle épistémologie du sujet politique dans la structure de l’insurrection kurde urbaine (ou Soulèvement urbain).

“Salut à la lutte révolutionnaire populaire.
Les damnés de la terre.”

Espace kurde comme lieu de constellation des soulèvements

En somme, nous avons une démarche critique à trois niveaux préalablement cités dans lesquels l’espace kurde intervient avec un tel bricolage de micropolitique urbaine autour de l’appartenance identitaire et propose une étude ontologique de cas qui consiste à penser un changement des valeurs politiques de la vie dans l’espace de la révolte. Il s’agit de parler d’une émancipation portant aussi la politique de l’écologie sociale au sein de l’espace kurde qui se forme dans la performance du mouvement hétéroclite contre la crise de la guerre et de l’environnement, et la pensée de l’ingénierie sociale de la gentrification en Turquie. Nous restons donc sur l’expression de l’émancipation dans l’espace public en rapport avec la culture de la résistance.15 La complexité de l’espace de la révolte engendre une nouvelle perception politique de révolution cantonale par le biais du contre-pouvoir et de la production contre-culturelle, qui donne à voir visiblement en dehors du comportement idéologique (l’état unitaire). Les enjeux de cet espace nous permettent de saisir comment la réflexion intégrée aux nouvelles formes de révolte est une nouvelle micropolitique qui s’installe à propos de l’environnement, des micro-identités, de la crise de la société et en face de la nécropolitique et de la gouvernementalité biopolitique où la violence subversive s’exerce. Il s’agit également de saisir des codes de l’énonciation collective dans les émeutes que crée l’espace kurde. C’est l’espace kurde qui devient alors une fabrication de l’action politique libertaire puisqu’il est singularisé et transnationalisée par des effets et des acteurs divers depuis la révolution de Rojava. Les deux formes de l’espace politique de la révolte et de la violence se trouvent dans le même temps ici, vers une relecture d’espace ainsi ouvert, du terrain et du contre-pouvoir qui se dévoile selon des stratégies plurielles, et qui s’interpénètre avec des autres espaces dans la zone de conflit et l’espace politique transversal.

Plus précisément, on parle des groupes de l’écologie politique qui souligne ainsi l’écologie comme une expression de l’émancipation de l’identité colonisée, une façon de parler de la possibilité d’une micro-économie alternative, de la « révolution moléculaire » dans l’espace urbain et rural restant en rapport ave la résistance au Kurdistan. Pour ce faire, il faut mettre l’accent sur la discussion de l’autogestion dans l’espace kurde.16 L’écologie politique au Kurdistan est sous l’influence de certaines théories de Murray Bookchin17, de Félix Guattari 18 et la théorie de Abdullah Öcalan qui analyse l’accumulation historique du savoir, l’état-nation, le sexisme, la religion, le dispositif hégémonique de l’état et l’écologie sociale dans son livre « le Confédéralisme Démocratique ». De plus, le changement du paradigme dans le mouvement kurde (du mouvement marxiste-léniniste au mouvement autonome libertaire) donne aussi une nouvelle émergence micropolitique dans l’espace kurde. La déclaration du confédéralisme démocratique expose une reconfiguration des enjeux de la sphère publique dans l’espace kurde.19 Dans ce contexte, la pratique écologique du confédéralisme renvoie ici à des réponses variées. Elle prend sens au sein d’un système anti-hégémonique mettant en pied une politique alternative autogérée du partage (avec une approche de dissensus sur le plan de la vie ensemble) qui pousse la question de l’émancipation des Kurdes.

Nous essayons d’étudier la vision de l’écologie politique kurde en la mettant en relation avec le mouvement de l’écologie politique en Turquie, puis en insistant sur le rôle des nouveaux acteurs qui redéfinissent la relecture micropolitique de l’espace kurde (la génération de post-PKK) interrogeant de l’écologie institutionnalisée. L’écologie politique au Kurdistan (surtout Kurdistan de Turquie-Bakur et de Syrie- Rojava) constitue les nouveaux défis d’une approche géographie-politique dégageant la perception politique orthodoxe des cultures dominantes conventionnelles et se position ainsi comme un moyen de faire la réflexion anticapitaliste au sein du colonialisme. Selon l’approche des écologistes kurdes, la gouvernementalité de la guerre et du conflit ne demeure pas que sur la colonisation de l’identité et du territoire kurde, Il colonise ainsi aves ses dispositifs de rapports de force la géographie et la nature au Kurdistan. C’est la raison pour laquelle la thèse du mouvement écologiste au Kurdistan interprète les valeurs sociales, l’histoire mythique de la Mésopotamie, la vision constitutive de l’écologie comme un rejet de micro-territorial contre la pratique du capitalisme, s’appuie sur l’existence de l’insurrection urbaine kurde.

La dynamique de l’écologie au Kurdistan dès l’apparition des premiers mouvements écologistes sous la forme du Forum social de Mésopotamie, est sous l’influence de la théorie Bookchienne (pour « une écologie de la liberté »)20 s’appuyant sur une critique anticoloniale en rapport à la nature de l’espace kurde envers la figure de la domination masculine et colonialiste de la guerre en Turquie.

kurde

L’objectif de cette étude est de saisir la manière dont comment la pensée écologique se représente dans l’espace politique au Kurdistan en rapport de la guerre et de la résistance envisageant les contextes différentes de la construction identitaire faisant la comparaison Rojava (Ouest) et Bakur (Nord). Depuis les années 2000, nous observons une nouvelle étape du changement théorique du mouvement kurde sur l’espace politique urbain avec un ancrage critique autour des risques régionaux et mondiaux de la nature au Moyen-Orient. Le mouvement kurde vient s’objectiver son model sur l’écologie sociale avec une approche de critique sur le risque et le menace capitaliste (sociale, politique, économique, politique, sanitaire, etc.) et donne lieu à des formes multiples qui renvoient à la relecture du mouvement postcolonial, anarchiste et néo-marxiste.

En effet il s’agit de questionner la complexité de l’espace de la révolte qui engendre une nouvelle perception micropolitique par le biais du contre-pouvoir et de la reproduction contre-culturelle, qui donne à voir visiblement en dehors du comportement idéologique de la biopolitique à travers l’écologie et la vie alternative. A l’heure actuelle après la résistance autogérée des Kurdes dans des différentes régions, le régime biopolitique au pouvoir mène une campagne armement brutale de la déportation de la population régionale au Kurdistan. Dans cette vision xénophobe, les dispositifs de l’état ont déplacé des villes en migration politique forcée à Sur, Gever, Silopi, Sirnak, Kerboran, Farqin, Cizre, Nusaybin, etc. Le gouvernement d’AKP a systématiquement détruit les zones de la guerre, a commis les massacres dans la région. Cette approche gouvernementale nous rappelles aux années 90 qui ont lieu de la destruction des forêts et des villages incendies, etc. alors dans cette voie l’écologie politique au Kurdistan occupe plutôt la question de l’écologie comme une question micropolitique de l’identité kurde et se positionne le fait destructif du gouvernement militaire de la guerre.

Pour débuter notre articulation nous posons la question suivante : comment un tel bricolage micro-identitaire de l’espace kurde se transversale entre la dynamique de la résistance, de la paix, des micro-identités et la pratique de l’émancipation écologique, qui rejettent la domination coloniale en se basant sur une définition de l’éco-géographie en tant que « une géographie anticoloniale de l’identité mineure kurde » dans le cadre de la révolte autogéré, et qui mobilise ainsi toutes sortes d’acteurs-réseaux au cœur de la question politique avec ses dynamiques, ses tensions et ses confrontations. Je vais surtout parler ici de trois actes de l’écologie sociopolitique au Kurdistan : l’un est un portail de nouvelles journalistiques sur l’écologie sociale au Kurdistan  (Web Site): « Jîyana Ekolojîk-Dengê Xwezayê (Vie écologique / le Son de la nature)»,21 quand aux autres sont deux mouvements écologiques ceux de « Tevgera Ekolojiyê ya Mezopotamyayê (Mouvement écologique de la Mésopotamie)22, et de Jîngeh (Espace de vie) ».

Pour cela on voudrait questionner de plus deux types de révoltes qui se croisent dans le même espace et temps, et donne à analyser la nouvelle dynamique des espaces hétérotopiques dans l’espace kurde. L’un est la résistance autogestionnaire dans l’espace kurde en Turquie ; l’autre est la Révolution de Rojava (le système cantonal divisé en trois partis : Afrîn, Kobanê et Qamischlo), qui s’inventent aujourd’hui entre la subversion sociale, la contre-culture, la micropolitique moléculaire, l’écologie sociale et la culture subalterne. Cette cohabitation de deux approches du soulèvement sociopolitique (une résistance civile qui reste sur le mouvement écologiste, féministe et genre et un autre est une résistance armement contre l’état-nation, les djihadistes, la violence et la domination militaire étatique) renvoyant à un phénomène multiples souligne une particularité subversive de confrontation et d’interpénétration par la force de l’émancipation, de la guerre et du mouvement politique. Il s’agit de rendre compte des perspectives différentes envisagées et du processus du changement politique du Mouvement politique kurde (Celui du PKK, mouvement de lutte armée : Parti des travailleurs du Kurdistan) qui donne une idée sous-jacente sur l’écologie sociale et l’intervention autogérée. De cette manière, le discours mentionné constitue une réalité de guerre en face des états-nations au Moyen-Orient exercée avec la violence où la gouvernementalité (régime sécuritaire biopolitique) généralise sa capacité de pouvoir totalitaire et où la résistance kurde revendique l’émancipation de l’écologie sociale et des micros-identités dynamiques. La notion de sécurité pour certains gouvernements comme celui de l’AKP en Turquie ne reste pas un schéma abstrait mais est remodelé par le système de pouvoir post-autoritaire de la guerre qui s’exerce ainsi sur la marchandise de l’espace vert.

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Tevgera Ekolojiyê ya Mezopotamyayê (Mouvement écologique de Mésopotamie)

Le Mouvement écologique de la Mésopotamie est fondé pendant le forum social international de Mésopotamie à Diyarbakir en 2011, puis a créé des assemblées autogérées régionales de l’écologie (Ekoloji Meclisleri-Assemblées écologiques) qui s’occupe ses propres problèmes de la région en rapport avec le résultat de la guerre et avec la question politique kurde. Il est aussi dans la dynamique de la solidarité avec le mouvement écologique de la Turquie, critique l’approche gouvernementale de l’état-nation turc qui impose les centrales nucléaires, hydroélectriques dans la Mer Noire et aux côtés de la Méditerrané massive, dégage l’opinion du peuple régionale sur la construction du béton, qui marchandise la terre, les forêts, commercialise les énergies et qui aliène les gens et les amérindiens dans les régions différentes comme au Kurdistan. Le mouvement a réalisé en 23-24 Avril une conférence à la ville de Wan et déclaré un discours sur la situation du mouvement écologique au Kurdistan contre la modernité capitaliste et sa suffocante dans la société improductive qui présente tous les types de destruction sur la nature et la résistance autogérée contre l’état. Le mouvement ne reste pas que sur la ligne de la résistance kurde anticoloniale nationale, critique ainsi la pauvreté, la précarité, le chômage et la nourriture malsaine par l’agriculture industrielle et par les OGM, questionne les projets de la dévastation culturelle-sociale du gouvernement d’AKP comme le projet destructeurs énormes de la barrage au sein du Kurdistan nord est mi par le gouvernement de Turgut Özal pendant au début des années 90 celui du GAP Projet de l’Anatolie du Sud au Kurdistan Sud à Urfa. Donc le gouvernement d’AKP continue à dévaster la région avec des projets héritières des barrages issue de la pensée ingénieure pro-Özalien entre les rivières Euphrate et Tigres dans les pleines de la Mésopotamie Nord : les barrages Munzur, Ilisu (hasankeyf), etc.

Le mouvement écologique de la Mésopotamie se positionne contre l’état-nation et sa capacité capitaliste. Selon le mouvement, la mobilisation d’une résistance écologique crée aussi une importance cruciale du partage et du commun au sein de la société colonisée au Kurdistan, propose une lutte écologique contre la destruction sociopolitique du gouvernement et de la guerre qui éliminent la zone de la liberté et de la vie rurale, les valeurs de la nature. C’est pour ce la le mouvement propose de communautariser la terre, les eaux, l’énergie, mettant en place une vie libre, démocratique contre l’état-nation, le capitalisme et le monopoliste des grandes industries qui déconstituent l’agriculture, les villages, l’espace rurale, et qui empêchent les villes écologiques, les énergies alternatives, le partage, la société libre dans le système de la modernité capitaliste. Comme disait-il dans leur déclaration de la dernière conférence : « Notre lutte est une contribution importante à la libération des personnes et de la nature sur notre planète pour atteindre notre vérité naturelle de la société, la justification fondamentale de notre existence. (…) Notre paradigme, qui annonce un âge brillant dans le XXIe siècle et provenant des millénaires, propose une société démocratique radicale, communale, écologique et une société des femmes-libérés. La lutte écologique va au-delà de toute lutte unique pour englober l’essence vitale du paradigme de la vie libre. Sans l’écologie, la société ne peut pas exister, et sans l’humanité et la nature, l’écologie ne peut pas exister. L’écologie, comme l’essence et de l’auto de la dialectique universelle millénaire de formation, entremêle tous les processus naturels interconnectés que comme les anneaux d’une chaîne. (…) Cela peut se développer que par un mouvement sociopolitique à travers une lutte pour la liberté qui prend position contre le système qui met en péril la nature, la société et l’individu en même temps dans l’intérêt du profit capitaliste et de l’Etat hégémonique. (…) Au Moyen-Orient l’histoire de l’écologie n’a pas encore écrite. Pour parvenir à la libération des femmes, il a été nécessaire d’apprendre l’histoire des femmes; juste pour que, pour parvenir à une société écologique, il est nécessaire de connaître ainsi l’histoire de l’écologie. En ouvrant les académies d’écologie, nous pouvons apporter la conscience écologique comme une composante essentielle des programmes d’études dans toutes les sphères sociales et tous les programmes universitaires. Apporter conscience écologique et de la sensibilité à la sphère sociale organisée et aux établissements d’enseignement est aussi vital que l’organisation de nos propres assemblées autogérées. ».

Et le résultat de la conférence de la ville de Van  :

– Mettre en place un intellectuel stratégique, organisationnel, et la coordination opérationnelle avec les mouvements nationaux et internationaux écologie afin d’améliorer les discussions et les actions communes contre la destruction et l’exploitation écologique.

– Pour lutter contre la destruction mentale, physique et idéologique de l’énergie, l’eau, les forêts, les sols, les villes, les graines de l’agriculture et de la technologie; et sur la base des politiques approuvées du Mouvement Ecologie mésopotamienne, de mobiliser une lutte pour la construction d’une nouvelle vie.

– Pour lutter contre le système qui démolit les agglomérations urbaines et les forêts des brûlures au Kurdistan; pour faire connaître la dévastation écologique connu au Kurdistan et pour cartographier les dévastations qui se produisent dans la guerre.

– Pour planifier des actions, en coordination avec d’autres mouvements écologistes, contre la destruction des villes du Kurdistan; pour assurer notre participation active à des plates-formes de solidarité qui ont été établis dans ces villes.

– Pour continuer les luttes pour préserver les sites culturels et naturels du Kurdistan qui font face à l’extinction tels que Hasankeyf, Diyarbakır-Sur, la vallée de Munzur, et “Gele Goderne” -En raison de la politique énergétique et de sécurité.

– Développer un modèle écologique adapté pour le Kurdistan.

– Pour construire une présence plus importante et plus régulière dans les médias imprimés et numériques et d’établir des académies d’écologie.

– Pour mener à bien les luttes juridiques parallèlement à des actions et des campagnes en cours.

– Pour développer les propres structures organisationnelles tout au long du Kurdistan et du Moyen-Orient.

Le mouvement écologique de la Mésopotamie depuis sa création réalise des projets, des ateliers avec les mairies kurdes sur l’environnement, la terre, l’eau, la forêt, le champ, l’agriculture, la technologie, les bâtiments écologiques, la santé, l’économie communale, la pauvreté, etc. dans certaines villes comme Mardin, Van, Diyarbakir, Urfa, Dersim, Antep, Batman. Ces sont des grandes villes choisies par les intéretes politiques, myhtiques et historiques de la résistance kurde23. Par exemple,

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Jîngeh (Espace de Vie)

« Jîngeh » (espace de vie) est un mouvement antiautoritaire et anarchiste postcoloniale qui est basée à Diyarbakir, fait partie dans le commun ensemblé de « Mouvement écologique de Mésopotamie ». Les activistes de « Jîngeh » a accomplie un campagne d’un tour de Kurdistan (de Dersîm à Hewler –Kurdistan du Sud-Basur) pour attirer l’attention sur l’incendie des forêts au Kurdistan du Nord par l’armée et pour protester la construction des barrages hydroélectrique et des projets des centrales nucléaires dans l’environnement du Kurdistan et aussi de Turquie. Les activistes de « Jîngeh » font le point des connaissances, sous la forme d’organiser des événements sur les différents thèmes exposés dans l’appel activiste, occupe les enjeux écologiques dans les différentes théories micropolitique incluant une réflexion propre anarchiste libertaire avec nouveaux défis pour une politique publique dans le traitement anticoloniale. La définition d’espace est ici synonyme d’espace social territorial en utilisant la pratique du vécu et l’imagination géographique du rural.

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Jiyana Ekolojîk (Vie Ecologique)

Jiyana Ekolojîk24  porte parole journalistique des mouvements écologiques au Kurdistan est aussi en relation avec les écologistes de l’espace turc. Jiyana Ekolojik procède à une recomposition des pratiques et des valeurs assignées à l’espace géographique kurde. Néanmoins ceci n’est pas un mouvement mais une activité de web site pour élargir la relation interne et externe des mouvements écologistes de l’espace kurde. À cette représentation, il s’agit d’une construction activiste qui illustre la façon de la vie collective de manière micropolitique. Cette approche est une pratique de média sociale, créatrice, se retourne vers le quotidien comme porteur de sens écologique au Kurdistan, et trouve écho chez la nouvelle génération du média social se basant sur la ligne de la résistance des rapports sociaux.

Conclusion

La critique du capitalisme en tant que système mondial, a une définition particulière ici dans la théorie et le discours de l’espace kurde. Le mouvement écologiste définit la nature comme une figure opprimée de la victimisation, comme l’identité kurde, et constitue ses intérêts centraux autour de la guerre. La victimisation se dédouble ici entre la nature et la société opprimée sans état. C’est pour cela que lorsqu’il traite la question de la nature ou des grandes industries qui ruinent l’agriculture il insiste pour faire repenser la lutte de l’émancipation des Kurdes, comme la liberté de la nature en face du système hégémonique. Dans une large mesure, tout en prenant en considération la spécificité coloniale turque, la libération des Kurdes se symbolisait avec la critique écologique, en dehors de la civilisation moderne capitaliste, comme en dehors du pouvoir colonial. Alors, les Kurdes font référence à la vie écologique comme une révolte contre le colonialisme turc, et l’intérêt marchandise du capitalisme au Moyen-Orient, concernant la pratique meurtrière de la formation de la guerre hégémonique de l’état-nation turc au sein du Kurdistan.

Pour conclure notre articulation nous posons la question suivante : comment un tel bricolage micro-identitaire de l’espace kurde fait la transversale entre la dynamique de la résistance, de la paix, des micro-identités et la pratique de l’émancipation écologique, qui rejettent la domination coloniale en se basant sur une définition de l’éco-géographie en tant que « une géographie anticoloniale de l’identité mineure kurde » dans le cadre de la révolte autogérée, et qui mobilise ainsi toutes sortes d’acteurs-réseaux au cœur de la question politique avec ses dynamiques, ses tensions et ses confrontations.

Engin Sustam


1 Voir pour une analyse de perspective sur l’écologie politique, Félix Guattari, La Révolution moléculaire, Les Prairies Ordinaires, Novembre 2012 et Qu’est-ce que l’écosophie?, Éditions Lignes, 2014

3 J, Biehl, ‘Rojava’s Threefold Economy’, Ecology or Catastrophe, 25 February 2015: www.biehlonbookchin.com/rojavas-threefold-economy/ ; Impressions of Rojava: A Report from the Revolution, 16 December 2014: https://roarmag.org/essays/janet-biehl-report-rojava/ ; ‘Poor in Means but Rich in Spirit’, Ecology or Catastrophe, 30 December, 2014 : www.biehlonbookchin.com/poor-in-means/ ; Finding Our Way: Rethinking Ecofeminist Politics, Montreal: Black Rose Books, 1991; with Bookchin, M., The Politics of Social Ecology: Libertarian Municipalism, Buffalo NY: Black Rose Books, 1998 ; M. Bookchin, Social Anarchism or Lifestyle Anarchism: An Unbridgeable Chasm, Edinburgh and San Francisco CA: AK Press, 1995

4 Jacques Rancière, La partage du sensible: Esthétique et politique, La fabrique éditions, 2000

5 Murray Bookchin, The ecology of freedom, 1982, Social ecology and communalism, 2006; Abdullah Öcalan, Demokratik Uygarlik manifestosu  1-2-3-4-5, A. Öcalan Sosyal Bilimler Akademisi Yayinlari, 2013

6 P. J. White, Ilkel Isyancilar mi? Devrimci Modernlestiriciler mi?, Türkiye’de Kürt Ulusal Hareketi, Vate, 2012

7 Voir les interviews avec les acteurs de l’insurrection : Collectif Ne var Ne Yok, “Serhildan” Le soulèvement au Kurdistan, Paroles de celles et ceux qui luttent pour l’autonomie, Niet Editions, 2016

8 Voir analyse sur le mouvement politique kurde (mouvement de libération du Kurdistan) Akkaya, A.H.; Jongerden, J. and Simsek, B. (eds) (2015) Isyandan Insaya Kürdistan Özgürlük Hareketi, Istanbul: Dipnot et aussi Cengiz Günes,The Kurdish National Movement in Turkey: From Protest to Resistance, London: Routledge, 2012.

9 Pour une analyse sur la contre-violence des enfants kurdes jetant des pierres qui sont devenus les enfants de barricades (ceux de la génération du YDG-H) : Haydar Darici, Siddet ve Ozgurluk : Kürt çocuklarinin siyaseti : http://zanenstitu.org/wp-content/uploads/2013/11/makale2_haydar.pdf

10 D. Harvey, The Urban Experience, Johns Hopkins University Press, Baltimore, April, 1989

11 Voir; http://kurdishquestion.com/article/3277-the-039-rojava-revolution-039-in-syrian-kurdistan-a-model-of-development-for-the-middle-east ; https://roarmag.org/essays/rojava-autonomy-syrian-kurds/ et la constitution de la révolution du Rojava : https://fr.scribd.com/document/265458419/The-Constitution-of-the-Rojava-doc et ainsi une analyse sociologique du Rojava : Nazan Üstündag,‘Self-Defense as a Revolutionary Practice in Rojava, or How to Unmake the State’, 2016, South Atlantic Quarterly 115.1: 197–210

12H. Bozarslan, « Şiddet ve Devlet Zoru Arasında Diyalektik Bir İlişki Oluşabilir » :

http://bianet.org/biamag/siyaset/167753-hamit-bozarslan-siddet-ve-devlet-zoru-arasinda-diyalektik-bir-iliski-olusabilir

13 Voir, Kadri Yıldırım, Kürt Tarihi ve Coğrafyası 1 : Rojava, Weşanên Şemal, İstanbul, 2015

14 Voir, le reportage avec les acteurs de YDG-H : https://nevarneyok.noblogs.org/post/2015/12/12/entretien-autour-des-ydg-h-les-groupes-dautodefense-des-quartiers-au-kurdistan/

15 Voir, l’analyse des années 90 de l’espace kurde et la nouvelle forme de la résistance qui constitue la génération des années 2000 : E. Sustam, Art et Subalternité Kurde, l’émergence d’un espace de production subjective et créative entre violence et résistance en Turquie, Harmattan, Octobre 2016

16 Voir, Azize Aslan, « Azize Aslan ile Özyönetimde komünal Ekonomi Söylesisi », in Jiyana Ekolojîk : http://www.jiyanaekolojik.org/arsivler/2682 et Engin Sustam, «  Dünya Devrim Tarihinde Rojava’siz bir okuma artik olamayacaktir » in Jiyan : http://jiyan.us/2015/07/28/engin-sustam-dunya-devrim-tarihinde-rojavasiz-bir-okuma-artik-olamayacaktir/

17 Joris Leverink, Murray Bookchin and the Kurdish resistance, ROAR Magazine. Voir, l’article : https://roarmag.org/essays/bookchin-kurdish-struggle-ocalan-rojava/

L’approche de Joris Leverink repose sur une définition de l’écologie sociale de Bookchin en donnant l’exemple de l’espace kurde comme une autonomie démocratique. Par contre, nous ne pouvons pas remarquer une telle analyse sur la dynamique des mouvements écologistes, et seulement une interprétation historique de la déclaration de DTK. Une interprétation qui est donnée par Leverink, n’occupe pas la place dans les dispositifs institutionnels des discussions au Kurdistan, ne cite pas sur le vécu de l’espace de partage ou l’espace de vie ni de l’espace perçu, de l’espace représenté. Il faut penser plutôt l’écologie comme une interrelation transversalement entre la subjectivité , l’environnement, et les rapport sociaux comme le disait ainsi Félix Guattari dans son livre « Trois écologies ».

18 On observe ainsi que des livres collectifs de Gilles Deleuze et Félix Guattari sont mis en place pour lecture dans différents groupes collectifs au Kurdistan de Turquie comme le groupe de la revue de « Qijika Res » (Revue Corbeau noir-group anarchiste postcoloniale) qui utilise d’un côté une analyse deleuze et guattarienne, de l’autre de Bookchin. Enfin les collectifs de « Jîngeh et Jiyana Ekolojîk » sont aussi dans cette lecture visant à redéfinir les rapports de forces sociaux des pouvoirs au Kurdistan.

19 Voir, le livre de Tatort Kurdistan, Democratic Autonomy in North Kurdistan, The council Movement, Gender Liberation, and Ecology in Practice, New Compass Press, 2013

20 Murray Bookchin, Une Société à refaire, Vers une écologie de la liberté, Editions Écosociété, Montréal, 2010

22 Voir le site: http://mezopotamyaekolojihareketi.org et http://mezopotamyaekolojigunlugu.blogspot.ch/

Voir aussi, le reportage avec Janet Biehl sur Jiyana Ekolojîk: http://www.jiyanaekolojik.org/arsivler/2523

23 Sources : Eko-teknoloji çalistayi (22 janvier 2016, Amed), Enerji calistayi (9 janvier 2016, Urfa), Orman çalistayi (10 janvier 2016 Dersim), Su çalistayi (12-13 Décembre 2015, Wan), Ekolojik Kentler çalistayi (12 Décembre 2015), Çevre saglik çalistayi (26 Décembre 2015 Antep) sonuç bildirgeleri. Voir : https://cooperativeeconomy.info/economy-bakur/democratic-economy-conference-in-wan/

24 Voir le web site de Vie écologique : http://www.jiyanaekolojik.org/

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Yeşil Yol Projesi’ne direnenler yargı önünde http://www.kedistan.net/2017/01/14/yesil-yol-projesi-direnis-dava/ Sat, 14 Jan 2017 21:12:04 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38874 Devletin direnen Karadeniz’le rövanşı devam ediyor. Yeşil Yol Projesi‘ne direnenler yargılanıyor. Yeşil Yol Projesi’nin parçası olarak Rize’nin Çamlıhemşin ilçesine bağlı Kavrun bölgesinde yeniden başlayan yol çalışmasına karşı ellerindeki Danıştay kararını yetkililere sunmak isteyen 11 kişiye “iş hürriyetini ihlal” gerekçesi ile dava açıldı. Kazım Ertanç, Fatih Şenol Tarakçı, Serkan Akay, Necla Çeçen, Yeliz Ertanç, Timur Danış, […]

Cet article Yeşil Yol Projesi’ne direnenler yargı önünde a été publié par KEDISTAN.

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Devletin direnen Karadeniz’le rövanşı devam ediyor. Yeşil Yol Projesi‘ne direnenler yargılanıyor.
Yeşil Yol Projesi’nin parçası olarak Rize’nin Çamlıhemşin ilçesine bağlı Kavrun bölgesinde yeniden başlayan yol çalışmasına karşı ellerindeki Danıştay kararını yetkililere sunmak isteyen 11 kişiye “iş hürriyetini ihlal” gerekçesi ile dava açıldı.


Kazım Ertanç, Fatih Şenol Tarakçı, Serkan Akay, Necla Çeçen, Yeliz Ertanç, Timur Danış, Süreyya Yücel, Perihan Demirci, Meliha Demirci, Deniz Ertanç ve Gökay Altay Fırtına İnisiyatifi ve yöre halkını temsilen Kavrun’da başlayan Yeşil Yol çalışmasına karşı, ellerindeki Danıştay kararını yetkililere sunmak üzere bölgeye gitmiş, burada gözaltına alınmışlardı.

Çamlıhemşin karakoluna götürülen 11 kişi ifadeleri alındıktan sonra serbest bırakılmıştı.

Yeşil Yol
Sadık Çelik, Serkan Akay ve arkadaşları…

Yeşil Yol’la gelen direniş ve dayanışma nasıl başladı?

2012 yılında Karadeniz bölgesindeki (Samsun, Bayburt, Giresun, Gümüşhane, Ordu, Rize, Trabzon ve Artvin) yaylaları 2 bin 600 kilometrelik bir yolla birbirine bağlanmak için başlatılan Yeşil Yol Projesi‘ne karşı mücadele ilk olarak 2015 Temmuz’unda Samistal yaylasında bir iş makinası (kepçe)’nin önünde başladı.

Yeşil Yol Rize’nin Çamlıhemşin İlçesi Yukarı Kavrun Yaylası’na tepkiler nedeniyle sokulamayan iş makineleri, vadinin arka tarafındaki Samistal Yaylası’na komando birlikleri eşliğinde getirilerek yol çalışması başlatıldı. Dozerin geçeceği güzergahın önüne elinde sopasıyla oturan Havva Bekar, (Havva Ana) “Yaylaların yolu birleşmeyecek. Kesinlikle istemiyoruz. Biz çocukluğumuzdan beri burada yaşıyoruz. Vali, Kaymakam kimdir? Ben, ben, ben, halkım ben!” diyerek Samistal yaylasından başlayıp bütün Karadenize yayılacak bir eko – direnişe moral kaynağı oldu.

İş makinesinin kapattığı yolun kenarına taşlardan dolgu yaparak yeni bir yol oluşturmaya karar veren genç-yaşlı, kadın-erkek yaklaşık 300 kişi yan yana dizilerek insan zinciri oluşturup taş taşıdı. Yaklaşık 2.5 saat süren çalışma sonunda taş dolgusu ile yapay yolu tamamlayan grup, “İşte bizim Yeşil yolumuz bu” diye sevinç gösterilerinde bulundu.

Samistal Yaylası’na ulaşan yöre sakinleri, komando birliklerinin nezaretinde yol açan iş makinesinin önüne geçerek çalışmaya izin vermedi. Jandarma ekipleri ve görevlilerle tartışan grubun tepkileri üzerine iş makinesi operatörleri bölgeden uzaklaştırıldı ve çalışma durduruldu.

Ardından “Yeşil Yol’a Dur De” adıyla Change.org’da bir imza kampanyası başlatıldı.

İmza kampanyası, başta yöre halkı ve eko-aktivistler olmak üzere pek çok yaşam savunucusunu, sanatçıları, akademisyeleri, Karadeniz’in yaylalarında, derelerinde ve ormanlarında bir araya getirdi ve büyük bir dayanışma zinciri oluşturdu.

Yeşil YolKaradeniz İsyandadır Platformu ve Yaşam Yolcuları

Karadeniz İsyandadır Platformu, beş yıldır düzenlediği Yaşam Yolculuğu ile Karadeniz Bölgesi’nin farklı illerinde doğa talanına karşı koyan noktaları ziyaret ederek, buradaki yerel mücadelelere destek veriyor. Gidilen yerlerde oradaki mücadeleler hakkında bilgi alınırken, katılımcılar da kendi tecrübelerini, bilgilerini aktarıyor. Basın ve sosyal medya aracılığı ile de mevcut sorunlar gündeme taşınıyor. Platformun Yeşil Yol Projesi‘nin başladığı günlerde hayata geçirdiği yaşam yolculuğu ile önemli bir dayanışma organizasyonu gerçekleştirildi. istanbuldan kalkan iki otobüs, yolcuları ile Samistal Yaylasından başlayıp, Artvin Cerattepe’deki ve Fatsa’daki maden karşıtı direniş alanlarına ve oradan da Tokat Reşadiye Yeşilırmak üzerindeki HES’e karşı mücadele eden yaşam savunucuları ile dayanışma da bulunmuştu.

İstanbul’dan Karadeniz’e giden yaşam savunucuları arasında ZAD aktivisti olarak benim de yer aldığım için bu yolculuğun bire bir tanığı oldum.

Şimdi gelin o günlere gidip Yeşil Yol‘la ilgili kim ne demiş ne yapmış bir bakalım.

Yeşil Yol

Fırtına İnsiyatifi

Fırtına Vadisi’nde çalışmayı durduran Fırtına İnsiyatifi’nden Evrim Tevfik Güney, Yeşil Yol çalışmasına nasıl müdahale ettiklerini ve daha sonrasında ne gibi çalışmalar yaptıklarını şu sözlerle anlatıyor:

“Biz bu projenin bu bölgeye geleceğini zaten bekliyorduk. Yaylaya Yeşil Yol projesi kapsamında girmeye çalışınca biz apar topar oraya gittik. Geç kalmamak için akşamdan oraya vardık. Şimdilik durdurduk. Avusor Yaylası’na gittik ve bu projenin etkileri hakkında insanlara bilgi verdik. Bununla ilgili ortak bir insiyatif oluşturduk. İnsanları yan yana getirdik. Bu proje buradaki dağlara yaylalara çok ciddi zararlar verecek. Çevresel olarak ağır faturaları olacak. Biz bunun karşısında eski patika yolları açmaya çalışıyoruz. Bunu kendi imkanlarımızla yapıyoruz. Bize göre başka alternatifler geliştirilebilir ve bu dağlar yürünerek yayan tadı çıkarılması gereken yerler turizm açısından. Bunların özendirilmesi gerekiyor.”

Yeşil Yol’un altında altın var!

Türkiye’de birçok çevre davasında görev alan Avukat Yakup Okumuşoğlu, Yeşil Yol’un yalnızca bir yol olmadığının altını çizerek şöyle diyor :

“Yolla beraber meralara kastedilmesi, milli parkların, doğal SİT alanlarının ortadan kaldırılması, bunun üzerinden de sermayenin o dağlara gelip yerleşmesi ve hatta özel mülkiyete açılmasını içeren bir durum var. Bir yanı madenlerle ilgili, bir yanı ormanla belki bir yanı da HES’lerle ilgili bir sürecin altyapısı oluşturuluyor”

Bölgede yaşayan Uğur Biryol ise Yeşil Yol’u “Buradaki insanların yaşamını hiçe sayan bir çalışma” olarak tanımlamaktaydı.

“İnsanlara ve turizme ve insanların burada bir şey yapmasına yönelik çalışma yok. Göstermelik turizm bölgeleri var, Artvin Cerattepe’deki madenlerin devamı niteliğinde burada maden sahası açılması öngörülüyor.

Hükümet burada Arap turizmini yerleştirelim, insanlar döviz bıraksın, buradaki insanları da tasfiye edelim düşüncesinde.”

Yeşil Yol
Cerattepe

Yıkımın ve direnişin odağı Karadeniz

Ekolojik alanda dünyanın bütün kıtalarında yaşanan talancı yağmacı haydutluğun bir parçası olarak ülkemizde yaşanan saldırganlıkların belki de en vahşi olanları Karadeniz’e odaklanmış durumda. Artvin – Cerattepe, Rize – Hemşin, Ayder, Samistal gibi, doğal kaynakları barındıran doğal yaşam alanları “turizm kalkınması” adı altında, yerli ve yabancı özel şirketlere peşkeş çekiliyor. Özel şirket deyince de ilk akla gelen Cengiz Holding oluyor tabi. Bu yerli şirketin iktidarla olan ahbab-çavuş ilişkilerinin doğal yaşam alanlarına yönelik saldırganlıklarının geldiği boyut Mehmet Cengiz’in şu sözleriyle karakterize oldu : “Bu milletin …na koyacağız!”. 

Bu ibret verici halk ve doğa düşmanlığı başta Karadeniz olmak üzere bütün bir ülkeyi tehdit ediyor. Öyle ki bu hiç bir yasa hukuk ve vicdan tanımayan talancılara karşı açılan davalar halk lehine sonuçlanmasına rağmen (mafyatik şirket-devlet ilişkisinden kaynaklı olarak) hemen hemen bütün yürütmeyi durdurma kararları OHAL kanununa dayanılarak ilgili valiliklerce şirketlerden yana kararlara dönüştürülmeye başlandı. İktidarın kendisinden olmayan bütün halk kesimleri üzerinde yarattığı ayrıştırıcı, düşmanlaştırıcı, kirli politik hesaplarından bağımsız düşünemeceğimiz bu “rövanş” süreci, Suriye’deki savaş politakasından doğan vahim sonuçlarla da birleştirildiğinde, yakın gelecekte toplumsal yaşamımızın çok daha hayati sonuçlarla karşı karşıya kalacağı çok açı k. Her gün nerde ne zaman patlayacağı belli olmayan bombalarla parçalanan yaşamlarımız, bir daha onarılması mümkün olmayacak “can güvenliği” sorunumuzla baş başa bırakacak bizleri… Ekolojik yıkımla birleştirilen bu korkunç rövanş sürecinde, ne hak, ne özgürlük, ne de güvenli yaşama şansımız kalmayacak. Bütün yaşam alanlarına ; toprağa, suya, ormana, hayvana ve insana, büyük bir köleleştirme, boyun eğdirme, teslim alma, itaat ettirme dayatılacak. Nitekim, bunu yapmaya çalışanların baş sözcüsü zaten gündelik hayatlarımızı ele geçirmiş durumda ve her gün, her an, her yerde (rüyalarımızda bile), karşımıza çıkıp bas bas bağırarak ilan ediyor.

Kendilerinden başkaları için ne kadar fazla ve sonsuz baskı, şiddet, kan, korku ve aşağılama arzuluyorarsa, kendileri için de bir o kadar fazla ve sonsuz bir iktidar ekseni yaratmak istiyorlar. Bu sonsuz gözü dönmüşlükle, bunca şiddet, bunca aşağılama, bunca cehennem yangını ile nereye varacaklar, hep birlikte yana yana anlayacağız.

Gelinen aşamada, gerek Türkiye’de, gerek gezegenin dört bir yanında, yaşam alanlarımıza büyük savaş açan, her an, her saniye, vahşetle, baskı, yasak, gözaltı ve tutuklama ile kuşatan bu haydutların karşısında kesintisiz, topyekün, bölgesel ve transnasyonal bir mücadeleden başka bir seçenek yok gibi görünüyor.

Yeşil Yol


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Ferhat Encü, victime expiatoire de l’injustice http://www.kedistan.net/2017/01/13/ferhat-encu-victime-expiatoire-injustice/ Fri, 13 Jan 2017 19:51:18 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38837 Ferhat Encü est député, élu de Şırnak, pour le HDP. Il est en détention depuis le 4 novembre 2016. Il a été arrêté au même moment que 9 autres députés, dont les Co-présidentEs du HDP Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ. Aujourd’hui, une peine de perpétuité incompressible a été demandée à son encontre. Le procès ouvert à l’encontre de Ferhat […]

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Ferhat Encü est député, élu de Şırnak, pour le HDP. Il est en détention depuis le 4 novembre 2016. Il a été arrêté au même moment que 9 autres députés, dont les Co-présidentEs du HDP Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ. Aujourd’hui, une peine de perpétuité incompressible a été demandée à son encontre.

Le procès ouvert à l’encontre de Ferhat concerne en fait les suites du “Massacre de Roboski”. Le 28 décembre 2011, les avions de l’armée turque ont bombardé et tué 34 jeunes, à la frontière de la turco-irakienne, près du village Uludere (Roboski en kurde).

Roboski

Voici un aperçu rapide des deux enquêtes ouvertes : une sur le massacre commis à Roboski, et une autre à l’encontre des familles des victimes, y mêlant Ferhat Encü.

Roboski
Funérailles des vistimes de Roboski

Les familles en colère

Après le massacre, une enquête avait été ouverte par le Procureur de la République de Şırnak… à l’encontre de 31 personnes dont Ferhat Encü et les proches des victimes du massacre de Roboski, pour “agression” sur Naif Yavuz, le Gouverneur d’Uludere, qui s’était rendu le 31 décembre, 3 jours après le massacre, près des familles des victimes pour “présenter ses condoléances”.

Il n’est pas difficile de comprendre que le gouverneur, représentant de l’Etat, n’était pas le bienvenu dans un lieu de condoléances après une tuerie causée par l’armée turc…
L’accueil a été naturellement… difficile…

Ferhat Encü a lui même perdu son frère Serhat Encü, ainsi que 9 membres de sa famille dans ce massacre.

A l’ouverture de l’enquête, 16 des 31 “accusés” avaient été placés en garde-à-vue, puis retenus en prison pendant plusieurs mois.

L’enquête sur le Massacre de Roboski

Concernant le Massacre de Roboski et le meurtre des 34 villageois, une enquête avait bien été ouverte le 5 janvier 2012, un mois après le massacre, mais jouant au ping-pong entre divers tribunaux, depuis 5 ans, celle-ci n’a pas encore abouti à un jugement réel.

D’abord, après une décision de “confidentialité sur l’enquête”, elle est prise en main le 5 août 2012, par le Procureur de République de Diyarbakır. Celui-ci, suite à une décision de “non compétence”, a transféré le dossier le 11 juin 2013 au Procureur de l’Etat-Major “compétant” pour avoir causé “la mort par négligence”. Le Tribunal militaire a décidé 6 mois plus tard, le 7 janvier 2014, d’un non-lieu. Les familles des victimes de Roboski ont fait par l’intermédiaire de leurs avocats, un recours en appel de cette décision. Leur recours a été refusé le 20 juin 2014. Le 18 juillet, les familles et leurs avocats ont sollicité à nouveau la Cour Constitutionnelle. La Cour a refusé le dossier concernant la mort de 34 civils, prétextant que dans les documents, il manquerait les procurations de 3 des 53 avocats ayant signé la demande… Les familles, déterminées dans leur demande de justice, poursuivent leur lutte depuis 2011 par tous les moyens légaux. Elles ont sollicité donc le 24 août 2016 la Cour Européenne des Droits Humains. Notons en passant, que c’est Ferhat Encü lui même, qui a sollicité la Cour Européenne au noms de ces familles…

Ferhat Encü
Ferhat Encü et la liste des victimes de Roboski

Qu’en est-il de la situation de Ferhat Encü ?

Ferhat a été arrêté et placé dans la prison de Kandıra, dans le cadre de l’enquête. Il est accusé d’agression commise, lors des protestations contre la présence du Gouverneur dans le lieu de condoléances. Il aurait donné “un coup de pied” à celui-ci…

Suite à l’enquête, un procès a été ouvert le 9 novembre 2016, c’est à dire 5 ans après le Massacre de Roboski et les condoléances agitées… Le réquisitoire a été reçu et approuvé par le Tribunal de Şırnak, et une demande de “perpétuité incompressible” est prononcée à l’encontre de Ferhat. Rappelons en passant, que cette peine se substitue la peine de mort après la suppression de celle-ci en juillet 2004 en Turquie. Il est accusé de “tentative de meurtre sur une personne publique dans l’exercice de sa fonction”. Dans le dossier, le Gouverneur de l’époque Naif Yavuz apparaît comme “plaignant”.

Pour la même enquête, Ferhat, avait été mis en garde-à-vue 6 fois de suite, interrogé et remis en liberté. Ensuite, Ferhat Encü, député depuis 2015, ayant l’immunité parlementaire, son cas avait été séparé du dossier, et une requête avait été envoyée au Parlement, pour qu’il soit jugé. Après la levée de l’immunité des députés du HDP le 20 mai 2016, pour deux dossiers différents qui le concernent, dont celui de Roboski, Ferhat a été arrêté, et son cas a été de nouveau joint au dossier initial. Pour des questions de “sécurité”, a annonce la Justice, le procès a été transféré du Tribunal de Şırnak au tribunal de Diyarbakır. Ce dernier annoncera dans les jours à venir, la date d’une prochaine audience.

Un réquisitoire préparé par le Procureur de Şırnak, en cinq jours, en vitesse éclair, accuse le groupe, de “tentative de lynchage” sur le Gouverneur lors de sa visite de condoléances, “avec utilisation de pierres, bâtons, poings”… La thèse du Procureur prétend aussi que les policiers et gardes accompagnant le Gouverneur ont été également blessés et notifie que le Gouverneur a fourni un rapport de médecin légiste. Ce rapport atteste pourtant constater sur la victime seulement “de légères blessures soignées avec une simple intervention”.

“Le coup de pied”, une symbolique forte en Turquie

Pour le comprendre, remontons à la catastrophe de Soma. Un accident dû aux conditions de sécurité non satisfaisantes dans la mine avait couté la vie de 301 mineurs. Les proches des victimes sous le choc et en colère, avaient dénoncé le manque de sécurité dans la mine, et protesté vivement, à l’arrivée de Tayyip Erdoğan, Premier Ministre à l’époque, venu sur les lieux. Lors des protestations, pendant que Erdal Kocakbıyık, un jeune mineur qui avait perdu ses proches et camarades, était maintenu par les forces de sécurité, Yusuf Yerkel qui n’est autre qu’un des conseillers du Premier Ministre, lui avait asséné un violent coup de pied. La photo de ce geste, qui en dit bien plus long qu’un coup de pied, avait fait le tour du monde et éveillé la colère. Quant au conseiller, il n’a jamais été inquiété, ni retiré de ses fonctions. Mais le mineur avait été condamné à 543 livres turques d’amende (136€) pour avoir endommagé un véhicule blindé (!) sur lequel des dégâts de 2000 livres turques (500€) auraient été déclarés. Notons en passant, sans aucune attestation ni constat dans le dossier.

Cette image de “coup de pied” étant restée gravée dans la mémoire collective du pays, le coup de pied attribué à Ferhat Encü prend tout un autre sens…

L’impunité des conseillers, et proches, pour des faits de violence, des dirigeants, n’est pas chose nouvelle. Tayip Erdoğan lui même avait donné l’exemple, en insultant lors de sa visite à Soma, un jeune proche de mineur, en le traitant de “graine de juif”, après l’avoir giflé.

Ainsi, ont été soigneusement listées une à une, de pseudos “affaires”, contre des éluEs d’opposition et en particulier des députéEs, ces dernières années, jusqu’à aboutir aux demandes de “levée d’immunités parlementaires” d’avant putsch manqué de juillet.

L’état d’urgence, et la disparition de l’état de droit qu’il officialise, permet donc des “jugements” et prononcés de condamnations propres à décapiter toute opposition au coup d’état civil d’Erdoğan. Il s’agit d’une politique délibérée, qui fait que le HDP parle à juste raison de “génocide politique“. La même politique d’éradication se mène par exemple dans un autre domaine, celui de l’égalité homme/femme, et de l’exercice démocratique des pouvoirs partagés… La destitution, puis l’emprisonnement des co-maires femmes, suite à des “dossiers” instruits, nouveaux ou anciens, visant là aussi à détruire une pratique politique commune et innovante et des conquètes féministes obtenues suite à une lutte menée depuis plusieurs années par exemple. Nous y reviendrons.

Ferhat Encü ne peut être livré à l’injustice dans l’indifférence générale. C’est lui aussi un otage du régime, une victime expiatoire pour ne jamais avoir à rendre de comptes sur les crimes.


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Film • “Azad”, la force libératrice de l’Art http://www.kedistan.net/2017/01/13/azad-film-yakup-tekintangac/ Fri, 13 Jan 2017 18:40:49 +0000 http://www.kedistan.net/?p=26264 Azad est un petit garçon qui vit avec sa maman à Istanbul. C’est un garçon ordinaire, qui aime chanter, faire le zouave, regarder des dessins animés et se pointer devant le frigo pour se goinfrer. Mais il y a quelque chose qui n’est pas ordinaire du tout : pour des raisons que le film ne […]

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Azad est un petit garçon qui vit avec sa maman à Istanbul. C’est un garçon ordinaire, qui aime chanter, faire le zouave, regarder des dessins animés et se pointer devant le frigo pour se goinfrer. Mais il y a quelque chose qui n’est pas ordinaire du tout : pour des raisons que le film ne met pas à jour ouvertement mais révèle par allusions, pour Azad il est interdit de sortir. Les motifs de cette interdiction sont évidents pour le spectateur turc et kurde, et parfaitement saisissables par tout public.

AzadL’histoire d’Azad, raconte le quotidien de milliers de Kurdes ordinaires, sous des couvres-feu que l’Etat turc déclare et qui durent des mois, sans interruption.

L’Association des Droits de l’Homme de Turquie déclarait en 2016 “Depuis le 16 août 2015, selon les sources officielles, 58 couvre-feux illimités, ont impacté la vie quotidienne d’un million 377 mille personnes, vivant dans les 19 quartiers de 7 villes, telles que Diyarbakır, Şırnak, Mardin, Hakkari”. Ces couvres-feux ont été mis en place par l’Etat turc, “afin de faire la guerre dans le Sud-Est de la Turquie, contre le PKK déclaré illégal par le gouvernement turc”

Dans ces dernier mois, l’intensité et la durée des interdictions avaient encore augmenté dramatiquement. Le couvre-feu le plus long s’est déroulé à Sur, quartier de Diyarbakır. Lors de ces 41 jours de couvre-feu, 162 civils dont 29 femmes, 32 enfants, et 24 personnes de plus de 60 ans ont perdu leur vie. Au moins 22 de ces personnes, sont mortes après avoir été blessées, dans leur propre maison, par balles, mortiers ou grenades, et faute de pouvoir accéder aux soins. Les rapports sont apocalyptiques et accablants.

Et même si la majorité des sièges armés a cessé, les villes détruites restent sous complète surveillance et nombreuses sont celles où un administrateur d’Etat a été désigné en lieu et place des maires et co-maires emprisonnés, et où la spoliation des biens se poursuit.

Le film de Yakup Tekintangaç ne raconte pas les couvre-feu seulement dans leurs dimensions physiques destructives mais se penche aussi sur l’âme humaine et son monde intérieur.

Azad est dans un total manque de contact humain, aussi bien physique qu’affectif, et il essaye d’être lui même, seul, enfermé dans sa maison. Un pigeon qui rentre accidentellement à l’intérieur de l’appartement lui apporte quelque chose dont il a soif : l’amitié. Il n’est pas étonnant qu’en voyant un pigeon blanc par la fenêtre, voler dans le ciel, libre, il se trouve devant un dilemme. Azad, décide d’offrir la liberté à son nouvel ami, la liberté dont lui même ne peut jouir.

Le petit garçon possède une arme redoutable pour lutter contre sa solitude et son isolement : l’expression de lui même par l’Art. Même si sa maman Sosin qui affronte la colère des voisins qui se plaignent du bruit, le lui interdit, il joue l’erbane, une sorte de tambour traditionnel, il chante et il danse. Cet instrument qu’il a hérité de son père, est son unique lien affectif avec lui. Nous, spectatrices et spectateurs, sachant que quasiment toutes les familles kurdes, ont perdu des proches, tout au long de ces années de lutte et de résistance, comprenons donc, que le père d’Azad serait mort sur le chemin de la liberté.

Azad a aussi un projet secret, sur lequel il travaille dans sa chambre. Ce projet créatif, révélé à la fin du film, sur lequel on se tait pour ne pas vous gâcher la surprise, apporte une fin extrêmement puissante. Azad nous montre, que même enfermé derrière des murs, il est possible d’être libre, et qu’on peut lutter en créant, dans les conditions les plus difficiles.

Azad

AzadYakup Tekintangaç est né en 1980 à Ağrı. Il est diplômé de la Faculté de Chimie de l’Université Yüzüncü Yıl. Il a continué ses études par un master de Biophysique aux Etats Unis. Il a fait des études de scénario pendant 3 ans, au SEN-DER, ensuite a fait partie du groupe de projet de Hüseyin Kuzu pendant 2 ans. Pendant 4 années il a participé au collectif du Cinéma de Mésopotamie. Actuellement il enseigne le scénario de court-métrage au Sine-Merkez Akademi.
Qapsûl (2011) son premier film, et le suivant Polistan (2014) ont été présentés dans plusieurs festivals de cinéma. Yakup a eu plusieurs prix avec les scénarios précédents, et pour celui de Qapsûl. Quant à Azad (2015), le film continue son chemin avec de nombreux prix…

Le 26 décembre 2016 une enquête a été ouverte “pour apologie de crime et de criminels”, à l’encontre de 433 cinéastes qui avaient apporté leur soutien aux universitaires signataires d’un appel pour la Paix. Yakup est sur la liste

Festival de courts métrages dans le cadre du Festival des Nations d’Autriche : “Meilleur réalisateur” (2016) | !F Festival international du film indépendant d’Istanbul : “Meilleur film” Prix du public (2016) | Yunus Nadi, Turquie : “Meilleur court-métrage” (2016) | Festival de court métrage de Sinepark, catégorie Alabora : “Meilleur film” et “Meilleur montage” pour K. Ramazan Yüksel (2015) | Compétition de court-métrage du Centre communautaire de Tarlabaşı, Istanbul : “Premier prix” (2016) | Festival du film Altın Çınar,Turquie : Catégorie de Fiction Nationale “Deuxième Prix” (2016) | Concours de court métrage Atıf Yılmaz, Turquie : Catégorie de fiction “Premier prix” (2016) | Festival du film Yılmaz Güney, Compétition de court-métrage, Turquie : “Troisième prix” (2015) | Marmara Communications, Concours de courts métrages : “Meilleur acteur” pour M. Cavit Ak, 2016 | de court métrage et documentaire turc, Boston : “Prix spécial du Jury” (2016) | Festival du Film de Berlin, stand turc, Allemagne | Festival de Cannes, stand turc, France…

Twitter @tekintangac | Biyografi


Pour les lectrices et lecteurs de Kedistan il y a un petit cadeau en primeur de la part de Yakup.
Vous pouvez désormais regarder l’intégrale du film ci-dessous. Azad restera en ligne et vous pouvez le faire savoir. Dans sa version originale en kurde, le film est sous-titré en turc, en anglais et avec la contribution de Kedistan, en français…

Bon film à toutes et à tous…

Voici en bonus, le reportage que Benjamin Bilgen avait fait avec Yakup Tekintangaç il y a tout juste un an. (publié le 13 janvier 2016)

Quel a été le déclencheur pour faire le film Azad ?

“Azad” veut dire “liberté”. Bien que dans l’histoire, Azad apparaisse comme enfermé entre les murs, nous comprenons à la fin qu’il est en réalité, libre. En partant de cette idée, même si vous limitez, enfermez physiquement un individu, vous ne pouvez ni limiter, ni emprisonner son cerveau, son âme. Il est toujours maître de lui même et libre. Les Kurdes luttent depuis des années pour leur liberté. Ils luttent pour vivre librement, pour faire vivre leur langue, leur musique, leur culture, librement… J’ai voulu parler de la liberté, en passant par des images et la force esthétique de l’Art.

Je trouve le caractère de Sosin très intéressant. Même si elle parait souvent irritable et sévère, elle peut être aussi douce, sentimentale et compréhensive. Quel, ou qui était la source de ce personnage ?

La région kurde est un territoire abrupte. Vivre sur ces terres est difficile, aussi bien pour les conditions physiques que politiques. Les politiques et la violence d’Etat se reflètent sur les habitants. Les enfants grandissent dans cette violence. Le personnage de Sosin, peut être lu comme l’écho de ces politiques. L’obligation de s’accommoder à la vie urbaine, le fait que la survie de la vie quotidienne repose sur ses épaules la rendent irritable. Mais malgré tout, elle est une mère. Même si on ne sait pas exactement ce qui est arrivé au père d’Azad, le petit garçon est le seul héritage qu’il a laissé.

La musique et la danse sont des thèmes importants de votre film. Que symbolise la chanson qu’Azad chante tout au long du film ?

Dans notre culture la musique prend une place à part. Quand la langue kurde a été interdite, notre culture a été portée jusqu’à nos jours à travers la musique. Rien que pour cette raison les archives orales* véhiculées par les dengbêj existent. L’instrument que l’enfant joue, est un instrument qui appartiennent à ces chanteurs populaires. Les türkü ont une importance particulière bien sûr. Ces chansons parlent des gens qui ont été forcés à l’exode.

[* Vous pouvez trouver quelques remarquables échantillons de ce moyen de transmission orale de Culture et d’Histoire, dans un des articles d’Estelle Amy de la Bretèque : Chants de héros et autres lamentations]

Azad

Votre nouveau film Azad et votre film précédent Qapsûl parlent de sujets politiques très sérieux à travers la perspective des enfants. Qu’est-ce qui influence ce choix créatif de transmettre ces sujets vu à travers des yeux d’enfants ?

Le fait que je raconte mes histoires à travers les enfants n’est pas un choix conscient. Peut être, l’expression de mon inconscient. Mes deux prochaines histoires à venir, sont également sur les enfants. Le caractère chez l’humain, prend forme entre 0 et 7 ans. Si cet espace d’âge s’est passé dans un milieu violent, les 30 pour cent restants restent aussi sous l’ombre de cette violence. Aujourd’hui, dans les villes kurdes, il y a des couvre-feux comme dans la période du coup d’Etat de 1980. Dans ces derniers deux mois 44 enfants ont été tués. [A Cizre], le bébé Miray, a été massacré dans les bras de sa maman, alors qu’il n’avait que 3 mois. Des centaines d’enfants comme Azad, ne peuvent pas vivre leur enfance, ne peuvent pas sortir jouer dans la rue. Ces enfants livrent un combat de survie dans des abris, sous les bruits de canons et fusils. Et cela les met au premier plan dans les supports artistiques.

Votre film porte des symboles conflictuels comme couper une carte d’identité turque. Avez-vous subi des agressions, à cause de ces symboles conflictuels ou votre vision politique ?

En Turquie, un jeune qui s’appelait Sedat Akbaş a été tué, il y a quelques mois, juste parce qu’il parlait au téléphone, en kurde. Ou bien, lors de la période électorale, des locaux professionnels appartenant à des Kurdes ont été incendiés. Par ailleurs, dans des ville kurdes, il y a des points de contrôle partout. Vous vous sentez dans un autre pays. Quand vous exprimez quelque chose qui concerne le peuple kurde, vous êtes étiquetés de “terroriste”. Il n’y a pas plus longtemps que deux jours, une enseignante, sur une émission de télé en direct a dit “Des enfants sont tués dans des villes kurdes, les médias ne voient pas cela. Ne restez pas dans le silence” et aussi bien elle que le présentateur de l’émission Beyazıt Öztürk ont été déclarés “traitres [à la patrie]”. Tout cela est de l’agression.

Quelle conclusion souhaitez vous que le public tire du film Azad ?

Aujourd’hui encore, les chars sont positionnés dans des villes kurdes. Tous les jours, des civils sont tués, sans différencier vieux, jeunes, enfants. Nous prenons ces nouvelles de nos proches, mais elle ne figurent nulle part pour que l’opinion publique y accède. Le fait que l’Ouest du pays reste silencieux, pendant que les les Kurdes subissent autant de violence dans leur maison, nous éloigne de nous même, de plus en plus. Le peuple turc, en se désolant pour un peuple à des kilomètres (Palestine), préfère rester muet pour le peuple kurde dont il vit la proximité. Je souhaiterais qu’Azad leur pique la conscience, éveille de l’empathie chez eux. Parce que les Turcs et les Kurdes n’ont pas d’autre solution que de se comprendre. Sinon cette violence ne s’arrêtera jamais.

Selon vous, travailler la politique est-il de la responsabilité des artistes ? Vous considérez-vous comme un artiste politique ?

L’Art se ressource de la vie réelle. La vie réelle influence toujours la production de l’Art. Comme les conditions de l’époque font naître des courants de cinéma, (par exemple le Nouveau Réalisme du cinéma italien), l’Histoire de la vie influence l’Art de l’artiste. En pensant ce que je vais écrire, je me focalise sur des problèmes qui m’incluent concrètement. C’est une sorte de cri. Je crie avec ce que j’écris, et je veux atteindre par ma voix les points les plus lointains. C’est à dire que je m’intéresse non pas au fait que le sujet soit politique ou non, mais à mon propre cri.

Pour vous, quel est et quel doit être le rôle de l’Art pour le changement politique et social ?

L’Art et l’artiste doivent être toujours du côté des opprimés. L’Art peut traiter de ce qui se passe mais peut aussi traiter de ce qui doit se passer. Dans cet optique, il est un précurseur. Comme il peut arrêter les guerres, il peut aussi apporter la paix. Parfois les gens se focalisent tellement sur la vie réelle politique qu’ils n’arrivent pas à prendre du recul et se regarder d’un troisième oeil. Ils se noient dans le présent. Alors l’Art, en se chargeant de ce rôle de “troisième oeil”, peut servir pour faire évoluer ce savoir faire chez les gens et les réveiller. Il peut sortir les personnes ou la société de ce cercle vicieux. Je crois à cette force de l’Art.

Selon vous, quel est le plus grand problème que la société kurde en Turquie rencontre ?

Ce sont des problèmes de droits fondamentaux et culturels, comme l’identité, la langue, réunis sous le chapitre “Liberté”. Ce sont tous des droits nécessaires qui doivent exister du point de vue des Droits Humains Universels, comme le droit à l’eau. Si on essaie de faire une liste de priorités, “études en langue maternelle” vient en tête. Car il est indispensable pour la continuité de l’existence historique et culturelle.

La Paix, est-elle possible dans l’Est de la Turquie ? Selon vous, que faut il pour que la Paix s’installe ?

Je ne suis pas politicien, mais je crois de tout coeur que l’Art peut apporter la Paix. Si les peuples réussissent à avoir une conscience pour reprendre le droit à la Paix, du monopole de l’Etat/pouvoir, la Paix reviendra. Parce que les pouvoirs ont un penchant à utiliser cela dans le sens de leurs objectifs politiques. Là aussi, la force libératrice de l’Art entre en jeu. Il faut réaliser des films qui seront le ciment de la Paix. Les peuples méritent réellement cela. Nous avons vu les conséquences atroces de la guerre, elle n’a pas apporté autre chose que la haine, la mort et le sang. Il faut cette fois, essayer de se libérer à travers l’Art, en testant les conséquences vivifiantes, constructives et unificatrices de la Paix.


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Passeurs de valises, passeurs d’espoir http://www.kedistan.net/2017/01/13/passeurs-valises-passeurs-espoir/ Fri, 13 Jan 2017 01:35:40 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38808 L’argent est le nerf de la guerre, mais plus encore celui de la vie, nécessaire à toute résistance à l’oppression. Et quand l’humanisme devient sursaut politique, l’humanitaire politique s’impose aussi. La situation des otages politiques en Turquie est dramatique, qu’ils soient en liberté provisoire, en attente de procès, ou dans les geôles, exposéEs à tous […]

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L’argent est le nerf de la guerre, mais plus encore celui de la vie, nécessaire à toute résistance à l’oppression. Et quand l’humanisme devient sursaut politique, l’humanitaire politique s’impose aussi.

La situation des otages politiques en Turquie est dramatique, qu’ils soient en liberté provisoire, en attente de procès, ou dans les geôles, exposéEs à tous les dangers. La situation de celles et ceux qui leur viennent en aide, les défendent, font qu’ils/elles ne soient pas oubliéEs, n’est pas meilleure.

Avocats, amiEs, soutiens politiques d’opposition, toutes et tous ne sont jamais à l’abri d’une accusation de “soutien au terrorisme”, sous cet état d’urgence.

IntellectuellEs, journalistes, artistes critiques, auteurEs, enseignants et universitaires, responsables et élus d’opposition, défenseurs des droits… personne n’est à l’abri d’une garde à vue pour des écrits, des propos, des collaborations à un organe de presse interdit. Personne n’est à l’abri d’un retrait de passeport, d’une délation qui mènera à enquête, d’une campagne publique de lynchage sur les réseaux sociaux.

Les purges ont mis sur le pavé des enseignants, des fonctionnaires, des journalistes, et leurs familles, souvent avec la perte de tous leurs droits, parfois même avec des saisies de biens. Autant de personnes qui, lorsqu’elles continuent leur résistance, lorsqu’elles aident leurs proches emprisonnéEs ou en attente de jugement, se retrouvent au bout de leurs forces, parce que quotidiennement en état de survie.

Un décret vient même de menacer les bi-nationaux qui se sont un temps réfugiés à “l’étranger” de déchéance de nationalité et de saisie de leurs biens… Vieux souvenir des années 30 de sinistre mémoire.

Nous savons par des témoignages précis et concordants, que la résistance sur place est aussi atomisée par ces questions élémentaires de survie.

Alors parlons aussi justement de ces opposantEs, emprisonnéEs en attente d’un “jugement” improbable, qui sont seulEs, dans des prisons éloignées, avec des interdits de visite, hors les proches, souvent très loin d’eux. Assurer leur défense, des sorties d’informations par leurs avocats, les relier au monde extérieur pour leur protection coûte en risques pris vis à vis de la répression, mais aussi en monnaie sonnante et trébuchante.
Là, l’argent devient le nerf de la vie.

Et ne nous y trompons pas… Ces purges et ces arrestations ne sont pas “des accidents de la démocratie” qui concerneraient quelques personnalités politiques d’opposition… Ce régime en est arrivé à la répression de masse, du/de la co-maire d’une petite localité, aux petites gens qui protestent, aux familles désormais sans ressources, à ceux qui cherchent à comprendre le meurtre de proches… Le fait qu’il ose mettre en garde à vue une des “Mères de la Paix”, même quelques heures, démontre l’aveuglement…

Les campagnes de solidarité autour d’Aslı Erdoğan et de l’équipe d’Özgür Gündem, qui se sont développées sur les 3 continents depuis plus de deux mois et qui se poursuivent, ont brisé le mur du silence.

Les médias, la grande presse, parle enfin abondamment de la situation en Turquie pour un temps.

Ne nous méprenons pas. Pour majorité des médias, c’est parce que vous avez tourné votre regard vous mêmes vers la Turquie, à travers les mots d’Aslı Erdoğan, et que vous êtes nombreux à le faire, que certains découvrent soudain un public pour en parler, et surfent sur la vague.
Mais nous ne bouderons pas notre plaisir, votre mobilisation, notre mobilisation, ont créé un écho, qui a été favorable à des libérations provisoires pour le moment, et qui contribue à des pressions internationales contre la répression systématique en Turquie et le non respect de l’état de droit.

Cette mobilisation autour d’Aslı Erdoğan et les inculpés d’Özgür Gündem a réouvert des portes, mais a aussi renforcé les liens sur place, redonné espoir aux soutiens et validé leur légitimité.
Cette opposition pourtant très fragilisée, a puisé dans le soutien transnational, pour envisager d’élargir son action, à partir de personnalités “fortes et symboliques”. Elle a aussi étendu cette action à la défense et l’exigence de libération de tous les otages politiques. La tâche est immense.

Et vouloir penser qu’une Aslı Erdoğan en “sursis” pourrait “porter seule cette croix” en Turquie serait la condamner d’ailleurs à retourner dans les geôles. Elle disait récemment dans une interview que si c’était là son souhait, alors même qu’elle était en prison, elle découvrait elle même sa fragilité à assumer ce rôle, alors que reconstruire au jour le jour sa liberté, même provisoire, était tâche très difficile.

Aslı Erdoğan reste le symbole par lequel une compréhension de l’enfer de la Turquie a pu être dévoilée, écrite, lue, mise en scène, comprise, connue. C’est aussi une “figure” de solidarité, de collectif, vis à vis de tous les otages. C’est autour de sa (leur) défense, que se sont recréés des liens d’espoir et de résistance. Mais c’est aussi à cette occasion que les soutiens ici découvrent le dénuement complet de cette résistance à l’oppression là-bas.

Les coups du régime contre toute opposition ont marqué pour un temps, et surtout semé la crainte. Ils ont également considérablement isolé sa représentation politique.

Alors, n’ayons pas peur des mots, lançons une campagne “d’humanitaire politique”, de recueils de soutiens financiers, faisons nous des passeurs de valises pour la résistance à l’oppression en Turquie.( J’utilise ce terme à dessein, qui pour les plus jeunes ne signifie peut être rien… Il fut une sale guerre coloniale menée par la France à la fin des années 1950, qui vit des intellectuels alors se dresser, et se faire des “passeurs de valise” pour les opprimés et leur résistance… fin de la comparaison).

Développons ces formes, comme le sont les “lectures”, les concerts, les projections, les expositions… qui poussent à l’approfondissement de ce que l’on fait, contrairement aux défilés avec nos pieds, amplifions ces rencontres, diffusons à cette occasion les appels au secours autant que le contexte de la nuit turque.

Construisons ce porte-voix, tout autant utile d’ailleurs dans nos contrées qui se replient sur elles-mêmes.

Pour ne pas que cette solidarité de ruisseaux en rivières qui s’est levée depuis deux mois se perde à nouveau dans l’océan d’indifférence, une fois le tambour médiatique crevé, il est important de reprendre l’initiative, de ne plus s’en remettre seulement aux bons soins de ces tambours, de ne pas consumer la solidarité active qui leur a fourni matière à faire du bruit…

Kedistan se joindra à toutes les bonnes volontés qui mettront en place cette solidarité qui se veut concrète, contribuera dans la mesure de ses moyens humains, de ses moyens en réseau, à la faire connaître, et aux outils pour la mettre en place.

Souhaitons aussi qu’une partie de la diaspora politique turque et kurde saura comprendre que ce combat sans drapeau unit, fédère, et libère des énergies qui, comme Aslı en Turquie, font de l’humanisme une arme politique. Au moment où se réouvriront bientôt les “jugements” de responsables politiques emprisonnés, dont Selahattin Demirtaş, il serait impensable de séparer les combats pour la plus élémentaire des démocraties.

Enfin, soyons persuadés que même si ces mobilisations qui perlent un peu partout redonnent confiance, le régime turc saura les diviser et les décourager, en libérant l’unE et en incarcérant l’autre, en faisant traîner en longueur des procédures… Nos simples prises de conscience ne pourront lutter contre un tel régime, ni même influer réellement sur les replis européens.
Les réfugiés syriens en savent quelque chose, et les mouvements de soutien tout autant. Mais n’en tirons pas pour autant la conclusion qu’il “n’y aurait rien à y faire”…

Nous ferons à la mesure de nos moyens ce que chacunE d’entre nous peut faire : redonner vie ici à l’idée de solidarité humaniste transnationale, et sauver quelques résistantEs du désespoir, comme une flamme qui s’entretient pour les longues nuits sans lune.


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Nouvelles de Diyarbakır : Entretien avec Dünya http://www.kedistan.net/2017/01/12/nouvelles-diyarbakir-entretien-dunya/ Thu, 12 Jan 2017 18:17:51 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38781 Nous invitons une nouvelle fois nos camarades du blog Ne var ne yok, au coeur du magazine, par l’entremise de Dünya, pour un reportage qui confirme toute la détresse dans laquelle sont plongées les populations du Bakur, et rappelle l’acharnement étatique à détruire socialement, culturellement, le peuple kurde, après avoir assassiné nombre de ses membres, et emprisonné tant ses […]

Cet article Nouvelles de Diyarbakır : Entretien avec Dünya a été publié par KEDISTAN.

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Nous invitons une nouvelle fois nos camarades du blog Ne var ne yok, au coeur du magazine, par l’entremise de Dünya, pour un reportage qui confirme toute la détresse dans laquelle sont plongées les populations du Bakur, et rappelle l’acharnement étatique à détruire socialement, culturellement, le peuple kurde, après avoir assassiné nombre de ses membres, et emprisonné tant ses représentants politiques qu’une partie de l’opposition populaire, et en premier lieu les femmes.


Dünya, une camarade de Diyarbakır, a bien voulu répondre par mail à quelques-unes de nos questions en cette fin de mois de décembre 2016.

Alors que l’État turc veut réduire au silence toute critique et désir de liberté, voici ce qu’elle nous raconte de sa vie là-bas. Cela donne un rapide aperçu de l’ambiance en ce moment dans la capitale du Kurdistan…

Salut Dünya ! Comment vas-tu ?

Bonjour ! Je vais bien, mais j’ai dû un peu m’éloigner de tout ce que j’ai vécu dernièrement, et je suis partie à Istanbul. J’essaie de vivre la sérénité que vous vivez en France malgré toutes les choses inévitables que l’on peut vivre ici au Kurdistan. Il faut vraiment que je me décide à chercher du travail à Amed (Diyarbakır). Ou alors je vais à Istanbul pour y travailler. Mais je n’ai toujours pas décidé. J’aime vraiment Amed. Mais comme il y a beaucoup de moments difficiles à Amed ces derniers temps, je crois que je ne vais pouvoir vivre nulle part, car je ne me sens bien nulle part. La douleur du Kurdistan est là dans mon cœur, elle me suit partout.

Que faisais-tu comme travail ? Et qu’imagines-tu faire aujourd’hui ?

J’ai été à l’université d’Istanbul où j’ai étudié la langue turque et la littérature. J’ai fait pas mal de boulots dans ma vie, dans la presse et dans le textile notamment. Et ces 2 dernières années à Amed, j’ai eu un poste à la municipalité de Sur [le quartier historique d’Amed]. Mais en décembre 2015 on a tou.te.s été viré.e.s. Les premier.e.s employé.e.s de mairies au Kurdistan à avoir été désigné.e.s et viré.e.s par l’administration turque sont celles et ceux de la municipalité de Sur. Et tout particulièrement celles qui travaillaient sur la question des droits des femmes. Les femmes de la municipalité n’ont pas seulement été licenciées, mais un bon nombre d’entre-elles ont été mises en garde à vue. Et nous qui ne nous sommes pas faites embarquer, nous avons organisé des manifestations de soutien pour dénoncer ces agissements. La plupart des femmes qui se sont trouvées sans emploi ont leurs maris en prison et se retrouvent sans ressources. En bref, nous sommes toutes sans travail. L’État a constaté que des femmes étaient responsables de différentes organisations : il y a vu un danger et n’a pas toléré cela…

A quoi est dû ce changement de politique de la part de l’État ?

Il y a plusieurs raisons. Ce dont je viens de parler en est une. Et une autre est le fait que beaucoup de municipalités [tenues par le HDP] ont déclaré leur autonomie [à l’automne 2015]. Celle de Sur aussi, et l’État a commencé à y faire la guerre. Pendant les 113 jours de résistance [des habitant.e.s et des groupes d’autodéfense de Sur au siège des forces spéciales], l’administration turque a commencé à prendre des mesures antidémocratiques. Ensuite, à partir de juillet 2016 a été déclaré l’état d’urgence. La démocratie a été mise de côté et les municipalités des villes du Kurdistan ont été mises sous tutelle de l’État par la force. [53 municipalités au jour d’aujourd’hui, début 2017.] En fait, les personnes élues par le peuple on été remplacées par des tuteurs ou des préfets choisis par l’État.

Dans quelle situation se trouvent les prisonnier.e.s ? As-tu des nouvelles ?

Depuis la déclaration de l’état d’urgence, les gens sont placés en garde à vue ou incarcérés sans procès et pour n’importe quelles raisons. On est passé dans une période où la démocratie est littéralement piétinée. Dans les prisons il n’y a plus de place. Je le sais d’une amie qui a été incarcérée sans jugement. Dans des cellules de 20 places, l’administration entasse jusqu’à 45 personnes. Il y a pour cette raison de gros problèmes d’hygiène. L’amie qui est en prison travaillait à la municipalité et était responsable d’un syndicat. C’est pour cela qu’elle a été arrêtée. Sa sœur a été arrêtée pour les mêmes raisons et attend également un jugement. Elles sont séparées de leurs enfants et ça me rend vraiment triste. Les conditions de détentions sont très mauvaises : outre les problèmes d’hygiène, de nombreuses maladies traînent, il n’y a pas de chauffage, et le courrier est très mal distribué… Et depuis la mise en place de l’état d’urgence plus personne ne peut rendre visite aux camarades détenu.e.s mis à part des membres de leurs familles.

Zehra Doğan Dünya
Dessin de Zehra Doğan
2017, Prison de Mardin
(Cliquez pour agrandir)

Le quartier de Sur est dans quel état ? Que s’y passe-t-il actuellement ? Est-ce que tout le quartier a été détruit ? Les travaux ont-ils commencé ? Quelle est la situation de celles et ceux qui habitaient là-bas ?

Après le siège des forces spéciales et l’attaque militaire, Sur n’a pas réussi à s’en remettre. Malheureusement ce qui s’est vécu dans les années 1990 est à nouveau là ! Les habitant.e.s qui ont été forcé.e.s de quitter Sur sont parti.e.s. Et celles et ceux qui sont resté.e.s, l’ont fait soit parce qu’ils n’avaient pas d’autres endroits où aller, soit par attachement sentimental à leur quartier et à leurs racines. Beaucoup de gens se retrouvent expropriés, ils se font prendre leurs terrains et leurs maisons. Et ce que l’État propose en échange n’a strictement aucune valeur en comparaison. L’État les force à vendre et accélère ainsi la colonisation de Sur. Les travaux ont déjà commencé et les projets urbanistiques sont prêts. 5 quartiers sont toujours sous couvre-feu et sont en train d’être finis d’être rasés alors que un nombre important d’habitations restaient intactes. La destruction faite par les tanks a laissé place à celle faite par les bulldozers. Maintenant il n’y a plus de quartiers, plus de maisons. Cela fait 6 mois qu’ils préparent leur projet de colonisation. Il leur faudra 6 mois de plus pour construire leurs immeubles. Et quand les habitant.e.s pourront revenir dans leur quartier, ils ne verront que ces nouveaux immeubles en béton et ne pourront pas récupérer les maisons qu’ils avaient avant. Ce que l’État a voulu prendre, c’est leurs biens et leur histoire. Et bientôt, il voudra leur revendre ces nouveaux appartements, à crédit pour les attacher pendant 20 ans.

Dans quelle mesure la police et l’armée sont-elles omniprésentes à Amed ? Est-ce qu’elles sont toujours là malgré la levée des couvre-feux ? La population continue-t-elle à manifester ?

Malgré le retrait des couvre-feux, il y a une grande présence des forces spéciales dans toute la ville. Comme je le disais plus haut, à Sur, il y a eu une rude guerre qui a laissé des traces malheureusement indélébiles. Et comme je le dis depuis le début de l’entretien, depuis la tentative de coup d’état des gülenistes, la police arrête qui elle veut comme ça dans la rue. Si tu te regroupes à 15 ou 20 personnes tu peux être arrêté et prendre un mois de prison. On est plus aussi libre qu’avant lorsque nous faisions nos manifestations. On ne peut plus faire de prises de paroles ni de manifs ni rien. Le pays est en train d’être dirigé de manière monarchique.

L’État veut, semble-t-il, faire exister un vrai black-out médiatique en Turquie, et plus encore au Kurdistan. La population arrive-t-elle quand même à s’informer ?

L’État a très bien su mettre en place – et il l’a fait bien consciemment – ce black-out médiatique. En coupant ou en censurant tous les médias – radios, tv, presse… Du coup, la population essaye de s’informer comme elle peut, notamment par twitter par exemple. Mais les réseaux sociaux commencent à être attaqués également et les gens de plus en plus poursuivis. Et à Amed, l’État prend le luxe de ralentir le débit d’internet ou de le fermer carrément, pour, ainsi, couper tous les moyens que les gens ont pour communiquer. Et ce que le pouvoir veut absolument cacher, c’est les guerres de factions en son sein.

Mais bien-sûr, les médias alternatifs trouvent des moyens et des canaux de diffusion, même si cela est difficile. Le mouvement des femmes a commencé à se redonner des moyens de diffusion, et d’autres suivent. Il y a une vraie attention des gens à l’information, et même une ébauche d’un minuscule chemin vers l’info devient un espoir pour nous tou.te.s. Les médias ne s’arrêtent pas et continuent d’exister…

Cizre, Şırnak, Nusaybin… Dans quelle situation sont les villes qui ont subies les sièges des forces spéciales ? Comment font les habitant.e.s pour survivre ?

Toutes ces villes ont été complètement détruites. Il n’en reste plus rien. Malheureusement les gens vivent en ce moment dans des tentes, et les forces spéciales attaquent même ces campements de fortune. Ces gens-là n’ont pas de solutions. Les aides, il y en avait mais l’État a fermé par décret toutes les associations qui s’en occupaient. Ces aides ont donc diminué. La situation est très critique en ce moment. On a beau amener de l’aide – du matériel et de l’argent –, ça n’est pas suffisant…

Est-ce qu’une partie des habitant.e.s du Kurdistan de Turquie émigrent ? Où vont-ils : en Turquie, en Europe ?

Oui, quand c’est la dernière solution, les gens s’en vont. Quand ils sont virés de leur travail et de leur maison, ils sont malheureusement poussés à partir. Ceux qui ont quelques possibilités vont à l’ouest de la Turquie, et ceux qui en ont encore un peu plus essaye de gagner l’Europe. Amed avait accueilli, ces dernières années, beaucoup de gens de Kobanê et de Shengal. Mais d’après ce que l’on sait, eux aussi s’en vont. Il y a une baisse et des changements anormaux dans la population de Amed. Maintenant la Turquie n’est plus du tout un endroit sûr pour y migrer car tout le monde sait que c’est la guerre ici, dans le sud-est…

Où en est le mouvement des femmes en ce moment ? On a vu qu’il y a eu au mois de décembre 2016 une grosse mobilisation des femmes contre le projet de loi légalisant le viol en Turquie. Y a-t-il eu des manifestations au Kurdistan ?

Le mouvement des femmes du Congrès des femmes (KJA) a changé de nom et désormais s’appelle Tewgera Jina Azadi (TJA). Bien-sûr que les travaux continuent, mais depuis l’arrestation et la détention de Ayla Akat [membre du BDP à Batman] les travaux ont ralenti. Le projet de loi sur le viol a rassemblé des milliers de femmes. Et la tentative du gouvernement de passer en force cette loi s’est retrouvée face à la conscience des femmes qui ont senti un grand danger venir. Mais le danger en Turquie est là à tout moment. C’est pas parce que cette loi a été ajournée aujourd’hui que le danger est passé. Tant qu’on aura pas réglé les choses à la racine, l’État continuera de soumettre les femmes à ses lois. Il prétend que c’est pour protéger les femmes, mais en réalité c’est pour les rendre plus vulnérables, pour les mettre en danger, et l’objectif étant d’augmenter les violences et agressions sexuelles à leur égard. Est-ce que cette mobilisation a eu lieu au Kurdistan ? Bien-sûr qu’elle a eu lieu ! Mais elle n’a pas trop été rendue visible, car ici, avant même de se faire violer, on se fait tuer directement… Ça fait 2 ans que nous vivons une forte attaque militaire menée par l’État oppresseur et totalitaire, et ça nous laisse peu de temps à mettre ailleurs. On est vraiment dans une période où la démocratie est vraiment bafouée. On se cramponne comme on peut au peu de droits humains qu’il nous reste. On s’oppose pas simplement à la loi contre le viol, on lutte chaque jour contre toutes les violations des droits humains…

Beaucoup d’écoles ont-elles fermé à Amed ? Comment vont les enfants ? Comment réagissent-ils à la situation actuelle ?

Malheureusement, dans les secteurs où la guerre à frappé et où il y a eu des combats, les programmes d’éducation ont beaucoup ralenti. Et certains enfants n’ont même plus accès aux écoles : certaines écoles ayant fermé, les enfants ont été renvoyés vers d’autres écoles qui sont bien trop loin pour qu’ils puissent s’y rendre. Du coup, beaucoup d’enfants sont troublés et sont atteints psychologiquement, et le système éducatif est « cassé » depuis une année. Beaucoup de professeurs ont été virés car ils appartenaient aux syndicats de l’éducation. Ça aussi, a son effet sur les écoles. Il y a un système éducatif, mais les enfants n’y ont plus accès. Les enfants de Sur sont dans une période de rémission traumatique ; ils sont suivis par différentes associations populaires qui s’occupent d’eux. En ce moment, si on regarde à l’échelle de la Turquie, le système éducatif est vraiment mis à mal. Et à Amed, c’est deux fois pire.

A ton avis Dünya, comment la situation générale va-t-elle évoluer ?

La situation ne va pas s’arranger facilement, tant que l’État ne change pas son regard et son attitude avec les Kurdes. Je pense même que la situation risque de s’aggraver.


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Umut hep genç kalacak http://www.kedistan.net/2017/01/10/umut-hep-genc-kalacak/ Tue, 10 Jan 2017 22:16:56 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38698 Genç bir arkadaş Facebook’taki mesaj kutuma şu mesajı atmış : “Merhaba Sadık abi ben şu an Sosyoloji 1. sınıf öğrencisiyim. Ülkenin durumu ve kişisel sorunlarım sebebiyle büyük bir çıkmazdayım. Haftalardır kitap okuyamaz, hayal kuramaz, müzik yapamaz oldum. Gelecek adına bütün umudumu kaybettim. Bu en kötüsü… Yaşam tarzını kendime yakın bulduğum için sana yazdım. Akıl sağlığımı […]

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Genç bir arkadaş Facebook’taki mesaj kutuma şu mesajı atmış :

“Merhaba Sadık abi ben şu an Sosyoloji 1. sınıf öğrencisiyim. Ülkenin durumu ve kişisel sorunlarım sebebiyle büyük bir çıkmazdayım. Haftalardır kitap okuyamaz, hayal kuramaz, müzik yapamaz oldum. Gelecek adına bütün umudumu kaybettim. Bu en kötüsü… Yaşam tarzını kendime yakın bulduğum için sana yazdım. Akıl sağlığımı nasıl koruyabilirim? Onlara benzemeden nasıl hayatta kalınabilir?”

Bu kısacık mesajın ardında büyük bir umut kırılması yaşayan genç arkadaşımın yakarışından çok etkilendim ve oturup ona bu uzun dayanışma metnini yazdım. Neden böyle yaptığıma gelince : çünkü biliyordum ki, bu umut kırılmasını yaşayan yalnızca bu genç arkadaşım değildi. Bu toplumsal bir kırılma ve yüzlerce binlerce insanın ruh halini yansıtıyor. Çünkü, ömrü büyük umutların peşinde yıllanmış biri olarak hala yaşamıma eşlik eden bu iflah olmaz müzmin heyecana, umuda dair yazacak naçizane bir iki kelamım olduğunu düşünüyorum. Çünkü, umutsuzluk ve keder insanlığa biçilmiş bir kader değildir.


Merhaba Kardeşlik!

Mesajını burkularak okuduğumu belirtmeliyim öncelikle. Senin için ne derece rahatlatıcı bir etki yaratır bilmem ama, “yaşam tarzımızın yakınlığı”na sığınarak bir iki kelam edebilirim elbette. Yoksa kişisel olarak kimseye yol göstermek, öğretmek gibi bir hadsızlığı kendime bir hak olarak görmüyorum. Ancak karşılık dayanışmaya inanan bir birey olarak yaşadıklarına cevaben bir iki şey söyleyebilirim. Her neyse, uzatmayayım… Söz konusu sorunun ciddiyetinin ve vahametinin farkındayım ben de senin gibi. Ama yazık ki (seni kastederek söylüyorum) sosyolojik alanda şimdilik beklentilerimize cevap olacak yeni bir toplumsal refleks göremiyoruz. Bu çok umut kırıcı gerçeklik karşısında çaresiz kalmak kadar daha vahim, daha trajik bir sonuç olamaz gerçekten de. Ancak bu, pek çok kişisel ve toplumsal paradoksu içinde barındıran durumu tersine çevirecek hiç bir sinerjinin olmadığını söyleyecek kadar da umutsuz değilim.

Evet, senin yaşadığın sosyo-psikolojik kırılma yalnızca sana ait özel bir durum değil sevgili kardeşlik. Buna dair ne tür akademik teorik yaklaşımlar olduğunu sosyoloji okuyan bir birey olarak sen benden daha iyi bilirsin diye düşünüyorum. Yaşanan bu toplumsal kırılmanın tedavisine yönelik bir reçete de yok üstelik. Aslına bakarsan bu kırılmayı durduracak bir reçete olması da gerekmiyor. Ki ben kişisel olarak bu, yerleşik toplumsal algıya göre refleks gösteren bütün o bildik “reçeteci” klasik sol ezberlerin yüz yıldır bu coğrafyada nasıl bir vehamete dönüştüğünü/dönüştürüldüğünü (bu gelenekten gelen biri olarak söylüyorum) içinde yaşadığımız karmaşık sosyo-politik psikolojinin temel kaynağı olarak görüyorum. Asıl tedavi edilmesi gereken de bu, doğmacı sol reçetecilerin yarattığı bulaşıcı toplumsal hastalıklar. Peki, kim tedavi edecek bu hastalıkları?…

Felsefi bir yaklaşımla, cevaplamam gerekirse, hiç bir çelişki tek başına, sonsuz ve mutlak değildir. Her çelişki beraberinde pek çok başka çelişkiyi de taşır ve birbirleriyle sürekli mücadele halindedirler. Bunu yadsımak, görmezden gelmek, mevcut hastalıkların tedavisini de yadsımak anlamına gelir ki, gelenekçi solun durumu tastamam bunu yansıtmaktadır. Ancak burada asıl sorun ve öncelikli tehdit, hangi iktidarcı dilden konuşursa konuşsun yaşadığımız bu toplumsal sonuçların, edilgenliklerin üzerinde at koşturan devlettir. O halde devlet ve iktidar odaklı her türden ayak bağlarımızdan kurtulmak gerekir. Bu kopuş süreci (hangi yaşam tarzı ile hangi yöntemle hangi alternatif, özgürlükçü yaklaşımla olursa olsun) aynı zamanda mutlakçı “doğmacı sol miras”ın hastalıklı ezberlerini de bozmak anlamına gelecektir. İşte içinde yaşadığımız hastalıklı toplumun evrimsel tedavisine de böyle ulaşılacaktır.

Bugün büyük yetmezliklerimizle yaşadığımız çelişkiler, paradokslar geçicidir. Bugün için kısa vadede umutsuz gibi görünsede yakın tarihte yaşadığımız o büyük toplumsal özgürlükçü kalkışmanın iç dinamikleri hala düşlerimizi beslemeye devam ediyor. Bu bizler için çok şey ifade eden moral değer belki de sığınabileceğimiz en biricik umut ışıltısı olarak bize eşlik etmeye devam edecek. Nerde ne zaman kimlerle nasıl tezahür edeceğini şimdiden kestirmek de hiç bir kahinin not defterinde yazmıyor…

Kesinliği hiç bir öngörüye yer bırakmayan tek şey-imiz-, verili olanın dışında, bizi başka bir dünyaya taşıyacak yeni bir sinerjiye ihtiyacımız olduğu. Ne zaman ve hangi tarz olacağını, bireylerin yaşadığı tarihsel koşullarla olan ilişkisi, yani kendi iç dünyalarından dış dünyaya taşan moral değerleri, deneyimleri belirleyecektir.

Yeryüzünün en eski haydutlar sistemi olarak hayatlarımızın doğal dünyayla olan ilişkisini koparan, bizleri doğal dünyaya yabancılaştıran vahşet kapitalizmi, yüzyıllardır sonsuz bir aç gözlülükle ve gözü dönmüşlükle hırpaladığı ekosistemle belkide son rövanşını yaşıyor artık. Gelinen bu son yeryüzü aşamasında haydut Kapitalizmin kendi ekseninde yarattığı bütün o biyolojik, psikolojik, sosyo-kültürel toplumsal tahrifatlardan başka insanlığa verebileceği hiçbir gelecek projesi yok. O artık kendi sonunun da mimarı. Bugüne kalan son bir atımlık ömrünü ise yine insanlığın ve yeryüzünün bütün varlıklarının üzerine basarak sürdürmeye çalışıyor. Ama artık yeryüzünün sürdürülebilir doğal yaşam alanlarının aslı dostları olan yerel halklar, 21.yüzyılın bu son yeryüzü rövanşında haydut diktatörlüklere, saltanat budalalarına bir daha yaşama yansı tanımayacaklardır. Artık nihayet bu zorlu tarihsel toplumsal yer yüzü aralığına girmiş bulunuyoruz.

Bu nedenledir ki Kapitalizm, sürdürülemez egemenliğinin bir sonucu olarak dünyanın pek çok yerinde yeryüzü dostlarının ekoloji eksenli kalkışmalarıyla karşı karşıya. Nitekim bende bu tarihsel süreçte kendi tercih ettiğim bir alanda, alternatif başka bir dünyanın içinde bu eko-toplumsal kalkışmanın bir ferdi olarak yer almaktayım.

Sonuca gelirsem, yaşadığın bu zorlu süreç bu toplumun dinamiğini oluşturan bütün özgürlükçü birey ve grupların kendi özgün koşullarıyla, kendi duygu ve düşünceleri ile birlikte ele alınması gereken bir konu. Benim sana naçizane önerim bu kasvetli, rahatsız edici koşullara takılıp tıkılıp kalmaktansa, kendince yaşayabileceğin o en gerçekçi en içinden geleni tercih etmendir. Unutma ki, akıl sağlığımız bizi taşıyan ayaklarımızdan çok daha önceliklidir. Ama bunun için de önce ayaklarıyla düşünen insanlar olmaktan kurtulmamız gerekir. Ki kendi özgür yaşam alanlarımızı otonom yaşam tarzlarımızı kurabilelim. Sözlerini ve notalarını senin yazdığın yeni bir şarkı bestelediğini düşün mesela.

Dostluk ve dayanışma ile…

ZAD NDdL vidéo#1 (multilangual subtitles)


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Tours • 19 janvier | Où va la Turquie ? Films, débat http://www.kedistan.net/2017/01/09/tours-turquie-films-debat/ Mon, 09 Jan 2017 02:31:38 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38675 Le 19 janvier prochain à Tours, à l’initiative du CNP (Cinéma National Populaire), aux Cinéma Studio, se déroulera une soirée consacrée à la Turquie, avec films et débat. Kedistan en assurera la partie échanges.  Cette initiative, planifiée de longue date, intervient dans un contexte où la Turquie fait “l’actualité” dans la presse et les médias. […]

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Le 19 janvier prochain à Tours, à l’initiative du CNP (Cinéma National Populaire), aux Cinéma Studio, se déroulera une soirée consacrée à la Turquie, avec films et débat. Kedistan en assurera la partie échanges. 

Cette initiative, planifiée de longue date, intervient dans un contexte où la Turquie fait “l’actualité” dans la presse et les médias. Cette soirée tombe donc à pic pour apporter une vision globale et une mise en perspective historique aux échos médiatiques.

Pour ce faire, l’excellent documentaire “La fin des Ottomans“, en deux parties, sera projeté. Vous le trouverez ICI, pour les lectrices et lecteurs hors de la Touraine.

Excellente introduction historique pour ouvrir à la fois la question de ces Etats-nations qui furent créés au Moyen-Orient, (et parmi eux la Turquie kémaliste qui développa très vite un “roman national” identitaire), et celle de la “turcité“, fondement nationaliste turc. Ce prisme historique est indispensable pour la compréhension de la Turquie des années 2000, et éviter bien de faux débats autour du régime d’Erdogan, versus “démocratie républicaine laïque en péril contre islamisme conservateur” ou “valeurs européennes contre civilisation islamique”. Nous tenterons donc de donner des pistes d’analyses hors des lieux communs pour situer les “racines du présent”.

Bien sûr, il serait hors de question de ne pas évoquer les urgences de ces années 2015/2016, ni l’actualité immédiate des purges et emprisonnements post putsch manqué, tout comme ne pas évoquer la question kurde.

La soirée se poursuivra par un documentaire au titre trompeur, “Turquie, l’héritage kémaliste“. Ce documentaire, qui se clôt sur 2013, et les événements de Gezi, réel soulèvement populaire et de jeunesse contre le pouvoir autocratique d’Erdogan, fait en fait le lien, de par ses intervenants, avec les films précédents. L’héritage y apparaît là comme le venin qui empoisonne la Turquie, source de toutes les oppressions, et qui préfigure le régime répressif et de pouvoir absolu de 2017.

Une excellente base de compréhension, propice aux débats et approfondissements de chacunE est donc proposée à voir et à commenter.

Pour celles et ceux, Tourangeaux, Tourangelles, qui seraient intéressées à préparer cette soirée, le moteur de recherches du site est “performant”. A vos clics… Pour les autres, vous trouverez le 2e film à disposition ICI.


CINÉMA NATIONAL POPULAIRE
Le Cinéma National Populaire (CNP) veut être le témoin de la fonction publique et sociale du cinéma.
Réfléchir, échanger et avancer ensemble.
Le CNP, politiquement à gauche, est une structure associative qui, avec l’association des cinémas Studio TEC, se veut un lieu de remise en question citoyenne, d’explication et de décryptage d’une société aux enjeux multiples : luttes des peuples en colère, dégâts du capitalisme, démocratie bafouée, instrumentalisation sécuritaire, menaces sur la liberté d’expression, la diversité culturelle, l’environnement et la santé… Il s’agit de mettre en lumière l’idéologie qui sous-tend les discours et les actes politiques, économiques, écologiques, sociaux et culturels du pouvoir.
Le CNP travaille avec des associations localement engagées dans la transformation de la société, ouvre la réflexion collective autour de tous ces enjeux et suscite la confrontation des points de vue.

Pour plus d’infos : La page du CNP sur le site des Cinémas Studio 

tours

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Génocide, j’écris ton nom http://www.kedistan.net/2017/01/08/meres-samedi-genocide-ecris-ton-nom/ Sun, 08 Jan 2017 18:37:13 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38639 Samedi 7 janvier 2017, à midi, c’était la 615ème fois que les Mères du samedi se réunissaient place Galatasaray, à Istanbul. Elles ne demandent qu’une seule chose : où sont nos enfants ? Elles veulent savoir la vérité mais personne, ici, n’a le courage de leur répondre. Alors, le samedi suivant elles reviennent sur la […]

Cet article Génocide, j’écris ton nom a été publié par KEDISTAN.

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Samedi 7 janvier 2017, à midi, c’était la 615ème fois que les Mères du samedi se réunissaient place Galatasaray, à Istanbul. Elles ne demandent qu’une seule chose : où sont nos enfants ? Elles veulent savoir la vérité mais personne, ici, n’a le courage de leur répondre. Alors, le samedi suivant elles reviennent sur la même place et posent à nouveau la même question, cernées par les forces de police qui ont reçu l’ordre de se taire : Que sont devenues les jeunes femmes, où sont les corps des hommes encore si jeunes sur les photos, tous disparus depuis tellement d’années, alors qu’ils et elles étaient entre les mains de la police d’État ? 615 semaines que l’État préfère garder le silence, les lèvres aussi dures qu’un bec d’oiseau charognard, les derniers de la chaîne : ceux dont les becs ont été taillés pour fracasser les os séchés par le soleil d’Anatolie, pour en tirer encore un peu de moelle et vivifier leur sang d’oiseaux qui se nourrissent de pourriture et de mort.

Hier, lors de ce rassemblement pour la mémoire, Maside Ocak a lu un communiqué de presse dans le froid et la neige, avant d’être interrompue par un officier de police qui a donné l’ordre de la placer en garde à vue. Juste avant, en langue kurde, Emine Kaya venait de déclarer « Je veux seulement la paix ! », et ses yeux noirs étaient sincères.

Est-ce que Maside Ocak va disparaître à son tour entre les mains de la police ? Dix jours que j’arpente les rues d’Istanbul, que j’écoute les récits d’Asli Erdoğan et de ses amis, et c’est assez pour comprendre qu’ici c’est tout un peuple qui est traité comme un ennemi à abattre. C’est invivable, irrespirable, comme une pulsion de mort sale qui s’infiltre dans les rouages d’un Etat déjà ivre de meurtres. Sur le visage malsain d’Erdoğan, la joie du vautour charognard. Le ricanement du Necrosyrtes monachus. Si nous sommes encore un peu humains face aux oiseaux de proie, nous ne pouvons pas accepter que Maside Ocak et ses sœurs de douleur soient à nouveau persécutées et humiliées par la police turque. Elles demandaient seulement que vérité soit faite.

Courageuses, solitaires, Aslı Erdoğan et et Necmiye Alpay ont pris la défense de ces femmes qui ont perdu leurs frères et leurs enfants. Qui peut leur donner tort ? Elles ont déjà payé très cher pour avoir raconté la vie et la mort qui étaient faites au peuple kurde dans leur pays. Mais aujourd’hui, c’est à nous d’entrer dans ce combat. À nous de raconter et je commence ici, tôt ce matin quand la neige continue de tomber sur les corps.

Nous habitons encore une démocratie, vous qui me lisez et moi qui vous écris. Nous ne risquons pas d’être torturés au fond d’un commissariat cerné de véhicules blindés et de barrières anti-émeute. Aucun de nous n’a vraiment peur. Il faudra plusieurs années encore avant que les hommes de main de la police ne puissent enterrer nos corps méconnaissables au fond d’un chantier où le béton liquide nous servira de cercueil. Pourquoi ne crions-nous pas plus fort ? Si nos ministres n’ont pas perdu le sommeil, c’est que nous n’avons pas hurlé assez fort, ou qu’ils ont pris la décision de laisser l’Erdoğan Necrosyrtes monachus faire son travail de mort dans l’anesthésie générale de l’Europe.

Et maintenant je suis fatigué d’écrire ces deux mots, vérité et justice. J’ai l’impression que notre siècle les a déjà dégoupillés, qu’ils ne sont plus que des reliques de cartouches vides, pauvres charpies que nous ne savons plus comment ranimer une dernière fois. Comment écrire une seule histoire si nous avons laissé le mot vérité se vider de son sang ? Je ne sais pas et on m’a mis en garde, en m’apprenant qu’ici, dans la république du Pinochet turc, une loi-décret interdisait d’utiliser le mot génocide. Veulent-ils aussi retirer ce mot des dictionnaires et des livres, retoucher la langue humaine comme on retouche une vieille photo ? Je ne sais pas. Alors j’écris ton nom, génocide, et je pleure en l’écrivant encore une fois. Invité à assister au massacre, je pleure les larmes des mères kurdes dont j’écoutais la voix, hier, sous les premières neiges de janvier.

C’est si violent à écrire. Toute la nuit, dans le noir d’un dortoir où tous les corps dormaient profondément, me revenait le beau visage de cette femme, Maside, dont j’avais écouté les paroles sans pouvoir les comprendre, fasciné par les sonorités d’une langue qui me reste étrangère, hors de portée, fasciné par la force d’une seule voix de femme sous la neige, juste avant qu’un officier ne lui coupe la parole.

samedi
Maside Ocak, une mère du samedi

Dans le noir, je pense aux phrases que j’écrirais le matin. Raconter que nous étions entourés de policiers en armes qui souriaient de haine quand une mère prononçait le prénom de son fils disparu. Certains pointaient sur nous leurs armes comme si nous portions des bombes, et non pas des photographies de visages et des questions sans réponses. C’est si violent à raconter. Au-dessus des forces que me laisse l’insomnie. Et pourtant je sais que je suis d’abord venu pour ça, raconter ce que je découvre et qu’Aslı racontait, elle aussi. Partager les peurs et les violences par écrit, témoigner du peu que je comprends de ce cauchemar politique.

Avant l’aube, je bois des litres de café en écrivant au fur et à mesure ce que j’arrive à comprendre. Il me faut du temps et des recherches dans les journaux pendant que mon ventre s’est noué. Au téléphone, je n’arrive plus à parler normalement avec ceux que j’aime loin d’ici, entre Arles et Avignon. Un fossé s’est creusé peu à peu entre nous, un gouffre d’ombres mortes contre lesquelles les satellites de transmission téléphonique ne pourront rien. Mes yeux brûlent, mes paupières sont du papier de verre et je cherche mes mots sous la neige, dans le froid d’une ville qui abrite la terreur politique. Les fantômes d’Anna Politkovskaïa, de Natalia Estemirova sont venus de Moscou et Grozny pour témoigner des cent mille nuisances d’une police qu’on paie pour tuer et bâillonner tout un peuple. A quoi servent nos journaux si nous ne venons pas nous interposer dans ce massacre ? À mi-chemin de ceux qui tuent dans le mensonge et des autres, ceux qui vont mourir d’avoir demandé 615 fois la vérité.

Tieri Briet, Istanbul, Taksim, dimanche 8 janvier 2017.

Image à la une : Rassemblement des mères du samedi. Istanbul, le 7 janvier 2017 sous la neige. ©bianet.org

 

samedi
La Une du Cumhuriyet du 8 ocak 2017.
(Cliquez pour agrandir)

 

samedi
La page 6 du Cumhuriyet du 8 ocak 2017.
(Cliquez pour agrandir)

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Ronahi TV • Journal du 8 janvier 2017 http://www.kedistan.net/2017/01/08/ronahi-tv-journal-du-8-janvier-2017/ Sun, 08 Jan 2017 14:24:44 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38607 Voici les “chroniques de la révolution kurde”, présentées par Ronahi TV. Un retour sur la semaine du 1er au 7 janvier 2017. Il s’agit de l’émission régulière en langue française, que vous trouverez ici, chaque semaine. Vidéo et texte en français Gros titres : OPÉRATION COLÈRE DE L’EUPHRATE : Ouverture d’une troisième ligne de front SYRIE DU […]

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Voici les “chroniques de la révolution kurde”, présentées par Ronahi TV. Un retour sur la semaine du 1er au 7 janvier 2017. Il s’agit de l’émission régulière en langue française, que vous trouverez ici, chaque semaine.

Vidéo et texte en français

Gros titres :

  • OPÉRATION COLÈRE DE L’EUPHRATE : Ouverture d’une troisième ligne de front
  • SYRIE DU NORD : Nouveaux crimes de l’armée turque
  • SYRIE DU NORD : Nouvelle vague de réfugiés
  • PENDANT LA GUERRE… les enfants vont à l’école
  • ILHAM EHMED : Assemblée démocratique syrienne – Analyse de la Révolution kurde.
  • LE REINA – ISTANBUL : Attaque du Daesh – arrestations
  • MURAT KARAYILAN – PKK : Analyse de la Révolution kurde
  • TURQUIE : Etat d’urgence permanent
  • VAN : Que font les curateurs ?
  • BAKUR – KURDISTAN DU NORD : Réfugiés ézidis, nouveau drame
  • AMED : Quartier Sûr, le projet  Tolède
  • FRANCE – TURQUIE : Manifestations

OPÉRATION COLÈRE DE L’EUPHRATE
OUVERTURE D’UNE TROISIÈME LIGNE DE FRONT

Les forces démocratiques syriennes poursuivent leur offensive contre Daesh. L’ objectif est de libérer la ville de Raqqa. Une nouvelle ligne de front a été ouverte… Dorénavant, trois colonnes armées convergent vers Raqqa.
Ce premier janvier, une troisième colonne armée des forces démocratiques syriennes a commencé à percer les positions du Daesh au nord-ouest de la ville de Raqqa, depuis le village de Tal Seman, situé juste au sud de la ville d’Ayn Issa.
La deuxième colonne a mené des combats trois jours durant pour reprendre la ville de Mahmudi, où une centaine de mines ont déjà été neutralisées.
Puis, mardi, une contre-offensive du Daesh a eu lieu à hauteur de Jaber, là où se trouve la première colonne, celle qui perce depuis le front sud, aux bords de l’Euphrate. Trois jours durant, les combats ont fait rage, jusqu’à ce jeudi. Après avoir repoussé l’offensive, les FDS ont comptabilisé 49 membres de Daesh tués.

Poursuivant le Daesh, les combattants des FDS ont repris le site du château de Jaber, où ils auront encore mis un terme à la carrière de 22 membres du Daesh.
Les FDS se rapprochent toujours plus de Raqqa : ils n’ont plus que 30 kilomètres à parcourir avant de pénétrer dans la ville.

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Muhammad Abo Adel est le commandant des bataillons du Shams al Shamal, soleil du nord, des bataillons qui participent avec 150 combattants au sein des FDS à la libération de Raqqa.
Pour ce commandant, ses combattants insistent pour participer aux opérations militaires contre le Daesh. Ils sont nés dans ces villages à l’ouest de Raqqa, et ils veulent sauver leurs proches et leurs parents de la tyrannie du Daesh.
Muhammad Abo Adel conclut son interview en affirmant qu’il est prêt avec ses hommes à libérer toute la Syrie des mercenaires du Daesh.

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Malgré ces bonnes nouvelles du front, il y a des combattants qui tombent sous les balles du Daesh, et parmi eux, deux combattants des brigades internationales du Rojava ; il s’agit du combattant anglais Ryan Lock, surnommé Berxwedan Givara, et du combattant canadien Antonio Tassoned, surnommé Agir Ararat. Ce combattant est resté à son poste jusqu’à sa dernière balle en combattant le Daesh.
Pour les combattants des unités YPG, l’honneur de ces deux hommes qui ont consacré leur vie à la fraternité entre les peuples est un symbole et un exemple.

SYRIE DU NORD
NOUVEAUX CRIMES DE L’ARMÉE TURQUE

L’armée turque a encore bombardé cette semaine les villages autour de Kobani. Des soldats turcs ont aussi essayé de s’infiltrer au Rojava. Et dans la région de Shehba, les bombardements de l’armée turque tuent des familles entières.
La nuit du 30 au 31 décembre, les forces armées turques ont agressé à l’arme lourde les villages de Girbenav, de Koran, de Carikli et de Qeremox. Le village de Qeremox et celui de Gire Sor ont encore subi une agression ce vendredi.
Mardi soir, trois hélicoptères turcs venaient bombarder le village de Tahunê, au sud de la ville de Çilaxa.
Au même moment, mais à hauteur du village de Zorava, près de Tirbispiyé, des soldats turcs tentaient de traverser la frontière. Il y a eu un cours engagement au cours duquel un de ces soldats turcs a été tué.

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A côté de ces attaques visant à provoquer une réaction des unités YPG sur la frontière, il y a les frappes dramatiques des villages de la région de Shehba, près de la ville de Bab et à hauteur de la ville de Minbij.
Mardi, une nouvelle frappe aérienne turque tuait 11 civils et en blessait d’autre, parmi lesquels de nombreux enfants qui ont été gravement brûlés lors des explosions. Il y a deux familles qui ont été anéanties, avec moins deux enfants, les frères Muhammad et Ahmad Hamsho.

Plus à l’est, toujours ce mardi, près de la ville de Minbij, à Arima, une autre frappe aérienne turque a aussi tué deux civils et en a blessé 15 autres.

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Le conseil civil de la ville de Minbij a dénoncé le massacre d’Arima. Salih Mohamed, son représentant, déplore que les forces d’occupation turques commettent tous les jours des crimes en se servant du prétexte de la guerre contre la terreur, et personne n’en parle. Il en appelle donc aux organisations internationales de défense des droits de l’homme à ne pas rester silencieuses face aux massacres commis par l’armée turque au nord de la Syrie.

SYRIE DU NORD
NOUVELLE VAGUE DE RÉFUGIÉS

L’invasion turque dans le nord de la syrie a provoqué des vagues massives de réfugiés. Les civils essaient de se mettre à l’abri. Beaucoup se rendent dans le canton d’Afrin ou dans la ville de Minbij.

Ayat Abdul Hakeem Shahoud est une réfugiée en provenance de la ville de Bab. Avec des milliers d’autres personnes de sa ville, elle a dû fuir les violences de l’armée turque. Pendant un bombardement de l’aviation turque, sa maison s’est écroulée sur elle et sa famille. Avec une jambe cassée, il lui a fallu marcher 13 heures durant pour arriver à Minbij, où elle est enfin en sécurité avec sa famille.

Ils sont 7 à vivre dans une seule pièce, chez un habitant qui a accepté de les héberger provisoirement. Elle a besoin d’un abri et de soins pour sa jambe.
Sa belle-sœur, Rouaa Sabag, était inquiète pour les trois enfants. Maintenant qu’ils sont Minbij, elle croit qu’ils n’ont plus à redouter les bombardements. Pourtant, samedi dernier, deux femmes du quartier de Sebai Bahrat, à Minbij, ont été blessées par des tirs turcs.
Ces femmes ont besoin d’aide. Mais le Rojava est sous embargo.
Lundi, 850 nouveaux réfugiés sont arrivés aux portes du canton kurde d’Afrin, au village de Qatma. Ils ont été logés au camp Rober et au camp Al Shahba.
Ces réfugiés proviennent surtout des villes de Raqqa, de Jarablus, de Palmyre et de la région d’Abu Kemal.

PENDANT LA GUERRE…
…LES ENFANTS VONT À L’ÉCOLE

Dans le canton kurde d’Afrin, la commission chargée de l’enseignement prépare de nouveaux programmes scolaires. Ces programmes sont davantage conformes aux attentes de la population. Et ils répondent aux objectifs de la révolution au Rojava. Les cours de musique sont également mis à l’honneur.
Un nouveau manuel de musique a été édité par les autorités du canton d’Afrin. Ce manuel reprend les anciennes traditions musicales kurdes pour préparer les générations de demain à faire le lien avec leur passé et leur culture.
Ali al Issa, l’un des contributeurs à ce projet d’éducation musicale, explique que 21.000 exemplaires du manuel ont été commandés, mais qu’il n’y en a au final que la moitié de disponible, suite aux difficultés causées par l’embargo.
Les professeurs de musique du canton disposent tous du manuel. Ils pourront amener les élèves et les étudiants à la rencontre d’artistes kurdes qui ont marqué leur art, comme Abdurrahman Omar, surnommé Bave Salah.

A Afrin, deux fois par semaine, tous les élèves auront un cours de musique.
Dans les écoles secondaires d’Afrin, les étudiants auront aussi des cours de jinéologie. Jin, cela veut dire « femme ». La jinéologie est cette discipline nouvelle qui se consacre à la femme, à son histoire, à l’histoire de son oppression, à l’idéologie du machisme. En classe de jinéologie, les étudiants apprennent comment la créativité des femmes était mise en valeur dans les communautés naturelles, comment elles ont mis sur pied les premières bases de l’éthique, comment elles ont joué un rôle moteur lors de la révolution agraire. On y parle des premières déesses. On y explique ce qu’est le mouvement de libération des femmes, et comment elles peuvent se débarrasser de la mentalité machiste.
1626 étudiantes du canton d’Afrin suivent ces cours de jinéologie, et parmi elles, 200 étudiantes arabes.
Comme le dit Berivan Mohamed, elles ont dû se battre pour avoir un cours qui dise la vérité sur l’histoire des femmes, pour que les femmes en sachent plus sur elles-mêmes, et qu’elles aient davantage confiance en elles. En ayant plus confiance en elles, dit Berivan, elles auront encore plus de force pour se libérer.
Emine Cawis, une étudiante arabe, explique que grâce à ce cours de jinéologie, le rôle significatif des femmes est enfin mis en valeur, et cela doit permettre une forme de renaissance dans toute la communauté.

ILHAM EHMED – ASSEMBLÉE DÉMOCRATIQUE SYRIENNE
ANALYSE DE LA RÉVOLUTION KURDE

Ilham Ehmed est la co-présidente de l’assemblée démocratique syrienne. Elle s’est rendue à Kirkuk dans le Kurdistan du sud. Et elle a fait le point sur la situation actuelle au Rojava.

Ilham Ehmed a expliqué lors de son déplacement au Tevgera azadi de Kirkuk, le mouvement pour la liberté de Kirkuk, en Irak, que le régime syrien ne perçoit la crise que traverse le pays que comme un problème imposé depuis l’extérieur et ce, depuis le début de la révolution syrienne. Mais pour la co-présidente de l’assemblée démocratique, si le peuple s’est levé, c’est parce que le régime ne voulait pas accepter la volonté de changement social. Et puis, les groupes terroristes ont utilisé ce conflit pour eux-mêmes. Mais la demande de changement de ces groupes était moins une demande de changement de régime qu’une demande de remplacement de ceux qui sont à sa tête. Et donc, ces différents groupes se sont combattus les uns les autres. Par contre, au Rojava, explique Ilham Ehmed, il y avait dès le début un projet.
Ce projet s’est concrétisé dans la fédération du nord de la Syrie. Mais voilà que l’Etat turc n’a plus eu qu’un seul objectif : supprimer les acquis des Kurdes. La Turquie a donc tout fait pour mettre les YPG et le parti PYD sur la liste des organisations terroristes. Puis, elle a attaqué le Rojava. Les attaques sur la région de Shehba visaient à s’en prendre au canton d’Afrin. Mais en dépit de tout le soutien qu’ont pu apporter sur place les différentes bandes d’assassins fanatisés qui accompagnent les forces turques, la Turquie n’y a connu que des défaites. Elle s’est alors tournée vers Bab, mais elle n’y engrange pas plus de résultats no plus.
Maintenant, La Turquie utilisent le Daesh comme une excuse pour envahir la Syrie, mais le but véritable de la Turquie, c’est de dissoudre la fédération de la Syrie du nord.

LE REINA – ISTANBUL
ATTAQUE DU DAESH – ARRESTATIONS

La nuit du nouvel an, 39 personnes ont été tuées dans une discothèque d’Istanbul, le Reina. La fusillade a été revendiquée par Daesh. Les auteurs de cette attaque courent toujours. En revanche, les manifestants socialistes qui ont dénoncé les responsabilités politiques dans cette tuerie ont été arrêtés.

Peu après l’attentat, la police turque arrêtait 14 personnes. Des journalistes, comme Isminaz Temel, de l’agence de presse ETHA, trois avocats du bureau des avocats opprimés, Sezin Uçar, Gülhan Kaya et Diren Karabag, ainsi que des membres du parti socialiste des opprimés, l’ESP et du SGDF, la fédération des associations de la jeunesse socialiste.
Dès le lendemain, les deux associations socialistes et les représentants du parti HDP dénonçaient ces arrestations devant les portes du tribunal de Çaglayan. Parmi les clameurs des manifestants, on entendait : « les assassins sont libres, les manifestants sont enfermés. »
Gülsüm Agaoglu du comité central du parti HDP, a estimé que les massacres se normalisaient. Pour Deniz Bakir, qui s’exprimait pour l’agence ETHA, les massacres qui se produisent en Turquie depuis deux ans s’insèrent dans la mise en place dans le pays de la dictature d’un seul homme.

MURAT KARAYILAN – PKK
ANALYSE DE LA RÉVOLUTION KURDE

Signalons aussi que Murat Karayilan, du PKK, a fait un lien entre l’attentat dans la discothèque d’Istanbul et la ville de Bab. On sait que la Turquie a toujours soutenu Daesh et le front al Nosra pour combattre le mouvement kurde. Pour y parvenir, la Turquie s’est même éloignée de l’OTAN pour se rapprocher de la Russie.
Aujourd’hui, la Turquie se sert d’événements comme l’attentat d’Istanbul pour dire qu’elle est attaquée par Daesh. Jusqu’à présent, Daesh n’avait jamais attaqué la Turquie. Mais depuis le mouvement de l’armée turque sur Bab, Daesh semble avoir pris ses distances avec son allié. Jusqu’à présent, Daesh remettait sagement ses villes du nord de la Syrie aux militaires turcs. Mais cet accord n’était valable que jusqu’à la ville d’Exterin, et pas plus loin. Selon Murat Karayilan, c’est à Bab que le conflit entre Daesh et la Turquie est né.

TURQUIE
ETAT D’URGENCE PERMANENT

L’Etat d’urgence qui a été décrété en Turquie est une nouvelle fois prolongé de trois mois. Le parlement turc vient de prendre cette décision, ce qui permet au Président Erdogan de renforcer son régime de plus en plus dictatorial.
Les mesures que l’Etat d’urgence implique sont nombreuses et variées.
Il y a d’abord l’emprisonnement des élus et des journalistes. De nouvelles opérations de police ont mené cette semaine à l’arrestation de dizaines de responsables politiques de l’opposition. Ce vendredi, à Aydin, dix personnes ont été arrêtées, dont les administrateurs provinciaux du parti HDP. A Adiyaman, 6 autres personnes ont été arrêtées mardi. Vendredi, trois d’entre elles étaient envoyées à la prison de type E de la ville.
A Elazığ, 15 personnes, dont des co-présidents provinciaux du HDP (Ayfer Yilmaz) ou des administrateurs de district du DBP (Nihat Akdemir) ont été arrêtées ce vendredi également.
A Urfa, la situation est pire encore : Le co-bourgmestre élu de Viranşehir, Emrullah Cin, était retenu dans un hall sportif depuis le 12 décembre avec 185 autre personnes arrêtées.
Tabassé par la police qui voulait « s’entretenir avec lui », il a été privé de soins pour éviter que l’hôpital ne rédige un rapport sur ses blessures. Un autre élu retenu dans ce centre de torture d’Urfa, Haci Bazo Yilmaz, député co-bourgmestre de la municipalité d’Halfeti, a connu deux attaques cardiaques liées aux conditions affreuses dans lesquelles les personnes arrêtées sont gardées.
Emrullah Cin a finalement rencontré ses juges ce vendredi : il a été envoyé avec 30 autres personnes du groupe de 65 qui comparaissaient ce jour- là à la prison d’Urfa.
Toujours dans la foulée du coup d’Etat d’Erdogan et de cet état d’urgence, il y a encore eu la fermeture de l’institut kurde d’Istanbul samedi dernier. Cette fermeture a été annoncée par le ministère de l’intérieur dans le cadre de l’article 11 de l’Etat d’urgence . 94 autres associations sont également visées par cet article et par ces fermetures.
L’association « justice pour Roboski, paix sur la terre », une association fondée par les familles des victimes du massacre de Roboski, a ainsi été fermée sur ordre du ministre de l’intérieur. Les administrateurs de cette association qui se battaient pour qu’enfin les responsables de la tragédie de Roboski soient déférés devant leurs juges sont comme toujours accusés d’activités terroristes.

VAN
QUE FONT LES CURATEURS ?

On en a déjà souvent parlé : les élus du parti DBP ont été remplacés dans plusieurs villes par des curateurs. Que font ces curateurs qui travaillent pour l’AKP ? Quels changements de politique ont-ils décidé ? Pour le savoir, nous sommes allés dans la région de Van.
La municipalité de Van, c’était un co-bourgmestre, Besir Kaya, aujourd’hui sous les verrous. C’était aussi une politique tournée vers l’émancipation des femmes. Il y avait à Van un centre municipal pour les femmes, un bureau spécial pour la lutte contre les violences faites aux femmes et puis aussi un système de transport en commun gratuit pour les femmes.
A Van, il y a surtout un conseil des femmes. Mais le curateur Ibrahim Taşyapan est passé par là : au conseil des femmes, il a nommé ce vendredi un homme. Et toutes les réalisations mentionnées ci-avant ont été supprimées.
Dans le district d’Erçis, toujours à Van, Şirin Yaşar, le gouverneur qui fait maintenant office de curateur, a résumé dans un changement symbolique toute la portée de l’œuvre des curateurs :
La municipalité DBP avait créé un vignoble, qui avait été ouvert le 1 avril 2015. Ce vignoble commémorait le génocide des Arméniens un siècle plus tôt. Sur le fronton du vignoble, un mot dans les trois langues turque, arménienne et kurde : le mot « paix ». Ce mot a disparu dans ses versions kurdes et arméniennes avec l’arrivée du curateur.

BAKUR – KURDISTAN DU NORD
RÉFUGIÉS ÉZIDIS – NOUVEAU DRAME

Les ézidis de Sengal vivent un nouveau drame. Il y a 3 ans, ils avaient fui les massacres commis par Daesh. Beaucoup s’étaient réfugiés au Kurdistan du nord, à Amed. Aujourd’hui, le curateur de la ville a fermé leur camp, et les Ezidis ont été déportés vers des camps gérés par l’AKP. Ces camps sont réputés pour être des lieux de recrutement du Daesh.
Les réfugiés de Sengal qui avaient trouvé refuge à Amed, la capitale du Kurdistan du nord, en Turquie, vivaient dans le camp de réfugiés de Fidanlik. Ils étaient pris en charge par les autorités municipales et par la population. Médecins sans frontières soignait ces Ézidis qui avaient survécu au génocide. Des psychologues travaillant pour des ONG internationales s’occupaient également des réfugiés ayant subi des traumatismes.
Et puis, les élus de Yenisehir ont été emprisonnés et remplacés par un curateur, Mehmet Güzel.
Une fois en place, ce curateur a décidé de fermer le camp de réfugiés de Fidanlik et de renvoyer tous ses occupants vers des camps AFAD, à Nuseybin et à Mydiat, des camps gérés par les autorités d’Ankara. Ces camps AFAD sont depuis leur création au centre de toutes les discussions : viols, abus sexuels, quartiers généraux pour le Daesh qui y loge, s’y entraine et recrute.
Pour faire partir les réfugiés ézidis, le curateur a eu recours à plusieurs manœuvres : interdiction a été faite aux employés de la municipalité de se rendre dans le camp, on a menacé de couper l’eau et l’électricité, on a fait des promesses de départ vers l’Europe, on a posé de barbelés partout autour du camp, le camp a été entouré de gendarmes. Et puis, finalement, ce vendredi, les tentes ont été démontées et les 1250 réfugiés ont été expulsés.
Rappelons aussi que les réfugiés ézidis n’ont jamais eu de statut légal de réfugié en Turquie.

AMED – QUARTIER DE SÛR
LE PROJET TOLÈDE

Sûr, c’est le quartier historique de la ville d’Amed, également connue sous le nom turc de Diyarbakir. Aujourd’hui, Sûr est un quartier détruit. Les forces turques ont rasé des églises et des mosquées historiques, de même que des bâtiments vieux de 300 ans. La Turquie tente de justifier ce crime en faisant une comparaison avec la ville de Tolède qui avait été reconstruite après la guerre d’Espagne.

Le 28 novembre 2015, le bâtonnier de la ville d’Amed, Tahir Elçi, est assassiné devant l’un des monuments historiques de sa ville. Plusieurs témoins ont confirmé que ce meurtre avait été organisé par les forces de l’ordre turc.
Juste après son assassinat, le couvre-feu était déclaré sur le quartier de Sûr. Ce sera le début d’une de ces vagues atroces de violence qui ont secoué le Kurdistan du nord. Des centaines de victimes, des milliers de maisons détruites. Et aujourd’hui encore, les destructions de maisons continuent.
Sur les images satellite, on dénombre 1300 maisons détruites rien que pour la zone de Hasirli.
Mais les premiers ministres et les ministres de l’AKP répètent en chœur qu’ils feront de Sûr une nouvelle Tolède, que tout sera reconstruit ; mais ce 28 décembre, les projets du nouveau Sûr ont été dévoilés.
Une compagnie proche du gouvernement, BHA planning, s’occupera des travaux. Il s’agira de concrétiser la destruction totale de Sûr, d’y percer des larges routes là où il n’y avait que des ruelles. L’objectif est sécuritaire : permettre aux 6 nouveaux postes militaires qui encadreront Sûr de communiquer entre eux.
La co-présidente de la chambre des architectes de Diyarbakir, Busra Sadak, a évalué le nouveau projet.
Elle explique que les routes prévues se feront sans tenir compte des bâtiments cadastrés. Grâce à l’etat d’urgence, les délais légaux qui encadrent la publicité de tels plans a été ramenée à 15 jours. C’est beaucoup trop peu pour mobiliser les propriétaires et les habitants de Sûr et mener une action concertée.
Or, les familles de Sûr ne veulent en aucun cas vivre à proximité de postes militaires. Les gens veulent simplement retourner vivre dans leurs anciens quartiers, là où ils vivaient.
Pour Sadak, le projet ignore totalement les résidents de Sûr. Il supprimera la richesse structurelle de ce quartier historique.

FRANCE – TURQUIE
MANIFESTATIONS

Vous le savez, l’homme qui a assassiné le 9 janvier 2013 à Paris trois militantes kurdes s’appelait Omer Güney. L’enquête menait directement en Turquie, dans les bureaux des services secrets. Mais la justice française a retardé la tenue du procès, et le principal suspect est mort en prison…
Sakine Cansiz, Leyla Söylemez et Fidan Dogan avaient toutes trois été tuées de trois balles tirées à bout portant dans la tête par Ömer Güney, un tueur qui avait reçu ses instructions du MIT, les services secrets de Turquie. Ömer Güney est mort à 34 ans à l’hôpital de la Salpetrière à Paris, son procès n’aura donc pas lieu.

A travers toute l’Europe, des manifestations ont dénoncé devant les consulats de France la complicité de la République française avec le gouvernement turc qui dépêche des assassins sur le territoire français.
A Berlin, des panneaux brandis par les manifestants résumaient le sentiment général : La France a sacrifié la Loi à Erdogan.
A Frankfort, à Hanau, à Zurich, à Bruxelles, à Copenhague, à Marseille et à rennes, les manifestants ont dénoncé le silence de la France et les assassinats politiques qui se commettent sur son territoire.

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Rappelons aussi qu’en Belgique, le journaliste Maxime Azadi, qui suit de près ce procès et qui se trouvait ici en compagnie de Fidan Dogan, a été arrêté ce 15 décembre par les autorités belges, sur mandat d’Interpol émis par la Turquie. Maxime Azadi a finalement été relâché 13 jours plus tard, mais son sort n’a toujours pas été fixé par le juge belge de Turnhout.

Cet article Ronahi TV • Journal du 8 janvier 2017 a été publié par KEDISTAN.

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Décrets, état d’urgence, le pouvoir droit dans ses bottes http://www.kedistan.net/2017/01/08/decrets-etat-urgence-pouvoir-fasciste/ Sun, 08 Jan 2017 14:07:47 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38618 L’état d’urgence a été reconduit pour la troisième fois, et, vendredi soir, dans cette droite ligne, trois nouveaux décrets ont été promulgués. Avec les décrets n° 679, 680 et 681, ont été licenciés : 2 687 employés de la Direction Générale de la Sécurité, 135 employés de Diyanet (affaires religieuses), 164 militaires des Forces Aériennes, 149 Marines, […]

Cet article Décrets, état d’urgence, le pouvoir droit dans ses bottes a été publié par KEDISTAN.

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L’état d’urgence a été reconduit pour la troisième fois, et, vendredi soir, dans cette droite ligne, trois nouveaux décrets ont été promulgués.

Avec les décrets n° 679, 680 et 681, ont été licenciés : 2 687 employés de la Direction Générale de la Sécurité, 135 employés de Diyanet (affaires religieuses), 164 militaires des Forces Aériennes, 149 Marines, 838 personnes du ministère de la santé. 649 universitaires et 155 employéEs de l’administration publique, travaillant au sein des universités ont été projetés vers le chômage.
Plusieurs signataires de l’appel pour la Paix, lancé par les universitaires en janvier 2016, font partie de ce “lot de purge”.

Par ailleurs 83 organisations de société civile ont rejoint la liste des associations fermées.

8 clubs de sports sont également fermés à Malatya, Gaziantep, Kocaeli, Şırnak et Cizre.

Quelques changements

Port d’arme : Les employés de sécurité privée seront autorisés au port d’armes, à condition de ne pas les sortir de leur lieu de travail.

Déchéance de la nationalité : Les citoyens turcs qui sont poursuivis ou font “l’objet d’enquête”, étant à l’étranger et restant injoignables, en cas de non respect à l’appel de “retour au pays” dans les 3 mois, pourront être déchus de leur nationalité.

Interdictions sur l’information : Les publications des “enseignes” qui ne respecteraient pas l’interdiction sur l’information seront suspendues pendant une journée. Dans le cas de récidive dans une année : la première fois, arrêt des publications pendant cinq jours, la deuxième fois quinze jours, et la troisième fois suppression de licence. Par ailleurs, les refus des licences ont été simplifiés. RTÜK (Conseil supérieur de l’audiovisuel de Turquie) pourra refuser des licences pour des motifs liés à la sécurité nationale, protection de l’ordre public et utilité publique.

Internet : La police et les renseignements pourront, pour les délits “cybernétiques”, faire des investigations sur le traffic de données entre l’adresse Internet et les ressources Internet, sur l’ordre de leur direction, et sans décision de justice.


Décrets après décrets, les purges se poursuivent, mais surtout le bâillon se renforce contre la société civile et les moyens d’expression les plus élémentaires. L’emprisonnement de tel ou telle, leur libération provisoire, comme dans le cas d’Aslı Erdoğan, le maintien en geôle dans des conditions d’isolement pour d’autres, complètent ces décrets en distillant la peur, en divisant les résistances, en ciblant des “catégories” d’opposants.

Avec la libération provisoire d’Aslı Erdoğan, et suite aux mobilisations que son emprisonnement avait suscitées, les médias européens ont consacré des pages à la Turquie et à cette situation de prison à ciel ouvert qui s’est installée. Nous ne pouvons que nous en féliciter, après avoir tant suscité leur attention et avoir ici maintes fois adressé des critiques à l’encontre de leur indifférence, voire de leurs approximations sur la réalité turque.

Mais notre crainte reste vive.

La mise en place des instruments de répression et d’injustice ne faiblit pas. Le projet d’Erdoğan de présidentialisation et de pouvoir absolu est sur les rails. Le remodelage de l’appareil d’Etat, la main mise totale sur la justice, l’assujettissement des médias, le gouvernement par décrets, consolident un pouvoir absolu, la finalisation d’un coup d’état civil.

Dans ces conditions et ce contexte, le fait que du lest ait été lâché sur quelques otages politiques peut très vite se retourner contre toutEs les autres, une fois que le nuage médiatique se sera dissipé en Europe, et que chacun retournera à ses préoccupations “nationales”. Tant les soutiens atomisés là-bas que les solidarités diminuées ici se retrouveront seulEs à nouveau, au beau milieu des calicots électoraux devenus priorité.

Mais, sans doute nous objectera-t-on alors : “vous nous demandez de prendre parti politique sur la situation en Turquie, cela dépasse notre rôle d’information“…

Il semble aussi clair, que ces derniers mois “d’actualité” n’ont cependant pas affecté les dirigeants politiques européens quand à “leur collaboration avec grande vigilance”  vis à vis des autorités turques. Le rôle des unEs et des autres dans les grands tripatouillages sous la férule russe autour de la Syrie, et la volonté d’y trouver un strapontin renforcent cette “diplomatie du silence”. Erdoğan a donc les mains libres, soyons-en conscients.

La pseudo opposition kémaliste laïque, satisfaite de “libérations provisoires”, va pouvoir elle aussi se consacrer aux “joutes parlementaires” au sein de la défense de l’unité nationale, et rester ainsi dans son acceptation tacite de l’extrême polarisation de la société civile turque, renforcée, il faut le souligner, par le bruit des bombes et le mitraillage de ce début d’année.

Notre plus grande crainte, à Kedistan, serait qu’alors qu’il n’a jamais été autant question de la Turquie, alors que se sont dresséEs un peu partout des femmes et des hommes en défense d’Aslı, une fois le tambour médiatique crevé, se referment les barreaux d’indifférence, sur celles et ceux qui n’étaient pas dans la lumière.

Nous aurions ainsi perdu pour un temps ce combat pour la protection de tous les otages politiques en Turquie, la solidarité active et l’aide à leur apporter, et serions tombés dans ce piège tendu des arrestations et libérations sélectives. Et ces nouveaux décrets sans réaction nous le font redouter.

Nous continuerons inlassablement à renseigner l’ordinaire de la répression en Turquie, l’ordinaire des oppression contre les minorités, l’ordinaire du nouveau fascisme à visage “moderne”.


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“Forum européen pour la paix contre la guerre et la dictature” http://www.kedistan.net/2017/01/08/forum-europeen-pour-paix-contre-guerre-dictature/ Sun, 08 Jan 2017 02:41:16 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38716 La création du “Forum européen pour la paix contre la guerre et la dictature” a été annoncé par la publication d’un texte d’appel. La mise en place du forum, a été préparée lors des réunions qui sont déroulées les 17 et 18 décembre 2016 à la Fondation Rosa Luxembourg à Berlin. Ce forum s’est constitué en réunissant 67 […]

Cet article “Forum européen pour la paix contre la guerre et la dictature” a été publié par KEDISTAN.

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La création du “Forum européen pour la paix contre la guerre et la dictature” a été annoncé par la publication d’un texte d’appel.

La mise en place du forum, a été préparée lors des réunions qui sont déroulées les 17 et 18 décembre 2016 à la Fondation Rosa Luxembourg à Berlin.

Ce forum s’est constitué en réunissant 67 militants de divers groupes professionnels qui ont été forcés deà quitter la Turquie. Le conseil de coordination se compose de : Ahmet Nesin (journaliste, fils de l’écrivain Aziz Nesin), Çetin Gürer (universitaire)Defne Asal (Rédactrice en chef de IMC TV, férmé par décret en octobre 2016), Demir Küçükaydın (auteur), Engin Sustam (universitaire et accessoirement auteur Kedistan)  Fuat Ateş (auteur, journaliste, Rédacteur en cher YOL Tv fermée par décret le 22 décembre 2016), Hatip Dicle (homme politique), Mehmet Faruk Öztürk (universitaire), Mehmet Rauf Kesici (universitaire), Mustafa Sarısülük (homme politique et frère d’Ethem Sarısülük tué par la police lors de la Résistance Gezi), Nil Mutluer (Universitaire), Pınar Şenoğuz (universitaire), Rotinda Polat (juriste), Sakine Essen (Secrétaire générale du syndicat d’enseignants Eğitim-Sen), Selim Eskiizmirliler (universitaire) ainsi que Filiz Koçali (femme politique, féministe et journaliste) et Ragıp Zarakolu (militant des droits de l’homme et éditeur) faisant partie des accusés du “procès Özgür Gündem“.

CONTRE LA GUERRE SANGLANTE DANS LA QUELLE LES PEUPLES DE TURQUIE SONT EN TRAIN D’ÊTRE TRAÎNÉS ET LA DICTATURE FASCISTE QUI ABOLIE LES LIBERTÉS

Nous, universitaires qui réclament la paix et la vérité, journalistes et présentateurs de télévision dédiés à transmettre la réalité, femmes et hommes politiques qui défendent l’égalité et la fraternité des peuples, avocats qui luttent pour la justice et le respect des droits humains, artistes et cinéastes pour la liberté de créer, syndicalistes pour l’égalité et la justice au travail égalitaire, femmes et personnes LGBTIQ qui luttent contre le patriarcat et la violence, et toutes les personnes qui luttent pour plus d’égalité et de justice, KURDES, TURQUES, ALÉVIS, JUIFS, ARMÉNIENS, RUMS, GRECQUES, TZIGANES, ASSYRIENS, YEZIDIS et CHRÉTIENS…

Nous sommes les individus qui ont été licenciés, précarisés, menacés, nos droits sont bafoués et nos maisons occupées, nous sommes en procès, lynchés en public, ciblés, en garde à vue, sous risque, pour avoir DEMANDÉ LA PAIX ET LA LIBERTÉ…

Nous sommes ceux et celles qui ont dû quitter la Turquie suite à la consolidation des politiques de guerre, à l’arbitraire du système judiciaire, à la légitimation de discours et pratiques de violence et d’agression sexuelle, à la dévalorisation du travail et la croissance de l’insécurité et de la précarité, aux menaces pesant sur l’hétérogénéité.

Nous allons continuer notre lutte DEPUIS L’EUROPE, pour une Turquie multiple et démocratique, pour la liberté du peuple kurde, et la mise en place de bases solides pour le PROCESSUS DE PAIX et la justice sociale.

EngagéEs ensemble dans le FORUM EUROPÉEN POUR LA PAIX CONTRE LA GUERRE ET LA DICTATURE, nous saluons nos amiEs qui se battent pour des espaces libres, durables et écologiques, et soutenons les valeurs démocratiques, les droits humains, la protection de l’environnement.

Nous sommes devenus des cibles du gouvernement totalitaire de l’AKP en Turquie, nous sommes réunis en Europe pour continuer la lutte contre la guerre, le racisme, la violation des droits, l’oppression, et l’injustice.

Nous vous invitons TOUTES ET TOUS, qui sont pour la PAIX, la DÉMOCRATIE et la LIBERTÉ, à prendre part à cette lutte pour une vie à partager.

FORUM EUROPÉEN POUR LA PAIX CONTRE LA GUERRE ET LA DICTATURE
01.01.2017


Savaşa ve Diktatörlüğe Karşı Barış İçin Avrupa Forumu çoğunluğunu yakın zamanda Türkiye’den ayrılmak zorunda bırakılanların oluşturduğu farklı meslek gruplarından 67 aktivistin katılımıyla 17 ve 18 Aralık 2016 tarihinde kuruldu. Berlin’de Rosa Luxembourg Vakfı’nda gerçekleştirilen toplantılar sonrasında kuruluşuna karar verilen Savaşa ve Diktatörlüğe Karşı Barış İçin Avrupa Forumu bir kuruluş deklarasyonu yayımlayarak herkesi savaşa ve diktatörlüğe karşı mücadeleye çağırdı.

Forumun koordinasyon kurulunda Ahmet Nesin, Çetin Gürer, Defne Asal, Demir Küçükaydın, Engin Sustam, Filiz Koçali, Fuat Ateş, Hatip Dicle, Mehmet Faruk Öztürk, Mehmet Rauf Kesici, Mustafa Sarısülük, Nil Mutluer, Pınar Şenoğuz, Ragıp Zarakolu, Rotinda Polat, Sakine Essen, Selim Eskiizmirliler bulunuyor.

TÜRKİYE HALKLARININ İÇİNE İTİLDİĞİ KANLI SAVAŞA VE ÖZGÜRLÜKLERİ TUTSAK EDEN FAŞİST DİKTATÖRLÜĞE KARŞI

Bizler, hakikat uğruna emek veren akademisyenleriz. Halkın haber alma hakkını savunan gazeteci, yazar, radyocu ve televizyoncularız. Halkların eşitliği ve kardeşliği peşinde koşan siyasetçileriz. Adalet için mücadele veren hukukçularız. Özgür ruhlar için sanatçılarız. Ekmek ve gül uğruna mücadele eden sendikacılarız. Patriyarkaya, tecavüze ve şiddete boyun eğmeyen kadınlarız. Eşitlik ve özgürlüğün çığlığı LGBTiQ’larız. Bizler; KÜRT, TÜRK, ALEVİ, YAHUDİ, ERMENİ, ÇERKES, RUM, ROMEN, SÜRYANİ, EZİDİ ve HRİSTİYANLAR ezcümle özgür ve adaletli bir yaşam istediği için YERİNDEN EDİLENLERİZ.

Bizler; BARIŞ VE ÖZGÜRLÜK İSTEDİĞİ İÇİN doğduğu ülkede işsiz bırakılan; yaşama, çalışma, ifade, örgütlenme hakları elinden alınan, tehdit edilen; evleri basılan, linçe uğratılan, işkence edilen, adaletsiz bir yargı karşısında sayısız davaya maruz bırakılan, yaftalanan, hedef gösterilen, hapsedilmek istenenleriz.

Bizler; hak ve özgürlük taleplerimize savaşla karşılık verme siyasetinin, hiçbir sınır ve kanun tanımaksızın, yaşamı ve renklerini acımasızca yakıp yıktığı ERDOĞAN ve KİRLİ MÜTTEFİKLERİNİN; darbe girişimini önleme gerekçesinin ardına sığınarak; OHAL’i ebedileştiren kanlı bir diktatörlüğü topluma dayattığı, faşist rejim için siyasi tahkimat yaptığı; yargıyı hükümet kontrolü altına aldığı, şiddet, taciz ve tecavüzü yaşamın her alanında meşrulaştırdığı, adaleti ve hukuku hiçe saydığı TÜRKİYE’DEN AVRUPA’YA GELENLERİZ…

Türkiye’nin demokratikleşmesi ve toplumsal BARIŞIN BİR AN ÖNCE TESİSİ için haklı talebimizi ve mücadelemizi, nerede olursak olalım HEP BİRLİKTE sürdüreceğimizi, sözümüzün arkasında olduğumuzu AVRUPA’DAN ilan ediyoruz.

Yaşamı ve onun renklerini yok sayan totaliter rejimin doğrudan hedefi haline getirilen ve Avrupa’nın değişik ülkelerinde yaşamak zorunda bırakılan bizler; diktatörlük dayatmasına ve onun kanlı savaş siyasetine, ırkçılığa, cinsiyetçiliğe, hukuksuzluğa, insan hakları ihlallerine, baskıya, zulme, adaletsizliğe ve linçlere karşı SUSMADIĞIMIZI, SUSMAYACAĞIMIZI VE HAKLILIĞIMIZI haykırmak için bir aradayız.

SAVAŞA ve DİKTATÖRLÜĞE KARŞI BARIŞ İÇİN AVRUPA FORUMU adı ile çıktığımız bu yolda özgür topraklar ve ortak bir yaşam için mücadele veren tüm dostlarımızı ve yoldaşlarımızı selamlıyor ve kararlılığımızı coşkuyla HAYKIRIYORUZ.

Ve BARIŞ, DEMOKRASİ içinde ÖZGÜRCE YAŞANAN TOPRAKLARDAN yana olan HERKESİ, bu ortak yaşam arzusunu gerçek kılmak için omuz omuza MÜCADELEYE davet ediyoruz…

SAVAŞA ve DİKTATÖRLÜĞE KARŞI BARIŞ İÇİN AVRUPA FORUMU
01.01.2017


LI DIJÎ DÎKTATORIYA FAŞÎST KU GELÊN TIRKIYEYÊ AJOTIYE NAVA ŞEREKE XWÎNRIJ Û AZADÎXWAZÎ DÎL GIRTIYE!
Em, akademîsyen in ku li pey heqîqetê de ked didin. Em; rojnamevan, nivîskar, radyokar û televizyonkar in ku parêzvanî ji mafê agahî standina gel re dikin. Em, siyasetmedar in ku ji bo wekhevî û biratiya gelan tevdigerin. Em, huqûqnas in ku ji bo edaletê têdikoşin. Em hinermend in ji bo giyana azad. Em, sendîkakar in ku ji bo nan û gulan têdikoşin. Em jin in ku stuyê xwe li ber patriyarkayê, tecawizê û şiddetê natewîn in. Em, LGBTÎQ’iyên banga wekhevî û azadiyê ne.

Em; KURD, TIRK, ELEWÎ, YAHÛDÎ, ERMENÎ, ÇERKEZ, RÛM, ROMEN, SURYANÎ, ÊZDÎ û XIRISTIYANên ku em hemû, ji ber daxwaziya jiyanek azad û adil ji CIH Û WARÊN XWE HATIN IN DERXISTIN.

Em; yên ji ber AŞTÎXWAZÎ Û AZADÎXWAZIYÊ, li welatê ku lê ji dayikbûyî bêkar hatine hiştin, yên ku mafê jiyanê, xebatê, xwepênasê û rêxistiniyê ji dest hatiye standin, tên tehdît kirin; yên êrîş diçin ser malên wan, tên ricimandın, tên êşkencekirin, yên her roj laqay dadigeriyek ne adil tên, her wiha yên derew lê tê kirin, hedef tên nîşandan û tên xwestin ku bikevin zîndanê.

Em; yên ji TIRKIYEK wisa hatine AVRÛPAYÊ, ku li wira siyaseta şer li himber daxwaziyên me yên maf û azadiyê tê bi karanîn, bi hinceta pêşîgirtina li pêngava derbeyê ERDOGAN û HEVKARÊN WÎ YÊN GEMAR, di êrişkariya xerakirinê de ti sînor û zagona nasnakin, xera dikin û dişewitinin, dixwazin dema OHALê (Rewşa Awarte) dirêj bikin û bi vî awayî diktatoriya xwe û sistema xwe ya faşist û xwînrij ya li ser civakê demdirêj bidin meşandin, dadigerî xistiye bin kontrola xwe, şiddet, taciz û tecawiz li her aliyê jiyanê rewa kiriye, edalet û huqûq xistiye bin piyan.

Em ji AVRUPAYÊ radigihînin, ku ji bo DI NÊZÎKTIRÎN DEM DE Tirkiyek demokratîk û AŞBÛNEK civakî  WERE AVAKIRIN,  li kuderê dibe bila bibe em ê HEMÛ BI HEVRE daxwazî û tekoşîna xwe ya mafdar bidin meşandin, em ê her dem li pey soza xwe bin.
Em ên jiyan û hemû rengên wê ji wan re hate qedexekirin û yekser bûn hedefa rejima totaliter û ji naçarî li cûrbecûr welatên Avrupa bûne penaber, li dijî siyaseta şer û xwînrij a diktatoriyê, nijadperestiyê, cinsiyetperestiyê, bê huqûqiyê, nenasiya mafên mirovahiyê, zordariyê, zilmê, bê edaletiyê û ricmê ji bo bi dengê bilind bi qîrîn bêjin EM NE BÊDENG IN, EM BÊDENG NAMÎNIN Û EM MAFDAR IN em li cem hev in.

Em ku bi navê FORMA AVRUPA YA JI BO AŞTIYÊ YA LI DIJÎ ŞER û DÎKTATORIYÊ derketine, di vê rê de, em silavên xwe li hemû heval û dostên xwe yên ku ji bo xaka azad û jiyanek hevpar têdikoşin dikin û biryardariya xwe jî bi coş DIQÎRÎN.

Û em HERKESÊN ku daxwazkarê AŞTIYÊ ne û jiyana di nava DEMOKRASIYÊ de LI SER XAKA AZAD diparêzin, ango ji bo ku em vê xwesteka jiyana hevpar bikin heqîqet, em wan daxwazî TEKOŞÎNA  bi hev re ya mil bi mil dikin…

FORMA AVRUPA YA JI BO AŞTIYÊ YA LI DIJÎ ŞER û DÎKTATORIYÊ
01.01.2017


AGAINST THE BLOODY WAR THAT PEOPLE OF TURKEY DRAGGED INTO AND FASCISM THAT CAPTIVES FREEDOM

We’re the academicians who are endeavoring for the truth. We are the journalists, writers, radio, television and media workers who advocate the right of the people to receive true information. We are the politicians who pursue the equality and fraternity of the people. We are the lawyers who struggle for the justice. We are the artists for free souls. We are the unionists who are striving for bread and roses. We are the women who do not bow-down to patriarchy, rape, and violence. We are the LGBTiQs, who are scream of the equality and freedom.

We are the KURDS, TURKS, ALAWITES, JEWS, ARMENIANS, CIRCASSIANS, GREEKS, ROMANS, RUMS, ASSYRIANS, YAZIDIS and CHRISTIANS in brief; we are the people, who have been forced to displace for their freedom and justice demands.
We are the people who lost their jobs; whose rights to live, work, organize, assemble and express of ideas have been deprived of, who are threatened, whose houses’ were raided, faced lynching, tortured, have many cases against injustice court, blacklisted in the society, and facing a risk of the imprisonment sentence for DEMANDING PEACE and FREEDOM.

We are the people of Turkey, who came to Europe from where, ERDOGAN and HIS ILLICIT COLLABORATES responding our demands of the freedom and peace with the war clouds; cruelly crushing the life, imposed perpetuity of the bloody dictatorship of the ongoing state of emergency ON THE PRETEXT of PREVENTING THE “COUP ATTEMPT”, restraining judicial independence to build a fascist regime, legitimizing violence, continuing harass and rape the life.

We are declaring and affirming from Europe that WE WILL STAND OUT for our rightful demands of PEACE and FREEDOM and we will keep STRUGGLING for building the SOCIAL PEACE and DEMOCRATIZATION of THE TURKEY immediately, wherever we are.
We are MANIFESTING THAT “WE WILL NOT HUSH” in spite of the ERDOĞAN’S BLOODY WAR, racism, sexism, human rights abuses, oppression and lynch politics that showing us as a direct target and forcing us to live in the Europe and STANDING UP together against the totalitarianism which destroying the life and its colors.

We are GREETING fervently all of our comrades, who struggle for the sake of the freedom and peaceful common life desire from the road of the “EUROPEAN FORUM for PEACE AGAINST WAR AND DICTATORSHIP” and reaffirming our determination with ENTHUSIASM from here, once again.

We ardently invite ALL those who are in favor of the peace and freedom, to struggle side by side to make this common peaceful life desire REAL.

EUROPEAN FORUM for PEACE AGAINST WAR AND DICTATORSHIP
01.01.2017


GEGEN DEN KRIEG, DEM DIE VÖLKER DER TÜRKEI AUSGESETZT SIND UND GEGEN DIE FASCHISTISCHE GEWALTHERRSCHAFT

Wir sind Akademiker_innen, die für die Wahrheit arbeiten; Schriftsteller_innen, Journalist_innen, die das Recht des Volkes auf Information verteidigen; Politiker_innen, die der Gleichheit und Geschwisterlichkeit der Völker folgen; Jurist_innen, die für die Gerechtigkeit kämpfen; Künstler_innen für die freie geistliche Entwicklung der Menschen; Gewerkschaftler_innen, die für ein menschenwürdiges Leben ihrem Kampf nachgehen; Frauen, die sich dem Patriarchat, der Gewalt und dem Missbrauch nicht beugen; die LGBTiQ’s, deren Aufschrei der Freiheit und Gleichheit gilt.

Wir sind Kurden, Türken, Alewiten, Juden, Armenier, Tscherkessen, Griechen, Roma, Assyrer, Aramäer, Ezidis und Christen und alle anderen, die vertrieben wurden, weil sie sich nach einem freien und gerechten Leben sehnten.

Wir sind diejenigen, die in ihrem eigenen Land in die Arbeitslosigkeit getrieben wurden, denen das Recht auf Leben, Arbeit, Selbstausdruck und Organisation geraubt wurde, die unter Drohungen leben müssen, deren Wohnungen gestürmt wurden, die Lynchkampagnen ausgeliefert sind, gefoltert wurden, vor der ungerechten Justiz unzähligen Verfahren ausgesetzt sind, abgestempelt wurden, zur Zielscheibe erklärt und verhaftet wurden.

Wir sind diejenigen, die nach Europa gekommen sind; aus der Türkei, wo Erdogan und seine schmutzigen Komplizen unsere Forderungen nach Recht und Freiheit mit Krieg erwidern, grenzenlos und gesetzlos das Leben und die Multikulturalität (und Pluralität) zerstören; unter dem Vorwand, einen Putschversuch zu verhindern, der Gesellschaft eine blutige Diktatur aufzwingen, um den jetzigen Ausnahmezustand zu verewigen und die Grundlage für eine faschistische Staatsmacht zu festigen. Wir kommen aus einem Land, wo sich die Justiz unter der Kontrolle des Regimes befindet, wo Gewalt und Vergewaltigung in allen Lebensbereichen legitimiert, die Gerechtigkeit und das Rechtwesen aufgehoben wurden.

Wir verkünden hier aus Europa, dass wir die Demokratisierung der Türkei und sofortige Herstellung des gesellschaftlichen Friedens überall und gemeinsam fordern und hinter unserem Wort stehen, wo auch wir uns befinden.

Wir, diejenigen, die von dem totalitären Regime, das das Leben und seine Multikulturalität verachtet, zur Zielscheibe erklärt wurden und deshalb nun in verschiedenen Ländern Europas leben müssen, sind zusammengekommen, um gegen die diktatorischen Ziele der Staatsmacht und ihre blutige Kriegspolitik, gegen Rassismus, Sexismus, Rechtlosigkeit, Menschenrechtsverletzungen, Unterdrückung, Grausamkeit, Ungerechtigkeit und die Lynchkampagnen unsere legitime Stimme zu erheben und auszurufen, dass wir nicht geschwiegen haben und nicht schweigen werden.

Im Namen des EUROPÄISCHEN FORUMS FÜR FRIEDEN, GEGEN KRIEG UND DIKTATUR grüßen wir alle unsere Freund_innen und Genoss_innen, die sich für ein freies Land und ein gemeinsames Leben einsetzen und erklären unsere Entschlossenheit.

Und wir laden alle, die für FRIEDEN, DEMOKRATIE UND FREIHEIT stehen, zu einem vereinten Kampf ein, um den Willen eines gemeinsamen Lebens zu verwirklichen.

EUROPÄISCHES FORUM FÜR FRIEDEN, GEGEN KRIEG UND DIKTATUR
01.01.2017

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Message de Zehra Doğan • Zehra’dan mesaj var http://www.kedistan.net/2017/01/06/message-de-zehra-dogan/ Fri, 06 Jan 2017 21:40:42 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38480 Journaliste et artiste, Zehra Doğan, avec ses dessins réalisés en prison, était l’invitée d’honneur de l’exposition organisée par France-Kurdistan à l’Espace Niemeyer à Paris. L’expo sera ouverte du 3 au 16 janvier. 200 œuvres de 85 artistes seront vendues pour le bénéfice du peuple kurde.  Zehra nous a fait parvenir un message remerciant les organisatrices/teurs, artistes et visiteurs, […]

Cet article Message de Zehra Doğan • Zehra’dan mesaj var a été publié par KEDISTAN.

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Journaliste et artiste, Zehra Doğan, avec ses dessins réalisés en prison, était l’invitée d’honneur de l’exposition organisée par France-Kurdistan à l’Espace Niemeyer à Paris. L’expo sera ouverte du 3 au 16 janvier. 200 œuvres de 85 artistes seront vendues pour le bénéfice du peuple kurde. 

Zehra nous a fait parvenir un message remerciant les organisatrices/teurs, artistes et visiteurs, qui fut lu lors de l’inauguration. Grand moment d’émotion…

 Lorsque j’ai été mise en garde-à-vue en 2006, en tant que “l’enfant qui a jeté des pierres à la police”, ma mère avait réagi en disant “Qu’a-t-elle fait mon enfant pour l’arrêter, a-t-elle tué quelqu’un ?”, la police lui avait répondu “Ce serait mieux si elle avait tué quelqu’un. Elle est mise en garde-à-vue pour un crime plus important. Ta fille est séparatiste !”. Dix années se sont écoulées, mais cette vision n’a pas changé. A Nusaybin où je m’étais rendue pour faire du journalisme parler des désastres de la guerre et des massacres, et travailler sur la BD dans laquelle je voulais raconter mes témoignages, je me suis faite arrêter encore une fois comme “séparatiste”.

J’ai subi des questions comme : “Pourquoi tu es à Nusaybin ?”, “Pourquoi as-tu écris cette information ?”, “Avoue, est-ce toi qui as réalisé tous ces dessins ?”. Réfléchissez, qu’on demande “Pourquoi vous êtes en France” et qu’on vous regarde comme un criminel… Que peut-il être de plus naturel qu’une personne vive sur les terres où elle est née ? S’il est question de Turquie, ce n’est pas vu comme quelque chose de naturel ?

Pour faire plus court, il a été décidé, en prétextant mes activités journalistiques, que je suis “membre d’organisation”. Mes dessins sont montrés comme preuves d’appartenance à l’organisation, et je suis envoyée derrière les murs. Je suis sortie de cet endroit où j’avais été envoyée pour être isolée, en apprenant beaucoup de choses des femmes qui s’y trouvaient. Maintenant je me sens plus forte. Mais les souffrances intenses que nous avons vécues cette dernière année, m’ont profondément marquée, comme toutes les personnes qui ont été témoins de ces jours.

Nos aïeulEs kurdes, avec une tradition provenant de la croyance zoroastrienne, ne jettent pas aujourd’hui encore, les cheveux, les ongles coupés. Ils, elles les cachent sous une pierre, leur font un tombeau. On dit “une partie de soi ne doit pas disparaitre sans tombeau”. Mais actuellement, des dizaines de personnes, dont que je connaissais plusieurs de très près, et dont les corps sont déchiquetés par des bombes, n’ont même pas de tombeau. Oui, moi, je suis libre aujourd’hui, pour être jugée en liberté, mais je ne suis pas libre nulle part dans ce pays.

Concernant mon “appartenance à l’organisation”, le Procureur a demandé mon acquittement, mais curieusement, il demande que je sois condamnée pour mes dessins. Mon passeport a été confisqué. La BD que j’avais commencée à réaliser avec une grande émotion, est restée en plan. Les dessins que j’avais réalisé pendant mon incarcération devaient être exposés dans une galerie à Diyarbakır, mais l’administrateur qui a remplacé le Maire l’a empêché. Comprenez que dans ce pays, nous sommes arrivés à un point où nous ne pouvons même pas exposer nos œuvres.

Maintenant, je dois recommencer tout de zéro. Depuis le premier jour de ma naissance sur ces terres, en tant que Kurde, en étant le plus “bas de l’échelle” dans la discrimination de classe, en étant une femme, c’est-à-dire en commençant la vie avec des moins, à vrai dire, le “zéro” n’est pour moi, pas si mal que ça. Je suis prête à recommencer tout de zéro, mais en étant plus forte.

Je pense que, dans ce pays où plus d’une centaine de journalistes, intellectuels et artistes sont emprisonnéEs, je n’ai pas le droit de jeter l’éponge.

J’ai appris de Naz Oke de Kedistan, que certaines de mes œuvres qui devaient être exposées à l’exposition interdite par l’administrateur seront à Paris. Je ne peux pas vous exprimer comme je suis heureuse de cette nouvelle. Dans un moment où vous êtes le plus désespéré, ressentir que des gens vous entendent, est incroyablement beau. En prison, j’ai reçu des centaines de cartes-postales de soutien provenant de la France. Dans les périodes les plus sombres, c’est cette solidarité qui nous a tenuEs debout. Pour cela, je vous remercie infiniment.

N’oublions pas les journalistes et artistes qui sont jetéEs en prison pour avoir dit “Que les enfants ne meurent pas, qu’ils grandissent dans la Paix et avec l’Art”. La solidarité avec eux, avec elles, doit continuer et se renforcer.

J’envoie mes salutations et mes amitiés à tout le monde. Merci encore.

Zehra Doğan

Pour voir les dessins de Zehra | Zehra’nın resimlerini buradan da görebilirsiniz : Journaliste, Zehra dessine l’innommable et Zehra : “Je détruirai les prisons avec stylos et pinceaux”

 

Gazeteci ve sanatçı Zehra Doğan, France-Kurdistan derneğinin Paris’te açtığı sergide okunmak üzere bir mesaj gönderdi. Mesaj serginin açılışında okundu ve büyük bir heyecanla yarattı.

Espace Niemeyer’de düzenlenen sergi 3-16 Ocak tarihleri arasında gezilebilecek. 85 sanatçının 200 eseri Kürt halkının yararına açık artırmada satılacak. Zehra ise resimleriyle serginin onur konuğu.

 

2006’da “taş atan cocuk” diye ilk gözaltına alındığım zaman “Benim kızım ne yaptı, adam mı öldürdü ki onu aldınız” diye tepki gösteren anneme polis, “Senin kızın keşke adam öldürseydi. O şu an daha büyük bir suçla gözaltına alındı. Senin kızın bölücü!” demişti. Aradan on yıl geçti zihniyet değişmedi. Savaşın yıkıntılarını, katliamı duyurmak adına gazetecilik yapmak için ve ayrıca tanıklıklarımın çizgi romanı üzerinde çalışmak için gittiğim Nusaybin’de yine “bölücü” diye tutuklandım.

“Neden Nusaybin’desin?”, “Neden bu haberleri yapıyorsun?”, “İtiraf et bu resimleri sen mi yaptın?” sorularına maruz kaldım. Düşünsenize “Neden Fransa’dasınız?” diye size suçlu gözüyle baktıklarını… Bir insanın doğduğu topraklarda yaşaması kadar daha doğal ne olabilir ki? Söz konusu Türkiye ise bu pek de doğal karşılanmıyor.

Uzun lafın kısası gazetecilik faaliyetimden dolayı örgüt üyesi olduğuma karar verildi. Çizdiğim resimler de örgüt üyesi olduğuma dair delil olarak gösterilerek dört duvar arasına gönderildim. Beni izole etmek adına gittiğim yerden, oradaki kadınlardan çok şey öğrenerek çıktım. Şimdi kendimi daha güçlü hissediyorum. Ancak son bir yıldır yaşadığımız yoğun acılar, o günlere tanıklık eden herkes gibi benim de içimde derin izler yarattı.

Bizim kürt yaşlılarımız, Zerdüşt inancından kalma bir gelenekle, hala kestikleri saçları, tırnaklarını dahi atmazlar. Bir taşın altına koyup saklarlar, mezar yaparlar onlara. Kendimizden bir parça diye mezarsız çürümemeli denir. Ama şu an birçoğunu yakından tanıdığım, bedeni bombalarla parçalanan onlarca insanın bir mezarı dahi yok. Evet ben şu an, tutuksuz yargılanmak üzere serbestim ama bu tekmil ülkede özgür değilim. Savcı örgüt üyeliğinden beraatimi istedi ama ilginçtir ki çizdiğim resimlerden dolayı ceza istiyor. Pasaportuma ise el konuldu. Büyük bir heyecanla başladığım çizgi roman yarıda kaldı. Tutuklu bulunduğum sırada yaptığım resimler Diyarbakır’da bir galeride sergilenecekti, ona da kayyum engel oldu. Anlayacağınız eserlerimizi dahi sergileyemeyecek duruma geldik bu memlekette.

Şimdi herşeye sıfırdan başlamak zorundayım. Bu topraklarda doğduğum ilk günden bir Kürt olarak, sınıfsal ayrımın “en alt tabakası” olarak, bir kadın olarak, yani yaşama eksilerle başlayan biri olarak, aslında “sıfır” benim için çok da kötü bir sayı değil. Herşeye sıfırdan ama daha güçlü bir şekilde başlamaya hazırım. Hala yüzü aşkın gazetecinin, aydının, sanatçının tutuklu olduğu bu ülkede pes etmeye hakkım olmadığını düşünüyorum.

Serginizde, kayyumun engellediği sergiden bazı işlerimin de bulunduğunu Kedistan’dan Naz Öke’den öğrendim. Bu haberle nasıl mutluyum anlatamam. En umutsuz olduğun bir anda, birilerinin sizi duyduğunu hissetmek inanılmaz güzel. Ben içerdeyken de Fransa’dan yüzlerce dayanışma kartı aldım. En karanlık dönemde bizi dayanışma ayakta tuttu. Bu anlamda sizlere sonsuz teşekkür ediyorum.

“Çocuklar ölmesin, barış içinde, sanatla büyüsün” dedikleri için hapse atılan gazeteci ve sanatçıları unutmayalım. Onlarla dayanışmanın devam etmesi ve güçlenmesi gerek.

Herkese selam ve sevgilerimi yolluyorum. Tekrar teşekkürler.

Zehra Doğan

Photos : Gérard Valck


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Kerema xwe dema hun nivîsên Kedistanê parve dikin, ji bo rêzgirtina maf û keda nivîskar û wergêr, lînk û navê malperê wek çavkanî diyar bikin. Spas

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Le HDP en état d’incendie permanent http://www.kedistan.net/2017/01/06/hdp-en-etat-dincendie-permanent/ Fri, 06 Jan 2017 18:32:25 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38566 C’est difficile, pour quelqu’un qui vit parmi les livres, quelqu’un qui n’écrit plus qu’à propos de littérature et d’autres écrivains, d’essayer d’un coup d’écrire au sujet d’un parti politique. Dix jours que je marche dans les rues d’Istanbul, une ville que je vénère depuis trente ans. Une ville-livre dans les romans d’Orhan Pamuk. Et si […]

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C’est difficile, pour quelqu’un qui vit parmi les livres, quelqu’un qui n’écrit plus qu’à propos de littérature et d’autres écrivains, d’essayer d’un coup d’écrire au sujet d’un parti politique.

Dix jours que je marche dans les rues d’Istanbul, une ville que je vénère depuis trente ans. Une ville-livre dans les romans d’Orhan Pamuk. Et si je raconte qu’un soir de novembre, mon frère rom qui est mendiant dans les rues d’Arles, qui me ramène chaque soir les livres qu’il a trouvé dans les poubelles – je parle de Tibishane Boboc, le roi des ferrailleurs de Camargue – si je raconte qu’il m’a offert l’Istanbul d’Orhan Pamuk un mois avant mon départ, personne ne me croira. C’est un gros livre qui fait le poids d’une belle orange, le seul roman emporté dans mon sac, avec deux recueils de poèmes qui ne pèsent pas plus lourd qu’une petite figue dans la paume de ta main. D’accord, Tibishane n’a pas appris à lire ou à écrire autre chose que son nom de famille, mais lui et sa femme – la Maria-Tibishanka, reine analphabète des cuisinières tsiganes – savent tous les deux que les livres sont devenus sacrés dans ma vie. Et ceux qu’ils m’offrent deviennent parfois les seuls présages que je sache lire. Cet hiver, l’Istanbul de Pamuk est devenu un livre doté d’un grand pouvoir dans mes journées. Il m’indique, le matin, quand je l’ouvre au hasard, une tonalité que je ne cesserai pas de traverser jusqu’au soir, jusqu’au noir de la nuit.

Le matin du 30 décembre, les pages d’Orhan Pamuk parlaient des grands incendies d’Istanbul. Dans son enfance, ils étaient réguliers et frappaient d’anciennes demeures construites en bois sur les rives du Bosphore. Une heure plus tard, dans les locaux du parti HDP où nous avions été invités, il a été plusieurs fois question d’incendies. Le HDP, c’est le Parti Démocratique des Peuples. Et cette idée qu’il y a plusieurs peuples en Turquie, aussi simple qu’indéniable, est à elle seule en contradiction avec la propagande nationaliste du parti au pouvoir. Lui ne veut voir qu’un seul peuple en Turquie. La tromperie de ce parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement), commence précisément par ce mensonge : qu’il n’y aurait qu’un seul peuple en Turquie, une seule idéologie et un seul chef, c’est-à-dire un sultan puisque nous sommes aussi en pleine nostalgie de l’empire ottoman.

Revenons aux locaux du HDP, le temps de partager un thé et de parler politique. C’est Ayşe Berktay qui raconte la première. Et Ayşe n’est pas seulement une ancienne députée du HDP à Istanbul. Elle est aussi écrivaine, historienne, emprisonnée par le passé et distinguée par le Pen Club International. Sa voix n’est pas troublée de raconter ces tragédies auxquelles la Turquie s’est habituée, semble-t-il. J’ai recopié les mots d’Ayşe dans les dernières pages de mon vieux cahier rouge : « À Bursa-Yıldırım, le bâtiment du HDP a été saccagé par les fascistes, juste avant d’être incendié. C’était la nuit du 17 décembre 2016, deux heures à peine après l’attentat à la bombe de Kayseri, près du stade d’Istanbul. Ni la police, ni les pompiers n’ont accepté d’intervenir, de peur d’être lynchés par une foule d’hommes enragés. »

Ces saccages n’ont rien d’exceptionnel pour le HDP, et cette nuit-là, je m’en souviens, les journaux avaient parlé d’une nuit de cristal en Turquie. Rien qu’à Istanbul, les locaux du quartier Kartal avaient été dévastés, tandis qu’à Beylikdüzü, à l’autre bout de la ville, une explosion provoquait d’importants dégâts matériels. À Esenyurt, un autre quartier d’Istanbul, des coups de feu ont visé l’immeuble du HDP. Partout ailleurs à travers le pays, des foules se rassemblaient pour incendier et saccager les bureaux d’un parti qui n’avait pourtant rien à voir avec l’attentat à la bombe d’Istanbul. Mais les déclarations du président Erdo­ğan et de ses ministres n’ont pas cessé de jeter de l’huile sur le feu, établissant un lien entre les poseurs de bombe, appartenant à une fraction armée qui avait rompu avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), et le parti parlementaire qui s’est construit pour défendre les minorités en Turquie, et parmi elles, les Kurdes.

En évoquant la nuit de cristal, la référence à un passé nazi m’avait donné la nausée. L’idée que le nazisme puisse ressurgir après la défaite du IIIe Reich m’a toujours parue impossible à comprendre, comme une quête obstinée d’un malheur collectif, une dérive impardonnable et décidée en connaissance de cause, puisque nos livres d’histoire nous ont raconté la chiennerie des nazis. Nous savons que c’était une tragédie pour l’Europe. Comment vouloir recommencer le pire ?

J’ai continué de recopier les mots d’Ayşe Berktay à l’intérieur de mon cahier : « Après la destruction des locaux du HDP à Bursa-Yıldırım, ce sont les habitants du quartier qui ont réparé les dégâts. Généreusement, des artisans se sont mobilisés pour effacer les traces du saccage. Mais ce matin, le 30 décembre, c’est la police qui a fait irruption dans les locaux tout juste repeints, et qui a pris plaisir à tout détruire à nouveau. » Comment continuer à porter un projet politique d’avenir, quand vous avez contre vous une coalition de brutes épaisses et de services publics ? Il faut la patience et l’endurance d’un guerrier de la paix. Un Vaclav Havel. Et combien de brassées de cette tendresse humaine dont nous avons tant besoin, au moment de pardonner ?

Dans les locaux où nous parlons, deux descentes de police ont eu lieu cet hiver. La première il y a 45 jours. La seconde le 12 décembre, cinq jours avant la nuit de cristal. Quarante personnes ont été arrêtées, encore en garde à vue ce 30 décembre. Sans avocats pour les défendre. C’est Hüda Kaya qui raconte à son tour. Hüda est mère de cinq enfants, écrivaine elle aussi et députée d’Istanbul pour le HDP. Ses paroles me font froid dans le dos. « Il y a une tradition de lynchage en Turquie, explique-t-elle. Et de plus en plus d’appels au meurtre de la part des imams, à l’intérieur des mosquées. Ils disent à leurs fidèles qu’on peut tuer les membres du HDP, qu’il n’y aura pas de poursuites. Que c’est un service rendu à la nation turque. » Hüda porte un voile noir, des lunettes teintées. Elle se tient droit et parle, elle aussi, d’une voix déterminée : « À Istanbul, ce ne sont pas les fascistes qui agressent le HDP mais la police ! Mais nous avons décidé de ne pas oublier le mot Espoir ! »

Comment répondre à Hüda ? Pour briser le silence, nous posons des questions. J’ai envie de prendre sa main, de lui dire que nous sommes prêts à raconter ce qu’elle nous apprend ce matin. Et Ricardo Montserrat cite une phrase qui circulait à Santiago du Chili, parmi tous ceux qui résistaient à la junte militaire de Pinochet : « Nous vaincrons parce que notre capacité à souffrir est plus grande que la leur. » Le thé a refroidi dans nos verres, le consul de France nous attend mais je crois qu’en une heure, à peine, nous avons approché d’une blessure insondable dans le grand corps de la Turquie. Une blessure qui ne cesse pas de s’infecter. À nous de ne pas oublier. À nous de raconter dans nos livres, nos articles et nos pièces de théâtre ce que Hüda Kaya et Ayşe Berktay nous ont confié de leur résistance à la pire des politiques, celle de la haine. Nous serons fidèles à Ayşe et Hüda. Je voudrais qu’elles le sachent.

Tieri Briet, Istanbul, Balık Sokak, le 6 janvier 2017.

hdp


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Cet article Le HDP en état d’incendie permanent a été publié par KEDISTAN.

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Le pourquoi d’une souscription pour le Rojava http://www.kedistan.net/2017/01/04/souscription-rojava/ Wed, 04 Jan 2017 04:30:13 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38471 L’importance du Rojava n’est plus à démontrer dans le rôle qu’il joue pour des propositions de paix et de coexistence entre les Peuples du Moyen Orient. Il a besoin de notre aide et de notre soutien. La représentation du Rojava en France, que le magazine Kedistan soutient dans la mesure de sa petite audience, a […]

Cet article Le pourquoi d’une souscription pour le Rojava a été publié par KEDISTAN.

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L’importance du Rojava n’est plus à démontrer dans le rôle qu’il joue pour des propositions de paix et de coexistence entre les Peuples du Moyen Orient. Il a besoin de notre aide et de notre soutien.

La représentation du Rojava en France, que le magazine Kedistan soutient dans la mesure de sa petite audience, a lancé une souscription financière.

Pour toutes celles et tous ceux qui prennent conscience que les solutions aux guerres du Moyen-Orient passent par les Peuples qui le constituent, et pas seulement dans des tables rondes entre puissances impérialistes, le Rojava constitue une force de proposition politique de paix.

Parce que la mise en place démocratique d’un projet social pour l’ensemble de la mosaïque du Nord syrien, malgré la guerre, permet aujourd’hui à plusieurs millions de personnes de survivre et de s’organiser ensemble et d’avoir la force de proposer un projet confédéraliste pour cette région, il est urgent de les soutenir, et pas seulement par des déclarations politiques ou des aides à la résistance armée.

Nous aurons l’occasion de revenir sur la teneur des avancées politiques (les discussions de Rmeilan) qui, après la chute d’Alep, constituent une alternative aux projets de guerres et de dominations contenus dans le cessez le feu turco-russe.


L’appel de soutien, et les liens pour contribuer

Pour faire face à l’urgence et la tragédie humanitaire dans laquelle notre population est plongée, en raison de la guerre et du blocus contre le Rojava.

Pour faire face à l’afflux continu des réfugiés de toutes origines fuyant toutes les persécutions en Syrie, mais aussi en Irak.

Pour continuer de résister et de lutter contre Daech et les autres groupes terroristes.

Pour faire face à l’hostilité des puissances régionales.

Pour continuer, malgré la guerre et ses tourments, l’expérience sociale et politique d’une société auto-administrée démocratique, libre, laïque, écologiste et juste, où tous les individus bénéficient des mêmes droits (quels que soient leur ethnie, leur religion, leurs croyances, leur sexe, leur genre).

Pour tout cela, la population auto-administrée du Rojava
a besoin de votre soutien !

Nous manquons de tout et aucune ONG n’officie au Rojava.
Nous sommes fragiles et pourtant nous sommes sur tous les fronts.

Le Rojava représente aussi une expérience sociale et politique rare aujourd’hui : nous soutenir c’est entretenir une lueur d’espoir progressiste et émancipatrice, en Syrie et au Moyen-Orient, mais aussi partout dans le monde.

Sous la responsabilité de la Représentation du Rojava en France, mandataire de l’Auto-administration démocratique du Rojava, les fonds collectés ne serviront qu’à la population, au plus près de l’urgence et des besoins :

  • Achat de médicaments et de matériels médicaux
  • Approvisionnement alimentaire de base
  • Déminage de nos territoires
  • Protection et éducation de nos enfants (dont nos orphelins)
  • Reconstruction des villages et des villes, comme Kobanê, ravagés par la guerre contre Daech
  • Accueil des réfugiés, etc.

Plus d’informations sur www.rojavafrance.fr
Facebook : @RepRojavaFrance | Twitter : @RojavaFrance

Et pour souscrire, c’est ICI


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Cet article Le pourquoi d’une souscription pour le Rojava a été publié par KEDISTAN.

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Turquie • Quand le Consul de France cire les pompes http://www.kedistan.net/2017/01/04/consul-france-cire-pompes/ Wed, 04 Jan 2017 03:26:33 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38452 A mon âge, la presbytie a depuis longtemps corrigé ma myopie. Mais, en apprenant ce qu’un Consul européen a dit de la Turquie et d’Istanbul, je mesure soudain combien mes lunettes doivent me tromper. Parce que la France, qui rayonne jusqu’à Istanbul, a toujours raison n’est-ce pas ? Voici ces propos du Consul de France […]

Cet article Turquie • Quand le Consul de France cire les pompes a été publié par KEDISTAN.

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A mon âge, la presbytie a depuis longtemps corrigé ma myopie. Mais, en apprenant ce qu’un Consul européen a dit de la Turquie et d’Istanbul, je mesure soudain combien mes lunettes doivent me tromper. Parce que la France, qui rayonne jusqu’à Istanbul, a toujours raison n’est-ce pas ?

Voici ces propos du Consul de France à Istanbul. Extraits :

Les Turcs n’ont pas changé. Leur générosité est toujours présente tout comme leur hospitalité et leur affection envers les enfants. Les Turcs sont toujours aussi fiers de leur pays et de leur histoire, et ils ont raison de l’être. La Turquie n’a donc pas changé, mais elle a évolué et s’est considérablement modernisée.

Il suffit de voir Istanbul qui a pris une dimension incroyable dans tous les sens du terme. C’est devenu une véritable ville mondiale qui attire tous les talents, toutes les énergies. Istanbul est rempli d’énergies, que ce soit dans le domaine de la création, de l’art ou encore de l’entreprise comme l’illustre d’ailleurs l’essor économique du pays.

La Turquie reste donc fidèle à elle-même, mais continue de se renouveler. C’est un pays qui regarde devant lui. Ceci s’explique notamment par cette foi qu’ont les Turcs en un avenir meilleur. C’est la grande force de ce pays et de sa population.

Les Turcs n’ont pas changé.

Je confirme… Leur nationalisme connaît des paroxysmes, mais c’est vrai, l’école, là, a bien fait son travail. Elle a formé depuis des générations des portes drapeau fiers et heureux d’être turcs, dès la petite enfance. Et Erdoğan sait comment s’y prendre pour le rappeler en permanence. Pour la générosité et l’hospitalité, les fauteuils du Palais sont accueillants visiblement, et les fesses consulaires doivent s’y sentir bien. Je suppose qu’il ne parle pas du petit peuple, qu’il ne fréquente guère, et voit défiler pourtant dans son consulat, des journées entières, pour se voir refuser leurs visas. La France est en effet moins accueillante et hospitalière. Un point de marqué !

La Turquie a évolué et s’est modernisée.

C’est vrai qu’elle a ces temps derniers progressé dans son affection pour les enfants. Elle ne tue plus que des enfants kurdes ou syriens. Les autres, elle abaisse pour eux la majorité sexuelle et leur donne du travail dans des ateliers clandestins. C’est un progrès pour tout le monde, et surtout pour leurs exploiteurs… Bon, c’est vrai, je râle tout le temps.

Nous avons un métro, des ponts, un tunnel, des supermarchés qui ouvrent, ferment, et se ré-ouvrent ailleurs. Les immeubles et les tours poussent comme des champignons, les routes et les échangeurs mènent à des aéroports qui remplacent les forêts, nous avons enfin des pénuries d’électricité

La modernité est là, et bien là. Les minettes enturbannées lisent le Coran dans le bus sur leur I-Phone et parlent fort en restant assises pendant que les vieux comme moi regardent ailleurs. Les drapeaux ne sont plus en coton mais en synthétique et prennent des dimensions incroyables… Tout ça, je le vois bien. La Turquie devient européenne depuis que le Sultan s’en occupe.

Et les talents, les énergies… Tous ces universitaires “ignares et obscurs” qui sont attirés par la noirceur des prisons soudain, avec la main de policiers pleins d’énergie. Il a raison le Consul, là encore. Pourquoi leur laisser leur passeport, à ceux qui, licenciés sans indemnités ni droits à retraite, ne verraient plus qu’on attire leur talent et voudraient se faire la belle en Europe ? Oui, ces talents, comme elle sait les conserver à l’ombre, pour ne pas qu’ils s’abîment…

Et l’entreprise, aaahh l’entreprise, inch’allah, comme elle bétonne bien l’entreprise, comme elle est libre et entreprenante, quand elle fait partie de la famille… Elle en emplit des boîtes à chaussures l’entreprise ! Et le Bilal savait si bien autrefois les faire passer en Italie. Aujourd’hui, la modernité, c’est la banque française, façon de rester fidèle à soi-même et de renouveler les comptes.

Le Sultan regarde l’avenir de 2023, centenaire de la “révolution nationale”. Il la voit libérale, ottomane dans sa façon de dominer le monde, bigote et bien nationaliste, sa Turquie. On pourrait le dessiner de profil, avec un croissant derrière lui, qui regarde la Mecque du côté des banques suisses… avec, à ses côtés, la figure d’une “mère”. Oh non, pas de celles qui recherchent leur fils et filles disparuEs, mais de celles qui promettent des enfants, comme c’est leur “fonction”.

Je ne sais pas trop à quelle occasion ce rétenteur de visas français a prononcé son ode à la Turquie moderne, mais j’ai le sentiment qu’il aurait mieux fait de se taire, plutôt que présenter ses voeux. Je sens que je vais regarder le Consulat autrement, quand je passerai devant. J’en connais qui vont y apporter des portraits d’Erdoğan, pour remercier.

Mais, j’y pense, il a peut être crû qu’en disant tant de belles choses, il éviterait les balles d’un policier grincheux.

Si vous voulez en savoir plus, et surtout lire ceci, “Mais cette tentative putschiste a montré aussi la maturité démocratique du peuple turc ainsi que la force de ses institutions.”toujours de la bouche du Consul, allez donc faire un tour par là et vous verrez qu’on peut dire qu’il est “resté français”.1

Petite note de kedistan : nous comprenons aisément le courroux du fait qu’il ne s’agit pas d’une déclaration “diplomatique” convenue dans une réunion officielle, mais d’une interview donnée à une feuille de chou à destination des francophones de Turquie, où rien ne l’obligeait à faire dans les louanges, et où il aurait pu se contenter de raconter “sa” vie.

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Barbaros Şansal, victime de lynchage http://www.kedistan.net/2017/01/03/barbaros-sansal/ Tue, 03 Jan 2017 21:40:13 +0000 http://www.kedistan.net/?p=38380 Barbaros Şansal, est un styliste connu en Turquie, aussi bien par ses créations, que par son franc parler bien à lui, tout comme son activisme pour les causes LGBTI et antimilitaristes … Barbaros est en état d’arrestation depuis le 2 janvier. Voilà le déroulé des jours derniers … Pour les fêtes de fin d’année, Barbaros se […]

Cet article Barbaros Şansal, victime de lynchage a été publié par KEDISTAN.

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Barbaros Şansal, est un styliste connu en Turquie, aussi bien par ses créations, que par son franc parler bien à lui, tout comme son activisme pour les causes LGBTI et antimilitaristes … Barbaros est en état d’arrestation depuis le 2 janvier.

Voilà le déroulé des jours derniers …

Pour les fêtes de fin d’année, Barbaros se trouvait à Chypre. Après l’attentat d’Istanbul qui a fait 39 morts et plus de 60 blessés le jour du réveillon, Barbaros a publié un message vidéo acide pour le “nouvel an”.

Bien sûr, bien sûr… Rien à discuter. Le 2017 vous est rentré tous… Heureuse année. Profitez-en.
Respirez un grand coup. Allongez-vous sur votre côté, relaxez-vous, relevez votre genoux vers le ventre, et faites comme si vous poussiez…

Tu peux m’écrire le nom de la misère Abidin ?2Hein ? Alors qu’autant de journalistes sont en arrestation, autant d’enfants subissent abus et viols, autant de corruption et pots de vin prospèrent, des bigots fanatiques distribuent des saloperies,2vous fêtez encore le Nouvel-An ?

Non non, moi je ne le fête pas. Vous savez ce que je vais faire maintenant ? Moi, je vais boire toutes les boissons en bas, à la maison. Je vais tout boire, tout tout, je ne vous laisserai même pas une goutte. Je vais mettre tous mes Dollars en Suisse, je ne donnerai même pas un centime. Autrement, je suis à Chypre. La [République turque de ] Chypre du Nord, comme la Turquie -parce qu’il y a aussi une obligation comme ça aussi-3est déjà entrée dans la nouvelle année. Or, pour la République de Chypre ce sera dans une heure. Je vais donc bientôt aller à Nicosie, et je vais le fêter là-bas aussi. Je vais boire là-bas aussi. Je vais boire tout. D’accord mon bébé ? Je ne vous embrasse même pas. Allez continuer à fêter, dans autant de saleté, de scandales et de misères.
Turquie, noie-toi dans ta merde.

Suite à la publication de cette vidéo, le gouvernement de Chypre turc a arrêté Barbaros et l’expulsé vers la Turquie, le 2 janvier.

Barbaros Şansal
“Nous ne voulons pas de Barbaros Şansal qui insulte notre Mère-Patrie
dans La République turque de Chypre du Nord”

Ayant été montré comme cible, par les médias ultra-nationalistes, Barbaros était attendu à l’aéroport.

Au moment du débarquement, pendant que Barbaros descendait de l’avion, un groupe de nationalistes en colère qui s’était introduit sur la piste, l’a attaqué et a essayé de le lyncher. Il est difficile de définir si ce groupe était constitué des employés autorisés à accéder sur la piste, ou de personnes introduites sur les lieux. Plusieurs vidéos enregistrées par des téléphones portables sont mises en ligne sur Internet. On peut clairement entendre les injures à l’encontre de Barbaros “Fils de pute”, “Traitre à la Patrie”, “Pédé”…

Barbaros a été tabassé par cette foule enragée et a ensuite été mis en garde-à-vue. Son avocat Efkan Bolaç a déclaré que son client a été blessé à la taille, aines et reins et au visage. Le styliste, accusé de “inciter le peuple à la haine” est actuellement détenu.

Il refuse cette accusation et maintient que ses propos étaient satiriques.

Des organisations de société civile, syndicats et partis progressistes, ainsi que des artistes et intellectuellEs publient leur solidarité à Barbaros Şansal, et dénoncent son expulsion, lynchage et arrestation.

Notons que Chypre est depuis un moment scène de tensions. (Kedistan prépare un prochain article sur ce sujet)

Fait divers ?

De telles déclarations de “nouvel an”, ciblant une réalité turque intolérable ne sont pas anodines, dans la bouche d’une “personnalité”. Elles sont le signe d’une exaspération terrifiante, à laquelle la nouvelle du massacre par Daech s’est sur-ajoutée.

A l’inverse, le fait que ces propos “vidéo” aient entraîné une arrestation, suivie d’une expédition punitive à l’arrivée en Turquie montre l’état de décomposition avancée de la société turque, que provoquent et entretiennent ses dirigeants, ses médias alliés, pour le maintien de leur pouvoir sans partage.

Cette haine distillée, qui trouve ses exécuteurs de basses oeuvres, chaque fois que nécessaire, pour la moindre des exactions à commettre, pénètre la société civile, comme elle a inspiré les milices armées au Bakur, auteurs des crimes et atrocités contre civils et combattantEs kurdes.

Barbaros Şansal, a sa manière, à sa place “sociale”, a signé une sorte de pétition vidéo désespérée mais ironique pour la paix.

Le régime lui en fera probablement payer le prix fort, comme il le fait déjà pour des milliers d’autres, accusés avant lui de vouloir être eux-mêmes, sans se soumettre.


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