KEDISTAN http://www.kedistan.net Le petit magazine qui ne se laisse pas caresser dans le sens du poil Mon, 27 Mar 2017 16:08:07 +0000 fr-FR hourly 1 http://www.kedistan.net/wp-content/uploads/2015/10/cropped-goz-boncuk-perle-oeil-32x32.png KEDISTAN http://www.kedistan.net 32 32 Tarnac, Plateau des Mille Vaches • Débats, repas, concert – 8 avril http://www.kedistan.net/2017/03/26/tarnac-debats-turquie-kurdistan/ Sun, 26 Mar 2017 19:53:16 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43813 Un week-end à la fois studieux et festif, dans les environs de Tarnac, durant lequel Kedistan montrera le bout de l’oreille, en ce début de Printemps, sur le Plateau des Mille Vaches. Samedi 8 avril 2017 Au Plateau des Mille Vaches Dans le cycle « Le visage du monde change, comprendre, prendre part aux bouleversements en […]

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Un week-end à la fois studieux et festif, dans les environs de Tarnac, durant lequel Kedistan montrera le bout de l’oreille, en ce début de Printemps, sur le Plateau des Mille Vaches.


Samedi 8 avril 2017
Au Plateau des Mille Vaches


Dans le cycle « Le visage du monde change, comprendre, prendre part aux bouleversements en cours. »

TURQUIE • KURDISTAN • SYRIE
Trajectoires révolutionnaires, état d’urgence et contre-insurrection…

17h30
DISCUSSION
sur la situation politique en Turquie et au Kurdistan

en présence des membres du Kedistan

20h00
REPAS
Spécialités kurdes
Entrée, plat & dessert • 10€
Réservations jusqu’au 5 avril 06 84 55 62 02

22h00
CONCERT • 5€
Groupe Aman Aman
Musique d’Anatolie et du Kurdistan et autres variantes Rock’n’roll
Sex, drugs & rebetiko 
chansons populaires en grec

Etat d’urgence, instrumentalisation des réfugiés et répression de l’opposition en Turquie

La Turquie d’Erdoğan s’enfonce chaque jour un peu plus dans un régime politique totalitaire et paranoïaque. La rhétorique anti-terroriste inonde quotidiennement les quelques médias qui paraissent encore et justifie tout, les arrestations arbitraires, la sale guerre contre les Kurdes dans le sud-est du pays, la censure, les procès politiques, les rafles d’opposants… En l’espace d’à peine quelques mois le régime d’Erdoğan est passé du statut de « bon élève » du Moyen-Orient, candidat plausible à l’adhésion à l’Union Européenne, à un État Policier où la démocratie n’est plus que de pure façade. Ce qu’il se passe au Moyen-Orient nous est très proche sous de multiples aspects et les effets des bouleversements en cours là-bas se font déjà sentir ici. A travers l’état de guerre généralisé et les flots de réfugiés qu’il suscite, nos situations nationales étriquées s’interpénètrent de multiple façons.

2011 avait vu une vague sans précédent de soulèvements contre les tyrannies en place au Moyen-Orient. La Turquie d’Erdoğan elle-même avait été touchée à travers l’occupation massive du parc Gezi et les mouvements qu’elle a entraîné, en 2013. Depuis 2015 ces vagues de soulèvements ont rencontré une vague symétrique de contre-révolutions, dans laquelle les états, mêmes concurrents, savent très bien s’entendre pour écraser les rêves de liberté. Alors que Bachar Al Assad et ses alliés mettaient la Syrie à feu et à sang pour se sauver d’une chute certaine, Erdoğan relançait la guerre civile contre les Kurdes de Turquie pour sauver son avenir électoral. Dans un cas comme dans l’autre on s’autorise de la « guerre au terrorisme » pour massacrer et mettre les populations en coupe-réglée. Les ennemis désignés diffèrent, les méthodes, elles, ont une proximité troublante. Le uns et les autres savent tour à tour soutenir les mouvements d’opposition chez le voisin avant que leurs intérêts convergent dans l’écrasement des dites oppositions.

La résistance kurde, le PKK et la doctrine du « confédéralisme démocratique » à l’épreuve de la guerre

Aux confins de la Turquie et de la Syrie, une expérience politique singulière tente de tracer sa propre route depuis des années. Les mouvements politiques kurdes ont fait beaucoup de chemin depuis les années quatre-vingt où la question identitaire kurde et la lutte anti-coloniale ont été amenées sur le devant de la scène par une nouvelle génération de militants politiques kurdes. En a résulté une guerre civile sans pitié et des opérations de contre-insurrection massives, qui causèrent des milliers de morts et des milliers de réfugiés dans les années quatre-vingt-dix (« la sale guerre »). C’est à cette époque que des réfugiés kurdes sont arrivés notamment sur le Plateau, à Peyrelevade.

Le début de l’ère Erdoğan avait signé une tentative de processus de paix avec les mouvements kurdes qui n’a tenu que le temps qu’Erdoğan se rende compte que ses « efforts » n’avaient pas les effets électoraux escomptés. Dès 2015, voyant les expériences d’autonomie territoriales kurdes se développer le long de la frontière Syro-Turque, et se sentant menacé à l’intérieur par le poids croissant de partis politiques dits « pro-kurdes », il relance la stratégie de la tension dans le sud-est du pays, jusqu’à des épisodes de guerre ouverte avec les factions militantes organisées dans le cœur des villes à majorité kurde tout au long de l’année passée.

Les mouvements liés au PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan, un des protagonistes principaux de la guerre dans les années quatre-vingt-dix, fondé et dirigé par Abdullah Öcalan jusqu’à son arrestation et sa mise en détention par l’État Turc en 1999), ont désormais un rôle dominant tant la résistance kurde côté Turc que dans les régions à majorité kurde du nord de la Syrie (Rojava). Suite à un virage idéologique et stratégique opéré au début des années 2000, le parti-guérilla marxiste et indépendantiste, développe un discours et un programme basé sur des fédérations de communes, de conseils locaux ou de travailleurs, de groupes de femmes et d’une armée partisane. Il a officiellement abandonné l’idée d’un État-Nation kurde et de la forme État de manière générale. Cette expérience en cours naturellement limitée par l’État de guerre généralisé dans la région et par l’histoire politico-militaire hiérarchique et autoritaire du PKK suscite de par le monde de réels espoirs ainsi que de nombreuses questions…

D’où les questions que nous nous poserons à l’issue de cette présentation

Quelles actions possibles depuis ici pour soutenir les mouvements de résistance à l’état policier en Turquie ?

Quel soutien apporter aux mouvements qui tentent de construire l’autonomie au Kurdistan syrien ?

Comment se donner les moyens (information, rencontres, documentation) d’une solidarité critique avec des mouvements dont les stratégies complexes sont parfois peu lisibles depuis ici ?


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Kedistan’ın tüm yayınlarını, yazar ve çevirmenlerin emeğine saygı göstererek, kaynak ve link vererek paylaşabilirisiniz. Teşekkürler.
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Ronahi TV • Journal du 26 mars 2017 http://www.kedistan.net/2017/03/26/ronahi-tv-journal/ Sun, 26 Mar 2017 19:34:33 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43762 “Chroniques de la révolution kurde”, est le journal télévisé présenté par Ronahi TV chaque dimanche. C’est un retour en textes et vidéos, sur la semaine écoulée. Voici celle du 19 au 26 mars 2017. Il s’agit donc d’une émission d’informations régulière, en langue française, que vous retrouverez ici, chaque semaine, en partenariat avec Kedistan. * Exceptionnellement, […]

Cet article Ronahi TV • Journal du 26 mars 2017 a été publié par KEDISTAN.

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“Chroniques de la révolution kurde”, est le journal télévisé présenté par Ronahi TV chaque dimanche. C’est un retour en textes et vidéos, sur la semaine écoulée. Voici celle du 19 au 26 mars 2017.

Il s’agit donc d’une émission d’informations régulière, en langue française, que vous retrouverez ici, chaque semaine, en partenariat avec Kedistan.


* Exceptionnellement, le journal n’a pas été enregistré, et nous en livrons le texte, avec les vidéos de référence.


NEWROZ
FÊTE DE LA RÉSISTANCE

Le Newroz est la fête traditionnelle pour célébrer le nouvel an, basée sur le calendrier persan. Il s’agit du premier jour du printemps…
L’origine de Newroz s’appuie sur la légende de Kawa le Forgeron qui s’opposa, selon la tradition, au roi Dihak (ou Dehak), un tyran qui faisait régner la terreur sur tout le pays.Newroz L’histoire commence en Mésopotamie, au pied des montagnes de Zagros. Il y avait un grand château de pierres qui comptait de nombreuses tours et de hauts remparts. Ce château était gouverné par un homme cruel appelé Dehak. Dehak avait une particularité : il avait sur les épaules deux serpents qui devaient dévorer chaque jour de la cervelle humaine. Ces serpents avaient poussé sur ses épaules suite à un pacte qu’il avait conclu avec le démon venu le tenter. Tous les matins, donc, deux jeunes gens étaient sacrifiés et les serpents du roi étaient nourris avec leur cervelle.
Dans un village, à côté du château, se trouvait un forgeron -nommé Kawa- qui avait déjà sacrifié 16 de ses 17 enfants. Quand le moment fut venu pour sa dernière fille d’être sacrifiée, son père, qui l’aimait très fort, se révolta. A la place de la cervelle de sa fille, il envoya celle d’un mouton mort. Le roi ne s’aperçut de rien. Puis, Kawa cacha sa fille dans les montagnes. Les autres habitants comprirent alors qu’ils pouvaient tromper le tyran. Ainsi, à chaque fois que le roi demandait un nouveau sacrifice, les gens imitaient Kawa.
Petit à petit, le nombre des jeunes gens sauvés augmenta dans les montagnes de Zagros, jusqu’à ce qu’ils soient assez nombreux pour former une grande armée. Kawa prit alors la tête de cette armée, attaqua le château, et Kawa tua le roi Dehak. Ensuite, ils montèrent sur les hautes montagnes et allumèrent des feux pour avertir les habitants des villages voisins que le roi avait été tué. Ceci advint un 20 mars et, le lendemain, le peuple célébra son premier jour de liberté.
Depuis cette date-là, Newroz est un symbole important et un jour sacré pour les Kurdes qui le considèrent aujourd’hui comme le Nouvel an Kurde. Newroz est du même coup devenu le symbole de la révolution contre la répression.
Depuis le partage du Kurdistan par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale, en 1923, Newroz a pris une signification politique. Dans les quatre parties du Kurdistan en effet, cette fête a longtemps été interdite car elle était le symbole le plus visible de la culture et de l’identité Kurde que ces Etats souhaitaient anéantir.
Aujourd’hui, il y a toujours des heurts avec les gouvernements en place, notamment en Turquie et en Iran, raison pour laquelle les Kurdes voient aussi dans Newroz l’affirmation de la paix, de l’amitié, de la solidarité entre les peuples… en espérant être compris et entendus un jour par la communauté internationale.

NEWROZ
UNITÉ-RÉSISTANCE-LIBERTÉ

Les tyrans d’hier, les Dehak, ont été vaincus, mais d’autres tyrans se sont levés. Newroz, c’est donc la fête du Non : non aux dictatures, non à la violence, non au changement de constitution au référendum d’avril en Turquie, non à la collaboration du KDP avec l’AKP.

Ils étaient des milliers à Istanbul la place Kartal, malgré les tentatives de la police pour empêcher les célébrations du Newroz.
Sous la bannière du révolutionnaire turc Deniz Gezmiş, un appel : « le temps de la révolution est venu : joyeux Newroz, refusez, résistez et dites non ! »
Parmi la foule, il y avait de nombreux professeurs démis de leurs fonctions par le régime AKP, des syndicalistes, des féministes, les représentants du parti HDP, les mères pour la paix.
Le co-président du HDP d’Istanbul, Mustafa Avci, s’est adressé à la foule et il a parlé de Newroz comme de la fête des opprimés. « Ils détruisent les villes, les villages, ils forcent des millions de gens à émigrer. Nous, nous ne voulons pas la guerre et nous disons que ça suffit ! Nous vaincrons quoi qu’ils fassent !
Sevtap Akdag, du HDP aussi, a expliqué que le Newroz, c’est la journée de la résistance du peuple kurde offerte à tous les peuples du moyen orient. Nous dirons Non à tous les Dehak qui mangent le cerveau de nos enfants.

A Amed (Diyarbakir), la capitale du Kurdistan du nord, la foule était estimée à un million de personnes. Rien que pour garantir la sécurité de la fête, les organisateurs ont prévu 4000 gardiens.

Et Ahmet Turk, le co-bourgmestre de Mardin qui a été démis de ses fonctions par le pouvoir AKP, a galvanisé la foule.
Quand il évoque le référendum du 16, et qu’il demande ce que les kurdes diront, la foule par dizaines de milliers répond NON ; quand il demande s’il l’on dira oui à ceux qui pratiquent la politique de l’enfermement, la foule répond NON ; quand il demande si l’on dira oui, à la barbarie telle qu’elle s’est manifestée à Cizre, à sur et à Şirnak, la foule répond NON.

NEWROZ
PARTOUT LA FÊTE

La fête de Newroz a été célébrée dans tout le Kurdistan. Newroz a aussi été célébré par les habitants des villes libérées du nord de la syrie, par les Kurdes d’Europe, et de nombreux responsables politiques européens ont manifesté leur soutien à cette fête de la résistance.
A Minbij, les habitants libérés du joug de daesh ont célébré la fête de Newroz. Minbij, c’est aussi cette ville où cohabitent désormais pacifiquement des citoyens arabes, kurdes et turkmènes.
A Kobani, ils  étaient de milliers sur la colline de Mishtenur, qui avait connu des combats violents contre les éléments du Daesh.

A Xanasor, près de Sengal, juste à proximité des bandes armées de la coalition AKP-KDP, les habitants ont dansé jusqu’aux petites heures du matin.

Dans toutes les villes du Kurdistan, à Kirkuk, à Batman, à Qamishlo, la fête du Newroz a donné lieu à de nombreux discours et à des festivités.

Les autorités du Rojava ont également profité du Newroz pour amnistier des prisonniers. Des dizaines de prisonniers oint ainsi pu recouvrer la liberté à condition qu’ils jurent de ne plus reproduire les actes préjudiciables envers la société qui leur avaient valu leurs peines de prison.

En Europe, plusieurs responsables politiques ont marqué leur attachement à la fête. Julia Kloeckner, de la CDU, le parti d’Angela Merkel, a rappelé qu’en Allemagne, il y a plus d’un million de Kurdes. Et la députée de rappeler la lutte des Kurdes contre le Daesh. Nous connaissons, a-t-elle affirmé, la lutte des kurdes pour la démocratie, et nous leur souhaitons un joyeux Newroz.
Doris Leuthard, la présidente de la confédération suisse, a également salué les Kurdes qui fêtent le Newroz.

Et puis, le Newroz a aussi été célébré de l’autre côté de l’atlantique, en Uruguay.
Le groupe des femmes du parlement uruguayen, des députés, des professeurs, des artistes, des journalistes, des représentants des associations de défense des droits de l’homme, ont allumé le premier feu de Newroz en Uruguay.
Le bourgmestre de Montevideo, Carlos Varela, a souligné l’importance de cette fête en Uruguay où le combat pour l’égalité entre hommes et femmes n’a pas encore été gagné.

NEWROZ
LE RÉGIME AKP-MHP TREMBLE

La dynamique provoquée par la fête de Newroz pourrait faire tâche d’huile sur l’ensemble de la Turquie, et contrarier l’espoir du président Erdogan de voir son pouvoir étendu suite au référendum constitutionnel du 16 avril. On doit donc déplorer de nouvelles violences du régime lors de ces festivités.
Check points, barrages, dispositif policier, autopompes… tout le dispositif répressif de l’Etat turc était mobilisé pour tenter d’empêcher les festivités de Newroz.
Là où les curateurs ont remplacé les élus, comme dans la ville d’amed, aucun bus des transports publics n’a été mis à la disposition des habitants.
Avant les festivités, des dizaines de perquisitions et d’arrestations ont encore eu lieu parmi les cadres des partis HDP et DBP ainsi que parmi les responsables des comités d’organisation de la fête.
A Van, une ville parmi tant d’autres frappée par les mesures de répression du régime turc, les forces de police ont bloqué ce lundi tout un quartier de Çaldiran avec leurs véhicules blindés, qui diffusaient les chants nationalistes ottomans par haut-parleurs, avant de casser les portes de domiciles perquisitionnés et de partir en emmenant avec eux 25 personnes vers la prison.

A Gever, 10 autres personnes ont été arrêtées ce mardi. Les forces de police sont intervenues sur le site des festivités avec des véhicules blindés en attaquant les gens ; Les policiers criaient : « nous ne vous laisserons pas fêter Newroz ! » 3 personnes ont été blessées.

A Amed, un jeune étudiant de Malatya a été assassiné par les policiers. Kemal Kurkut courait sans sa chemise quand les policiers ont ouvert le feu. Il est mort peu de temps après de ses blessures.
Les journalistes présents ont été forcés de formater leurs cartes mémoires ; seules quelques photos nous sont parvenues de cet étudiant blessé à mort.

Un journaliste allemand, Hinrich Schultze qui couvrait la fête à amed a aussi été embarqué dans un véhicule de la police. Il a finalement été relâché une heure et demie plus tard, grâce à l’intervention des responsables du parti HDP qui étaient en sa compagnie.

SENGAL- EZIDXAN
ATTAQUE DE DAESH REPOUSSÉE

La nuit de lundi à mardi, le Daesh a lancé une attaque contre les villages libérés de Skine et de Heyale, des villages proches de Sengal. Ce n’est que mercredi que les défenseurs de Sengal ont définitivement brisé l’attaque de leurs agresseurs.

Ces nouvelles attaques du Daesh à Sengal se sont soldées par la mort confirmée de 11 membres du daesh, bien qu’il y ait davantage de tués. Du côté des défenseurs de Sengal, les combattants de la guérilla et les unités ézidies des YBS et des YJS (les unités de femmes de Sengal), il y a eu un mort. Rustem Cudi, un combattant de la guérilla HPG a perdu la vie après s’être battu jusqu’à ses dernières cartouches.
Les villages où se sont portées les attaques avaient été libérés l’an passé.
Ce qui suscite un grand nombre de questions dans cette dernière attaque, c’est le rôle du parti KDP de la famille Barzani.
Alors que de nombreux villages autour de Sengal sont toujours occupés par daesh, ce qui a permis à l’organisation de lancer l’attaque de ce lundi, les peshmerga du kdp ne mènent aucune action pour les en déloger. Au contraire, le KDP préfère s’en prendre aux forces YBS qui défendent leurs terres, comme l’a prouvé récemment encore l’attaque de Xanasor.
Mais il y a plus : le Kdp a fait pression sur le gouvernement central irakien qui avait pris à sa charge les salaires des combattants YBS. Usant de menaces en prétextant une intervention de la Turquie sur le sol irakien, le PDK a obtenu que ces salaires ne soient plus versés par les autorités de Bagdad.
Quand les unités ézidies ont lancé l’opération « Vengeance pour les femmes ézidies », une opération dont l’objectif était la libération de tous les villages proches de Sengal et l’expulsion du Daesh en novembre 2016, c’est encore le KDP qui a fait pression auprès de Bagdad pour bloquer le chemin de la contre-offensive aux troupes ézidies, en usant toujours de la menace d’une intervention turque en Irak.
Ces manœuvres du PDK qui favorisent et l’AKP et Daesh au détriment des habitants de Sengal provoquent un grand malaise au Kurdistan du Sud.

Après les nombreuses dénonciations de la politique du PDK par l’ensemble de la classe politique kurde du Başur, par les unités de peshmerga Derin, par les peshmerga dépendant du PUK, et par la population, on assiste maintenant à l’afflux de plus en plus important de jeunes kurdes d’Irak vers les unités de la guérilla du PKK.
Ce groupe de nouvelles recrues du Başur a rejoint les rangs du PKK. Ils expriment leur volonté de libérer le Kurdistan du sud de l’occupation turque et du KDP.
Et surtout, ils annoncent aux habitants de Sengal qu’ils seront là pour les défendre contre les bandes armées lâchées par la Turquie.
« D’où que vous soyez des quatre parties du Kurdistan, proclament-ils, rejoignez les rangs du PKK ! »

SENGAL-EZIDXAN
DÉCÈS DE LA JOURNALISTE NUJIYAN ERHAN

Lors de l’attaque de Xanasor de ce 3 mars par les forces coalisées du KDP et de l’AKP, la journaliste Nujiyan Erhan avait été prise pour cible. Blessée d’une balle dans la tête, elle a survécu en soins intensifs jusqu’à ce jeudi.

Cette voix, ce visage, c’est celui de Nujiyan Erhan. Elle ne parlera plus de la peine des femmes du Ezidxan, la terre des Ezidis, allant pieds nus, affamées et assoiffées.
Nujiyan Erhan a été assassinée alors qu’elle couvrait l’attaque du 3 mars à Xanasor. Ses assassins l’ont visée à la tête. Elle est décédée ce jeudi après 20 journées de soins intensifs.

Nesrin Abdallah, la porte-parole des unités YPJ, a condamné ce crime.
Les unités de femmes YPJ voient dans cette attaque du KDP à Sengal, dit-elle, quelque chose qui ne diffère pas des agressions du Daesh sur les femmes. Ces attaques sont menées par le KDP, une force kurde. C’est une attaque marquée du sceau de la trahison, mais c’est aussi une attaque typique de la mentalité du « mâle dominant ».
Et Nesrin Abdallah d’inviter toutes les femmes à se défendre et à se battre pour une vie libre, en la mémoire de ces femmes assassinées par le KDP.

GRANDE MARCHE DES ÉZIDIS
DUSSELDORF-BRUXELLES

Depuis lundi, une grande marche des ézidis d’Europe traverse l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique.
Les manifestants entendent dénoncer pendant leur parcours l’attaque menée par la coalition AKP-KDP à Xanasor, et ils revendiquent la reconnaissance de l’autonomie de Sengal.

Ils sont partis de la place Landtags à Düsseldorf ce lundi. Et ils arriveront demain à Bruxelles, pour y rencontrer les responsables de l’union européenne.Article

Les manifestants ézidis réclament le départ des forces armées de L’AKP et du KDP de la région de Sengal. Ils demandent aussi à ce que les armes qui sont confiées par les pays européens, et notamment par l’Allemagne, au KDP soient contrôlées. Initialement confiées aux autorités d’Hewler pour se battre contre le Daesh, ces armes sont utilisées pour assassiner des ézidis.
Les ézidis souhaitent aussi qu’une délégation internationale indépendante soit envoyée dans la région et que des périmètres de sécurité soient prévus pour protéger la foi et la culture des ézidis.
Surtout, les manifestants revendiquent un statut autonome pour Sengal et la reconnaissance officielle des troupes YBS et YJA star par la communauté internationale.

A Berlin, l’organisation de femmes ézidies de Berlin a aussi tenu 5 jours durant une tente juste en face du parlement fédéral allemand. Elles entendaient dénoncer aux élus allemands l’utilisation faite par les armes envoyées par l’Allemagne au KDP.

OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE »
VERS LA PRISE DE TABQA

Les forces démocratiques syriennes poursuivent leur offensive pour reprendre la ville de Raqqa. Cette semaine, elles ont traversé l’Euphrate pour prendre à revers la ville de Tabqa, une ville stratégique de Daesh pour le soutien de Raqqa.

L’étau autour de la capitale de Daesh en Syrie, Raqqa, se resserre de jour en jour.
Tous les villages situés à l’est de la ville, sur la rive nord de l’Euphrate, sont repris les uns après les autres au Daesh. Plus de la moitié de la rive nord du fleuve entre les villes de Deir Azzor et de Raqqa est maintenant sous le contrôle des FDS. La banlieue est de Raqqa est maintenant déjà occupée par les premiers détachements des FDS.

A l’ouest de Raqqa se trouve la ville et le barrage de Tabqa. Ce barrage peut alimenter en électricité une grosse partie du nord de la Syrie et des villes comme Damas, Homs, Hama ou Alep, mais comme il était sous le contrôle de Daesh, il ne servait qu’à alimenter Raqqa. Les FDS ont donc repris le contrôle de ce barrage.
Mais elles ont également traversé le lac Assad, sur l’Euphrate, avec des hélicoptères et des bateaux des forces de la coalition internationale, pour prendre la ville de Tabqa à revers.
La grande route qui relie par la rive sud de l’Euphrate Deir Azzor, Raqqa, Tabqa et Alep est donc dorénavant sous le contrôle des FDS.
De nombreux villages au sud du lac Assad ont été libérés dans la foulée de ce débarquement.
Tabqa, c’était avant la guerre une ville de 80.000 habitants. C’est une ville stratégique qui relie l’Irak et la Syrie, une ville par où le Daesh pouvait écouler ses stocks de pétrole pour financer sa guerre.
Quand Daesh aura définitivement été éjecté de Tabqa, Raqqa sera encore plus isolée. Hier samedi, les FDS n’étaient plus qu’à 6 kilomètres de l’aéroport de Tabqa, où se déroulent toujours de violents combats.

Signalons aussi que les avancées des FDS se font en garantissant en toute priorité la sécurité des civils. A cet effet, des corridors sécurisés sont prévus pour permettre aux civils de fuir leurs villages et leurs quartiers toujours occupés par le Daesh.
Sur ces images, on voit ces civils qui fuient leurs bourreaux grâce à la protection des FDS. Ce corridor a été ouvert sur la ligne de Xes Ecil, au sud-est de l’Euphrate. Transférés vers des zones sécurisées, tous savent qu’ils retourneront dans leurs foyers sitôt le Daesh chassé et leurs villages déminés.

Le porte-parole du pentagone, Mark toner, a d’ailleurs exprimé lors de sa conférence de presse de ce jeudi le profond respect que l’administration américaine a pour les combattants kurdes dans le combat mené contre Daesh.

SYRIE DU NORD-ROJAVA
AGRESSIONS DE LA TURQUIE

Les attaques de la Turquie et de ses bandes armées se poursuivent dans le nord de la syrie, que ce soit dans la région de Shehba ou sur le canton kurde d’Afrin.
Ce sont les civils qui paient le prix fort de ces agressions répétées. Et la crise humanitaire s’aggrave de jour en jour.

La Turquie et ses bandes armées continuent d’agresser le nord de la Syrie.
lundi 20 mars, les bandes armées liées à la Turquie ont ainsi frappé au mortier la ville de Sexler, puis le village de Maranez, dans le canton d’Afrin.
Le lendemain, mardi, les forces turques attaquaient à l’arme lourde et avec des tanks 3 villages du district de Cindirês à Afrin – les villages de Hemamé, Mele Xelila et Derbelût. L’après-midi, l’armée turque reprenait ses attaques sur le village de Maranez.
Jeudi matin, l’armée turque s‘en prenait au village de Nisriyé, toujours dans le canton d’Afrin. 155 obus sont tombés en quelques heures.
Jeudi après-midi, dans la région de Shehba, les forces turques accompagnées des bandes armées ont agressé depuis la ville de Marî les villages de Semoqe, Herbel, Cheikh Isa, En Deqne, Til Refet, Al-Sed, Til Mediq et Um Hosh.
Ces attaques dans la région de Shehba ne sont pas restées sans suite : les forces révolutionnaires ont immédiatement contre attaqué et il y a eu de nombreux morts du côté des bandes armées.
Rien qu’entre le 21 et le 23 de ce mois, il y a eu plus de 300 obus qui sont tombés sur le canton d’Afrin.

Le conseil militaire de Minbij a donc décidé de lancer dimanche dernier un appel et un avertissement aux bandes armées qui sévissent aujourd’hui aux côtés de la Turquie.
Pendant un mois, tous les combattants des bandes armées qui accompagnent les forces turques pourront en toute sécurité rentrer chez eux, ou rejoindre le conseil militaire de Minbij ; Passé ce délai, tout mouvement de quelque force que ce soit dans la région sera interdit, et ceux qui seraient impliqué dans ces mouvements seront tenus pour responsables de leurs faits.
*
Signalons aussi que les YPG ont signé un accord avec la Russie. Des unités de l’armée russe stationneront dans le canton d’Afrin, à Cindirês, pour s’assurer du maintien du cessez-le-feu.
Les forces armées russes s’engagent également à entrainer les combattants des unités YPG dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
Comme le résume Redur Xelil, le porte-parole des YPG, cet accord est un pas positif dans le combat contre le terrorisme en syrie. Après que nos forces aient fait leurs preuves contre le terrorisme, d’autres forces veulent venir nous aider et conclure des accords avec nous.


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Un film documentaire • “Une autre Montagne” http://www.kedistan.net/2017/03/26/documentaire-une-autre-montagne/ Sun, 26 Mar 2017 12:10:36 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43552 Une autre montagne, en turc Başka bir dağ est un film documentaire que vous pourrez voir très bientôt. Réalisé récemment par Anouck Mangeat et Noémi Aubry, il nous entraîne à la rencontre de trois femmes en Turquie… Voici quelques impressions d’une lecture très personnelle, en tant que femme, quinquagénaire, et de Turquie… Ce documentaire est un hommage aux […]

Cet article Un film documentaire • “Une autre Montagne” a été publié par KEDISTAN.

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Une autre montagne, en turc Başka bir dağ est un film documentaire que vous pourrez voir très bientôt. Réalisé récemment par Anouck Mangeat et Noémi Aubry, il nous entraîne à la rencontre de trois femmes en Turquie…

montagne
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Voici quelques impressions d’une lecture très personnelle, en tant que femme, quinquagénaire, et de Turquie…

Ce documentaire est un hommage aux femmes qui prennent leur véritable place sur le devant des luttes, au delà même de leur propre émancipation, jouant ainsi un rôle précurseur. Un hommage à celles qui sont de tous les fronts. Peu importe si ces fronts se trouvent dans l’ordinaire du quotidien, familial ou professionnel. Elles peuvent être devant des barrières à Gezi, ou devant les barrières abstraites des dominants, qu’ils soient politiques ou patriarcaux, tellement présentes et pesantes, qu’elles en deviennent quasi palpables. Ces fronts de lutte, peuvent être ceux de la maison, au village, en métropole ou à la montagne. Il y aura toujours ces femmes, y contribuant “chacune à sa mesure, chacune à sa façon et avec ses propres moyens”.

Une autre montagne offre à travers la parole de trois femmes, qui se livrent en toute sincérité, un échantillon d’espoir et de détermination mêlés.

Les sujets parcourus, de façon très personnelle, selon l’expérience et le vécu de chacune de ces trois femmes, recoupent de fait un certain nombre d’articles que Kedistan avait publié à différents moments, avec une approche journalistique… Et j’avais là, devant mes yeux, des témoignages authentiques et intimes, avec des ressentis, des craintes, des joies…

On voyage avec elles. Pour certainEs d’entre-vous ce sera une découverte, pour d’autres, un voyage de retrouvailles. Pour moi, ce fut revivifiant, parce que j’ai voyagé aussi bien sur les routes d’aujourd’hui que dans le temps… Je me suis revue enfant, en train de chanter l’hymne national dans la cour de l’école, au garde-à-vous… J’ai revisité les années 80 à travers les souvenirs d’Ergül. J’ai eu des larmes aux yeux dans les rues que je n’ai pas arpentées depuis longtemps. Invitée de conversations intergénérationnelles, j’ai ri. Elles m’étaient si familières. J’ai souri en voyant Burcu et Sinem passer d’un pas sûr, devant une panoplie de policiers parés à intervenir… Je me suis sentie comme une sœur, avec chacune de ces trois femmes, car malgré les différences de nos parcours, je partageais les mêmes constats, questionnements, peurs qu’elles, mais aussi leur détermination.

Et si j’en ai fait une lecture très personnelle, en résonance avec mon vécu de la Turquie, je suis curieuse de savoir comment un grand public qui n’aurait pas ce vécu intime, va recevoir cette “Autre Montagne”.

Je suis aussi très touchée par l’ouverture du film, cette traversée lente et sombre, d’une série de tunnels qui, en serpentant, se succèdent. L’analogie parfaite pour décrire des périodes obscures que la Turquie traverse, depuis longtemps.

Je félicite particulièrement le groupe Aman Aman, pour leur remarquable travail musical, illustrant avec beauté, cette route certes difficile, mais qui mènera inéluctablement vers une issue, au-delà des cîmes.

Premier rendez-vous à Paris

Celles et ceux qui sont à Paris, profitez-en ! Une autre montagne sera projeté à deux reprises, au Brady Cinéma-Théâtre, dans le cadre du Festival de Cinéma de Turquie à Paris dont le 14ème édition se déroule entre les 15 mars et 2 avril. Vous pouvez donc le voir le mardi, 28 Mars à 17h30 ou prendre votre patience en main jusqu’à dimanche 2 avril à 19h30, ce soir là, la projection sera suivie d’un débat en présence de Anouck Mangeat et Noémi Aubry réalisatrices, et de l’équipe du film.

*

Voilà ce que vous trouverez quand vous emboiterez le pas d’Anouck et Noémi…

Synopsis

Sur les terres de Turquie, un dicton dit « Si un de tes yeux pleure, l’autre ne peut rire ».

A l’est, le Bakur, le Kurdistan de Turquie. A l’est, ce sont les couvre-feux, les blocus, les occupations de l’armée turque. C’est une paix qu’on espère et qui n’arrive jamais. Ce sont des femmes dans les montagnes, qui se lèvent, qui font face, quitte a prendre les armes.

Burcu et Sinem vivent a Istanbul avec cet oeil qui pleure. Elles vont rencontrer Ergül dans un petit village de la région de la Mer Noire, qui a participé aux luttes révolutionnaires de la fin des années 70 étouffées par le coup d’état militaire de 80.

Le temps d’échanger leurs expériences d’organisation de femmes et du çay. Les époques se mêlent et c’est toujours la guerre, la répression et une violence au quotidien contre laquelle elles se soulèvent. Kurdes, meres, féministes. Il y a de la résistance et de la solidarité dans leurs mots, dans leurs pas, dans leurs cris, dans les rythmes qu’elles tapent sur leurs « erbane » (percussions) contre le nationalisme, la guerre, le patriarcat.

C’est Une autre montagne, Başka bir dağ, qu’elles gravissent chaque jour.
Bese, Bese, Bese, Assez assez assez !

Durée : 82 min | Langue des dialogues : turc | Sous-titres : français, anglais | Année : Février 2017 | Réalisation, image et son :  Noémi Aubry & Anouck Mangeat | Montage : Yasemin Akıncı | Production : Ozho Naayé, Noémi Aubry (0612979798 – ozhonaaye@yahoo.fr) | Etalonnage : Sébastien Descoins | Montage son :  Gil Savoy | Mixage : Simon Apostolou | Musique originale : Le groupe Aman Aman : Onur Kaya, Anouck Mangeat, Erhan, Kaya, Gurkan Aslan, Julius Zilinskas

Kedistan se donne le devoir de se faire relai de ce message d’Anouck et Noémi :

Appel à distributeurs/trices

Salut les copines/copains, pour celles.eux qui ont un peu suivi.e.s ces jours ci, nous venons de terminer notre nouveau film documentaire sur les luttes de femmes en Turquie, des années 80 à aujourd’hui, à travers les yeux de nos amies Ergül, Sinem et Burcu. (Avant première le 28 mars et le 2 avril au Cinéma le Brady).

Encore une fois c’est un film auto-produit par notre collectif Ozho Naayé et réalisé avec un tout petit budget et une équipe presque quasiment bénévole. Car c’est avec cette indépendance que nous aimons faire des films. Nous aimerions que le film soit diffusé le plus possible car il raconte aussi la Turquie et son contexte politique, sous un angle jusque là peu abordé.

En plus d’envoyer le film à des festivals et d’organiser de façon autonome des projections comme nous l’avons fait pour notre précédent film, nous sommes cette fois à la recherche d’une distribution, et pour cela nous avons besoin du réseau de chacun d’entre vous. Bien sur, aimez et partagez notre page fb, vous pouvez inviter vous même vos ami-e-s à lire et aimer notre page. Et on compte sur vous pour relayer notre recherche de distributrice/eurs.

Merci à vous tous !
En espérant partager au plus vite notre film avec vous tous.

Anouck & Noémi

Evénement Facebook | Page Facebook du film

Mais qui donc elles sont ?


Noémi Aubry

Passionnée par l’image argentique, dès 15 ans elle se forme à la photographie. Apres un DEUG en théâtre et cinéma, elle monte a Paris pour apprendre le montage en 16mm. Elle poursuit son parcours universitaire en Sociologie à Paris 5, puis à l’EHESS (Master Anthropologie visuelle). Réalisatrice de plusieurs courts métrages, dont La machine  d’enregistrement, réalisé en Palestine (Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris et au Festival Corsica Doc).

Elle est intervenante pour des ateliers d’écriture et de réalisation cinématographique et écrit régulièrement pour les revues Timult et Jef Klak. Elle fait partie du L’abominable, laboratoire cinématographique argentique et du collectif Regarde à Vue. Attachée aux questions de territoire, de mouvements de population, d’exil et d’identité, Noémi Aubry mélange les supports (Super 8, HD, écriture) et les pratiques (photographies, films documentaires, poésies), dans une recherche constante d’interrogation de cette société et de sa transformation.


Annouck Mangeat

Elle est d’abord musicienne, auteure, chanteuse, formée professionnellement aux Ateliers de la Chanson de Paris. Après quelques années de tournées, elle se lance dans la coordination et l’aide à la production de projets culturels et de festivals dans l’association Ozho Naayé qu’elle fonde avec Noémi Aubry. Des son premier voyage en Turquie en 2009, la terre d’Anatolie devient sa deuxième maison. Elle la traversera de long en large, y vivra dans des villages du centre Anatolie et à Istanbul pendant presque trois années, le temps d’apprendre la langue et la musique traditionnelle. De façon autodidacte, elle se forme au graphisme et à la prise de son et collecte une partie du répertoire. Depuis 2016, elle est la chanteuse du groupe Aman Aman, musiques d’Anatolie, du Kurdistan et autres variantes rock’n’roll et vit dans un village des Cévennes.

Anouck et Noemi travaillent ensemble depuis quinze ans sur des créations visuelles et sonores autour des questions d’identités, de minorités, de migrations et d’exil. En 2006, elles ont fondé l’association Ozho Naayé, qui produit leurs travaux collectifs et individuels et soutient d’autres projets. En 2015, elles co-réalisent Et nous jetterons la mer derrière vous, avec Clément Juillard et Jeanne Gomas, long métrage documentaire qui suit le parcours de quatre migrants du Maroc et de l’Afghanistan jusqu’a la frontière gréco-turque. Ce film indépendant a été sélectionné dans une trentaine de festivals dans le monde et diffusé plus d’une centaine de fois.

Toutes les deux intéressées par l’Anatolie, par ses migrations intérieures, par l’histoire kurde, arménienne, grecque, par les mouvements politiques révolutionnaires que le pays a vu naître, elles ont crée plusieurs projets, à travers différents supports (pellicules, numériques, photographie, audio) défendant l’expression des minorités qui y vivent. Yolunuz açık olsun (Que votre route soit sans embûche), est un court métrage en Super 8 et Nerelisin (D’où es-tu?), un projet d’installation photographiques avec le photographe kurde Gürkan Aslan et un documentaire sonore sélectionné et diffusé au Festival de Douarnenez en 2016.

Filmographie commune : « Et nous jetterons la mer derrière vous », 2015, documentaire, dv et super 8, 72min.  Sélections Festivals : Cinéma du Réel 2015, If Istanbul 2015 (Turquie), Etonnants Voyageurs, Festival du Film de Saint Malo – Mai 2015 (France), Migrant Film Festival of Ljubljana 2015 (Slovénie), Marfci, Festival du Film de Mar Del Plata 2015 (Argentine), Cinemigrante 2015 (Argentine), Festival International du Film d’Amiens 2015 (France)…


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Cet article Un film documentaire • “Une autre Montagne” a été publié par KEDISTAN.

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Rojava et Chiapas, deux lueurs d’émancipation dans un monde halluciné http://www.kedistan.net/2017/03/25/rojava-chiapas-emancipation/ Sat, 25 Mar 2017 22:54:45 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43819 Dans le cadre de la Semaine anticoloniale et antiraciste, s’est tenu à Paris, le 11 mars 2017, un débat sur les expériences comparées des zapatistes et des Kurdes (principalement le Rojava), à l’initiative du collectif « Sortir du colonialisme ». Le texte ci-dessous n’en est pas le compte rendu mais la mise en forme des […]

Cet article Rojava et Chiapas, deux lueurs d’émancipation dans un monde halluciné a été publié par KEDISTAN.

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Dans le cadre de la Semaine anticoloniale et antiraciste, s’est tenu à Paris, le 11 mars 2017, un débat sur les expériences comparées des zapatistes et des Kurdes (principalement le Rojava), à l’initiative du collectif « Sortir du colonialisme ». Le texte ci-dessous n’en est pas le compte rendu mais la mise en forme des notes préparatoires de l’auteur qui s’est aidé des travaux sur le Chiapas d’un autre intervenant, Jérôme Baschet.

De cette comparaison, il ressort que si les zapatistes du Chiapas se sont résolument inscrits dans un projet de démocratie directe, au Rojava, le processus est plus compliqué. Semble se dessiner un type de démocratie participative au risque de contrarier l’ambition de construire une société sans État.


L’autonomie, au sens révolutionnaire, est la volonté et la capacité d’une communauté de s’organiser et de s’autogouverner sur un territoire restreint, la commune, qui, fédérée à d’autres communes, forme la commune des communes. Cette idée, ancienne, de supprimer la séparation entre gouvernants et gouvernés, de s’éloigner de tout pouvoir autoritaire étatique, patriarcal ou autre, traverse l’épopée zapatiste comme la dynamique kurde.

Les Indiens du Mexique comme les Kurdes de Turquie et de Syrie ont conscience qu’ils ne luttent pas seulement pour leur émancipation, mais pour celle de tous les peuples de l’humanité. Aussi, ne nous demandent-ils pas de sanctifier leurs actions et réalisations, mais de profiter de leur expérience pour construire notre propre autonomie à partir de notre histoire et du contexte dans lequel nous vivons.

Aperçu géopolitique

Avant que l’autonomie ne devienne la finalité politique, c’est une lutte de libération nationale qu’entreprirent les deux peuples pour sortir de leur statut colonial. Ils la commencèrent sous la bannière du marxisme-léninisme. Sous l’impulsion de leurs leaders, le sous-commandant Marcos et Abdullah Öcalan, qui ne faisaient qu’exprimer un questionnement profond, se révélèrent l’impasse de la construction d’un État-nation comme la dangerosité du marxisme-léninisme pour édifier une société émancipée. En Amérique centrale et en Mésopotamie se mirent en route, à l’orée du siècle, deux mouvements d’émancipation par le communalisme, sur un territoire a peu près égal à celui de la Belgique, mais avec une population plus importante au Rojava (4 millions d’habitants) qu’au Chiapas (quelques centaines de milliers),

Dans les deux cas l’environnement est hostile.
Au Chiapas, la guerre fut courte. La résistance perdure néanmoins pour se prémunir des provocations, menaces et interventions du gouvernement national ou régional et des capitalistes. Aussi, de la confrontation avec des organisations paysannes rivales.
Au Rojava, la guerre est totale. Contre les djihadistes, le régime de Bachar al-Assad, les opposants à ce régime et pour finir les envahisseurs turcs. Également contre une opposition interne soutenue par le Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak, allié des Turcs.

L’un et l’autre sont pauvres. Encore le Rojava a-t-il des ressources pétrolières et agricoles potentielles dont l’exploitation locale a été rendue difficile par le colonisateur syrien. Par contre, les deux territoires ont une sociologie différente.
Le Chiapas présente une identité ethnique, les Indiens, et religieuses, la chrétienté.
Le Rojava est une mosaïque de peuples (Kurdes, Arabes, Chaldéens, Syriaques, Turkmènes, Arméniens, Caucasiens) et de religions (musulmans et chrétiens de diverses obédiences). Le premier acte des révolutionnaires kurdes sera de proclamer l’égalité de tous les peuples et de toutes les religions en précisant, pour ces dernières, qu’elles appartiennent au domaine privé.

Institutions de l’autonomie

Le Chiapas ne se revendique pas d’une idéologie déterminée, il construit son système politique en avançant sur le chemin de l’autonomie.
Le Rojava, lui, se réfère directement au confédéralisme démocratique pensé par Abdullah Öcalan, lui-même inspiré par le municipalisme libertaire du philosophe américain Murray Bookchin, père de l’écologie sociale.

L’autonomie a-t-elle besoin d’une constitution, de lois ? C’est toute la question du droit en anarchie qui conduit à rechercher des normes non-étatiques de gouvernement, c’est-à-dire des normes d’autogouvernement et pour mieux dire encore, d’autogestion politique et économique.

Si l’organisation de la société civile fondée sur la commune présente la même structuration au Chiapas et au Rojava, dans ce derniers pays subsiste un proto-État. Le Chiapas est divisé en cinq zones autonomes et 27 communes, le Rojava en trois cantons autonomes et une vingtaine de municipalités dont 12 au Jazira (Cizîrê), le plus grand des cantons.

Au Chiapas, à la base, est la communauté (ou village) organisée avec une assemblée communautaire et des agents communautaires. Les communautés se fédèrent en communes avec un conseil municipal formé de délégués élus pour deux ou trois ans. Les communes autonomes envoient des représentants à l’assemblée générale de zone laquelle désigne un conseil de bon gouvernement chargé de la coordination de la mise en œuvre des décisions collectives relatives à la gestion des ressources, l’éducation, la santé, la justice, etc.
Au niveau de la zone, les mandats sont de courte durée, la rotation des charges assurant la liaison permanente avec les communes. Un va-et-vient constant s’établit entre le conseil de bon gouvernement, l’assemblée générale de zone et les communautés et communes avant toute décision. Le processus de ratification peut prendre du temps. En l’absence de consensus, la décision est mise au vote, la position minoritaire n’étant pas écartée mais conservée pour, éventuellement, compléter ou remplacer le choix majoritaire qui se révélerait inadéquat. Tous les délégués doivent strictement respecter leur mandat et consulter la base s’ils ne s’estiment pas mandatés sur la question soulevée. Ils sont révocables et non rémunérés.
Ainsi, peut-on parler d’une société sans État, d’une démocratie directe où le législatif et l’exécutif sont fondus dans les assemblées générales des autonomies et dans le conseil de bon gouvernement qui n’est justement pas un gouvernement. Sans constitution ni corpus de lois mais plutôt avec un droit coutumier en perpétuelle élaboration, les zapatistes recherchent la meilleure manière de faire fonctionner l’autonomie.

Au Rojava, les communes autonomes qui correspondent aux communautés du Chiapas se fédèrent en district puis en municipalités, ces dernières sont l’équivalent des communes du Chiapas. Par exemple, la municipalité de la grande ville du Jazira, Qamislo, est composée de 6 districts et 108 communes. Au niveau municipal, est formé un conseil populaire composé des présidents et co-présidents des districts et de conseillers élus qui sont en majorité. Cette organisation en trois niveaux est empruntée au projet du Mouvement de la société démocratique (TEV-DEM) lequel assure, aujourd’hui, les services publics de la santé, de l’éducation, des transports, etc.
Comme au Chiapas on retrouve des modalités de mandatement avec rotation des tâches, mandat précis et révocation instantanée (ad nutum). Dans toutes les assemblées générales, tous les conseils et comités, toutes les délégations, l’égalité entre les hommes et les femmes est assurée alors qu’au Chiapas, les acteurs de l’autonomie ont conscience que la place des femmes est insuffisante dans les processus de décision et les modes de représentation.
Parallèlement à l’autonomie communale existe une structure proto-étatique contenu dans une constitution d’un type particulier appelée Charte du contrat social du Rojava. L’organisation mise en place dans chacun des cantons est directement inspirée de la démocratie des Lumières avec la séparation des trois pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire préconisée par Montesquieu. Le nom même de « contrat social » est une référence à Jean-Jacques Rousseau. Chaque canton du Rojava possède donc :

– Un conseil législatif qui fait les lois. Il est en principe élu au suffrage universel mais à cause de la guerre, les « députés » dans les cantons de Jazira et de Kobane sont actuellement désignés par les organisations de la société civile de manière à respecter la représentation de toutes les tendances politiques, ethniques et religieuses et l’équilibre homme-femme. Le TEV-DEM ayant sa propre représentation, mais minoritaire.
– Un conseil exécutif et un gouverneur chargés de faire appliquer les lois.
– Une justice indépendante du législatif et de l’exécutif.
On ajoutera à cela une Cour suprême constitutionnelle pour veiller au respect de la Charte et un Conseil judiciaire pour garantir l’indépendance de la justice.

Cette survivance d’un législatif et d’un exécutif est en contradiction avec l’idée d’autonomie. Il ne suffit pas renommer le système « Auto-administration démocratique » parce que le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif ne feraient qu’exécuter les décisions venues d’en bas, pour qu’il en soit ainsi dans les faits. D’ailleurs, quel gouvernement n’avance-t-il pas la souveraineté du peuple pour justifier son pouvoir ?

La Charte du Rojava, dans le contexte proche-oriental, n’en est pas moins un texte novateur en ce sens qu’elle affirme la volonté de construire l’autonomie démocratique, le principe d’égalité entre les hommes et les femmes et entre toutes les ethnies, la nécessité d’un développement durable et qu’elle condamne l’autoritarisme, le militarisme, le centralisme et l’intervention des autorités religieuses dans les affaires publiques. La structuration politique qu’elle institue est bien celle d’un État avec son gouvernement sauf à considérer que cet État et ce gouvernement sont des institutions provisoires aux pouvoirs limités au strict nécessaire pour coordonner le canton pendant la situation conflictuelle, et organiser les premiers pas de la nation démocratique quand la paix sera revenue. Alors, cet État fonctionnel se dissoudra progressivement et naturellement dans la société civile. Hélas, l’histoire ne nous donne que des exemples contrariant une telle intention. La Commune de Paris crée un comité de salut public, le gouvernement bolchévique écrase les soviets, et les anarchistes entrent au gouvernement républicain pendant la guerre d’Espagne. Faudra-t-il alors, si les autorités proto-étatiques n’ont pas elles-mêmes programmées leur disparition que, comme prévu dans le confédéralisme démocratique d’Abdullah Öcalan, les communes autonomes se substituent à l’État et éliminent définitivement les institutions de la démocratie parlementaire ? On peut se demander si c’est le chemin que prend le projet de Fédération démocratique de la Syrie du Nord.

Parce que la coordination des trois cantons s’est révélée défaillante, parce qu’il fallait intégrer les régions libérées de l’État islamique dans l’ensemble de l’autonomie démocratique, les autorités du Rojava décident, fin 2015, d’engager un processus d’étude et de consultation qui aboutira à une première assemblée constituante les 17 et 18 mars 2016. Celle-ci lance le chantier d’élaboration d’une charte constitutionnelle pour la Fédération de la Syrie du Nord-Rojava puisqu’il s’agit de fédérer les trois cantons et de nouveaux territoires libérés ou en voie de l’être avec vocation de s’étendre à toute la Syrie. Là encore est organisée une consultation tant des populations concernées que de personnes qualifiées (universitaires, intellectuels, artistes…).

Une deuxième assemblée constituante s’est tenue du 27 au 29 novembre 2016. Les 165 délégués ont adopté un projet de Fédération démocratique de la Syrie du Nord (DFNS), le mot Rojava a disparu pour marquer qu’il ne s’agit pas d’une ambition essentiellement kurde mais ouverte aux autres communautés, notamment la population arabe. Que penser de la représentativité des délégués de cette assemblée notamment de celle des 22 partis politiques participants ?

En janvier 2017, est constitué un conseil exécutif coprésidé par une Kurde et un chrétien.
Le projet de nouvelle charte affirme, comme dans la Charte du Rojava, l’ensemble des droits et libertés civils et politiques : égalité des sexes et des ethnies, liberté religieuse et laïcité, liberté d’opinion et de réunions, libération des femmes et des jeunes du patriarcat… sans oublier le droit de propriété.

Le projet refonde la structure politique sans, apparemment, se référer au confédéralisme démocratique, ce que ne fait pas non plus la Charte du Rojava. Les communes, districts et municipalités sont intégrés au système. Simple mise en conformité ou limite à l’autonomie ? Au niveau supérieur, le canton change d’appellation et devient la région. Toutes les régions seront représentées dans un conseil populaire démocratique. Chacun des cinq niveaux de décision se dotera d’un conseil exécutif et de commissions indépendantes sur les questions économiques, sociales et culturelles (femmes, jeunesse, économie, écologie, etc.). Les assemblées de ces cinq niveaux seront composés pour 60 % de membres élus et pour 40 % de délégués de la société civile (associations sociales, coopératives, organisations professionnelles, groupes de défense des droits de l’homme ou communautés religieuses).

Comme dans la Charte du Rojava sera garanti un quota minimum de représentation de 40 % pour chacun des deux sexes. La structure constitutionnelle est donc prête pour être mise en place, mais elle ne l’est pas encore ne serait-ce qu’en raison de la difficulté d’organiser des élections régionales et fédérales.

Comment qualifier ce système politique ? Bien qu’une majorité de délégués soient élus, nous ne sommes plus dans une pure démocratie représentative. Pour autant, l’existence d’un conseil législatif et d’un conseil exécutif écarte la qualification de démocratie directe telle que celle du Chiapas. La nouvelle auto-administration démocratique sera un type de démocratie participative, ce qui n’est déjà pas mal au regard de ce qui existe au Proche-Orient et, probablement, de toutes les constitutions en vigueur dans le monde. Pouvait-il en être autrement ? Peut-être pas, mais on reste encore loin du confédéralisme démocratique. Il n’est ni écrit ni dit que ce système ne soit qu’une étape préalable à la société sans État. Reste encore à savoir quelle sera la répartition des pouvoirs entre chacun des échelons de la fédération et quel sera le statut des délégués, notamment des « députés » du conseil législatif fédéral. Les assemblées communales et municipales jouiront-elles d’une totale autonomie comme entendue dans un cadre municipaliste ? Le conseil exécutif fédéral sera-t-il un gouvernement classique ou un organe de coordination fonctionnel c’est-à-dire assurant les missions qui ne peuvent l’être à des niveaux inférieurs ? Et, dans l’esprit même du projet émancipateur, quelle sera la participation effective de la population à la démocratie ? Sera-t-elle autre que de mettre un bulletin de vote dans l’urne ?

Les interférences politico-militaires

Deux personnalités dominent le théâtre politique du Chiapas et du Rojava. Le sous-commandant Marcos a su médiatiser, avec un talent tout personnel, la lutte des Indiens sans donner l’impression d’en être le chef. Il n’est qu’un « sous-commandant » anonyme. Abdullah Öcalan est, par contre, le leader incontesté du Mouvement kurde, un chef sans pouvoirs directs puisque emprisonné depuis 1999. On s’étonne en Occident du culte de la personnalité dont bénéficie Öcalan à la différence de Marcos. Sans entrer dans un débat sans fin, soulignons que sa personne scelle l’unité et la lutte du peuple kurde, porte l’espoir de la libération et, mais cela ne plaît à tout le monde, symbolise la société libertaire à venir.

Au Chiapas comme au Rojava, s’insinue dans le jeu de l’autonomie et, pour ce qui est du Rojava, des institutions constitutionnelles, un tuteur : l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) à la fois armée et parti ; le Parti de l’Union démocratique (PYD) qui contrôle les Unités de protection du peuple (YPG-YPJ).

Aux dires même des zapatistes, l’EZLN n’est pas démocratique puisque c’est une armée. Mais comme elle a mis en place le système de l’autonomie et assure sa pérennité, l’organisation politico-militaire jouit d’une forte influence morale et se laisse parfois aller à des intrusions dans le jeu de l’autonomie malgré l’interdiction du cumul d’une fonction de commandement dans l’EZLN et d’une charge dans l’autonomie.

La même observation pourrait être faite pour le PYD. S’agissant des milices des YPG, les questions de leur militarisation voire de leur militarisme sont évidemment sensibles, spécialement pour les libertaires. Peut-on faire l’économie d’une discipline militaire en temps de guerre ? Celle-ci et toutes ses contraintes placent le PYD comme au-dessus d’un système qui lui doit son originalité et sa survie. Il serait contraire à l’esprit des chartes de TEV-DEM et du Rojava que le parti « noyaute » les institutions publiques ou civiles. Toutefois, comme au Chiapas les membres de l’EZLN, les militants du PYD sont aussi des acteurs en première ligne pour la promotion de l’autonomie et l’acceptation de charges. Autrement, comment expliquer que la fonction de ministre des Affaires étrangères ou celle d’ambassadeur itinérant du Rojava soit, de fait, assurée par le co-président du PYD, Saleh Muslim, même s’il n’est pas question de mettre en doute son dévouement et son honnêteté politique ?

Composer avec les frontières étatiques

Les Indiens du Chiapas comme les Kurdes de Syrie ne demandent pas leur indépendance, mais l’autonomie, le droit de se gouverner eux-mêmes dans un cadre fédéraliste, au sein des frontières du Mexique et le la Syrie.

Au Chiapas, si l’État n’est pas dedans bien que tentant d’y entrer en faisant, par exemple, du chantage aux programmes d’aide sociale, il est tout autour. Toujours menaçant. Il n’en faut pas moins composer avec lui et notamment avec les autorités officielles qui partagent le même territoire pour régler tant les questions communes que les conflits entre communautés.

Au Rojava, le fédéralisme est présenté comme une solution de paix pour résoudre la crise syrienne en particulier et proche-orientale en général. L’idée chemine mais davantage vers un fédéralisme étatique qui n’a rien à voir avec le confédéralisme démocratique ou le municipalisme libertaire (voir ci-dessus le projet de Fédération démocratique de la Syrie du Nord). Pour l’immédiat, l’État syrien n’a pas totalement disparu au Rojava. Deux exemples. Tout le monde sait que la Syrie rémunère des fonctionnaires du Rojava, ce qui est considéré comme normal par les autorités locales puisque ces fonctionnaires remplissent des missions publiques et que le Rojava est partie intégrante de la Syrie. Second exemple, il reste des poches de l’administration étatique, ainsi à Qamislo, la justice d’État et la justice du consensus de l’autonomie démocratique demeurent en concurrence.

À la différence du Chiapas qui, au niveau international, recherche une solidarité internationale militante, le Rojava met d’avantage l’accent sur sa reconnaissance par les États étrangers, les institutions internationales, les partis établis et les personnalités de la social-démocratie ou de la démocratie libérale. La situation militaire n’est évidemment pas étrangère à cette démarche qui est aussi une explication diplomatique, mais non la seule, de la survivance d’un État au Rojava.

Composer avec le capitalisme

Dans les zones autonomes du Chiapas, les collectivités autogérées remplacent l’entreprise privée et le monde marchand tel que le comprend le consommateur occidental a disparu. Mais le Chiapas n’est pas en mesure de vivre en autarcie, il doit s’arranger avec le capitalisme à ses portes pour ses besoins vitaux notamment en matériel domestique, agricole ou autre, pour aussi écouler ses modestes productions.

Au Rojava, il est clair que le capitalisme pas plus que la propriété privée des moyens de production ne sont abolis. La livre syrienne continue d’avoir cours légal. L’auto-administration démocratique assure, avec beaucoup d’entraves dues aux embargos des gouvernements turc et kurde d’Irak, les échanges internationaux et organise, s’il le faut, le marché noir. Elle fait même appel aux investissements internationaux. Sans succès. Dans la théorie du municipalisme libertaire comme dans celle du confédéralisme démocratique, au même titre que la société civile va progressivement se substituer à l’État, l’économie sociale emmenée par les coopératives va subvertir le capitalisme. Ce sera long. Risqué donc puisque le temps joue en faveur du couple fusionnel Capital-État.

À noter, dans les deux pays, un souci écologique pour assurer un développement durable et se prémunir des méfaits d’une production agricole et industrielle non maîtrisée.

Perspectives

Les défis des révolutionnaires du Chiapas comme du Rojava sont grands. Seront-ils relevés ? Il est des questions récurrentes. Pourquoi l’expérience du Chiapas qui a maintenant plus de vingt ans ne s’est pas répandu au Mexique et ailleurs ? Pourquoi l’expérience du Rojava, dont la proposition politique est novatrice, n’intéresse pas au-delà de petits cercles militants ?

Restons optimistes. Partout dans le monde se manifestent des initiatives pour vivre et produire autrement. Partout, les mises en gardes aux pouvoirs politiques corrompus se multiplient. Il ne reste plus qu’à nous organiser comme l’ont fait les habitants du Chiapas et de la Syrie du Nord, puis d’aller, avec eux, plus loin en nous fédérant pour effacer de l’avenir du monde l’État et le capitalisme. Difficile mais pas impossible parce que la Commune ne meurt jamais !

Pierre Bance /22 mars 2017 (Article publié sur le site Autre futur.net)


Et pour aller plus loin :

Pierre Bance
Un autre futur pour le Kurdistan ? Municipalisme libertaire et confédéralisme démocratique
Paris, Éditions Noir et Rouge, février 2017, 400 pages.

Jérôme Baschet
Adieux au capitalisme. Autonomie, société du bien vivre et multiplicité des mondes,
Paris, La Découverte, « Poches sciences humaines et sociales », n° 458, 2e édition, 2016, 208 pages, spécialement le chapitre II « Construire l’autonomie : la politique sans l’État »

 Livre • Un autre futur pour le Kurdistan ? 
Interrogations autour du Kurdistan dans “Chroniques rebelles”

Cet article Rojava et Chiapas, deux lueurs d’émancipation dans un monde halluciné a été publié par KEDISTAN.

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« Bannis de nos vies » : les intellectuels pleurent la Turquie qui fut http://www.kedistan.net/2017/03/25/intellectuels-bannis-turquie/ Sat, 25 Mar 2017 14:57:50 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43776 L’article de Çağla Aykaç, notre amie, universitaire exilée, tout comme des centaines d’autres, comme aussi Engin Sustam, auteur de Kedistan… Cet article est d’abord paru sur le site The Conversations en anglais puis en français. Nous le relayons avec leur aimable autorisation, pour élargir le champs de lecture. « J’écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, […]

Cet article « Bannis de nos vies » : les intellectuels pleurent la Turquie qui fut a été publié par KEDISTAN.

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L’article de Çağla Aykaç, notre amie, universitaire exilée, tout comme des centaines d’autres, comme aussi Engin Sustam, auteur de Kedistan… Cet article est d’abord paru sur le site The Conversations en anglais puis en français. Nous le relayons avec leur aimable autorisation, pour élargir le champs de lecture.


« J’écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine ».

Aslı Erdoğan, « Taş Bina ve Diğerleri »

Il y a encore peu de temps, la Turquie était en pleine ébullition et offrait des espaces pour tous et toutes. Les islamistes et les nationalistes de tous bords se côtoyaient confortablement, les femmes parlaient haut et fort, les activistes LGBTIQ marchaient avec fierté, les laïcs et les Kémalistes continuaient à défendre leur vision de la nation, et les minorités commençaient à obtenir la reconnaissance de certains de leurs droits fondamentaux.

Après des années de déni, nous commencions tout juste à reconnaître l’existence des citoyens Kurdes de Turquie, et les traumatismes qui avaient accompagné le processus de création de l’État-nation turc. La vie était chaotique, violente, mais aussi pleine de potentiels.

Diyarbakır, capitale historique et symbolique du Kurdistan, déchirée par trente années de guerre, renaissait et attirait des penseurs, des artistes, des investisseurs, des chercheurs et des gens qui rentraient simplement chez eux. Istanbul brillait, joyau historique sur le Bosphore.

L’injustice régnait, mais nous parlions de justice. La vie culturelle et intellectuelle vibrait, pleine de traductions et d’expérimentations. Les gens qui avaient vécu ailleurs revenaient au pays et s’en réjouissaient. Les étrangers, de l’Ouest comme de l’Est, souhaitaient y goûter. Nous n’avions jamais été aussi proches de la paix.

Assassiner la démocratie

Aujourd’hui, notre démocratie est très sérieusement menacée. La menace n’émane pas d’une puissance étrangère, ni de la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016. Les menaces ont commencé avec la série d’élections de 2015 qui a consolidé les pouvoirs du Président Recep Tayyip Erdoğan.

Lors du référendum à venir d’avril 2017, les citoyens de Turquie devront voter des changements constitutionnels qui prévoient de donner les pleins pouvoirs à l’exécutif.

Ce référendum se déroulera dans un contexte d’état d’urgence imposé et renouvelé depuis juillet 2016. C’est-à-dire que les votes auront lieu alors qu’une bonne partie de l’opposition politique est en prison ou en exil, que des milliers de fonctionnaires ont perdu, au travers de décrets et de lois, leurs droits de citoyens et que des hommes en armes patrouillent dans les rues.

Le chef d’orchestre de ce simulacre de démocratie est le président de la République lui-même.

Université piétinée… Sciences-Po Ankara, février 2017

Au cours des cinq dernières années, beaucoup de personnes ont essayé de résister et ont cherché à nourrir la démocratie en Turquie. Nous avons eu la chance de vivre des moments parfois effrayants mais aussi fascinants et très instructifs au niveau des pratiques des mouvements sociaux, légaux et illégaux, armés et pacifiques.

Mais rien ne semble pouvoir arrêter le Président. Sous sa direction, le pays entier a été soumis à des attaques sexistes et racistes. Nous avons vécu des séries tragiques d’attaques à la bombe. Nous avons vu des villes entières sous couvre-feu. Chaque fois, les médias ont été censurés et le règne de l’impunité s’est élargi.

Dissoudre la vie quotidienne

Il est très difficile de faire part des sentiments qui accompagnent la dissolution de la vie au quotidien. Les attaques de l’état sont sur les esprits, sur les corps, sur les propriétés privées, les biens et institutions publiques, et les communs.

Comment « purge »-t-on 150,000 personnes en six mois, avec 89,0000 arrestations et 49 000 emprisonnements ?

L’État peut-il vraiment annuler votre passeport et geler vos comptes bancaires ? Pourquoi tant de personnes qualifiées se retrouvent-elles désormais sans emploi ? Et pourquoi n’ont-elles plus le droit de travailler ? Pouvez-vous vraiment avoir perdu votre passeport du jour au lendemain, parce que votre nom figure sur une liste du Journal officiel ?

Tous ces hommes pensent-ils réellement que les femmes arrêteront de rire en public et qu’elles commenceront à produire des bébés pour la nation ? Peut-on vraiment laisser des milliers de personnes croupir en prison, juste comme ça ? Qui sont ces hommes qui réclament plus de sang, notre sang ? Et qui sont tous ceux qui acquiescent en silence ?

Comme dans tous les régimes autoritaires, les chiffres sont aberrants. Mais au delà de l’aspect quantitatif, c’est aussi la qualité de nos vies qui est affectée.

Depuis un an, beaucoup d’entre nous sommes passés par des interrogatoires, la prison et/ou l’exil. Nous avons été insultés, menacés, et agressés en public par des représentants de notre gouvernement et des citoyens ordinaires. Certains ont dû faire leur valise et quitter leur vie en une nuit. D’autres continuent de se rendre au tribunal quotidiennement pour défendre leurs droits, ou ceux de collègues et d’amis. Les rues ont perdu leur joie et vous n’êtes plus en sécurité nulle part, même pas chez vous. Les cellules des prisons sont sales et aucun de vos droits n’y est respecté.

Des gens comme les autres

Cela fait beaucoup à gérer au quotidien. Beaucoup de personnes sont déjà au-delà des limites de ce que leur dignité peut endurer et nous faisons tous de notre mieux pour continuer à avancer.

Autrefois, nous avions des vies assez banales, avec des responsabilités, des familles, des vacances, des problèmes quotidiens, un peu comme vous. Qui sommes-nous ? Qui sont toutes ces personnes que l’État turc essaie de réduire au silence ? Il y a des jeunes parmi nous, des retraités, des grands et des petits, certains portent des lunettes, d’autres le voile, et d’autres encore ont des piercings.

Ils/elles sont les médecins qui soignent nos plaies, les avocats et les syndicalistes qui défendent nos droits, ceux qui cultivent nos terres, enseignent à nos enfants. Ils/elles sont les traducteurs/rices de textes littéraires et scientifiques en langues kurde et turque. Ils/elles sont des universitaires qui ont produit et diffusé des savoirs sur notre histoire, notre société, notre économie, nos arts et nos sciences.

Ce sont des personnes que nous écoutions à la radio, que nous suivions dans les débats d’opinions à la télévision, et dont les chroniques paraissaient régulièrement dans les journaux, les musiciennes que nous écoutons et les auteur(e)s que nous lisons.

En réalité, nous sommes des gens comme les autres, avec en commun notre besoin de défendre nos droits et nos libertés. Les plus précaires ont été attaqués en premier, et maintenant même les plus privilégiés doivent faire face à l’injustice. Quelles que soient nos destinées individuelles, nous avons tous et toutes été banni(e)s de nos vies.

Pour certain(e)s, c’est la première vraie rencontre avec la violence d’État. D’autres, en particulier les citoyen(ne)s et politicien(ne)s kurdes, ont déjà connu les prisons turques et la torture. Aujourd’hui, à nouveau en prison, ils/elles continuent de réclamer la paix et la démocratie.

Nous serons de retour

Il ne peut y avoir ni justice ni démocratie tant que toutes ces personnes sont en prison. Pour que le référendum du mois prochain puisse répondre aux standards démocratiques, il faudrait que l’état d’urgence soit levé et les décrets-lois arbitraires annulés.

Pourtant, alors que la date du référendum « démocratique » approche, nous ne sommes témoins que de censures, d’arrestations, de destructions, d’assassinats, de morts civils et de cadavres bien réels.

Tous ceux et celles qui, en ce moment, font campagne pour le « non » au référendum en Turquie savent que leurs chansons ne suffiront pas à contrer une machine armée pleine de rage nationaliste. Mais on essaie quand même.

Nous portons la douleur et la mémoire de tous ceux et celles que nous avons perdus en chemin. Notre sensibilité ne nous sauvera sans doute pas, mais nous savons que prendre soin de soi et se tenir solidaires sont aussi nécessaires que politiques. Nous célébrons notre diversité, et continuerons de réclamer la justice pour tous, et la paix.

Çağla Aykaç
Chercheure à l’Université de Genève

çagla aykaçDr. Çağla Aykaç
Docteure en Sociologie, Çağla E. Aykaç a travaillé sur les transformations de l’espace européen au travers de sa rencontre contemporaine avec l’islam. Elle a effectué du terrain dans de nombreuses villes européennes avec un intérêt particulier pour les questions de genre et de racisme. Après avoir obtenu son doctorat à l’EHESS à Paris, elle a  enseigné pendant 5 ans à l’université de Fatih à Istanbul des cours sur les  nationalismes, les mouvements sociaux, et les méthodes qualitatives en sciences sociales. Elle est actuellement collaboratrice scientifique dans le département de Géographie et en Etudes Genre à l’Université de Genève.

 

Sur

‘Banned from our own lives’: intellectuals mourn the Turkey that once was
« Bannis de nos vies » : les intellectuels pleurent la Turquie qui fut

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Festival du cinéma de Turquie à Paris • 25 mars – 2 avril http://www.kedistan.net/2017/03/25/festival-cinema-turquie-paris-mars-avril/ Sat, 25 Mar 2017 12:13:41 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43758 Le FCTP est le principal espace de découverte du cinéma de Turquie à Paris. En 2017, du 25 Mars au 2 Avril ​le Festival fête ses 14 ans, grâce au travail collectif des bénévoles de l’Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie. Organisé en collaboration avec le Cinéma Odyssée, Mission Cinéma de la Ville de Paris et […]

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Le FCTP est le principal espace de découverte du cinéma de Turquie à Paris. En 2017, du 25 Mars au 2 Avril ​le Festival fête ses 14 ans, grâce au travail collectif des bénévoles de l’Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie.

Organisé en collaboration avec le Cinéma Odyssée, Mission Cinéma de la Ville de Paris et Mairie du 10e arrondissement, Le Festival s’inscrit dans la volonté de connaissance mutuelle et de partage à travers l’art cinématographique.

Téléchargez le programme ​!​

Les séances spéciales

25 Samedi
LA LUTTE CONTRE LE SYSTEME HETEROPATRIARCAL

28 Mardi
CHIFFON A POUSSIERE

29 Mercredi
UNE SAISON DE DAPHNE

30 Jeudi
LA CONDITIONS DES REFUGIES

1 Samedi
CHOEURS EN EXIL

1 Samedi
L’ENFANT MAL AIME

2 Dimanche
UNE AUTRE MONTAGNE

Le 14ème Festival du Cinéma de Turquie à Paris a lieu cette année dans une période politique mondiale où la peur de l’autre est attisée. Partout dans le monde, aux Etats-Unis, en Europe, en France comme en Turquie, une vague populiste déferle. La programmation de cette année veut contribuer à la lutte contre ces politiques qui mettent en danger toutes formes démocratiques.

Comment parler de la Turquie d’aujourd’hui, du point de vue de la création artistique ?  Dans un pays où jour après jour, on rogne sur les libertés, où le populisme envenime le débat public et où la censure se durcit ; nous faisons nôtre la maxime du réalisateur Emin Alper :

“L’art est un rempart contre l’oppression”1.

Ainsi, dans notre 14e édition, lors de nombreuses projections spéciales, nous espérons créer des espaces de parole pour les différents acteurs de la société qui continuent à résister, et de fait sont les premiers visés.

Avec 7 longs-métrages, 7 documentaires sur divers questionnements de nos sociétés allant de la situation des réfugiés au problème d’exploitation des travailleurs, et une séance dédiée aux courts-métrages contre le système hétéropatriarcal, notre Festival propose cette année plusieurs rencontres qui réuniront les originaires de Turquie et l’ensemble des cinéphiles parisiens curieux et intéressés par la Turquie, un pays qui paraît loin  mais pourtant qui se trouve pourtant être la porte de l’Europe.

Contact
cinema@acort.org | www.cinematurc.com | www.facebook.com/CinemaTurc

Note de l’équipe

L’Anatolie berce nos rêves et nos songes, le cinéma les fait vivre.
Nous vous invitons à partager notre imaginaire le temps d’un Festival.
A travers un panel d’une quinzaine de films, fiction et documentaire confondus, notre attention sera captivée par les dernières productions cinématographiques venant de Turquie.
Notre inspiration lors de la sélection des films a été guidée par ce qui transpire des pores de la société turque, des questionnements qui nous traversent et nous remuent.
Chaque nouveau film découvert nous a interpellés sur nos rapports à la vie, la maladie, la sexualité, les utopies, l’amour, la poésie, le passé, la résistance, le vivre-ensemble et la découverte de l’autre comme remède à nos peurs et préjugés.
Nous voulons également profiter de ce moment pour créer un espace de dialogue entre les cultures. Pendant toute la durée du Festival, vous pourrez rencontrer et échanger avec les réalisateurs, acteurs et producteurs des films que nous vous proposons.

Lire aussi : “j’ai regardé Une autre Montagne“…

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Festival Croisements • Sainte-Foy-Lès-Lyon 1-2 avril http://www.kedistan.net/2017/03/25/festival-croisements-2017/ Sat, 25 Mar 2017 12:01:10 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43736 Anou Skan annonce la 4ème édition de “Croisements”  les 1er et 2 avril prochain, à Sainte-Foy-Lès-Lyon. Pour cette édition, sont invités, 2 artistes, danseurs Turcs, du Bosphorus Performing Art Ensemble, BGST, accompagnés du groupe “Kardeş Türküler”. Et ce n’est pas la première fois… Il s’agit des retrouvailles, avec Levent Soy et Ömer Ongun qui viendront d’Istanbul. Entres autres, […]

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Anou Skan annonce la 4ème édition de “Croisements”  les 1er et 2 avril prochain, à Sainte-Foy-Lès-Lyon.

Pour cette édition, sont invités, 2 artistes, danseurs Turcs, du Bosphorus Performing Art Ensemble, BGST, accompagnés du groupe “Kardeş Türküler”. Et ce n’est pas la première fois… Il s’agit des retrouvailles, avec Levent Soy et Ömer Ongun qui viendront d’Istanbul.

Entres autres, un concert de musiques et chant d’Arménie et de Turquie attire particulièrement l’attention des kedi. Il s’agit du duo “Mahaleb” avec Carole Marque-Bouaret au chant et clarinette turque et Elsa Ille à l’accordéon.

Profitez-en, si vous êtes sur Lyon ou alentours, également de multiples ateliers, notamment de danses turques, lazes, alévis…

En ces temps difficiles que traverse la société civile en Turquie, l’Art devient plus que jamais, un ciment pour tisser des liens, et renforcer le soutien. L’Art, dans toutes ses formes est une redoutable arme de lutte et de résistance, Croisements est aussi l’expression d’une solidarité des artistes entre eux, et avec leur public.

Croisements

Anou Skan présente Croisements, comme “un événement singulier, artistique et festif, réunissant des artistes venus d’horizons différents. Porteurs, témoins et passeurs contemporains d’une tradition ancestrale, d’un rituel, attentifs aux croisements toujours possibles entre la scène, espace d’intelligence, de beauté, et la transmission des pratiques, acte essentiel et créateur.” Et pose la question fondamentale “Comment témoigner de ces héritages précieux et en révéler la part commune ?”

Dans cette quatrième année, vous trouverez au programme, des ateliers d’initiation à la danse et au chant, des performances dansées, films, concerts, rencontres avec les artistes… Cette année Croisements prend plus d’ampleur, le festival se déroulera désormais sur deux jours.

Réservez donc votre week-end, et rendez-vous au Ramdam, dont le grand plateau épuré et nu est une vraie invitation à la danse. Une deuxième nouveauté, concerne les petits diables de 7 à 10 ans, “Croisements des enfants” est né, avec un atelier de pratique, “Danses du monde”. Cette année, vous constaterez aussi que la poésie gagne plus d’espace, et c’est tant mieux.

Vous trouverez le programme détaillé sur le site d’Anou Skan : www.anouskan-croisements.org

Par ailleurs une campagne de financement participatif est en ligne, pour être solidaire avec les artistes, et financer la venue d’Ömer et Levent. N’hésitez pas à cliquer et apporter votre soutien…

Anou Skan Site Internet | Facebook 
BGST  Page Facebook | Twitter @TiyatroBogazici 
Mahaleb Facebook
Ramdam Site Internet | Facebook
16 chemin des Santons 69110 Sainte-Foy-Lès-Lyon
Evénement Facebook du festival Croisements

 


Vous pouvez utiliser, partager les articles et les traductions de Kedistan en précisant la source et en ajoutant un lien afin de respecter le travail des auteur(e)s et traductrices/teurs. Merci. Kedistan’ın tüm yayınlarını, yazar ve çevirmenlerin emeğine saygı göstererek, kaynak ve link vererek paylaşabilirisiniz. Teşekkürler. Kerema xwe dema hun nivîsên Kedistanê parve dikin, ji bo rêzgirtina maf û keda nivîskar û wergêr, lînk û navê malperê wek çavkanî diyar bikin. Spas

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Sivas’93 • Représentation au Festival “L’Europe des Théâtres” http://www.kedistan.net/2017/03/24/sivas93-festival-europe-des-theatres/ Fri, 24 Mar 2017 15:13:43 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43611 Une lecture publique de la pièce de “théâtre documentaire”, Sivas‘93, aura lieu le 3 Mai 2017 , au 100 ESC, dans le cadre du Festival, l’Europe des Théâtres, organisé par Dominique Dolmieu, directeur de la Maison d’Europe et d’Orient. Sivas’93 | Lecture publique le 3 Mai 2017 à 20h au 100 ESC 100, rue de Charenton 75012 […]

Cet article Sivas’93 • Représentation au Festival “L’Europe des Théâtres” a été publié par KEDISTAN.

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Une lecture publique de la pièce de “théâtre documentaire”, Sivas‘93, aura lieu le 3 Mai 2017 , au 100 ESC, dans le cadre du Festival, l’Europe des Théâtres, organisé par Dominique Dolmieu, directeur de la Maison d’Europe et d’Orient.


Sivas’93 | Lecture publique
le 3 Mai 2017 à 20h
au 100 ESC
100, rue de Charenton 75012 Paris
Traduite et dirigée par Selin Altıparmak
avec Selin Altıparmak, Thérésa Berger,
Jérémie Bergerac, Şükrü Munoğlu, Ege Olgaç
par la Compagnie S’en Revient
Evénement Facebook



Nous, nous étions allés à la fête.
Eux, ils étaient venus pour tuer.
Nous avions confiance en l’Etat.
L’Etat était de leur côté.
Eux, ils croyaient à la mort.
Nous, on croyait à l’amour
Eux, ils étaient nombreux.
Nous étions un tout petit nombre.
Sivas

C’est par ces phrases que commence Sivas ‘93, la pièce de théâtre documentaire que Genco Erkal a écrit en 2007. Genco Erkal, metteur en scène et comédien turc, exprime ainsi la naissance de l’idée d’écrire une pièce documentaire sur le massacre de Sivas, dans son article « L’histoire de la pièce, Oyunun Öyküsü » :

Sivas‘93« Un feu est tombé dans mon cœur au début du mois de Juillet. J’étais en vacances pour trois, quatre jours. Au quatorzième anniversaire de ce jour fatidique, j’étais en train de lire un article de Dikmen Gürün Uçarer dans le journal Cumhuriyet. Dans l’article, elle disait qu’il y avait beaucoup d’événements importants dans notre histoire récente et elle se demandait pourquoi nos auteurs n’écrivaient pas de pièces de théâtre documentaires sur ses sujets-là. Et comme exemple, elle citait l’incendie qui avait eu lieu à l‘Hôtel Madımak.

Soudain, je me suis souvenu ; l’année dernière elle avait écrit un article similaire, et j’avais partagé son avis de tout mon cœur. Cette fois-ci, en dehors du fait de partager son avis, une idée commençait à naître dans ma tête. »

A partir de là, il se met à collecter des documents officiels, comme des témoignages, enregistrements vidéos, décisions de tribunaux, afin de créer un montage de textes qui raconte le déroulement des événements qui ont fait du 2 juillet 1993, un jour obscur dans l’histoire de Turquie. Encore un autre, malheureusement…

Dans la mise en scène, un groupe de gens représentés comme une sorte de chœur vient pour rendre hommage aux victimes de cet événement. Ils sont là, devant l’Hôtel Madımak, et ils se remémorent ce qui s’est passé à Sivas le 2 juillet 1993. Les comédiens ont ce rôle de narrateur.

Au début de la pièce, les comédiens arrivent avec des fleurs devant l’hôtel. Ils nous racontent la première journée du festival.

Le second jour constitue la partie majeure de la pièce. Les “narrateurs” découvrent un communiqué distribué dans les mosquées pour agiter le peuple. À partir de ce moment-là, les événements sont racontés heure par heure.

Nous voyons au fur et à mesure, comment cette foule se répand dans les rues, comment d’autres manifestants les rejoignent, comment ils arrivent devant l’hôtel Madımak. Pendant que ces comédiens nous racontent l’histoire, ils incarnent parfois la foule qui provoque l’événement, parfois les invités désemparés à l’intérieur de l’hôtel et les policiers qui essayent de les sauver, mais qui restent inefficaces. Durant l’incendie, les comédiens incarnent les gens qui sont à l’intérieur de l’hôtel.

La suite du récit est composée par les témoignages de gens qui se sont sauvés de l’incendie. Nous écoutons comment ils sont sortis de l’hôtel. Nous découvrons avec eux le bilan de ce moment d’horreur. Après cette partie, le processus juridique, les déclarations des accusés et les décisions du tribunal nous amènent vers la fin de la pièce. Il est important de noter que l’auteur de la pièce n’invente aucune phrase de lui-même, il se sert de documents officiels pour construire tout le montage du texte. En ce sens-là, la pièce est entièrement documentaire. Aucune notion de fiction n’ y figure.

Pour raffraichir les mémoires…

sivas-carte-turquieDébut juillet 1993, plusieurs artistes, écrivainEs et journalistes sont réunis à Sivas pour le 4ème édition d’un festival culturel qui rend hommage à Pir Sultan Abdal, un poète et philosophe. Pir Sultan Abdal, est un philosophe de l’Anatolie du 16ème siècle, une figure emblématique pour les alévis et dans les milieux progressistes de gauche. Sa philosophie prend appui sur la tolérance entre les êtres humains.

Le 2 juillet, deuxième jour du festival, une foule haineuse d’islamistes radicaux a mis le feu à l’hôtel Madımak, où les participants étaient logés.

Les manifestants prétextaient la traduction du livre de Salman Rushdie, ” Les Versets sataniques” par Aziz Nesin écrivain engagé connu en Turquie pour ses nouvelles humoristiques, romans et pièces de théâtre, prenant source de faits réels et souvent très critiques envers le nationalisme et l’islamisme. “Les Versets sataniques” étaient alors publiés comme périodiques, dans le journal Aydınlık, et attirait déjà la colère des intégristes.

Pendant que les activités continuaient, une vague de protestations s’est formée d’abord dans les mosquées et s’est étendue dans les rues, et a pris de l’ampleur vers 14h. Une foule agitée grandissait au fur et à mesure. On y entendait des slogans islamistes qui exprimaient la haine contre la laïcité et et l’auteur Aziz Nesin. La foule se rendit devant l’hôtel Madımak où étaient hébergés les invités du festival ; artistes, journalistes, écrivains, poètes, comédiens et musiciens. Vers les 20 heures, les manifestants incendièrent deux voitures qui se trouvaient devant l’hôtel. Ensuite, le bâtiment de l’hôtel fut atteint par le feu. La police, en nombre et force insuffisants, n’arriva pas à calmer la foule en colère, et l’incendie ravagea l’hôtel. Des musiciens, des poètes, tels que Metin Altıok, Behçet Aysan, Hasret Gültekin sont morts asphyxiés et brûlés. Il y a eu peu de rescapéEs…comme Aziz Nesin, qui avait entre autres traduit justement le livre de Salman Rushdie, « Les Versets sataniques », et que la foule hystérique n’avait pas reconnu. 

37 personnes, dont 33 intellectuelLEs majoritairement aléviEs ont péri dans cet incendie volontaire, le 2 juillet 1993.

Sivas‘93

Et les coupables ?

Les suites juridiques furent toute une autre histoire, telle que Kedistan avait déjà relayé dans l’article “Sivas, Madımak brûle encore“. En voici des extraits :

Au départ, 190 accusés avaient été conduits devant les juges. 14 accusés ont été condamnés le 28 novembre 1997, à des peines de prisons allant jusqu’à 20 ans et 33 autres à la peine capitale. La Cour Suprême a confirmé les peines de prison le 24 décembre 1998, mais a refusé la décision des peines de mort pour des vices de procédure. En février 1999, les 33 accusés ont été de nouveau jugés et et condamnés à mort par la cour de sûreté de l’Etat. En 2002, suite à l’abolition de la peine de mort, les peines ont été transformées en perpétuité. Actuellement 31 coupables sont toujours derrière les barreaux. 
La personne, considérée comme le nom clé de l’affaire, Cafer Erçakmak, lors du massacre, membre de Conseil de la Mairie de Sivas, et 8 autres accusés qui se sont évadés après la décision de la Cour Suprême en 1997, n’ont toujours pas été trouvés. Récemment il a été découvert que certains “évadés” étaient recherchés à des adresses erronées, voire à l’adresse du bureau de leur avocat, inscrite “par inadvertance” dans le dossier comme adresse de résidence… De plus les personnes en fuite étaient recherchées non pas pour avoir brûlé vif 33 personnes, mais pour avoir transgressé la loi des rassemblements et manifestations.
Le dossier concernant 7 des “évadés”, a été clos le 13 mars 2012, pour prescription. La Cour Suprême sollicitée par les avocats des plaignants a confirmé cette dernière décision en juillet 2014.

Notons que, Recep Tayyip Erdoğan, à l’époque Premier ministre avait déclaré : « Que cette décision soit bénéfique pour notre Nation, pour notre Patrie. »

Le massacre de Sivas, en pleine lumière

Avec Sivas’93, Genco Erkal, veut porter la réalité d’un massacre sur les planches. Il dénonce ce qui s’est passé à Sivas, le 2 juillet 1993 et il met en scène une réalité que les autorités préfèrent taire. Ainsi, il met en lumière une page noire dans l’histoire récente de la Turquie.

Genco Erkal partage avec nous ses pensées dans  “L’histoire de la pièce, Oyunun Öyküsü” :

 

Sivas‘93
photo: © Christian Ganet

« Je m’enferme chez moi, je me plonge dans les documents. Bien sûr, je n’arrive plus à dormir. Les témoignages des personnes ayant vécu cet événement ; les photos prises à l’intérieur de l’hôtel, à la morgue, aux funérailles ; les enregistrements vidéo sont d’une capacité à décomposer la nature humaine. Je me dis que tout le monde doit les voir. Pour qu’un tel événement ne se reproduise plus, il faut que l’on arrive à se confronter au massacre de Sivas. Au fur et à mesure qu’on descend dans les profondeurs, différentes dimensions apparaissent. Une énigme non résolue. Un mystère pas complètement découvert. Comme cela arrive à chaque événement de cette envergure chez nous ; il n’y a pas de causes réelles, les vrais responsables n’existent pas. Tout est mis dans le noir, tout est caché, dénaturalisé.

Il y a tant d’événements comme ça, que nous connaissons de près. A chaque fois, c’est le même jeu qui est joué mais nous n’arrivons pas résoudre le mystère, nous n’arrivons pas à nous réveiller. Nous pourrons, peut-être, être utiles si nous arrivons à mener le spectateur à réfléchir, à discuter tout en exposant dans la pièce le fonctionnement de ce mécanisme avec toutes ses dimensions que nous connaissons déjà. »

Ce n’est peut-être pas une coïncidence, lorsque ce texte dramatique attire l’attention du festival pour l’édition de 2017. Nous traversons encore aujourd’hui beaucoup de moments obscurs… Comme Genco le dit, le même jeu est joué et rejoué… Beaucoup d’entre nous, que ce soit en Turquie, en Syrie, en Europe, ou ailleurs, éprouvons le sentiment de nous retrouver face à des énigmes non résolues, des mystères pas encore complètement découverts… Peut-être des textes comme Sivas’93, comme Rwanda’94 pourront éclairer pour nous, le chemin de la vérité, et, surtout, pour que tout cela ne s’oublie pas.

Selin Altıparmak 



Selin Altıparmak 

Née le 18 janvier 1985 en Turquie, Selin est élève dans un lycée bilingue francophone à İstanbul. Après le lycée, en 2004, elle arrive à Montpellier où elle obtient sa licence et sa maitrise en Arts du Spectacle, Etudes Théâtrales à l’Université Paul Valéry. Elle fait son mémoire sous la direction de Gérard Liéber, sur une pièce documentaire turque Sivas 93 créée par Genco Erkal.
En même temps que ses études universitaires, elle fait une formation de comédien dans une école de théâtre, la Compagnie Maritime dirigée par Pierre Castagné. Dans cette école, elle suit des cours de Pierre Castagné et Romain Lagarde en interprétation, Patricia de Anna en danse et Gérard Santi en chant.
En 2008, à la fin de sa troisième année à la Compagnie Maritime, elle est admise en tant qu’élève comédienne à l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg où elle travaille avec plusieurs intervenants comme Julie Brochen, Jean Jourdheuil, Jean-François Lapalus, Krystian Lupa, Caroline Marcadé, Laurence Mayor, Bruno Meyssat, Gildas Milin, Valère Novarina, Marc Proulx, Claude Régy, Jean-Pierre Vincent et elle fait sa sortie d’école en juin 2011.
Elle interprète Dounia dans Les Descendants écrit par Sedef Ecer et mis en scène par Bruno Freyssinet. Le spectacle est créé à Erevan en octobre 2011 au Hamazgayn Théâtre, est repris pour 26 représentations au Théâtre de l’Aquarium en mai 2012 et au TAC à Berlin fin mai 2012.
Elle joue également dans Sur la grand-route de Tchekhov, mis en scène par Charles Zévaco, sur la Péniche Adélaïde qui part en tournée en Alsace et Moselle pendant l’été 2012.
En avril 2013, elle joue le rôle de Ann dans Détails de Lars Noren mis en scène par Çisil Oğuz. Ce projet préparé par Didaskali Tiyatro est présenté au public en français avec des sur-titrages en turc à Istanbul. Auteure des articles dans des revues de théâtre, elle incarne le rôle de Sarah Grimm dans Et la nuit sera calme mis en scène par Amélie Enon au Théâtre de la Bastille en mars-avril 2013.
En septembre 2013, elle co-réalise avec Özgür Yıldız, un court-métrage documentaire intitulé Etre Comédien ou Ne Pas Etre sur un théâtre qui venait d’ouvrir ses portes à Istanbul. En octobre, elle participe à la préparation d’une création théâtrale sur la résistance Gezi à Istanbul. Everyday I’m Chapulling est présenté au public dans le cadre du Festival Voix de Femmes à Liège.
En mai 2014, elle joue dans Machenka mise en scène par Çisil Oğuz dans le cadre du Festival International de Théâtre d’Istanbul. Durant l’été 2014 elle incarne la sœur dans La Noce de Brecht mise en scène par Malvina Morisseau. Le spectacle est créé par le Collectif Notre cairn pour une tournée en Alsace et Moselle.
En Octobre 2014, elle a interprété le rôle de Nouryé dans le film documentaire-fiction Le Mystère des Désenchantées réalisé par Didier Roten et François Vivier.
Elle participe également à la conception dramaturgique de Miroir aux Images, projet de théâtre que mettra en scène Elisabeth Marie (Scarface Ensemble) en juin 2015 à Athènes au Théâtre KET. Le spectacle est repris à Strasbourg dans le cadre du Festival Strasmed en décembre 2015 et à Istanbul au Moda Sahnesi et D22 en janvier 2016.
Selin Altıparmak cofonde la Compagnie S’en Revient avec Thérésa Berger en 2013. En 2015, elle co-met en scène Titre Provisoire avec une présentation publique en Août 2015 au CAP Etoile et 3 représentations à la Parole Errante en Septembre 2015. Titre Provisoire sera programmé au Théâtre de l’Opprimé dans le cadre du Festival Salle Rue Vice Versa les 1er et 2 Juin 017. Elle a créé une lecture-concert, La Loba en octobre 2016. Un recueil des textes autour de la transmission, la folie et l’existence. La lecture-concert est régulièrement reprise sur Paris.
Aussi, elle organise des ateliers de théâtre avec des femmes et organise des lectures publiques sous le nom de la Compagnie des Hystéries Modérées au sein de l’ACORT à Paris depuis 2014.
En été 2016, elle joue dans Extrêmophile d’Alexandra Badea mis en scène par Elisabeth Marie (Scarface Ensemble) dans le cadre du Festival d’Athènes et d’Epidaure. Le spectacle est repris à Athènes au KET du 10 Mars au 13 Avril 2017. (en ce moment, tous les lundis et mardis à 21h)
Actuellement, elle prépare la seconde création théâtrale de la Compagnie S’en Revient, Bordesline(s) ou les méandres de l’hystérie avec Thérésa Berger. Elles font une commande d’écriture à Alexandra Lazarescou pour ce projet sur la notion de l‘hystérie.
Le 3 Mai 2017, elle dirigera une lecture publique de la pièce de “théâtre documentaire”, Sivas‘93, qui aura lieu au 100 ESC dans le cadre du Festival Festival l’Europe des Théâtres. Et elle continue à travailler sur 19h15: Comment l’art se souvient-il? qui est un projet de recherche artistique et d’histoire orale autour du génocide et de l’exil.

Portfolio Selin Altıparmak


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Cet article Sivas’93 • Représentation au Festival “L’Europe des Théâtres” a été publié par KEDISTAN.

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Ahmet Şık : sept tweets, trois articles, un entretien et un procès qui traîne http://www.kedistan.net/2017/03/24/ahmet-sik-tweets-articles-proces-qui-traine/ Fri, 24 Mar 2017 12:24:22 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43523 Si le journaliste Ahmet Şık est en prison à Silivri, c’est parce qu’on l’accuse de propagande pour le FETÖ (Organisation terroriste de Fethullah Gülen) et pour le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan). En soi, cette double accusation est déjà grotesque. Mais le comble, c’est qu’entre 2011 et 2012, Ahmet Şık a passé 375 jours […]

Cet article Ahmet Şık : sept tweets, trois articles, un entretien et un procès qui traîne a été publié par KEDISTAN.

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Si le journaliste Ahmet Şık est en prison à Silivri, c’est parce qu’on l’accuse de propagande pour le FETÖ (Organisation terroriste de Fethullah Gülen) et pour le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan). En soi, cette double accusation est déjà grotesque. Mais le comble, c’est qu’entre 2011 et 2012, Ahmet Şık a passé 375 jours dans cette même prison… pour avoir dénoncé l’infiltration de la confrérie Fethullah Gülen dans les institutions de l’État ! Alors l’arrêter au motif de propagande pour FETÖ, fait remarquer un de ses avocats, « c’est un peu comme si on avait arrêté Martin Luther King, en l’accusant d’être membre du Klu Klux Klan ». Enfin, pour couronner le tout, on sait aujourd’hui que le concernant, les procédures en appel ont peu de chances aboutir. Car dans ses verdicts, d’un appel à l’autre, le juge use du “copié-collé”…

Auteur et journaliste engagé, Ahmet Şık a travaillé pour plusieurs grands titres et pour l’agence Reuters avant d’être black-listé en raison de ses activités de syndicaliste. La qualité de son travail n’en est pas moins reconnue : Ahmet Şık a d’ailleurs été récompensé de plusieurs prix, le dernier par l’Unesco en 2014. C’est peut-être la raison pour laquelle Cumhuriyet lui a récemment offert ses colonnes. Mais malheureusement, il est désormais privé d’écriture, sous toutes ses formes.

Maintenu en cellule s’isolement, il n’est autorisé à voir sa famille et ses avocats qu’une heure par semaine, lors d’entretiens qui se font sous la surveillance d’un gardien de prison, tout en étant filmés. Surtout, Ahmet Şık ne peut ni envoyer ni recevoir de courrier, et les livres auxquels il a accès sont en nombre limité. Que lui reproche-t-on ?

Ses pratiques journalistiques, et rien d’autre. Ce sont elles qui sont mises en avant dans le mandat d’arrêt et les verdicts rendus en appel à trois reprises. Avec, il faut le souligner, de véritables “copié-collé” d’un appel à l’autre : entre le verdict du second et du troisième appel, le texte est strictement similaire, si ce n’est la date !

Son arrestation date du 30 décembre 2016, date à laquelle un mandat d’arrêt a été établi par la 8e chambre du tribunal d’Istanbul. Ce document officiel comporte huit pages, dont sept correspondant aux déclarations d’Ahmet Şık et de ses avocats. Et le journaliste a des arguments pour se défendre.

Tout d’abord, il s’estime victime d’un complot similaire à celui qu’il a vécu voilà six ans, lorsqu’il avait voulu dénoncé la main-mise de la confrérie Fethullah Gülen sur les institutions de l’Etat.

« Nous avons déjà vécu il y a peu la même pièce tragi-comique. J’étais la cible des membres de la confrérie qui avaient pris possession du système judiciaire et des institutions policières. Ce gang avait sa police, ses procureurs, ses juges, des supporters dans les médias et au sein du parti de l’AKP, et tous soutenaient sans limites ses crimes. La cible était désignée par les médias, puis avec la connivence de policiers le procureur vous envoyait au tribunal pour arrestation, et les juges vous privaient de votre liberté. »

Le journaliste pointe ensuite la responsabilité du pouvoir dans les dérives du mouvement güleniste.

« Il est évident que l’AKP est responsable plus que tout autre facteur de la transformation de la confrérie Gülen en FETÖ. Le premier que nous devrions juger, c’est le Président Recep Tayyip Erdoğan, qui (parlant de la confrérie Gülen) affirmait : “Nous leur avons donné ce qu’ils voulaient” et “je les ai beaucoup aidés. Qu’Allah et notre peuple me pardonnent”. »

Enfin, Ahmet Şık met en avant son droit inaliénable à vouloir connaître la vérité.

« J’ai cherché la vérité dès le premier jour où j’ai pris mes fonctions (au journal), parce que nous avons le droit de connaître la vérité . »

Ces déclarations, le juge les a interprétées à sa guise. Dans le mandat rédigé le 30 décembre 2016, il écrit : « Etant donné qu’il continue par ses déclarations de mettre en cause l’Etat et les fonctionnaires de l’Etat, des preuves renforçant la suspicion criminelle ont été trouvées…»

On ne le sait que trop. Depuis des décennies, vouloir divulguer la vérité en Turquie a un prix : nombre de journalistes l’ont payé de mois ou d’années de prison, quand ce n’était pas de leur vie. Reste qu’il en faut toujours aussi peu pour justifier une arrestation et un maintien en détention. Dans le cas d’Ahmet Şık, une seule page, sur un document de huit pages. Quant aux seules preuves des crimes supposés, elles consistent en sept tweets, trois reportages, une phrase relayée sur le web et un entretien.

Ces documents sont depuis longtemps sur le bureau du procureur. Et il ne faut pas plus d’une journée pour les lire. Mais bien que le journaliste soit derrière les barreaux depuis décembre dernier, il semble que le procureur n’aie pas eu le temps d’y jeter un œil. Comme s’il fallait laisser Ahmet Şık moisir en prison le plus longtemps possible…

Depuis qu’il est emprisonné à Silivri, ses avocats ont fait appel trois fois pour s’opposer à sa détention.

Le premier appel a été rejeté au bout de quatre jours par la 9e cour pénale de la paix d’Istanbul, au prétexte que le maintien en détention était à la hauteur des chefs d’accusation.

Le second appel a été examiné par la 3e cour pénale de la paix d’Istanbul le 30 janvier 2017, soit un mois après l’arrestation d’Ahmet Şık. Le juge, un dénommé Necmettin Kafalı, explique alors en détail les dangers de FETÖ, en rappelant que Hakan Fidan, le directeur du MIT (l’agence du renseignement turque) a été convoqué pour venir témoigner.

Doit-on encore le rappeler ? Ahmet Şık a lui-même dénoncé les pratiques de FETÖ bien avant que le MIT ne les mette en cause. Et c’est précisément pour cette raison qu’il avait été arrêté en 2011. En outre, jusque début 2012, ces pratiques ont causé du tort à des milliers de personnes, dont Ahmet Şık. Toutes choses que le juge connait forcément. Seulement il feint de l’ignorer, et argumente son verdict en se référant aux tweets, reportages et à l’entretien publiés. Selon ses dires, si toutes les preuves ne sont pas encore rassemblées, on a déjà de fortes suspicions contre le journaliste, ce qui justifie son maintien en détention.

Mais venons-en au troisième appel… le plus scandaleux. Il a été porté devant la 10e cour pénale d’Istanbul le 2 mars dernier. Cette fois, il s’agit d’un autre type de tribunal. Mais le juge est le même : il s’agit toujours de Necmettin Kafalı. Quant au greffier, bien qu’il soit différent, son travail est des plus simples. Et pour cause : il va se contenter d’un « copié-collé » de l’appel précédent !

Au final, Ahmet Şık reste donc en prison. Et son cas illustre malheureusement à merveille les dérives du système judiciaire, quand il passe sous l’emprise du pouvoir…

Pour information, voici les documents retenus comme preuves à charge :

Tweets

• « Ceux qui sont au pouvoir et leurs supporters qui ont enquêté sur l’assassin [il désigne Mert Altıntaş, qui a tué l’ambassadeur de Russie Karlov], que dites-vous du fait que le meurtrier soit un policier? » « Et après vous vous sentez offensé quand nous disons que l’Etat est le meurtrier ». (L’enquête n’a pas encore déterminé pour qui avait opéré le meurtrier. Seuls le président et le ministre de l’Intérieur ont déclaré qu’il était affilié à la FETÖ. Bien que les affirmations selon lesquelles il soit allé dans une école affiliée à FETÖ ou qu’il y ait des membres de FETÖ dans sa famille aient été niées)

• « La guerre avec le PKK dans certaines régions du pays existe depuis 1984, même s’il y a eu quelques interruptions ».

• « Au lieu de comparer ceux qui ont été brûlés vifs dans les sous-sols de Cizre avec d’autres qui ont été déchiquetés par une bombe à Istanbul, faites plutôt remarquer qu’il s’agit dans les deux cas d’actes de violence”. »

• « Si ce qu’a fait Sırrı Süreyya Önder [un membre du HDP, le parti démocratique des peuples] est un crime, ne devrait-il pas y avoir beaucoup d’autres suspects, en commençant par ceux qui siègent au palais? »

• « Ils ont choisi d’abattre Tahir Elçi au lieu de l’arrêter. Vous êtes une mafia, une bande d’assassins ».

• « Pourquoi ceux qui croient que l’Etat mafieux a commencé une guerre pour empêcher que ses crimes fassent l’objet d’une enquête, ne croient-ils pas qu’il puisse faire exploser une bombe ? »

• « Ceux qui essaient de prouver que le PYD (le parti de l’union démocratique), que les États-Unis et l’Union européenne appellent nos alliés contre la terreur djihadiste, est une organisation terroriste, ne feraient-ils pas partie des suspects habituels ? »

Propos relayés sur un site web

• « Ceux qui travaillent pour le PKK sont aussi des journalistes », propos tenus lors d’un congrès les 23-26 septembre 2014 …

L’entretien

Un entretien avec Cemil Bayık, membre du conseil de direction du groupe des communautés du Kurdistan (KCK), le 14 mars 2015 sous le titre « Apo (Abdullah Öcalan) à Kandil, nous à İmralı »

Les reportages

Un reportage relayant une déclaration d’Özcan Şişman, le procureur dans l’affaire des camions du MİT. Ce dernier affirmait :« Le MİT était déjà au courant du massacre à Reyhanlı mais n’en avait pas encore informé la police ». L’article a été publié le 8 Juillet 2015, sous le titre : « Ce que nous faisons est du journalisme, et vous, de la trahison ».

Un reportage du 9 juillet 2015, intitulé « Le Procureur des camions MİT : le MİT a fermé les yeux sur Reyhanlı, nous l’aurions empêché, si nous ne leur avions pas donné d’informations. »

Un reportage du 13 février 2015, intitulé « La vérité derrière l’affaire des camions révélée » (Dans le mandat d’arrêt, il est noté à ce propos «… ses articles affirmant que l’envoi d’armes et de munitions sur les camions MİT de la Turquie à la Syrie n’était pas destinée au peuple turkmène, mais à l’organisation djihadiste d’Ansar Al Islam… »

Texte écrit en prenant appui sur un article de Timur Soykan paru en anglais et en turc sur Bianet le 21 mars 2017

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Reportage • Célébrations du Newroz à Diyarbakır http://www.kedistan.net/2017/03/24/newroz-2017-diyarbakir/ Fri, 24 Mar 2017 12:05:21 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43678 Près de 300 000 personnes se sont réunies à Diyarbakır pour célébrer le Newroz. La mairie sous tutelle a eu beau restreindre les transports publics, davantage de Kurdes se sont rassemblés en périphérie de la ville, que l’an passé. Les forces de sécurité ont prohibé les tenues traditionnelles kurdes rouge-jaune-verte. Pas grave, les cœurs battent de toutes […]

Cet article Reportage • Célébrations du Newroz à Diyarbakır a été publié par KEDISTAN.

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Près de 300 000 personnes se sont réunies à Diyarbakır pour célébrer le Newroz. La mairie sous tutelle a eu beau restreindre les transports publics, davantage de Kurdes se sont rassemblés en périphérie de la ville, que l’an passé. Les forces de sécurité ont prohibé les tenues traditionnelles kurdes rouge-jaune-verte. Pas grave, les cœurs battent de toutes façons de ces couleurs. Seules les bannières du HDP et celles clamant l’opposition au référendum sont tolérées. Peu importe, quelques-uns se sont fait plaisir à braver l’interdit, agitant au vent les drapeaux et visages que le pouvoir ne saurait voir, déployant les portraits géants de martyrs. Les slogans sont hostiles au pouvoir, à sa politique, et font au contraire l’éloge de ceux qu’il enferme, de ceux qu’il voudrait voir disparaître dans les prisons ou les montagnes.

Cette volonté permanente des autorités de décourager n’a pas entamé le moral des participants, déterminés à fêter ce jour qui rappelle le triomphe du bien sur le mal. Qu’après les jours sombres, la lumière finisse toujours par rayonner. Ces quelques heures de communion et de relâchement sont une bouffée d’air frais pour ceux qui vivent un quotidien fait de craintes et d’oppressions. Aujourd’hui, ces dernières sont abandonnées derrière soi en même temps que se franchit le double barrage policier, ultime étape avant de pouvoir crier sa joie, ses espoirs et les partager. La culture kurde bouillonne de ses chants et de ses danses. Les joueurs de zurna et de davul se démènent comme rarement dans l’année pour le plus grand bonheur des Kurdes et des délégations étrangères, venues du monde entier renouveler leur soutien au peuple millénaire.

Les clameurs s’élèvent de la foule et accompagnent chaque discours prononcé sur l’immense scène dressée pour l’occasion. Représentants d’associations civiles et personnalités politiques se succèdent jusqu’à ce que les cris se fassent plus forts pour l’un d’entre eux, figure emblématique du mouvement kurde et de sa vie démocratique. Ahmet Türk fait son apparition, entre feux de Bengale et ovation. Libéré le mois dernier après plus de deux mois de prison, le co-maire destitué de Mardin incarne à 74 ans les espoirs de paix de tout un peuple.

Newroz

« 2017 est une année importante pour les Kurdes » Ahmet Türk

« Nous savons bien que les Kurdes ne se mettent pas à genoux devant l’Etat turc. Il y a, encore une fois, une cruauté énorme aujourd’hui, mais avec votre enthousiasme et votre résistance le Newroz d’Amed (Diyarbakır) est entendu de partout dans le monde. Le nom de ce Newroz est “Nous allons gagner.” Personne ne devrait douter de notre victoire malgré toutes les politiques cruelles et oppressives. Nous atteindrons notre objectif avec notre volonté et notre engagement. Cela ne peut être évité.
(…)
Le gouvernement turc a longtemps voulu intimider et faire taire le peuple kurde, mais notre lutte pour la liberté s’est développée grâce à notre engagement et nos sacrifices. Aujourd’hui, les politiques d’atrocités se poursuivent. Tout en célébrant le Newroz de 2017, les Kurdes de tout le Kurdistan font face à des attaques visant à l’annihilation des victoires des Kurdes en Turquie et en Syrie notamment. Ces pressions n’ont jamais fonctionné et ne fonctionneront pas plus aujourd’hui.
(…)
Nous ne pouvons résoudre les problèmes qu’avec le dialogue et le bon sens. Il y a des exemples à travers le monde. Plus de 200 000 personnes sont mortes en Colombie, mais la paix a finalement été atteinte. La paix et le dialogue ont mis fin à l’oppression en Afrique du Sud. Nous leur demandons de mettre un terme à leurs politiques d’intimidation et de soumission, ainsi qu’aux politiques visant à assombrir l’avenir des Kurdes.

Les peuples de Turquie voient également à quel point cette mentalité raciste et nationaliste dirige la société. Les gens prennent conscience et commencent à élever leurs voix contre cette mentalité dominante. Si nous n’élargissons pas notre unité entre nous tous, notamment les Kurdes, nous serons tenus responsables devant l’Histoire. Ceux qui veulent détruire l’avenir du peuple de Shengal paieront un lourd tribut, croyez-moi. Ceux qui opprimeront les Kurdes les uns contre les autres seront condamnés devant notre peuple et notre histoire.

2017 est une année importante pour l’avenir des Kurdes qui sera témoin d’un changement et d’une transformation. Dans ce pays, ce sera l’année où ceux qui essaient d’anéantir les avancées de la cause kurde avec des politiques assimilatrices seront vaincus. Nous devons continuer la lutte par notre engagement sans failles, pour notre liberté et notre avenir. Nous aurons la tête haute, peu importe le coût. Je célèbre à travers ce Newroz tous ceux au Kurdistan et au Moyen-Orient qui se reconnaissent dans ces idéaux. Je nous souhaite le meilleur sur notre chemin et le succès final de notre lutte pour la liberté. »

Le discours rencontre un franc-succès et éclipse ceux le précédant ou à venir. Une fois le rassemblement terminé, la police a dispersé à certains endroits la foule, sur le chemin du retour, à l’aide de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Plusieurs personnes ont été arrêtées. Peu avant le début, les festivités ont été endeuillées par la mort d’un étudiant en musique de Malatya. Selon la préfecture, le jeune homme détenait un couteau et n’aurait pas voulu se soumettre au contrôle en usage à l’entrée du site. Il a malgré tout voulu se rendre sur le site en forçant le passage, torse nu et les mains vides. La police lui a tiré dans le dos, évoquant une éventuelle bombe cachée sous son pantalon pour justifier son geste.

La route vers la paix et la reconnaissance des droits fondamentaux est encore longue et difficile. Les feux de Newroz et ses lumières rappellent qu’il n’est pas vain de garder espoir.


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Erdoğan annonce une vague de mauvais temps sur l’Europe http://www.kedistan.net/2017/03/23/erdogan-europe-previsions/ Thu, 23 Mar 2017 21:53:30 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43596 Désolée, mais je vais encore faire dans le “vu sur ma télé”. Et pourtant, j’avais juste voulu me renseigner sur la météo européenne… Et en place de madame météo,  j’ai eu droit comme toujours à Erdoğan. “Je m’adresse une nouvelle fois aux Européens… La Turquie n’est pas un pays qu’on peut bousculer, dont on peut se […]

Cet article Erdoğan annonce une vague de mauvais temps sur l’Europe a été publié par KEDISTAN.

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Désolée, mais je vais encore faire dans le “vu sur ma télé”. Et pourtant, j’avais juste voulu me renseigner sur la météo européenne… Et en place de madame météo,  j’ai eu droit comme toujours à Erdoğan.

“Je m’adresse une nouvelle fois aux Européens… La Turquie n’est pas un pays qu’on peut bousculer, dont on peut se jouer de l’honneur, dont on peut expulser les ministres…

Le monde entier suit ce qu’il se passe de très près… Si vous continuez de vous comporter de cette manière, demain, aucun Européen, aucun Occidental ne pourra plus faire un pas en sécurité, avec sérénité dans la rue, nulle part dans le monde.”

Ces mots foutent la trouille non ? Surtout quand on apprend après qu’un cinglé, fou de Daesh, tue plusieurs personnes sur un pont en plein coeur de Londres. Bien sûr, rien à voir, mais alors que veut dire le Reis en menaçant ainsi ? Qu’attaquer diplomatiquement la Turquie, serait légitimer le terrorisme ?

Est-ce qu’Erdoğan a voulu dire que la Turquie serait un bouclier aujourd’hui qui pourrait faire défaut demain ou a-t-il menacé de laisser faire par représailles ?

Le Reis n’arrête pas de discourir devant des parterres de soumis et de dévots, à longueur de semaines. Il réunit des grands corps de l’état aux plus petits muhtars de quartier, des “assemblées” devant lesquelles il pérore, s’adresse au monde et à ses télés alliées.

Et, pour celles et ceux, qui comme moi, l’ont déjà entendu il y a plus de dix ans tenir des discours sur “l’Europe”, du temps où avec son ami Gülen ils voulaient se débarrasser des “militaires” et dénonçait le manque de “libertés religieuses”, en vantant la démocratie européenne, on comprend vite que les mots ont le sens qu’on veut bien leur donner selon ses intérêts du moment.

Ces Pays devenus “nazis” qui finançaient hier les “grands projets” et saluaient ses victoires électorales devraient du coup se méfier de celui qu’ils ont soutenu hier, parce qu’ils seraient devenus son “obligé”… Je ne vois que cette façon d’interpréter les propos du Reis : “vous vous êtes servi de moi, vous avez besoin de moi, alors attention au pouvoir que vous m’avez ainsi donné”…

Finalement, cette “crise” apparente, résume le jeu “tu m’aimes, je ne t’aime plus”, ou pour plagier un de vos auteurs, “je t’aime, moi non plus”, qui a couvert les relations politico-financières dites “réalistes” entre l’Europe économique et le nouveau pouvoir de Turquie. Chacun a fait son beurre, protégé ses intérêts, enrichi ses castes politiques, abondé sa corruption, ses oligarchies, consolidé ou défait des pouvoirs politiques et des carrières de politiciens… Et aujourd’hui que votre “belle europe” prend l’eau, et que le régime en Turquie devient fascisant dans ses méthodes, l’un ne peut plus rien dire sur l’autre sans que le copinage d’hier ne soit à faire oublier au plus vite…

Et pour nous faire voter pour son sacre personnel, le Reis doit nous faire partager sa fausse détestation de l’Europe, dont il espère pourtant toujours qu’elle continuera d’accorder les crédits de ses grands travaux… tant que le Poutine n’aura pas pris le relai.

Et pourtant, la “livre turque” qui au début de l’année avait bien dégringolé, remonte un peu ces derniers jours… Va donc y comprendre quelque chose entre la finance et les réalités politiques…

Avec les “prévisions” d’ Erdoğan, il va bientôt y avoir bientôt plus de touristes pour venir assister aux audiences des procès politiques, que pour visiter l’Anatolie.


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Appel : En canoë vers le Conseil mondial de l’eau ! http://www.kedistan.net/2017/03/22/appel-canoe-conseil-mondial-eau/ Wed, 22 Mar 2017 20:00:48 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43541 Aujourd’hui, c’est la “Journée mondiale de l’eau”. Et en ce jour spécial, je fais un appel international. Je vous appelle à la lutte pour l’humain, l’animal, la nature et l’eau… Pour devenir chacunE des gouttes d’eau de vie… Comme vous le savez, le capitalisme avance vers l’hégémonie sur les sources d’eau mondiales, notre eau… Les […]

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Aujourd’hui, c’est la “Journée mondiale de l’eau”. Et en ce jour spécial, je fais un appel international.
Je vous appelle à la lutte pour l’humain, l’animal, la nature et l’eau… Pour devenir chacunE des gouttes d’eau de vie…

Comme vous le savez, le capitalisme avance vers l’hégémonie sur les sources d’eau mondiales, notre eau…

Les forêts amazoniennes, Dakota, Honduras… Mer Noire, les rivières de Munzur, Alakır, sont en danger. Les centrales thermiques, les pipelines pétroliers menacent les êtres vivants et la planète. Si nous ne disons pas stop aujourd’hui, dans l’avenir, l’eau deviendra pour nous, inaccessible, le droit à l’eau, un droit vital et fondamental disparaitra, et le XXI ème siècle sera scène de guerres de l’eau provoquées par le capitalisme. Il est possible de lutter pour empêcher cela. Les peuples qui luttent contre le barrage de Belo Monte en Amazonie, Berta Caceres qui sacrifie sa vie pour le droit à l’eau, en Turquie, les défenseurEs de la nature, qui luttent pour protéger les rivières de Munzur à Dersim, Alakır à Antalya, et dans la région de Mer Noire, ne cessent de crier de toute leurs forces, que cette lutte est possible et qu’elle doit être menée dès aujourd’hui.

En tant que militant et habitant de la ZAD, je souhaite faire appel avec un projet, à touTEs les défenseurEs de la nature qui voudraient être une petite goutte dans cette lutte :

Dans la période printemps-été, seriez-vous partantEs pour une traversée en canoë, en suivant les canaux de Bordeaux à Marseille, pour aller y déposer la “Déclaration mondiale sur l’eau” qui dit que l’eau est un droit, et qu’elle ne peut donc pas être considérée comme marchandise. Chiche ?

Celles et ceux qui souhaiteraient participer peuvent me contacter au sadik.celik@kedistan.net

Türkçe > Çağrı : Dünya Su Konseyi’ne kano yolculuğu
English > (Si vous êtes partantE pour traduire, contactez-nous)

La Journée mondiale de l’eau est une journée internationale instituée par l’Organisation des Nations unies. Proposée dans l’Agenda 21 au cours du sommet de Rio en 1992 et adoptée le 22 février 1993 par l’Assemblée générale des Nations unies, elle se célèbre le 22 mars de chaque année avec des thèmes différents.
Le Conseil mondial de l’eau est une collaboration internationale d’ONG, de gouvernements et d’organisations internationales pour résoudre les problèmes liés à l’eau dans le monde. Fondée en 1996, son siège se trouve à Marseille. Elle regroupe en 2013 plus de 350 organisations à travers 50 pays. Un forum est organisé tous les trois ans dans un pays différent. Le dernier forum s’est déroulé à Istanbul en 2009. Et les précédents étaient à Mexico en 2006, à Kyoto en 2003, à Lahey en 2000, et à Marrakech en 1997.

Cet article Appel : En canoë vers le Conseil mondial de l’eau ! a été publié par KEDISTAN.

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Çağrı : Dünya Su Konseyi’ne kano yolculuğu http://www.kedistan.net/2017/03/22/cagri-dunya-su-konseyine-kano-yolculugu/ Wed, 22 Mar 2017 19:23:50 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43529 Bugün, 22 Mart, “Dünya Su Günü”. Ve bu özel günde uluslararası bir çağrı yapıyorum. Haydi, insana, hayvana ve yeryüzüne can suyu olmak için mücadeleye!… Bilindiği üzere kapitalizm dünya su kaynaklarımız üzerinde büyük bir hegemonya kurmaya doğru ilerliyor. Amazon ormanları, Dakota, Honduras… Karadeniz, Munzur ve Alakır nehirleri tehlikede. Termik santralleri, petrol boru hatları, insana, hayvana ve yeryüzüne karşı büyük bir […]

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Bugün, 22 Mart, “Dünya Su Günü”. Ve bu özel günde uluslararası bir çağrı yapıyorum.

Haydi, insana, hayvana ve yeryüzüne can suyu olmak için mücadeleye!…

Bilindiği üzere kapitalizm dünya su kaynaklarımız üzerinde büyük bir hegemonya kurmaya doğru ilerliyor. Amazon ormanları, Dakota, Honduras… Karadeniz, Munzur ve Alakır nehirleri tehlikede. Termik santralleri, petrol boru hatları, insana, hayvana ve yeryüzüne karşı büyük bir tehdit oluşturuyor. Eğer bu gidişe bugün dur diyemezsek, yakın gelecekte en doğal yaşam hakkımız olan suya erişim imkanımız büsbütün ortadan kalkacak ve 21.yüzyıl, dünya kapitalizminin su savaşları dönemi olacak. Buna asla izin vermeyecek bir mücadele mümkün. Amazon ormanlarında Belo Monte barajına karşı mücadele eden yerli halklar, Honduras’ta yaşamını su hakkı için feda eden Berta Caceres, Türkiye’de Karadeniz, Dersim-Munzur ve Antalya-Alakır’da nehirleri için mücadele eden su dostları bu mücadelenin mümkün olduğunu, bu gün yapılması gerektiğini, tüm güçleri ile haykırmaktalar.

Ben de bir ZAD aktivisti olarak bu mücadeleye bir damla olmak isteyen bütün su dostlarına bir proje ile çağrıda bulunmak istiyorum: Bu bahar yaz arası dönemde, benimle birlikte Fransa-Bordo’dan başlamak üzere, kano ile su yollarını takip ederek Marsilya’da bulunan Dünya Su Konseyi’ne gitmeyi ve onlara suyun bir hak olduğunu ve satılıp pazarlanamayacağını anlatan Dünya Su Dostları Deklarasyonu‘nu iletmeye var mısınız?

Katılmak isteyenler benimle sadik.celik@kedistan.net adresinden iletişime geçebilir.

Français > Appel : En canoë vers le Conseil mondial de l’eau !
English > (çevirmek isterseniz seviniriz)

22 Mart – Dünya Su Günü
1993 yılında Birleşmiş Milletler Genel Kurulu, 22 Mart tarihini “Dünya Su Günü” olarak ilan etti.
İlk kez 1992’de Birleşmiş Milletler Çevre ve Kalkınma Konferansı’nda önerilen “Dünya Su Günü”, gerek BM üyelerinin, gerekse diğer dünya ülkelerinin giderek büyüyen temiz su sorununa dikkat çekmek, içilebilir su kaynaklarının korunması ve çoğaltılması konusunda somut adımlar atılmasının sağlanmasında teşvik olması amacıyla bu isme bir gün adamak anlamında oluşturuldu.
Her üç yılda bir toplanan ve 2009’da İstanbul’da düzenlenen Dünya Su Konseyi’nde katılımı artıran Dünya Su Günü, artan su krizini, sosyal ve ekonomik kalkınmanın sürdürülebilirliğini tehdit eden bir olgu olduğunu vurgular.
Dünya Su Konseyi
Çokuluslu bir platformdur. Dünya üzerinde adil su kullanımı bilincini geliştirmek amacıyla her düzeyde en etkili kararların alınması da dahil olmak üzere, su varlığının korunması, geliştirilmesi, planlamaları, su seviyesi kullanımı yönetimi için, kritik yaşam kaynaklarının küresel sürdürülebilirliğini sağlamak amacıyla gerektiğinde siyasi taahhütler gerçekleştirilmesi yolunda çalışan Dünya Su Konseyi, her üç yılda bir farklı bir ülkede Dünya Su Forumu düzenlemektedir.
Foruma ev sahipliği yapan ülke yetkilileriyle koordineli bir şekilde yapılan çalışmalarından şu konularda sonuçlar beklenmektedir :
– Dünya gündeminde suyun öneminin altını çizmek,
– Dünyada su sorunlarının çözümü çalışmalarına destek olmak,
– Kesin çözüm olacak öneriler getirerek kamuoyunun dikkatini çekmek,
– Politik kararlar üretmek
Konseyin organize ettiği forum, ev sahibi ülke tarafından finanse edilmekte, bu finansman özel projeler, bağışlar, ve hükümetler tarafından uluslararası kuruluşlar ve sivil toplum örgütleri tarafından hibe yoluyla karşılanmaktadır.
Konseyin merkezi Marsilya’dadır ve 1996 yılında kurulmuştur. Bu güne kadar düzenlenen Dünya Su Forumu, yer ve tarihleri : İstanbul 2009, Mexico 2006, Kyoto 2003, Lahey 2000, Marakeş 1997

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Saint-Etienne (42) : Soirée Kurdistan • 25 mars http://www.kedistan.net/2017/03/21/soiree-kurdistan-st-etienne/ Tue, 21 Mar 2017 21:20:50 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43511 Cette initiative intéressera celles et ceux proches de Saint-Etienne et environs. Si vous consultez régulièrement l’agenda de Kedistan, en page d’accueil, vous verrez qu’il est parfois bien rempli, lorsque les uns et les autres nous font parvenir suffisamment à l’avance, les initiatives qu’ils prennent. Il s’agit là d’une soirée d’information et d’échanges. Voilà comment ça se présente : […]

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Cette initiative intéressera celles et ceux proches de Saint-Etienne et environs.

Si vous consultez régulièrement l’agenda de Kedistan, en page d’accueil, vous verrez qu’il est parfois bien rempli, lorsque les uns et les autres nous font parvenir suffisamment à l’avance, les initiatives qu’ils prennent.

Il s’agit là d’une soirée d’information et d’échanges.

Voilà comment ça se présente :

Ville de Diyarbakir, quartier de Sur, fin mai 2016
Ville de Diyarbakır, quartier Sur, fin mai 2016

De retour du Kurdistan

Depuis 2013, la tentative d’”autonomie démocratique” au Rojava (Kurdistan du sud-ouest, Syrie) et sa défense armée par quelques organisations sont beaucoup commentées en France. Cette médiatisation a permis de faire connaître un peu plus l’histoire des luttes du peuple kurde, et l’idéologie égalitaire que porte leur combat. Toutefois, ce qui se passe au Bakur (Kurdistan du Nord-Ouest, Turquie) est largement passé sous silence.

Depuis 2015, une guerre civile sévit au Bakur. Dans de nombreuses villes (Diyarbakır, Cizre, Nusaybin, Silopi, Şırnak…) la police et l’armée expulsent des habitant-es, bombardent des quartiers entiers, massacrent des civils et assassinent des militant-e-s. L’État, sous prétexte d’anti-terrorisme, poursuit des opérations de censure, de contrôle, et emprisonne.

Nous sommes des militant-es lyonnais-es et stéphanois-es qui tentons de soutenir tant que faire se peut les luttes sociales en Turquie et le mouvement kurde. Lors d’un voyage en Anatolie et au Bakur notamment, nous avons rencontré des camarades qui tentent, par leurs initiatives, de résister à l’oppression de l’État, de la police et de l’armée turques.

Ils et elles nous ont livré leurs réflexions, leurs doutes, et leurs projets.

Nous vous proposons de venir partager un repas et un temps d’échange avec nous, et si le cœur vous en dit de rester pour assister à une projection.

lyon-kurdistan-soiree-2

Samedi 25 Mars à 18h

la Gueule Noire,
16 rue du Mont
42100 Saint-Étienne
(quartier Bellevue, tramway Bicentenaire)

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3 femmes, 3 résistances, toutes seules et debout http://www.kedistan.net/2017/03/21/femmes-resistances-seules-debout/ Tue, 21 Mar 2017 18:21:11 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43442 Istanbul.. Trois femmes, trois vies brisées par décret sous état d’urgence, toutes déterminées à lutter. Leur lutte est réfléchie, et va bien au-delà d’une simple revendication de la récupération de leur travail, ou de la libération d’un proche. Betül, Eda et Nazife, trois femmes qui tiennent tête, et qui revendiquent, parmi tant d’autres, tout comme Nuriye, Acun, Semih […]

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Istanbul.. Trois femmes, trois vies brisées par décret sous état d’urgence, toutes déterminées à lutter. Leur lutte est réfléchie, et va bien au-delà d’une simple revendication de la récupération de leur travail, ou de la libération d’un proche.

Betül, Eda et Nazife, trois femmes qui tiennent tête, et qui revendiquent, parmi tant d’autres, tout comme Nuriye, Acun, Semih et Veli, en grève de la faim à Ankara, depuis le 11 mars.

Ces espaces de résistance aussi petits qu’ils soient, parfois à la taille d’une seule personne, sont des espaces “gagnés” contre la répression. Si le pouvoir et sa police s’acharnent autant sur ces cas, pour les étouffer et les museler, ce n’est pas pour rien. Au premier regard, ces minuscules poches de rébellion et de désobéissance, éparpillées, peuvent paraître esseulées, isolées, sans lien particulier entre elles, or elles font partie d’une dynamique de contestation et de résistance, aussi bien par leur causes, leurs revendications que leurs méthodes. Penser que ce type d’actions menée par une personne unique ou petit groupe, aurait peu d’impact concret serait rejoindre le pessimisme qui envahit l’opposition. Ces actions se déroulent, sur des lieux publics, au vu de tous, et la moindre intervention répressive s’expose tel un spectacle-réalité, rendant encore plus légitime l’action et les revendications de ces résistantEs. C’est pour cette raison d’ailleurs, que les arrestations se font à la hâte, comme des “enlèvements” comme le décrit Eda dans son témoignage ci-dessous. Par ailleurs, elles s’inscrivent avec un remarquable entêtement, dans la durée.

On peut penser que ces actions de résistance dans leur forme la plus extrême, une grève de la faim, ne peuvent aboutir qu’à un “sacrifice” de la vie humaine en ce qui concerne celles des personnes en lutte, mais en vérité ce qui détruit la vie humaine sont les politiques du régime actuel, les conditions de l’état d’urgence et ses décrets. Quand on regarde le paysage global, ces “petites” résistances, composent bel et bien un ensemble. Elles sont visibles et plus elles seront rendues visibles, plus elles seront fortes, ainsi que les dynamiques et l’encouragement auxquels elles contribuent. C’est en leur offrant cette visibilité nécessaire qu’elles trouveront leur utilité, sans tomber dans la “sacrifice”, ni une rengaine de victimisation.

Ces apparents “îlots” de résistance, davantage “de rue”, ne sont guère différents en fait, de tous les “tours de garde”, des “défenses” devant les tribunaux, des journalistes et intellectuels. Ils exposent au devant de la scène un refus plus profond dans la société turque, qui se manifestera sans doute lors du référendum, mais que la peur et la répression musèlent. Fort heureusement, des réseaux politiques ou d’associations de société civile, même très ténus, souvent issus de la “gauche turque non parlementaire” sont entrés en résistance pour soutenir et populariser ces luttes, qui seulement spontanées, ne tiendraient pas un jour de plus…

Solidaires, nous portons donc, ces quelques portraits dans nos pages, et continuerons de le faire…

Betül Celep, Nazife Onay, et Eda Kaya…

Betül Celep
“Les femmes résistent contre les décrets”

Betül Celep “Contre les décrets et l’état d’urgence”

A Kadıköy, ceux et celles qui passent sur la place Kalkedon connaissent tous Betül. Depuis le 6 janvier, le jour où par le décret n°676, on l’a arrachée de son travail à l’Agence de développement d’Istanbul, elle vient sur la place et y reste de 12h à 18h. Betül salue les femmes qui résistent et protestent avec détermination, comme elle, et exprime que chaque lutte donne de la force à l’autre. Elle revendique, la fin de l’état d’urgence, la suppression des décrets, la réintégration des personnes licenciées.

Betül explique qu’elle ne connait pas les motifs de son licenciement. “Je ne peux que deviner” dit-elle. “Etre femme, être féministe, être socialiste, être déléguée syndicaliste peut être… Demander la paix, défendre la nature et essayer de vivre comme un être humain digne… Tout cela peut être motif à mon licenciement. Cela peut-il arriver ? C’est déjà arrivé, vu dans quel état est le pays…”

“Dans une ville géante comme Istanbul tu n’es qu’une poussière” dit Betül, “mais, c’est toi qui prononces les mots les plus justes, et c’est toi qui dois faire face à la violence policière. Nous sommes de ceux et celles qui ont la conviction que les résistances s’inscrivent dans l’histoire. Je sais que, chaque fois que ces espaces de résistance se trouvent confrontés à la violence du pouvoir, ils se renforcent. Je le sais. Je sais que les résistantEs, touTEs, peuvent le sentir. Alors, on continue ! Je pense que les femmes, dans une période comme cela, peuvent prendre de plus en plus de responsabilités et d’initiatives et signer encore plus d’actions de résistance. Et elles le feront. Je pense que dans les jours à venir, ces résistances se multiplieront sérieusement, et leur sujet seront des femmes.”

Betül s’est entretenue hier, avec l’adjoint du Préfet Ahmet Önal.
Voici quelques extraits du dialogue publiés sur le site du quotidien Birgün:

Betül : Je suis venue demander pourquoi je suis licenciée. Je demande la même chose depuis 57 jours, sur la place publique, mais je n’ai eu aucune réponse. Comme c’est vous qui avez demandé mon licenciement, je pense que vous en connaissez les motifs.
Önal : Vous savez, nous sommes en état d’urgence. Nous n’avons aucune obligation de donner les motifs de votre licenciement ni à vous, ni à personne.
Betül : Vous voulez dire que le fait de détruire le toit de tant de personnes, ne nécessite aucune explication ? Enfin, moi, je voudrais connaitre les bases juridiques de cette décision.
Önal : C’est à dire qu’il y en a mais… Nos constats à votre propos et nos sources de renseignements…
Betül : Votre constat, seraient-il le fait de “ne pas trouver correct que les socialistes travaillent dans les établissements publiques” ? Vous l’aviez exprimé antérieurement. Cela constitue-t-elle une base juridique ?
Önal : A votre travail, les directeurs d’unité ont dit que vous ne faisiez pas votre travail. Ils ont dit que vous vous intéressiez à des sujets en dehors de la description de votre poste, et que je ferais une chose bien, en vous licenciant.
Betül : Ceci ne peut pas être une base juridique, et vous le savez. S’il y a un problème du aux mauvaises performances de l’employéE, ceci n’est pas un problème qui concerne les décrets. Les procédures doivent être respectées. Le mécanisme d’avertissement, les conventions syndicales, le conseil de discipline… Passons… Je demande encore une fois, pourquoi ai-je été licenciée ?
Önal : Ce sont des personnes qu’on pensait être liées à des organisations terroristes qui sont licenciées, en période d’état d’urgence.
Betül : Et je serais liée à laquelle d’organisation terroriste ?
Önal : Je ne suis pas obligé de vous dire cela.
Betül : Etre “socialiste” voudrait-il dire être membre d’organisation terroriste ?
Önal : Je n’ai pas dit une chose pareille.
Betül : Mais vous avez dit antérieurement, dans des salles d’interrogatoire, que vous ne trouvez pas correct que les “socialistes” travaillent dans des établissements du secteur public.
Önal : Comment savez-vous que j’ai exprimé cela ?
Betül : Il s’agit de phrases que vous avez prononcées, devant une femme qui était représentante syndicaliste avant moi.
Önal : Tu fais confiance aux paroles de cette femme ?
Betül : Bien sûr. Je ne mets pas la parole de l’Etat, devant la parole de mon amie.
Önal : C’est très bien que nous ayons pu avoir cet entretien. Le fait qu’une personne comme toi, ennemie de l’Etat travaille dans un établissement public, n’était pas bien.
Betül : D’où sortez-vous que je suis ennemie de l’Etat ?
Önal : Vous faites confiance à votre amie, à la place de la mienne, vous êtes alors, une ennemie de l’Etat.
Betül : Je cherche seulement une base juridique, autre que votre parole.
Önal : Vous avez publié un tweet qui insulte le Président de la République.
Betül : Dans ce cas, montrez-moi le dossier juridique de tout cela.
Önal : Désormais nous pouvons faire tout cela, parce qu’il y a l’état d’urgence. Il n’y a pas besoin de montrer votre dossier. Ne travaillez pas chez l’Etat, travaillez dans le secteur privé.
Betül : Vous jouez avec le pain des gens. Je voudrais savoir si vous dormez bien ?
Önal : Oui, je dors bien. Le ministère nous a donné des ordres ; il n’y aura pas de partage de données, les autorités donneront avis, et le ministère approuvera.

Betül Celep Facebook | Twitter @betul_celep_


 

Eda Kaya
“Depuis 8 mois, ma sœur Seda Kaya est en détention illégitimement. Depuis 6 semaines, je demande justice.”

Eda Kaya “Liberté aux otages politiques”

Eda a 23 ans. Depuis le 31 janvier, vous pouvez la trouver devant le centre commercial Cevahir à Şişli, tous les vendredi, samedi et dimanche. Elle y est pour demander la libération de sa soeur, mais pas que…

Sa sœur jumelle Seda est arrêtée le 2 juillet. Elle est accusée d’être “membre d’organisation terroriste”. Son procès continue, la demande de libération de ses avocat a été rejetée pour motif “risque de fuite ou de dissimulation des preuves”, Seda est donc restée en prison. Eda revendique la libération de sa sœur. Elle scande des slogans comme “L’isolement est une torture”, “Je demande la justice”, “Etre révolutionnaire n’est pas un crime”

“J’ai décidé de mener cette action, quand j’ai vu les traces de torture sur le corps de ma sœur. On dit toujours que les jumeaux et jumelles ressentent les traumatismes de leurs frères ou sœurs. Quand ma soeur subit des tortures en prison, je les ressens dans ma chair et j’en souffre.”

“J’ai commencé cette résistance pour demander justice pour toutEs les otages révolutionnaires dont ma soeur Seda. Je continue depuis 7 semaines. J’ai été arrêtée et mise en garde à vue, 14 fois en 5 semaines. A chaque garde-à-vue, on m’a mis une amende d”effraction” de 109 livres turques, pour “tapage”. Ils m’embarquaient en me traînant, comme s’ils m’enlevaient. De plus, je ne sais jamais qui exactement, vient me chercher, car ils me prennent sans montrer de carte ni donner un quelconque avertissement ou explication. A chaque garde-à-vue, j’ai subi des violences psychologiques et physiques.

Eda a donc imposé sa présence sur cette place, avec entêtement et persévérance. “J’ai réussi à “gagner” cet espace de résistance au bout de 5 semaines, toute seule.”

 

“Eda Kaya’nın “Adalet istiyorum” talebine, onlarca polisle saldırı ve işkenceli gözaltı!”
v/ @Direnis2017

Publié par Seyri Sokak sur samedi 18 mars 2017


Nazife Onay
“Nous ne laisserons pas confisquer nos droits et sécurité au travail par le fascisme de l’AKP
Front des travailleurs/ses du public

Nazife Onay “Les femmes font peur au pouvoir”

Nazife, est également devant le centre commercial Cevahir. Depuis le 15 mars, elle y revendique son travail. Son histoire de lutte n’est pas différente de celle d’Eda. Elle compte de nombreuses garde-à-vue, encore une fois dans des conditions violentes. Le premier jour de sa résistance, dès qu’elle a déroulé une banderole portant le slogan “Nous ne laisserons pas confisquer nos droits et sécurité au travail par le fascisme de l’AKP”, elle s’est fait embarquer manu militari… (Vidéo ci-dessous) Pendant que les policiers la traînaient par terre, elle scandait encore  “Torturer c’est indigne” et “Nous sommes des travailleurs, nous avons raison, nous vaincrons”, le slogan de Kamu Emekçileri Cephesi – KEC (Front des travailleurs/ses du public, un groupe au sein du syndicat enseignant Eğitim-Sen)

Nazife a 35 ans. Elle enseigne depuis 11 ans. Elle travaillait au collège Çağlayan Zuhal Ortaokulu et a été licenciée, sans enquête, sans explication, par le décret n° 686 promulgué le 7 février 2017

Ironie du sort, en 2008, le régime AKP l’avait récompensée pour son travail d’enseignant à l’école de Derik, à Mardin : “Nous avions fourni un travail dévoué dans des conditions très difficiles, dans une école de village sous un toit détérioré, avec des fuites, chauffé par un poêle. Le Ministère avait récompensé trois enseignantEs. J’étais l’une d’elles.” 

Nazife est arrivée à Istanbul en 2011, et ses activités syndicales lui ont posé des problèmes au sein de son école, avec la direction :
“Le directeur essayait de me mettre au placard, d’empêcher mon contact avec mes collègues.” 

Elle exprime que les conditions de travail à Istanbul était très différentes du village, mais aussi que l’école, le métier ont évolué d’une certaine façon. “Ce métier est une vocation” rappelle Nazife, en soulignant que cela nécessite amour et persévérance, elle ajoute “l’AKP nous a enlevé ce positivisme. Nous sommes dans une période où les enseignantEs travaillent dans des classes où toutes leurs paroles sont enregistrées, où ils/elles sont dénoncéEs.”

“La femme a une capacité d’endurance très forte devant la vie. Dès ta naissance, tu dois être sur la défensive et continuer ta vie ainsi. Les femmes résistent dans divers domaines, aux difficultés que le système leur impose. Avec la lutte révolutionnaire, avec les femmes kurdes qui ont gagné les rues, les femmes ont retrouvé la confiance en elles. Etre femme est devenu quelque chose de politique. Et cette transformation fait peur aux pouvoirs. La devise ‘Une révolution sans femmes n’est pas possible, les femmes sans révolution ne sont pas libres’ est vraiment juste.”

Nazife Onay : Facebook | Twitter @onay_nazife


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Bordeaux 30 mars/1er avril • Les Rencontres pour une Culture Populaire http://www.kedistan.net/2017/03/21/bordeaux-rencontres-culture-populaire/ Tue, 21 Mar 2017 13:14:24 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43380 Après une première expérience en 2016, Les Rencontres pour une Culture Populaire se préparent une nouvelle fois à accueillir participantEs et intervenantEs à Bordeaux. L’événement est organisé par le Théâtre de la Rencontre, compagnie d’art et d’essai et production et organisation d’événements culturels. Et c’est parti pour trois journées d’échanges et de réflexion… Notre amie et […]

Cet article Bordeaux 30 mars/1er avril • Les Rencontres pour une Culture Populaire a été publié par KEDISTAN.

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Après une première expérience en 2016, Les Rencontres pour une Culture Populaire se préparent une nouvelle fois à accueillir participantEs et intervenantEs à Bordeaux. L’événement est organisé par le Théâtre de la Rencontre, compagnie d’art et d’essai et production et organisation d’événements culturels. Et c’est parti pour trois journées d’échanges et de réflexion…

Notre amie et contributrice Gisèle Güzel Koç sera parmi les intervenantEs le 1er avril, lors du débat “Les artistes sont-ils les voix de l’espérance du peuple ?” 


2e édition
Les Rencontres pour une Culture Populaire

30, 31 mars & 01 avril 2017, Cap Sciences

BordeauxForte de sa première édition, Les Rencontres pour une Culture Populaire reviennent de nouveau pour trois jours de débats les 30, 31 mars & 1er avril à Cap Sciences.

S’inscrivant toujours dans les pas des Etats Généraux de la Culture et de son texte fondateur de Déclaration des Droits de la Culture, nous proposons à seulement quelques semaines de l’élection présidentielle, des débats ayant une forte résonnance avec l’actualité.

Comme un fil rouge sur l’ensemble de la manifestation, nous nous imprégnerons des écrits de Pier Paolo Pasolini, écrivain et cinéaste italien. Sa « présence » nous invite à la réaction. Il faut voir le passé avec les yeux de témoins pour mieux appréhender ce qui se passe actuellement. Pasolini était un artiste engagé, insaisissable, qui dénonçait les dérives politiques et économiques de son époque. Avec ses oeuvres et ses prises de position, il est devenu le symbole du lien et du dialogue inévitable entre art et politique.

« Les actions de la vie/ ne seront que communiquées, / et seront, elles, la poésie,/ puisque, je te le répète,/ il n’y a pas d’autre poésie que l’action réelle… »

Pier Paolo Pasolini, Qui je suis, autoportrait en forme de poème, 1966.

L’Art et la Politique sont indissociables, il ne saurait y avoir d’émancipation politique sans émancipation culturelle et inversement.

Il est donc urgent de se rassembler, de débattre, de se confronter au regard de l’autre. Car la culture c’est nous tous et chacun d’entre nous dans sa diversité.

Les Rencontres pour une Culture Populaire, c’est une agora, qui réinstaure un dialogue entre les différents acteurs de la culture, le citoyen et les décideurs.

Afin de débattre, d’échanger et de faire émerger de nouvelles propositions, nous proposons trois débats :

Jeudi 30 mars, 18h30-21h00 :
« La Culture, dernière ligne de défense de la démocratie ? »

Vendredi 31 mars, 18h30-21h00 :
« La Culture est-elle un engagement politique ? »

Samedi 1er avril, 11h00-13h00 :
« Les artistes sont-ils les voix de l‘espérance du peuple ? »

La manifestation se tiendra en présence de représentants politiques, d’artistes, d’universitaires et d’acteurs du monde culturel d’envergure nationale.

Entrée gratuite | Réservation conseillée
theatredelarencontre@yahoo.fr | 06.67.94.12.58
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Programme

Théâtre de la Rencontre
Cliquez pour agrandir

 


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Özgür Gündem, 21 mars, audience pour Erol, Şebnem et Ahmet http://www.kedistan.net/2017/03/20/ozgur-gundem-audience-erol-sebnem-ahmet/ Mon, 20 Mar 2017 19:51:15 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43392 Erol Önderoğlu, représentant pour la Turquie de Reporters sans frontières (RSF), Şebnem Korur Fincancı, Présidente de la Fondation pour les droits humains (TIHV) et l’auteur journaliste Ahmet Nesin, tous trois accusés de “propagande terroriste” (quelle nouveauté !) pour avoir participé à la campagne de solidarité avec le journal Özgür Gündem vont demain se retrouver à nouveau devant leur juge. Rappelons qu’ils […]

Cet article Özgür Gündem, 21 mars, audience pour Erol, Şebnem et Ahmet a été publié par KEDISTAN.

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Erol Önderoğlu, représentant pour la Turquie de Reporters sans frontières (RSF), Şebnem Korur Fincancı, Présidente de la Fondation pour les droits humains (TIHV) et l’auteur journaliste Ahmet Nesin, tous trois accusés de “propagande terroriste” (quelle nouveauté !) pour avoir participé à la campagne de solidarité avec le journal Özgür Gündem vont demain se retrouver à nouveau devant leur juge.

Rappelons qu’ils avaient été également emprisonnéEs, puis libéréEs dix jours plus tard, après qu’une mobilisation internationale ait porté leur arrestation au grand jour. Nous en étions encore seulement qu’au début des purges de masse et des incarcérations systématiques. La “démocratie” d’après putsch manqué n’avait pas encore produit ses effets…

Leur procès, avait été ouvert le 8 novembre 2016, et la prochaine audience est donc prévue pour le 21 mars prochain à 10 heures, au palais de justice de Çağlayan à Istanbul, lieu où défilent depuis des mois maintenant devant des juges “aux ordres”, tous les otages politiques de Turquie.

RSF, (Reporters sans frontières), a  annoncé qu’une délégation internationale de RSF fera le déplacement à Istanbul pour assister à la reprise du procès. Dans le climat absurde créé par le Président depuis quelques jours, injuriant à qui mieux mieux certains gouvernements européens, la présence de “délégations européennes”, si elle est primordiale, risque bien de se voir brocardée.

Dans la course pour le référendum, qui guide cette polémique à usage interne, on peut tout supposer, et notamment craindre une inversion d’une tendance qu’on pouvait remarquer ces dernières semaines, qui se se dirigeait plutôt vers des peines de prison avec sursis et de fortes amendes, interdictions de sortie de territoire à la clé. La politique de “terreur” choisie poussant ensuite les intéresséEs à l’auto-censure ou, s’ils insistaient, à des empêchements professionnels. Le régime ayant choisi la tension à nouveau, les “juges” pourraient bien vouloir faire des exemples, pour complaire au Reis, ou à nouveau “reporter”, afin de trouver des accusations complémentaires…

Jamais le terme d’otages n’a autant fait sens dans cette situation. Que ce soient pour celles et ceux qui sont derrière des murs et des barreaux, celles et ceux qui sont en “liberté provisoire”, et, pour  la majorité en “liberté surveillée” sous état d’urgence et policier. Ces mêmes “otages”, rappelons-le, qui subiront encore davantage les difficultés économiques qui se profilent, puisqu’en processus de déchéance sociale…

Il serait vain de vouloir tenir la comptabilité exacte des audiences concernant le journal Özgür Gündem, devenu le “prétexte” à forger des accusations au titre de la loi “antiterroriste”, plus absurdes et kafkaïennes les unes que les autres. A suivre donc…

Ajout du 21 mars :

L’audience de ce matin n’a pas clos le dossier, loin de là, et ce procès précis se poursuivra le 8 juin prochain.
Afin parait-il que Ahmet Nesin, assure sa défense devant les juges, un mandat d’arrêt et de recherche a été lancé contre lui.

Mais pour rappel, entre le 28 mars et le 4 juillet, pas moins de 6 audiences étaient déjà programmées, concernant 50 enquêtes ouvertes, à l’encontre de 38 personnes… En voici les noms, vous en reconnaitrez facilement quelques uns…

A. Kumru Başer, Ahmet Nesin, Ayşe Batumlu, Ayşe Düzkan, Beyza Üstün, Can Dündar, Celal Başlangıç, Celalettin Can, Cengiz Baysoy, Cilem Küçükkkeleş, Derya Okatan, Dicle Anter, Erol Önderoğlu, Ertuğrul Mavioğlu, Faruk Balıkçı, Faruk Eren, Fehim Işık, Hüseyin Tahmaz, Hakkı Boltan, Hasan Cemal, Hasan Hayri Şanlı, İbrahim Bodur, İhsan Caralan, Julide Kural, M. Ali Çelebi, Murat Çelikkan, Murat Uyurkulak, Nadire Mater, Necmiye Alpay, Nevin Erdemir, Öncü Akgül, Ragıp Duran , Said Sefa, sanar Yurdatapan, Şebnem Korur Fincanci, Tuğrul Eryılmaz, Veysi Altay, Yıldırım Türker.

Par ailleurs, 13 rédacteurs en chef ayant participé aux “tours de garde” pour le journal Özgür Gündem, dont 1 écrivain, ont déjà été condamnés.

Sanar Yurdatapan, İbrahim Bodur, Cengiz Baysoy, İmam Canpolat, Cilem Küçükkeleş, Nadire Mater, Yıldırım Türker, Hasan Cemal, Faruk Balıkçı, Dicle Anter, Derya Okatan, Kumru Başer, Ayşe Batumlu et Murat Uyurkulak.


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Le naufrage économique de Diyarbakır… et de la Turquie http://www.kedistan.net/2017/03/20/naufrage-economique-diyarbakir-turquie/ Mon, 20 Mar 2017 13:32:27 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43187 Les combats urbains et le climat général délétère ont eu raison de la vitalité économique de Diyarbakır. La Confédération des associations de businessmen et d’industriels du Sud et du Sud-Est (DO-GÜNSİFED) parle de 2000 magasins fermés et de 15000 personnes supplémentaires au chômage dans la ville millénaire. Au bas mot, car il n’est pas certain que […]

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Les combats urbains et le climat général délétère ont eu raison de la vitalité économique de Diyarbakır. La Confédération des associations de businessmen et d’industriels du Sud et du Sud-Est (DO-GÜNSİFED) parle de 2000 magasins fermés et de 15000 personnes supplémentaires au chômage dans la ville millénaire. Au bas mot, car il n’est pas certain que le petit épicier du coin ou les travailleurs informels soient enregistrés à la confédération mentionnée plus haut. Sans parler de ceux qui ont été chassés par l’Etat de leurs maisons de Sur, promises à la destruction.

Une chose est claire, on ne se bouscule pas dans les ruelles étroites et les bazars de la vieille ville entourée de ses remparts. Le tourisme, pilier de l’économie locale, est en chute libre. Commerces, magasins, hôtels et restaurants sont frappés de plein fouet.

Apathie quotidienne

« On a pu rouvrir il y a un an, après quatre mois de blocus total de Sur. Mais le mal est fait, plus personne ne vient ici, ni les Turcs, ni les étrangers » constate Cavit dans son magasin de tapis artisanaux depuis 33 ans. Même les soldats américains, très attendus avec leurs soldes militaires, n’ont plus le droit de sortir de la base aérienne voisine. Question de sécurité. « Je n’ai jamais vu ça. Même dans les années 90, au plus fort de la guerre, on arrivait malgré tout à travailler. Parfois je passe une ou deux semaines en ne vendant absolument rien. Je ne gagne rien et ceux qui ont fabriqué les tapis non plus. Ma femme et mes fils me disent que je devrais arrêter et fermer le magasin, que ça ne sert à rien de s’accrocher » soupire le marchand en égrenant son chapelet. Il y a deux ans, ils étaient une vingtaine à proposer tapis et kilims faits main. Il est aujourd’hui l’unique rescapé.

Dans cette situation économique alarmante, il se sait malgré tout chanceux car propriétaire de son échoppe. Les fins de mois sont néanmoins difficiles et il a été poussé à s’endetter pour assurer les études de ses enfants, lui qui vivait confortablement il y a peu. « On espère que Newroz fera venir du monde, mais franchement, je n’y crois pas » prédit Cavit, entouré d’amis tout autant désœuvrés.

Assis sur un tabouret, Mehmet poursuit : « on vit dans la peur. En tout cas moi je vis chaque jour avec. Là on est quatre à boire du thé, on discute tranquillement. Mais qui de nous peut dire ce qu’il va se passer dans une demi-heure ou demain ? En fait, on n’en sait rien. »

La cité se morfond, les ruches de consommation que sont les grands centres commerciaux, situés dans les quartiers neufs et éloignés du centre ne sont que des cache-misères. Beaucoup de rideaux métalliques restent baissés, les yeux des uns et des autres plongés dans le vague. Regards lassés qui partagent leurs longues journées. Les marchands n’ont guère de monde avec qui négocier, les guides et traducteurs n’ont plus de visiteurs à émerveiller au détour d’une ruelle, à l’ombre d’un minaret. Le cœur historique de Diyarbakır bat au ralenti, plombé par les craintes d’un passé proche violent et meurtrier, prêt à ressurgir à chaque instant.

Polyglotte averti, Mehmet pointe du doigt vers Ankara car « ce que font Erdoğan et ses ministres, c’est de la folie pure. Ils menacent sans arrêts, les simples citoyens comme les pays étrangers. L’impact économique de ces agissements politiques est énorme pour nous. Mais ils s’en fichent, ils préfèrent faire du bruit et flatter leur égos en nous disant que tout va bien. Ils nous parlent d’un renouveau ottoman en disant que le pays était endormi depuis un siècle. Regarde nous, on est au chômage depuis bientôt deux ans. Si c’est ça le renouveau, je préfère continuer à dormir. » L’assistance approuve et pour appuyer ses propos, certains rappellent qu’avoir abattu un avion de combat russe en novembre 2015 a entraîné la suspension par la Russie des importations agricoles en provenance de Turquie. Plus qu’une l’économie morose, chacun ici sent peu à peu l’isolement les envelopper.

Angoisses économiques et vertiges identitaires

La politique menée par le pouvoir et la situation régionale ont mis la société sur la brèche économique. Erdoğan le sait et, tout en insultant les Pays-Bas et l’Allemagne, se garde bien de remettre en cause les accords économiques signés avec ces deux partenaires de premier plan. La Turquie ne peut se le permettre. Sa croissance se tasse, passant de plus de 8% en 2011 à 3% en 2016. A mesure que défilent les mois, les inquiétudes au sujet d’un pays jugé peu fiable grandissent et les investissements étrangers diminues, divisés par deux entre 2015 et 2016.

Avoir saisi des centaines d’entreprises, poursuivi et incarcéré des milliers de travailleurs et de patrons depuis la tentative de putsch n’est sans doute pas sans lien avec une telle conjoncture. Pendant ce temps-là, le clientélisme d’Etat prospère tout comme le chômage qui gravite officiellement autour de 12%.

Le tourisme, secteur important de l’économie turque, s’est effondrée de 30% en l’espace d’un an. Une courbe que suit la livre turque et beaucoup regrettent de ne pas avoir converti l’argent mis de côté en or ou en devises fortes il y a quelques années.

La paupérisation ouvre grand ses bras à de nombreux citoyens qui vivaient jusque-là décemment. Bien sûr, pas un mot de tout cela lors des apparitions télévisées pourtant quotidiennes de l’omniprésent président. Les citoyens turcs ont en revanche été informé de l’augmentation de 10% du salaire minimum en début d’année, dont l’objectif, autre qu’électoral, demeure la lutte contre l’inflation chronique qui frappe le pays depuis plusieurs années.

Evidemment, tout n’est pas imputable au président actuel dans un monde à l’économie globalisée et dérégulée. La Turquie est en contact direct avec une région du monde qui ne favorise pas la quiétude et l’épanouissement des échanges économiques.

Les trois millions de Syriens au statut d’invités à protection temporaire pèsent sur les finances de l’Etat et cette main-d’œuvre bon marché crée un dumping social. En revanche, Erdoğan est responsable d’avoir préféré la guerre à la paix avec les Kurdes au printemps 2015, lorsqu’il a senti le songe d’un pouvoir absolu lui glisser peu à peu entre les doigts.

Les fabricants d’armes, liés à l’exécutif autoritaire, se frottent les mains et les Kurdes paient la tournée. Il est responsable d’avoir offert soutien et assistance à des extrémistes se revendiquant d’un islam dont ils sont à des années-lumière. Il a cru les manipuler à sa guise, ils ont fini par mordre la main qui les avait caressés et là, ce sont tous les Turcs qui ont trinqué. Responsable d’attiser les braises nationalistes et religieuses dans une région qui n’en a vraiment pas besoin, au détriment du bien-être sociétal et du vivre-ensemble.

Au cours de ses mandats successifs, il a longtemps mis en lumière les progrès et développements économiques du pays, comme l’indique le nom de son parti. Aujourd’hui, il ne peut plus les mettre en avant, part en arrière déterrer du caveau des idées et des concepts que l’on voudrait voir pour de bon appartenir au passé.

L’Europe fasciste et islamophobe, les guerres de religions, le culte de la personnalité, la victimisation du seul contre tous et la grandeur passée ottomane sont en tête de gondole. Le gouvernement turc, tout acquis à la cause de son président, détourne l’attention publique de ses difficultés actuelles en allumant ces contre-feux.

Erdoğan se rêve en successeur d’Abdülhamid II et fait payer à toute la société turque le prix de cette illumination anachronique. Il propulse la Turquie dans une obscurité perceptible d’Istanbul à Van, en passant par Diyarbakır, un pays où à chaque jour suffit sa peine, où comme le dit Cavit, « on ne voit pas l’avenir. On n’y pense même plus. »


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Merhaba Hevalno mensuel n°13 | Mars 2017 http://www.kedistan.net/2017/03/20/merhaba-hevalno-mensuel-13-mars-2017/ Mon, 20 Mar 2017 02:44:41 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43368 AGENDA Lyon • Marche aux Flambeaux pour la fête du Newroz mardi 21 mars à 19h Place Bellecour Paris • Le festival des cinémas de Turquie du 23 mars au 2 avril Cinémas le Louxor et le Brady Paris • Projection d’Une autre montagne Un nouveau documentaire sur les femmes qui luttaient dans les années 80 au Kurdistan. […]

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AGENDA

Lyon • Marche aux Flambeaux pour la fête du Newroz
mardi 21 mars à 19h
Place Bellecour

Paris • Le festival des cinémas de Turquie
du 23 mars au 2 avril
Cinémas le Louxor et le Brady

Paris • Projection d’Une autre montagne
Un nouveau documentaire sur les femmes qui luttaient dans les années 80 au Kurdistan.
dimanche 2 avril à 19h30
Au théâtre le Brady
39 bvd de Strasbourg, 10ème arrdt

Villefranche • Retour d’une délégation pour le Newroz de Diyarbakir
diaporama, témoignage, bouffe…
mercredi 5 avril à 19h30
La Ruche, 19 rue de Prony

Tarnac • Rencontres et discussion autour de la situation au Kurdistan.
samedi 8 avril
Attention ! Changement de date.
Dans Merhaba Hevalno, l’initiative est annoncée le 7 avril. Elle se déroulera bien le 8 avril)
Kedistan sera présent et communiquera les informations
Plateau des Milles Vaches

 

SOMMAIRE

  • Agenda p. 2
  • La sale guerre continue au Bakûr p. 3
  • Au Kurdistan, la loi du silence p. 5
  • Le modèle alternatif du Rojava p. 8
  • Karayilan : « Si la Turquie nous atttaque, elle aura ce qu’elle mérite » p. 13
  • Nouvelles attaques contre les yézidi.e.s,
  • le PDK envahit le Shengal p. 16
  • La Turquie coordonne des attaques génocidaires contre les Kurdes sur son territoire et à l’étranger p. 19

* * *

Nous voudrions, en publiant ce bulletin Merhaba Hevalno, mettre en mots et en acte notre solidarité avec les mouvements de résistance au Kurdistan.

Ce bulletin mensuel autour de l’actualité du Kurdistan est notamment rédigé depuis la ZAD de NDDL, mais pas seulement ! Un certain nombre de camarades de Toulouse, Marseille, Angers, Lyon et d’ailleurs y participent…

Pour nous contacter : actukurdistan[at]riseup.net

Pour télécharger le pdf cliquez ICI et enregistrez.

mh13

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Ainsi disent-ils, dernier recueil de Müesser Yeniay http://www.kedistan.net/2017/03/20/ainsi-disent-ils-muesser-yeniay/ Mon, 20 Mar 2017 01:30:26 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43121 Refuser l’image que les hommes donnent de la féminité, c’est l’un des crédos de cette figure montante de la poésie turque d’aujourd’hui, « l’une des voix les plus prometteuses de son pays », aux dires de l’éditeur Bruno Doucey. Née officiellement en octobre 1984 à İzmir (Smyrne),  bien qu’un an plus tôt dans la vraie vie, Müesser Yeniay […]

Cet article Ainsi disent-ils, dernier recueil de Müesser Yeniay a été publié par KEDISTAN.

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Refuser l’image que les hommes donnent de la féminité, c’est l’un des crédos de cette figure montante de la poésie turque d’aujourd’hui, « l’une des voix les plus prometteuses de son pays », aux dires de l’éditeur Bruno Doucey.

 Müesser YeniayNée officiellement en octobre 1984 à İzmir (Smyrne),  bien qu’un an plus tôt dans la vraie vie, Müesser Yeniay a poursuivi des études de langue et de littérature anglaise à l’Université d’Ege. Elle a publié ses écrits dans de nombreux titres turcs (Dize, Mor Taka, Mühür, Hurriyet Gösteri, Şiir’den), mais aussi dans des revues étrangères (The Voices project, The Bakery, Shot Glass Journal, Casa Della Poesia, Libere Lucci, Poeticanet, Poiein, Sentinel Poetry, Revue Ayna, Mediterranean Poetry, Tema, Kritya…).

Préparant désormais un doctorat de littérature turque à l’Université Bilkent d’Ankara, Müesser travaille aussi comme directrice de publication de la revue Şiirden, à Istanbul. La jeune femme a écrit plusieurs ouvrages traitant des aspects théoriques et critiques de la poésie turque, et contribué à la traduction en turc de nombreux poètes anglophones. Quant à ses poèmes, ils lui ont déjà valu plusieurs prix littéraires. Comme le fait remarquer le poète, chroniqueur et écrivain français d’origine turque Michel Ménassé, qui a préfacé le dernier de ses recueils paru en octobre dernier aux éditions Bruno Doucey (Ainsi disent-ils), Müesser est sollicitée dans les festivals de poésie du monde entier : elle est traduite en anglais, français, italien, espagnol, grec, roumain, arabe, hébreu…

« Etre femme libre et poète est aujourd’hui un défi de grande audace dans les pays sous régime islamique » explique Michel Ménassé dans sa préface. Et de l’audace, Müesser Yeniay, « écorchée vive, à l’acmé de sa révolte », n’en manque pas. « Parodique ou désespérée, sa devise pourrait être “Ni Dieu, ni mâles”, mais ce serait réduire l’auteur à une posture de façade », poursuit Michel Ménassé. Je n’en dirai pas davantage, en vous invitant seulement à lire cette jeune poète qui, s’inspirant de la mystique soufie, confie en guise d’ouverture à la troisième partie de son recueil : « C’est seulement quand j’écris des poèmes que mon âme danse. C’est seulement quand j’écris des poèmes que m’appartiennent tous les lieux, toutes les temporalités, tous les possibles… C’est cela la joie d’exister… La porte des rêves attend toujours entrouverte, là demeure la conscience pure, pareille à Dieu ».

Bien-sûr, je ne bouderai pas mon plaisir à relayer quelques-uns de ses poèmes, traduits par Claire Lajus. Le premier, forcément, a sa place ici. Il a pour titre… Kedi (Le chat). Le second est dédié à la Résistance de Gezi, où en mai 2013 des manifestants venus protester contre la destruction annoncée du lieu, rare espace vert au cœur d’Istanbul, ont été sévèrement molestés par la police : 4000 manifestants ont été blessés, dont plusieurs dizaines gravement blessés, et 6 personnes en sont mortes. Enfin, dans le troisième, il est question de Kadın (Femme)… Lisez !

photo © Emre M.
Le chat

un soir
à une station glaciale
un énorme chat
a bu toute mon affection
au cœur de l’obscurité

sa fourrure
je l’ai étreinte, intensément

comme prêts à fondre sur le sol
les nuages se sont divisés

les oreilles du chat un toit
ses coussinets un foyer

lieu
où le plaisir et le chagrin
du monde sont inconnus

et moi
je l’ai étreint
de tout mon cœur
Kedi

akşam
soğuk bir durakta
kocaman bir kedi
karanlığın ortasında
içti bütün sevgini

ben kürkü önüm
sarıldım, bırakmadım

bölündü bulutlar
yeryüzüne yetecek gibi

kedinin kulaklarından
çatısı, patisinden evi

tasası ve keyfi
dünyanın yaşanılmayan
yeri

ben işte ona
bütün kucağımla
sarıldım
“Une autre monde est possible” photo © Emre M.
Un nid d'oiseau dans le parc Gezi
à Nâzım Hikmet, respectueusement

J'écris tout cela d'un nid d'oiseau
entre deux branches dans le parc Gezi
mon souffle se plante dans ma poitrine tel un couteau
avec le peuple du monde entier ils viennent abattre le ciel

je suis un nid d'oiseau dans le parc Gezi
entre deux branches

ici les gens sont venimeux
des arbres ont été arrachés

nous sommes chassés du monde
où nous avaient convié nos mères

ils bombardent le chant des oiseaux
-les oiseaux ne peuvent imiter la monnaie sonnante-

Phénix Anka, on entend un Ethem au milieu des tirs !
soudeur à Ankara
ramassé comme une plume son corps
Gezi parkında bir kuş yuvası
Nâzım Hikmet'e saygıyla

Bir kuş yuvasından yazıyorum bunları
iki dal arasında, Gezi parkında
göğsüme bıçak gibi saplanıyor nefesim
göğü yıkmaya geliyorlar bütün yeryüzü halkıyla

bir kuş yuvasıyım Gezi parkında
iki dal arasında

burada insalar zehirli
ağaçlar sokulmuş

kovuluyoruz annemizin
bizi davet ettiği dünyadan

kuş seslerini bombalıyorlar
-çıkaramaz kuşlar çil çil para sesini-

bir Ethem duyuluyor ateşler içinde Anka !
kaynak işçisi Ankara'da…
yığılıyor bedeni kuş tüyü gibi
photo © Emre M.
Femme

Balayant
le sable
autour
des mots
-------------un vent
-------------un souffle

tout le monde
appelle
-------------Dieu

saisissant
mon être
au fond de moi
-------------je le pose
-------------en dehors
-------------de moi

je suis le lieu
où est
-------------abondant
le divin
-------------rare
l'humain
Kadın

Sözcüklerin
etrafındaki
kumları
süpüren
-------------bir rüzgâr
-------------esiyor

Allah'ı
çağırıyor
-------------herkes

kendimi
alıp
ellerimle
-------------içimden
-------------dışıma
-------------koyuyorum

ben
insanın
-------------az
Allah'ın
-------------bol
olduğu yerim

 


Rédaction par Kedistan. | Vous pouvez utiliser, partager les articles et les traductions de Kedistan en précisant la source et en ajoutant un lien afin de respecter le travail des auteur(e)s et traductrices/teurs. Merci.
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Erdoğan poutinisé, le monde erdoganisé. Une prise de conscience générale? http://www.kedistan.net/2017/03/20/erdogan-poutinise-le-monde-erdoganise/ Mon, 20 Mar 2017 00:41:52 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43299 Un article publié par Etienne Copeaux le 19 Mars 2017, sur son blog. Son blog Susam Sokak est relayé par un flux direct dit RSS, que vous pouvez trouver en bas de la page d’accueil de Kedistan.Mais comme nous savons que tout le monde ne parcourt pas le site de long en large, et que cet article […]

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Un article publié par Etienne Copeaux le 19 Mars 2017, sur son blog.

Son blog Susam Sokak est relayé par un flux direct dit RSS, que vous pouvez trouver en bas de la page d’accueil de Kedistan.Mais comme nous savons que tout le monde ne parcourt pas le site de long en large, et que cet article nous semble incontournable, nous en publions ici une toute petite partie, histoire de vous inciter à aller lire la suite sur le blog qu’il a sous-titré : “Les racines du présent”.


« La fâcheuse tendance à fermer les yeux devant des scandales comme la transformation de la Turquie en un état totalitaire, comme l’annexion de la Crimée par Vladimir Poutine, l’espoir que ces dictateurs puissent revenir à la raison, tout cela fait que nous abandonnons peu à peu tous les acquis de nos sociétés pour permettre à des gens comme Trump de faire ce qu’ils ont envie de faire. Voilà “l’erdoganisation” du monde. »

“L’erdoganisation du monde” sur eurojournalist.eu

« Erdoganisation, erdoganization, Erdoganisierung, erdoganizzare »… Le mot semble faire son apparition dès 2014 dans la presse et sur le Net. Il sert d’abord à qualifier un durcissement du pouvoir en Turquie, notamment au début de 2016, au moment de la répression contre les universitaires signataires de l’appel pour la paix, et à propos de la fermeture autoritaire du quotidien Radikal. Puis, en été 2016, le mot revient après la tentative de putsch du 15 juillet. La purge massive, la personnalisation du pouvoir, le contrôle de l’économie par les proches du président, tout cela est rassemblé sous le terme d’ « erdoganisation » (Pierre Piccinin da Prata, Le Courrier du Maghreb et de l’Orient, n° 31, août 2016). Toujours appliqué à la Turquie, on trouve encore le terme en janvier 2017 dans les commentaires du site algeriepatriotique.com. Mais c’est, semble-t-il, pour qualifier la politique économique et financière turque qu’« erdoganisation » est le plus employé, notamment sur les sites anglophones.
Plus intéressant est l’emploi du mot à propos de situations politiques extérieures à la Turquie….

>>> Le reste est par ici, et nous vous incitons à fouiller plus avant sur le site d’Etienne, et bien sûr à le conserver dans vos favoris internet.

Cet article Erdoğan poutinisé, le monde erdoganisé. Une prise de conscience générale? a été publié par KEDISTAN.

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SNJ • CGT : motions de congrès à l’international http://www.kedistan.net/2017/03/20/snj-congres-international/ Sun, 19 Mar 2017 23:54:25 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43325 CertainEs d’entre nous étant membres de ce syndicat professionnel de journalistes, nous reproduisons ici deux des motions “internationales” votées lors du dernier congrès début mars 2017. L’une générale, la deuxième qui nous intéresse plus spécifiquement, sur la Turquie. Pour un véritable traitement des informations internationales La xénophobie s’est invitée dans la campagne présidentielle ; le réfugié […]

Cet article SNJ • CGT : motions de congrès à l’international a été publié par KEDISTAN.

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CertainEs d’entre nous étant membres de ce syndicat professionnel de journalistes, nous reproduisons ici deux des motions “internationales” votées lors du dernier congrès début mars 2017.

L’une générale, la deuxième qui nous intéresse plus spécifiquement, sur la Turquie.


Pour un véritable traitement des informations internationales

La xénophobie s’est invitée dans la campagne présidentielle ; le réfugié serait la cause de tous les problèmes des sociétés occidentales : chômage, insécurité, crise économique, etc.
Dans le discours de trop nombreux candidats à la présidence de la République, le réfugié est utilisé pour attiser les peurs, notamment celles des citoyens les plus faibles, premières victimes des politiques antisociales des gouvernements successifs depuis de trop nombreuses années, les laissés-pour-compte des oligopoles et du CAC 40.
Dans le développement de ce climat délétère, les médias ont une responsabilité particulière.
Alors que les échanges entre Etats, régions, groupes multinationaux s’intensifient, les grands médias ont, eux, restreint leurs « frontières », en réduisant la couverture des informations internationales, en diminuant le nombre d’envoyés spéciaux permanents à l’étranger (ou en les supprimant). Les informations internationales sont trop souvent traitées à l’occasion de catastrophes naturelles, de bouleversements politiques de première importance, ignorant des faits hautement significatifs de l’état d’un monde dans lequel les pays en développement sont victimes des politiques d’accaparement de leurs richesses par les grandes puissances, des politiques d’exploitation de leur main d’oeuvre à bas coût, etc.
Les politiques de notre monde jettent sur les mers d’énormes populations à la recherche du minimum vital pour un être humain, en fuyant les guerres, le chômage endémique, la famine et les persécutions ou tous les maux à la fois.
Si le SNJ-CGT revendique le maximum de liberté dans l’exercice de la profession, son congrès appelle chaque rédaction :
– à organiser des débats sur le traitement de l’information internationale,
– à revendiquer une juste place pour la politique internationale dans tous les médias,
– à exiger un nombre suffisant de journalistes professionnels à l’étranger et les moyens qui leur sont nécessaires pour un traitement à la hauteur des enjeux planétaires.

Montreuil, le 08/03/2017

 

journalistesPour la libération des 150 journalistes emprisonnés et pour la liberté d’expression en Turquie

Il y a urgence.
Il y a une urgence absolue à se mobiliser dès maintenant avec les syndicats de journalistes, les confédérations syndicales, les ONG en France et en Europe afin de faire pression sur les 27 gouvernements de l’UE, sur la Commission, le parlement européen pour faire libérer les 150 journalistes turcs et kurdes en prison.
Combien de temps encore Bruxelles et les 27 capitales de l’UE vont fermer les yeux sur ce qui se trame contre la liberté de la presse depuis l’instauration de l’état d’urgence en Turquie suite au coup d’Etat de juillet dernier ?
Aujourd’hui, la Turquie d’Erdogan est la plus grande prison de journalistes au monde !
C’EST INTOLERABLE. NE LAISSONS PAS FAIRE PLUS LONGTEMPS !
Car la Turquie du gouvernement de l’AKP :
– Ce sont 150 journalistes embastillés.
– Ce sont 150 médias fermés. Bon nombre d’autres étant placés sous le contrôle du pouvoir.
– Ce sont encore des milliers de journalistes privés de leurs cartes de presse, et pour beaucoup sans emploi.
– Ce sont aussi des journalistes pourchassés par la justice et déférés devant les tribunaux accusés de terrorisme.
– Ce sont également des confrères obligés de fuir leur pays comme Can Dündar, ex rédacteur en chef du quotidien d’opposition Cumhuriyet, menacé d’emprisonnement pour avoir fait son métier : celui d’informer.
Les quelques timides réprobations des chancelleries ou de Bruxelles ne feront pas plier Ankara. Quels marchandages, quels deals font donc obstacle à une ferme et unanime condamnation d’une politique contraire aux principes du Conseil de l’Europe sur la liberté de la presse dont pourtant la Turquie est membre.
C’est pourquoi nous disons aux syndicats de journalistes, aux confédérations, aux ONG, aux intellectuels de faire acte de solidarité. D’être un aiguillon pour la liberté d’expression, d’être le porte-parole de ceux qui, Turcs ou Kurdes, sont bâillonnés dans leurs prisons et empêchés de dénoncer à haute voix les agissements du pouvoir contre non seulement les journalistes, mais aussi les chercheurs, les enseignants, les intellectuels, les syndicalistes, les fonctionnaires, les militants d’ONG, etc.
Agissons URGEMMENT avant le référendum du 16 avril qui, s’il est adopté, donnerait les pleins pouvoirs à l’actuel chef de l’Etat.
Organisons une pétition massive en France et dans toute l’Europe pour apporter notre solidarité à nos confrères en Turquie et pour exiger et obtenir :
– La libération de tous les journalistes emprisonnés.
– La réouverture des médias fermés.
– Le respect des principes du Conseil de l’Europe sur le pluralisme et la liberté d’expression.
– La suspension de l’Etat d’urgence et des lois anti terroristes, le respect des jurisprudences en la matière de la Cour européenne des droits de l’Homme.

Montreuil, le 8 mars 2017

Cet article SNJ • CGT : motions de congrès à l’international a été publié par KEDISTAN.

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Turquie côté Résistance • Nuriye, Acun, Semih, Veli, parmi d’autres http://www.kedistan.net/2017/03/19/resistance-nuriye-acun-semih-veli/ Sun, 19 Mar 2017 22:13:59 +0000 http://www.kedistan.net/?p=43109 Ces femmes et hommes, ne sont que quelques unEs des fonctionnaires, enseignantEs, chercheurEs, licenciéEs par décret et ils/elles se battent de toutes leur forces contre les purges en Turquie. Une leçon de résistance ! Kedistan ne peut que se faire le relai d’information ici de leur combat, de leur résistance là-bas, incite à la faire connaître, et, pourquoi […]

Cet article Turquie côté Résistance • Nuriye, Acun, Semih, Veli, parmi d’autres a été publié par KEDISTAN.

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Ces femmes et hommes, ne sont que quelques unEs des fonctionnaires, enseignantEs, chercheurEs, licenciéEs par décret et ils/elles se battent de toutes leur forces contre les purges en Turquie. Une leçon de résistance !

Kedistan ne peut que se faire le relai d’information ici de leur combat, de leur résistance là-bas, incite à la faire connaître, et, pourquoi pas, à des “parrainages” syndicaux.

Acun, Nuriye, Semih et leur soutien…

Nuriye Gülmen, chercheure à L’Université de Selçuk, Acun Karadağ, professeur de Sciences sociales au collège Halim Şaşmaz, à Hasköy, à Ankara, Semih Özakça, instituteur à l’école primaire Cumhuriyet de Mazdağ à Mardin sont touTEs les trois licenciéEs le décret n° 675 du 29 octobre 2016.

Veli Saçılık est un autre lésé du même décret dit n°675. Il travaillait comme sociologue au Ministère de la famille et des politiques sociales. Il s’est trouvé au chômage subitement, comme des centaines de milliers de fonctionnaires licenciés par décret, et projetés dans la précarité. Veli a rejoint la lutte de Nuriye, Acun et Semih.

Ces trois enseignantEs, sont entrée en résistance et après avoir manifesté d’abord seulEs ont ensuite réuni leur forces. Ils, elles ont été molestéEs, frappéEs, traînéEs, de nombreuses fois arrêtéEs, misEs en garde-à-vue, mais dès qu’ils, elles retrouvent leur libertés, se rendent au lieu de rendez-vous, à 13h30 au boulevard Yüksel à Ankara, et recommencent avec détermination.

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Nuriye publiait sur son blog le 8 novembre les revendications de leur résistance :

  1. La levée de l’état d’urgence.La réintégration de touTEs les fonctionnaires révolutionnaires et démocrates licenciéEs et limogéEs.
  2. Arrêt des licenciements illégaux et arbitraires.
  3. La réintégration des droits sociaux des 13 mille chercheurEs d’ÖYP.
  4. La Science n’est pas possible sans la sécurité de travail.
  5. Nous voulons la sécurité pour toutEs les travailleur/ses de l’enseignement et sciences.

Le 9 mars, le groupe, au 121 ème jour de leur résistance, a déclaré lors d’une conférence de presse dans l’Assemblée Nationale, qu’ils/elles entameraient une grève de la faim à partir du 11 mars, jusqu’à ce que leur travail leur soit rendu.

A la fin de la déclaration, ils/elles ont été de nouveau placéEs en garde-à-vue. La Direction de la lutte anti-terrorisme a montré leur déclaration annonçant la grève de la faim comme motif de leur arrestation.

Une fois libéréEs, la grève de faim a débuté.

Nuriye, 6 ème garde-à-vue

Je veux qu’on me rende mon travail, mon école, mes élèves !

L’histoire de résistance de Nuriye commence par un sit-in le 9 novembre 2016, à Ankara, sur le boulevard Yüksel. Pour une vingtaine de soutiens et une seule manifestante, plus d’une centaine de policiers anti-émeute sont déployés. Dès qu’elle commence à prononcer la première phrase de son communiqué “Je suis une universitaire licenciée….. “ La police intervient.

Acun, dès qu’elle apprend son licenciement, se rend devant son école.  Elle y fait une déclaration le 17 novembre 2016, après son licenciement. Membre du syndicat enseignant Eğitim-Sen, elle veut tout simplement faire un sit-in devant son école, en revendiquant “Je veux retrouver mon travail, mon école, mes élèves !”.

Je suis Acun Karadağ. Je suis licenciée par le décret du 29 Octobre. Autrement dit, je suis virée ! Je suis enseignante depuis 20 ans.
Depuis 7 jours, je résiste devant mon école, le collège en Sciences Sociales, collège Halim Şaşmaz à Hasköy, pour retrouver mon travail, mes élèves. Et je vais continuer jusqu’à ce que je les récupère.

Je résiste toute seule, parce que la violence de la police est intense. Ils ne supportent pas le moindre soutien qui se rapproche de moi. Mais je sais que derrière moi, il y a des centaines de personnes, toute une masse qui me soutient. C’est avec leur force que je vais continuer à résister. C’est moi qui ai raison. Je vais vaincre.

Arrestation d’Acun le 17 novembre. Elle en sortira avec un bras dans le plâtre…

Elle publiera plus tard ce texte :

Le 15ème jour de ma résistance, j’ai été mise en garde-à-vue une 10ème fois, à 12h30, et j’ai été libérée à 15h00.

Pendant qu’un policier me tordait le bras, j’ai crié “Ce que vous faites là, c’est la cruauté ! Qui servez vous ?” Une voix de femme, la voix de son maître sans doute, m’a répondu, en criant “Cela peut être la nation ?”, j’ai alors dit “Servir la Nation ? Moi, je ne suis pas la Nation ?”. Mais nous le savons tous, ceux qui votent l’AKP sont la Nation, ceux qui ne votent pas pour eux, sont des terroristes. D’accord la femme partisane. D’accord parce que tu ne comprendras pas sans qu’on t’explique comment on se joue de toi. J’espère qu’un jour nous trouverons l’occasion de discuter ensemble.

Un peu plus haut, quand ils m’ont trainé vers le bout de la rue, une voix d’homme :” Ce sont des traitres à la Patrie”. Celui que tu traites de “traitre à la Patrie” enseigne aux enfants de la Patrie, depuis 20 ans. Mais que voulez-vous que je dise à cet oncle. Comment voulez-vous que je lui explique, là, sur le champs, les enjeux de l’impérialisme et de ses larbins. Comment je lui explique qu’à la seconde, qu’alors que les institutions de ce pays sont vendues une par une, lui, il se tient tranquille et qu’il n’en sait rien. Comment voulez-vous dire que c’est lui, qui, en croyant ce qu’on lui souffle dans l’oreille, sans réfléchir, sans lire, trahit la Patrie ? D’accord oncle, d’accord à toi aussi.

Ces jours-ci, ceux et celles dont les proches, ou eux-mêmes sont estampillés d’une façon ou autre, membres de FETÖ, nous attaquent avec la mousse à la bouche. Ils essayent de cirer les chaussures du pouvoir, et de ne pas être dénoncés. Je comprends votre peur. C’est pour cela que je viens, tous les jours, sans peur, devant mon école. Parce que je suis sûr de ne pas avoir trahi mon pays.

Je n’écris pas ici, le nom de mon élève qui a couru jusqu’au véhicule [de la police], la souffrance de l’impuissance se reflétant dans les yeux. Parce que je sais que vous salirez cet enfant et vous le menacerez. Vous voyez cet enfant, vous n’êtes rien à côté de sa conscience et son intelligence.

Celles et ceux de l’école, vous qui savez que j’ai raison, et qui vous taisez, je le déplore. Vous n’avez même pas eu le courage de ces deux étourdis.

Maintenant, je m’adresse aux autorités. Comme vous avez inscrit mon nom sur cette liste une nuit, sans question, sans interrogation, rendez-moi, en une nuit, mon travail, mon gagne-pain, mes élèves. Vous avez une semaine. Si vous ne rectifiez pas votre erreur, et vous ne me rassemblez pas avec mes élèves, je commencerai une grève de la faim, à partir du lundi 5 décembre (grève qui fut à ce moment là repoussée).

Dans une autre vidéo nous faisons aussi connaissance avec Nuriye et Semih. Me Engin Gökoğlu les accompagne. Il est un des avocats de “L’office du Droit du Peuple”, (Halkin Hukuk Bürosu), une organisation de société civile, scellée également par décret en novembre 2016 avec 1124 autres associations.

Traduction des interventions :

Nuriye Gülmen 

résistance
Nuriye, 12 ème garde-à-vue

00:34
Voilà comment nous sortons tous les jours : Dans nos poches, nos cartes d’identités, nos portables, et un peu d’argent, pour rentrer. Nos pancartes dans nos mains, nos coeurs battants, nous sortons…

De toutes façons ils sont toujours là. Ils attendent. Des bruits de talkies-walkies, un moment plus tard, ils arrivent, ils nous embarquent.

Le 20ème jours, nous sommes sortis. Les affaires dans les poches, bien parés. Nous avons fait notre discours…

Personne…

On s’est regardés. On s’est assis… En fait, ce n’est pas qu’ils n’étaient pas là. Il étaient bien là, mais il ne se passait rien. Ils nous ont filmé, ils ont pris des notes, c’est tout. On s’est dit, bon, c’est possible qu’il n’y ait pas d’équipes disponibles, ils viendront peut être tout à l’heure, ils ne sont peut pas encore prêts. Un bon moment s’est écoulé… Mais, vraiment, j’ai du mal à exprimer, quelle sensation cela fait. Le fait de réussir à s’assoir, rester là, alors que d’habitude le fascisme frappe fort. C’était une conquête. C’est difficile à exprimer. Ce jour où nous avons gagné cet espace, je me suis dit que j’étais heureuse comme si j’étais retournée à mon travail.


Me Engin Gökoğlu

02:05
Une personne. Nuriye Gülmen était la seule personne. Avant même qu’elle ne lise un seul mot, les attaques commençaient. Ils la prenaient en la traînant avant qu’elle n’ouvre la bouche. ensuite au commissariat, ils disaient “Nous ne ferons pas la procédure selon 291”. C’est quoi alors ? “Infraction”. Chercher votre droit devient une “infraction”. Quelle est la réponse de l’infraction. Une amende administrative. Nous n’acceptons pas cela non plus. Ce n’est pas une infraction, ni un délit. Après, ils ont laissé tomber l’infraction, ils ont changé… En fait, cela changeait continuellement. Imaginez un type de délit, qui change chaque jour, selon le procureur en place ce jour-là, ou encore selon les états d’âme des forces de sécurité… Un tel système de Justice peut-il exister ? Pourrons-nous nous confier à leur conscience ? Jamais.

La résistance est un droit et un acte légitime. Il faut le répéter sans cesse. C’est aussi libérateur, car on dit, on ne se soumet pas. Cela fait partie de l’honneur, cela fait partie de la sérénité.

Semih Özakça

04:29
Dans “Les Jours et les nuits de Stalingrad” le livre de Simonov, il y avait un passage très marquant. Pendant la guerre, les soldats en attente dans les tranchées, “le plus terrible pour vous, c’est d’attendre”. Cette attente, cette tension, que va-t-il se passer ? Ce genre d’attente est vraiment quelque chose de terrible. Peut être entre nous, il y a des personnes qui endurent cette attente.
En réalité, en attendant, en ne faisant rien, les problèmes ne se résolvent pas. Je me suis rendu compte que je n’avais pas d’issue. Si notre pays est dirigé par le fascisme, ce n’est pas une situation qui concernera juste ton travail. En fait, si aujourd’hui on t’a retiré ton travail, demain, après demain, on viendra t’enlever ta liberté. Peut être qu’on fera une descente dans ta maison, ou … je veux dire, c’est plein de diversité…
Il fallait donc lutter. Pour garder son honneur, pour rester soi-même, pour rester résistant, au sens psychologique… Un jour quelqu’un m’a dit cela, sur les lieux de résistance : “Vous, vous n’avez pas besoin de psychologue !” C’est vrai ! Parce que lors des actions, nous retrouvons des forces.

Acun Karadağ

6:12
Certaines personnes disent, “Dites, attendez donc un peu. Ca ira mieux, toutes ces choses seront réparées. Et vous allez toucher beaucoup d’indemnités.”

Eh, comme s’ils allaient m’indemniser avec l’argent des bracelets d’Emine2 voyons…C’est l’argent du peuple !

résistance
Grève de la faim, jour 8

Ca vient d’où tout ça ? D’où sortent tous ces avertissements, ces questionnements qui sortent ? “Ceux qui vont réintégrer leur travail, il va se passer telle chose, ceux qui ne retrouvent pas telle chose…” Non, mais est-ce que c’est le moment de faire des négociations, des supputations de ce genre ? Ce sont des questionnement qui naissent du fait de ne pas correctement comprendre et définir le processus en cours.

“Si on fait ça, il se passera ça, dans l’avenir tout ça, sera passé… Dans les années 80 il y a eu des choses pareilles, c’est passé….” Ce sont des choses indignes. Mon problème serait simplement de pouvoir aller travailler ? Non. Il y a des gens en face de moi, et ils m’ont indignée. Ils m’ont menacée, en me disant “Nous te ferons ce que nous voulons.”

Un voleur entre dans ta maison. Tu te dis, “je vais lui courir après plus tard”, ou tu le fais tout de suite ? Il y a un voleur dans la maison, attrape le par le col ! Et tu reprends ce qu’il a volé. C’est tout.

Nous sommes arrivés au dernier point, là où nous sommes, pouvons nous, nous permettre de planifier l’année prochaine ? Les gens ont faim. Il dit “Qu’ils mangent des racines”. Il dit aujourd’hui aux gens, qu’il a encouragés hier, pour qu’ils entrent dans la “fraterie”2“Mangez des racines”. Il dit “Je vous ai appelé à sortir le 17 décembre et vous n’êtes pas sortis”.

Parce que tu l’as dit ! Personne n’a de conviction, de valeurs morales, nous devons nous nous mettre en mouvement avec toi… Une telle chose n’est pas possible. Il n’y a pas non plus un régime [politique] comme ça ! C’est une telle absurdité. Peut on diriger un pays comme ça ? Illégalement…

Qu’est-ce que c’est l’état d’urgence ? J’ai dit à la police “Moi, j’ai déclaré mon propre état d’urgence. C’est mon état d’urgence, dégage de mon espace d’action ! Vous occupez mon espace d’action, dégagez !” C’est pas une chose que j’ai dit en montrant un grand courage ou quoi que ce soit, mais avec la légitimité. Ca veut dire quoi, tu vas te permettre de mettre ma famille, mes enfants en difficulté. Ma fille se prépare aux examens de l’université, elle ne va pas pouvoir travailler. Je vais être obligée de fermer ma maison, aller chez ma sœur. Est-ce possible tout cela ?

Nous sommes dans notre droit le plus légitime. Eux, sont faibles, c’est pour cela qu’ils attaquent. Pendant qu’ils sont faibles, nous devons nous montrer forts.

Me Engin Gökoğlu

09:08
Aucun Hoca3fait appel à vous. Elle vous dit “Moi, je résiste. Vous, que faites vous, que ferez-vous ?”. Nous savons que vous suivez sur les réseaux sociaux, nous savons que vous likez, vous mettez des smileys. Mais en fait, elle vous dit, venez donc près de moi, venez vous asseoir avec moi. Ou parlez de cette résistance aux autres.

C’est ce que nous faisons !…

résistanceDernières nouvelles

Garde-à-vue,
le pain quotidien des grévistes

Le 18 mars dernier, 9ème jour de la grève, ça a recommencé de plus belle…

En résumé, Nuriye Gülmen, Veli Saçılık, Semih Özakça ve Esra Özakça, au total 10 personnes ont été mises en garde-à-vue… La maman de Veli Saçılık a été trainée à terre lors de l’arrestation.

*

Traduction de la vidéo suivante (émise en direct sur Périscope) :

Semih est par terre, “Que c’est-il passé ? Ma mère s’est évanouie… Je veux voir ma mère ! Je veux voir ma mère ! “ répète-t-il.

Voix de femme (probablement Nuriye) “Que lui avez-vous fait à cette femme ?”

Voix d’un ami-soutien (également arrêté, dans le fourgon) “Vous êtes autant immoraux, pour faire un truc pareil ! Ici, il y a une grève de la faim, une grève de la faim, tu sais ce que c’est ?! Vous leur devez du respect ! Tu dois respecter cet homme ! “ Le policier répond “Je le respecte”, l’homme rétorque “C’est ça le respect ?!”

Un des policiers veut empêcher la femme qui filme avec son téléphone, et émet en direct sur Periscope, de continuer. Voix de femme “Ne touchez pas cette femme ! Elle est en grève de la faim ! Ne touche pas ! Qu’est-ce que tu fais ? Que crois tu faire ?”. Le policier sur le siège du devant, “Toi, je te casserai la tête !”. La femme qui filme “Viens la casser qu’on voit ça”. Nuriye “Tu vas casser sa tête ? Tu crois casser la tête de qui toi ?”. Le policier répond (inaudible) Nuriye “C’est toi qui frappe ! C’est toi qui frappe !”

ce moment là, les policiers à la porte du fourgon bousculent encore Semih qui est toujours par terre. Nuriye “Regardez ! Qu’est-ce qu’il fait !” Un policier tient les pieds de Semih, qui lui lance depuis le sol “Bourreau, bourreau… laisse mon pied !”. Le policier essaye de fermer la porte. Nuriye “J’espère que tu y laisseras ton bras, ta porte !” L’ami-soutien “Vas-y frappe frappe !” Nuriye “Bravo bravo ! Vous frappez bien ! Vous l’avez montré à tout le boulevard Yüksel !” Le policier ferme la porte du fourgon.

Semih, “Je veux voir ma mère!” L’ami-soutien “Bourreaux, Bourreaux indignes !”

résistance
Graffiti de soutien de l’Université de Beaux-Arts, Mimar Sinan.

Les suites…

Lors de l’intervention policière, Kezban, la mère de Veli présente sur place, avait été trainée par terre. Elle témoigne : “Ils m’ont trainée sur le sol sur plusieurs mètres. J’avais déjà subi la violence policière à Burdur, il y a 17 ans. Ils m’avaient molestée de la même façon et trainée au sol. Je portais une jupe, j’étais complètement dénudée. Depuis ce jour, je n’ai plus jamais porté de jupe. Les policiers m’ont dit “Prends ton enfant et rentrez chez-vous”. Qu’il aille chez-lui ? Comment fera-il ? Ils lui ont enlevé son travail, son pain. La maison demande repas, gaz, loyer… Il y a des enfants. Dehors ou à la maison, il est question de faim. Je soutiens mon fils. L’Etat doit avoir la honte”.

Veli exprime qu’il est à la fois en colère et triste, et explique ce qu’il s’est passé : “La police s’est dirigée vers moi. Je suis resté entre une dizaine de policiers. J’étais au sol et ils m’ont donné des coups de pied dans l’aine, ils m’ont retiré mes vêtements, ils m’ont dénudé et frappé sur le corps. Et cela a continué dans le fourgon (vidéo ci-dessous). Si cela ne s’appelle pas du fascisme, c’est quoi ? Ce qui m’a le plus chagriné et mis en colère c’est ce qu’ils ont fait à ma mère.”

Veli, ajoute que les policiers ne se satisfont pas de les molester et mettre en garde-à-vue, mais qu’ils s’attaquent systématiquement aux fleurs qui sont offertes en soutien aux grévistes, qu’ils posent sur le mémorial, “Ils les jettent par terre et les écrasent sous leurs bottes. C’est symboliquement mettre tous les sentiments et pensées humanistes sous les pieds” dit-il…

Pendant que Veli et Kezban s’exprimaient le 18 mars au journal Duvar, Nuriye et Semih étaient encore en garde-à-vue.

Nous apprenons aujourd’hui, qu’ils ont enfin été libérés… Jusqu’à la prochaine fois.

En contact avec les grévistes, nous essaierons de vous donner des nouvelles…

En attendant vous pouvez les suivre sur : Le blog de Nuriye
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 Parlez-en, relayez leur résistance !
résistance
Visite de soutien 8 mars

 

résistance
Grève de la faim, visite de soutien nocturne, le 15 mars

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