KEDISTAN http://www.kedistan.net Le petit magazine qui ne se laisse pas caresser dans le sens du poil Thu, 27 Apr 2017 16:57:27 +0000 fr-FR hourly 1 http://www.kedistan.net/wp-content/uploads/2015/10/cropped-goz-boncuk-perle-oeil-32x32.png KEDISTAN http://www.kedistan.net 32 32 Kazım Kızıl, journaliste et réalisateur, jeté en prison ! Regardez son film ! http://www.kedistan.net/2017/04/26/kazim-kizil-journaliste-realisateur-en-prison-film/ Wed, 26 Apr 2017 18:49:56 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45555 Kazım Kızıl, journaliste de Kamera Sokak, vidéaste et réalisateur, s’était rendu sur place, pour couvrir la manifestation de protestation à Bornova, Izmir. Il a été pris par la police et retenu en garde-à-vue avec 20 manifestantEs. Après cinq jours, aux premières heures du 22 avril, l’arrestation de Kazım Kızıl et de six étudiantEs a été confirmée par le tribunal, et […]

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Kazım Kızıl, journaliste de Kamera Sokak, vidéaste et réalisateur, s’était rendu sur place, pour couvrir la manifestation de protestation à Bornova, Izmir. Il a été pris par la police et retenu en garde-à-vue avec 20 manifestantEs.

Après cinq jours, aux premières heures du 22 avril, l’arrestation de Kazım Kızıl et de six étudiantEs a été confirmée par le tribunal, et ils ont été envoyés à la prison de Şakran.

Hier 24 avril, Kazım a été transféré à la prison de Menemen, avec les étudiants Baran Bozdaş, Hasan Benli ve Doğan Barış Halidi. Et Emine Akbaba, Ezgi Toker, Enise İrin Şakran ont été placés à la prison des femmes de Şakran.

Ses amies publient un texte de soutien, et font appel à l’opinion publique pour la solidarité.

C’est notre conscience qui est jetée en prison

Vous avez arrêté la personne qui ramasse des miettes et les donne dans un papier de chocolat, aux fourmis, et les regarde manger.

Alors que Kazım a été pris pendant qu’il travaillait en tant que journaliste, lors de la manifestation de protestation des résultats du référendum du 16 avril dernier, le motif de son arrestation a été déclaré par le tribunal comme “Insulte au Président de la République”. Il n’existe aucune preuve, pour donner raison à une telle accusation et décision. Kazım a été pris en otage pour l’empêcher de filmer.

La caméra de Kazım Kızıl a été présente partout où est l’injustice, toujours dans les rangs de la population. Elle est l’oeil et l’oreille du peuple !

Kazım est un des témoins de la mémoire sociale, et a déjà subi de nombreuses garde-à-vue en exerçant son travail.

Nous faisons appel à l’opinion publique en Turquie et à l’international, pour montrer de la solidarité, pour la libération de Kazım, ainsi que de tous les journalistes, militantEs, et politiques, opposantEs.

#FreeKazımKızıl

Kazım avec les enfants de Suruç

Qui est Kazım Kızıl ?

Kazım Kızıl est né à Manisa en 1983, a fait l’école primaire et le lycée à Hatay et à Diyarbakır. Ensuite, il a fait des études de pharmacologie et il a obtenu son diplôme en 2009 à la faculté de Pharmacie de l’Université d’Egée. Il a commencé la photo en 2005, lors de ses études universitaires. Depuis, il n’a jamais cessé de travailler l’image, principalement la vidéo, à partir de 2013.

Son documentaire, “Ölmez Ağaç: Yırca Direnişi”, en français “L’arbre éternel : Résistance de Yırca” qui raconte la lutte de la population de Yırca, contre les centrales thermiques, a été primé de nombreuses fois. Il continue à travailler sur des documentaires abordant les thématiques comme les droits humains, la lutte des femmes, les problèmes des réfugiés, l’écologie, et produit des vidéos contenant majoritairement des portraits et témoignages.

Kazım, défend l’idée, que non seulement le “produit” mais les phases de “production” doivent être politiques et soutien l’idée que la force d’une vidéo doit être mesurée par sa capacité à mettre les gens en dynamique. Kazım vit depuis 15 ans à Izmir, mais il traverse le pays depuis des années, en long en large, de Suruç à Yırca, de Cizre à Hopa, de Lice à Soma

Avant son arrestation, il travaillait sur le documentaire intitulé “Neredesin Arkadaşım” (Où es-tu mon ami?) prenant comme thème, les enfants ouvriers dans l’agriculture. La première du film est programmé lors du Festival international des films ouvriers, qui se déroulera du 1er au 7 mai prochains.

Kazım est également un des fondateurs/trices du “Kamera Sokak” (Caméra Rue) un collectif d’information populaire et de “vidéoactivisme”. C’est une des premières initiatives qui ont été entreprises avec l’idée “Si on ferme nos journaux et télés, nous serons notre propre média”, répondant au manque d’information du à la censure, l’autocensure, et dans les dernières périodes, la fermeture des médias, et les purges dans les rangs des journalistes. Kamera Sokak sur Facebook et sur Twitter

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Vidéos, photos, textes sur son site perso SacedeKa

Documentaire “L’arbre éternel – La résistance de Yırca”

En soutien à Kazım Kızıl regardez et relayez son documentaire.

“Ce documentaire est l’histoire d’une poignée d’habitantEs de Yırca, qui défendent leurs oliveraies, et leur espace de vie, contre des géants du profit et la mort. 
Que cela ne soit pas oublié, et que cela soit une inspiration pour d’autres luttes.”

Sous-titrages anglais & français | 53 minutes | 2015

 

 

Petit bonus craquant

Le jour du référendum Kazım partageait sur son Facebook :

“Ô elle arrive, la grande dame de mon coeur… En sautillant des balcons, aux toits, en traversant des barrières et des murs… Elle arrive, sur sa langue, des miaous encore plus beaux que les plus beaux des poèmes… Elle a une telle arrivée, tu croirais que toutes les forteresses de l’univers sont conquises, tous les ports sont pris, tous les armées sont défaites, et que le monde est gagné par l’anarchisme…”

Image à la une : Kazım Kızıl  avec sa maman, devant la maison où il est né, à Manisa.


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Barış serrait encore son violon dans ses bras… http://www.kedistan.net/2017/04/26/baris-yazgi-serrait-son-violon/ Wed, 26 Apr 2017 18:31:05 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45600 Après que l’image du petit Aylan ait échoué sur les rives de notre tristesse, les morts continuent, vous le savez ? Non ? Oui, on le sait toutes et tous. Je ne sais pas si on s’habitue et si on devient imperméable, parce que nos propres vies prennent le dessus ou encore, qu’à force de se sentir impuissantEs, […]

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Après que l’image du petit Aylan ait échoué sur les rives de notre tristesse, les morts continuent, vous le savez ? Non ?

Oui, on le sait toutes et tous. Je ne sais pas si on s’habitue et si on devient imperméable, parce que nos propres vies prennent le dessus ou encore, qu’à force de se sentir impuissantEs, nos cœurs se transforment en pierres et qu’on ne ressent plus rien… Je ne sais pas.

Et puis, tout à coup, il y a un nom, un visage, une histoire, qui nous réveille de notre paralysie, fait un effet de choc, comme fut le cas pour l’image d’Aylan. Vous n’allez pas dire le contraire, on le savait ce qui se passait, avant que cette image vienne se graver dans la mémoire collective des indignations.

C’est revenu. Depuis que j’ai lu cette nouvelle et vu sa photo, je n’arrive pas à sortir son visage de ma tête.

“Barış Yazgı, 22 ans, violoniste, a péri dans la mer Egée, avec 15 réfugiés.” écrit le journal, “Il serrait encore son violon dans ses bras sans vie.”

Barış et Yazgı se traduisent en français comme “paix” et “destin”. Pour lui, le destin fut tracé par un fonctionnaire d’ambassade… pour qu’il soit à son tour, victime des murs et barrières dressées… Le savent-ils, lorsqu’ils prennent une décision de refus pour quelqu’un qui veut quitter la Turquie, que la mort rôde en mer Egée ?

Barış vivait dans le quartier Fatih, à Istanbul, avec son frère Cengiz, musicien lui aussi. Il avait un autre grand frère qui habitait lui, en Belgique. Barış était allé chez lui récemment. Il y était resté sept mois, et une fois son visa épuisé, il était revenu en Turquie. Barış jouait dans le groupe Ensemble avec Caner Sırtmaç et il avait des projets. “Il voulait retourner en Belgique, faire des études de musique et devenir un virtuose” disent ses proches. “C’est tout ce qu’il voulait”. Il a demandé alors, à nouveau, un visa. Ne pouvant pas justifier un travail suffisamment rémunéré et une assurance, sa demande a été refusée.

Je comprends qu’il veuille partir Barış. Quel avenir pouvait-il espérer ici, aujourd’hui, en Turquie, pour un jeune musicien ? En plus, il jouait du classique dans un pays où l’art, surtout considéré “occidental”, donc “mécréant”, est regardé de travers de plus en plus. Et encore, je choisis mes mots… Que vouliez-vous qu’il fasse le gamin ? Il n’avait plus qu’un choix… Partir sur ce qu’on appelle ici tragiquement, “la route de l’espoir”, et partager le destin des réfugiés.

Avant hier, la mer a englouti un nième bateau rempli de vies. Les équipes de sauvetage ont repêché 16 corps au large, entre la péninsule Sivrice de Çanakkale et l’île grecque de Lesbos. C’est à la morgue de l’hôpital Ayvacık que les victimes ont pu être identifiées. L’une d’entre elles, serrait toujours dans ses bras, un violon dans son étui.

“Barış Yazgı né à Siirt, 22 ans, mort noyé.”, ont-ils du écrire sur la triste étiquette de la morgue. Je m’enfonce six pieds sous terre, en lisant que dans l’étui, il n’y avait pas que son violon, auquel il tenait j’imagine, comme aux prunelles de ses yeux, mais aussi des partitions manuscrites de ses compositions.

“Barış a été enterré hier. Lors de ses funérailles, auxquelles participaient sa famille et amiEs”, ajoute le journal, “les ağıt que sa mère a chanté brisaient le coeur…”

Nous nous accrochons chacunE à quelque chose. Pour Barış, c’était la musique. Il s’est accroché à son violon jusqu’à son dernier soupir.


En février 2017, Caner Sırtmaç au violon, avec le groupe Ensemble. Ils jouent “Czardas” de Vittorio Monti
Barış est à droite…


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Turquie • Homosexuel et séropositif sous l’uniforme ? http://www.kedistan.net/2017/04/25/turquie-homosexuel-seropositif-militaire/ Tue, 25 Apr 2017 21:52:04 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45513 Militant pour les droits LGBTI, Rosida Koyuncu relaie le témoignage d’un jeune homme de Turquie, homosexuel et séropositif, sur le site de l’association Kaos GL. En Turquie, le service militaire est obligatoire pour les homme turcs âgés d’au moins 21 ans. Il a une durée de 12 mois et 6 mois pour les diplômés d’études universitaires. Une dispense […]

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Militant pour les droits LGBTI, Rosida Koyuncu relaie le témoignage d’un jeune homme de Turquie, homosexuel et séropositif, sur le site de l’association Kaos GL.

En Turquie, le service militaire est obligatoire pour les homme turcs âgés d’au moins 21 ans. Il a une durée de 12 mois et 6 mois pour les diplômés d’études universitaires. Une dispense est possible. Pour les Turcs vivant à l’étranger, en payant une taxe de 18 000 livres turques (plus de 5 000€) pour les nationaux, et de 1 000 euros pour les binationaux. Sont également exemptés du service ceux qui sont considérés “inaptes”, c’est à dire, les handicapés physiques et mentaux, les obèses et les homosexuels. Dans ce contexte, “inapte” se dira en turc “çürük”, littéralement “pourri” en français. L’exemption est attestée suite à des examens médicaux, par un document intitulé “certificat de pourri“. Sympathique appellation…

Mise à part l’idée très répandue dans la Turquie, “c’est l’armée qui fait d’un homme, un homme”, le statut du service militaire va jusqu’à figurer sur le CV, en tant que condition d’embauche. Le fait d’être certifié “pourri” est une étiquette qui colle à vie.

En Turquie, il n’existe pas de lois particulières protégeant les droits LGBTI. L’homosexualité n’est pas illégale, mais elle est considérée comme un “désordre psycho-sexuel”. Donc, pas de place pour les homosexuels dans l’armée. Cependant, même en prenant le risque d’être considéré comme “çürük”, toute la vie, la procédure reste compliquée et humiliante. Le cas du demandeur est “étudié” lors d’examens médicaux, par observations et tests psychologiques à l’hôpital militaire (GATA). Il existe des témoignages d’appelés homosexuels à qui on a demandé des photos explicites de leurs ébats sexuels, pour “prouver” leur orientation.

Cette méthode très contestée a pris fin en 2012, mais a été aussitôt  remplacée par un autre moyen d’oppression, source de traumatismes : des entretiens avec les membres des familles. Ces rencontres sont exigées, “pour les consulter afin d’avoir une idée de l’évolution depuis l’enfance de l’intéressé”. En Turquie, la majorité des homosexuels cachent leur orientation à leur famille et se retrouvent dans l’impossibilité de répondre à cette demande. En 2013, les demandeurs d’exemption, ont été autorisés à consulter un médecin généraliste. Il serait trompeur de considérer cela comme une avancée, car le médecin généraliste, lui, ne peut qu’envoyer ensuite la personne à l’hôpital militaire, et ce, vers le service “psychiatrie”. Les consultations à l’hôpital militaire, les entretiens avec les proches et le passage devant un conseil décisionnaire sont donc toujours d’actualité. Et les procédures avancent de façon totalement arbitraire, changeant d’un médecin à l’autre. Quant à la décision, elle dépend également de la composition du conseil qui la prend.

Notons que la condition en vigueur est “Les signes de l’identité sexuelles et/ou comportements sexuels doivent être explicitement manifestes dans la vie de la personne”. Donc incompatible avec l’armée n’est-ce pas ? De nombreux demandeurs, lors de la rencontre avec les médecins et le conseil, se sentent obligés de “féminiser leur apparence” par stratégie, même si cela ne fait pas partie de leur façon d’être… Les demandeurs sont appelés à répondre à des exigences comme “être membre d’une association LGBTI”, ou apporter un document fourni par une des associations, certifiant l’homosexualité de la personne.

Dans les dernières années, une nouvelle pratique est également apparue : demander à la personne d’attendre un an et de revenir réitérer sa demande. C’est sans doute, espérer qu’en un an, la personne changera d’orientation… Dans la continuité de cette pensée, on peut observer sur les certificats d’exemption, des motifs insensés tels que “exempté pour homosexualité extrême”, ou encore “transsexualisme extrême”…

En résumé, l’armée ne veut pas d’homosexuels dans ses murs, mais en fait baver à ceux qui demandent l’exemption pour homosexualité…
Comme dans la traduction de ce témoignage, ici relayé par Rosida…


J’échangeais avec un ami récemment sur Facebook, et il m’a demandé de relayer ce qu’il a vécu lors de son service militaire, en gardant l’ anonymat.

Dans nos conversations précédentes, il m’avait parlé de son service militaire, en disant à propos de l’ordre de mobilisation “ce document a été ma mise à mort”. Je n’avais pas très bien compris, car il ne m’avait pas tout dit. Après ce dernier échange, je comprends mieux et je partage son histoire avec vous, avec son autorisation, et sans révéler son identité.

J’ai été appelé au service militaire en 2014. Je me suis rendue en janvier 2015 au régiment. Lors de cette période j’ai eu beaucoup de difficultés du fait de mon identité homosexuelle et de mon positionnement politique. Mon état de santé psychique était très mauvais. Pour des raisons psychologiques j’ai pris trois congés de suite. A chaque demande, le commandant me menaçait avec des phrases qui commençaient par “Va prendre un ‘certificat de pourri’, si tu reviens sans….” A cette époque j’ai beaucoup essayé de prendre un certificat d’exemption. La première fois, mon dossier “a été perdu” à Ankara. ensuite il m’ont dit “il manque un document, il faut que tu ailles le chercher à ton régiment”. De peur, je n’ai pas osé me rendre au régiment, et je suis devenu déserteur.

Pendant que j’étais déserteur, j’étais dépressif et dans cet état d’esprit j’entretenais des relations sexuelles multiples. Mon ami m’a dit de faire faire des analyses. Je les ai faites et j’ai alors appris que j’étais séropositif.

Avant d’apprendre que j’étais contaminé, j’étais allé à l’hôpital militaire à Ankara, et, comme j’étais sur place, j’avais participé au meeting pour la Paix. Lors de l’attentat, des dizaines d’amiEs sont mortEs devant mes yeux. J’ai appris que j’étais séropositif après ce massacre. Etant témoin et rescapé d’un tel massacre, je ne ressentais plus rien. J’étais encore sous le choc, complètement traumatisé. En apprenant que j’étais séropositif, j’étais surpris mais je n’ai même pas ressenti de tristesse. La vie me paraissait déjà comme un grand vide.

J’ai déclaré à mon ami de 10 ans que j’étais séropositif. J’ai partagé cela seulement avec lui. Je craignais que ma famille l’apprenne.

N’ayant pas de couverture sociale, je n’avais pas encore commencé les traitements, et comme j’étais toujours déserteur, je travaillais au noir, dans un café. Les agressions verbales et physiques que je subissais en tant qu’homosexuel à l’armée, et le fait qu’on ne me donne pas de certificat, me tenaient dans la désertion. Elle a duré 6 mois, et je n’étais toujours pas soigné. La dernière solution pour moi, était de me rendre. Je me suis rendu. J’ai comparu devant le tribunal militaire menotté. Le tribunal m’a donné raison, mais malgré cela m’a renvoyé vers mon régiment.

C’était comme si je voyageais vers la mort. Ils m’ont envoyé dans le même régiment, et sur la route les paroles du commandant résonnaient déjà dans ma tête. Lorsque je suis arrivé, le commandant m’a battu devant tout le monde, jusqu’à ce que je crache du sang. A la fin, je suis resté étalé par terre en espérant qu’il arrêterait en pensant que j’étais mort. Mais il a continué en me donnant des coups de pieds sur le ventre. Il n’y avait pas que des coups. Il frappait, et il m’insultait, m’injuriait. Au milieu de tous les soldats, il criait que, “comme si ce n’était pas suffisant que je sois pédé, en plus j’étais sidaïque“. Plus que les coups que j’ai pris, c’est le fait qu’il m’insulte à la fois de “pédé” et de “sidaïque” qui m’a blessé le plus. Coups et insultes ont duré des heures… Il m’ont fait nettoyer mon propre sang sur le sol avec un t-shirt qui était dans mon sac.

Personne ne se rapprochait de moi, car j’étais séropositif. Après le tabassage, j’ai subi l’agression des regards. Tout le monde savait désormais que j’étais “pédé et sidaïque”, je ne pouvais plus lever les yeux de peur de croiser les regards.

Je n’ai pu raconter cela à personne et je n’ai pas pu me plaindre. Parce qu’ils m’ont menacé de “dire tout” à ma famille et ils m’ont fait signer des pages blanches. Je me suis tu, pour qu’ils ne disent rien.

Pendant deux jours j’ai refusé de m’alimenter. Ils m’ont transféré alors à Ankara. J’y suis resté deux semaines.

Et maintenant je suis libre, car j’ai réussi à avoir un certificat d’exemption.

Cela fait un peu plus d’un an. C’est seulement maintenant que j’arrive à en parler. J’étais jusqu’aujourd’hui, encore sous le choc de ce que j’avais vécu. Comme si la vie était, pour moi, gelée. J’ai contacté des associations LGBTI, et certainEs amiEs m’ont aidé. Je peux enfin en parler.

Maintenant je suis libre, mais j’ai peur que les gens l’entendent. l’apprennent. Dans ce pays, il est très difficile d’être à la fois homosexuel et séropositif. Quand on cherche un travail, ils demandent des documents et ils me demandent pour quelle raison je suis exempté du service militaire. Vivre dans un pays où il y a l’homophobie et le HIVphobie me parait comme une continuité de la torture.

Mon père est une personne extrêmement nationaliste, et il ne savait pas ce qui s’était passé au service militaire. Je pensais toujours, s’il apprenait tout cela, que ce serait ma fin. Je pensais que si ma famille savait pour ma maladie, elle ne me laisserait pas vivant. Je ne sais pas comment ma famille l’a appris, mais ma mère m’a appelé et m’a juste dit “Ne viens pas à la maison. Si tu viens, ton père va te tuer”. J’ai demandé “pourquoi ?”, elle m’a répondu “Il parait que tu es malade” et elle m’a dit des choses inimaginables. “Je ne crois pas que c’est vrai, mais ne viens pas à la maison”. Alors, j’ai commencé à vivre chez un ami.

Je travaillais un moment, pour faire des inventaires dans des magasins, pendant la nuit, pour 50 TL (environ 13€). Maintenant je suis caissier dans une commerce. J’ai commencé ce travail dans un super marché, récemment. Le fait que cela soit un travail déclaré est un avantage pour moi… Parce que si je n’ai pas de couverture sociale, je risque de ne pas continuer à avoir mes médicaments. Si tu tombes dans le chômage, pour obtenir tes médicaments, tu dois faire des démarches et demander à la préfecture. Ils vérifient tes revenus et si tu n’entres pas dans le dispositif tu ne peux pas avoir tes traitements. Pour la vérification parfois la police vient chez-toi. Par exemple, si ta famille n’est pas locataire, si ton père a une voiture, on ne te donne pas tes médicaments. Je ne bénéficie pas de cette aide. Et je n’ai plus aucune communication avec ma famille, comment voulez-vous que je leur parle de mes problèmes de santé….


NOTE
Pourquoi les homosexuels ne se déclarent pas comme objecteurs de conscience ?
En Turquie, l’objection de conscience n’est pas reconnue par la loi et il n’existe aucune législation concernant les objecteurs de conscience. De ce fait, les objecteurs sont considérés comme déserteurs ordinaires et même après une condamnation et avoir effectué leur peine, ils sont contraints à faire leur service militaire.
Pour en savoir plus, vous pouvez lire : “Chaque turc nait soldat” d’André Bernard, et “N’allez pas au service militaire, parce que…“.
Nous vous conseillons également le livre d’Aurélie Stern “L’antimilitarisme en Turquie“, paru en 2015, dans les éditions “Atelier de création libertaire”, Collection Désobéissances libertaires, avec la préface de Pınar Selek.

Image à la une : Une carte postale vintage devenue culte en Turquie. Cliquez pour voir l’image intégrale.


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Turquie • Sans tuer le père en politique impossible d’avancer http://www.kedistan.net/2017/04/25/turquie-tuer-pere-politique/ Tue, 25 Apr 2017 16:50:48 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45517 Les manifestations de refus des résultats, spontanées ou organisées se sont multipliées en Turquie depuis le soir de l’annonce politique des fruits de la grande triche référendaire. Revenons tout d’abord sur la réalité de cette tricherie, qui a amené les observateurs internationaux à réagir, et les observateurs de l’OSCE à publier un rapport, dans lequel […]

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Les manifestations de refus des résultats, spontanées ou organisées se sont multipliées en Turquie depuis le soir de l’annonce politique des fruits de la grande triche référendaire.

Revenons tout d’abord sur la réalité de cette tricherie, qui a amené les observateurs internationaux à réagir, et les observateurs de l’OSCE à publier un rapport, dans lequel ils consignent entre autres deux “entorses” majeures : l’empêchement de faire campagne pour le NON par diverses interdictions, tout comme la forme contraignante de la question, obligeant à un vote bloqué sur tous les points différents de la “réforme” constitutionnelle.

Mais la triche avait commencé par une annonce, dans la journée même, de la Commission électorale (YSK), disant qu’elle accepterait dans le comptage les bulletins qui, “sans doute par inadvertance”, ne porteraient pas son sceau.
Comment s’étonner de cette annonce, sous état d’urgence, alors que bien avant ces résultats, pouvoir et régime se confondent déjà avec un seul chef de parti. Mais, les formes seront respectées, et la triche fut officialisée de fait.

Des témoignages et enquêtes précises ont fait état de manipulations des votes dans de nombreux lieux importants au Bakur, là où la soldatesque est omniprésente, et où les municipalités sont confisquées par des représentants du pouvoir central. Ces manipulations vont de l’introduction de ces fameux bulletins “acceptés comme valables”, à des votes “changés” en groupes organisés. Des vidéos circulent qui montrent le sentiment d’impunité de leurs auteurs, au moment de ces triches.

Traduction 0:15
“Monsieur le Président, je vous enregistre. Vous êtes en train de mettre le cachet sur les OUI, sur des bulletins blancs sortis des urnes, donc de les transformer en bulletins valables. Ce que vous faites est un délit.”
Turquie
Dans les poubelles à Suruç. Une ville où un atten

D’autres découvertes d’enveloppes entières pour le NON, jetées et détruites ont fait l’objet de photographies dans le peu de presse d’opposition encore en vie. Dans d’autres endroits, les électrices et électeurs se sont vus contraintEs de céder leur vote à des mandataires, voire ont été achetés parfois… Des morts ont du voter par endroit, d’autres pas encore nés… Et l’annonce d’une embellie électorale pour l’AKP dans les régions à majorité kurde par Erdoğan, le soir même du résultat, résonne comme une plaisanterie méprisante et cynique, quand on constate que le pouvoir AKP a usé de son pouvoir discrétionnaire dans les zones qu’il a détruites et réduites à sa merci depuis deux ans de guerre.

Les empêchements multiples faits à des membres étrangers observateurs d’assister, ou de contrôler, voire d’être dans les locaux pour certains, lors des opérations de vote et de dépouillement auguraient aussi des fraudes en tous genres, dans les bureaux “sensibles”… y compris des métropoles…

Mais doit-on vraiment faire les étonnés et laisser croire un instant que cela pouvait se passer différemment ?
A Kedistan, on serait tenté déjà de dire tout simplement que ce type de vote est organisé toujours par le pouvoir pour conforter son pouvoir, dans le sens où il l’a décidé, et que les institutions électorales sont faites pour ça… Mais laissons cet argument radical de côté… Il n’est même pas utile ici.

La campagne du référendum elle-même s’était déroulée sous état d’urgence, dans le climat hystérique qui perdure depuis juillet 2015, et sous encadrement militaro-policier, dans des régions en guerre depuis deux ans.

Ankara. Photo : Adem Altan | AFP

Et si cette “campagne”, tapageuse et à taille gigantesque pour le OUI, sous haute surveillance, tracasseries et interdictions pour le NON, a quand même eu lieu, elle s’est déroulée avec une polarisation extrême.

Si on pouvait voir qu’une opposition en apparence unie se levait pour le NON, elle fut cependant en réalité à géométrie très variable. Entre les défenseurs du kémalisme et de l’unité nationale, l’extrême gauche souverainiste, et les partisans d’une Turquie confédérale, pour situer les trois pôles clairement opposés derrière le NON, une palette étendue de refus du pouvoir absolu d’Erdoğan se dessinait.

S’il y avait accord sur le NON, la question des prisonniers politiques par exemple, liée directement à l’état d’urgence, à l’accord tacite sur “l’anti-terrorisme” accepté par le parti CHP, était loin d’unir le camp du refus. Et, durant la campagne électorale, on a vu que des députés du CHP ne cachaient pas leur volonté d’aller plus loin au Parlement dans leur désir d’éliminer définitivement le HDP “en silence”… Cette campagne du NON n’a pas créé un front entre les partis d’opposition, même si les quelques comités pour le NON réunissaient des militants très éloignés ici ou là.
Et les choses sont plus complexes encore.

Il n’y a pas eu par “miracle” de dépassement de ce qui constitue depuis quasi un siècle la matrice politique “républicaine” de la Turquie.

Et si Erdoğan officialise de façon institutionnelle sa démocrature, s’il termine en quelque sorte son coup d’état civil, il n’y a pas pour autant de basculement dans un autre univers que celui de la turcité.

Erdoğan endosse l’habit de celui qui “terminerait” la guerre d’indépendance inaugurée par Mustafa Kemal, le “père” de la Turquie, tout en affirmant le désir de renouer avec le “lustre” d’antan, le rayonnement ottoman d’empire, économiquement et diplomatiquement, avec l’affirmation renforcée d’une identité sunnite.

On constate très vite que sur le plan économique, les “grands travaux” vont devoir marquer pourtant le pas, la “croissance” n’étant plus au rendez-vous dans ce contexte de guerre, et que le rayonnement diplomatique s’exerce lui davantage par le double jeu de la guerre en Syrie et en Irak, et par le chantage aux réfugiés… Il ne reste plus de ce “rayonnement rêvé” que l’exacerbation des tensions à l’extérieur, l’ultra-nationalisme bigot et populiste à l’intérieur, sur fond militaro-policier du régime.

Le grand projet de 2023, date anniversaire de la révolution nationale se fera sans doute avec un Erdoğan encore au pouvoir, puisqu’il vient de s’en donner les moyens, mais pas sans crises à venir.

Et face à ces crises en germes, on peut dire que l’analyse de ce que fut le NON au référendum, et des protestations contre les résultats truqués, ne donnent pas non plus de raisons d’être optimistes pour une issue positive, l’opposition possible à Erdoğan s’avérant confuse et traversée toujours par les vieilles lunes de la turcité.

Alors que le “référendum” occupait tout l’espace politique, il faut se souvenir que des grèves de la faim avaient débuté dans les prisons turques, rappelant qu’Erdoğan n’avait pas attendu les pleins pouvoirs pour avoir une justice aux ordres, et exercer son injustice à l’égard de toute opposition. Et tandis que certainEs parvenaient à faire campagne pour la “défense de la république”, tout en soutenant “l’unité nationale contre le terrorisme”, et donc contradictoirement les emprisonnements d’opposants, d’autres organisaient, de l’intérieur même des geôles, un NON à la démocrature, ou, sur des places, des NON aux purges

L’annonce de la victoire du OUI, arrachée par la terreur et la triche, a précipité les partisans du NON dans les rues des métropoles, mais aussi relégué au second plan ces luttes et ces grèves, faute de se situer sur le même plan. Lorsque que les organisations majoritairement kurdes donneront la consigne de mettre fin aux grèves, sans avoir obtenu une quelconque amélioration des conditions de détention, ce fut la mise à jour d’une division criante de l’opposition.

Et ici, lorsqu’une certaine presse libérale et “objective”, choisit pour illustrer un article sur les “opposants dans la rue” des photographies de jeunes brandissant des drapeaux turcs et un portrait d’Atatürk, elle ne peut mieux poser le problème, sans le savoir.
Bien sûr, pour les médias européens, il ne peut y avoir d’opposition à Erdoğan, que celle de la “république laïque fantasmée” de Mustafa Kemal… Celle-là même néamoins, qui en 1980, puis 1990, massacrait déjà les Kurdes, pour l’unité de la Nation… On oublie aussi que c’est avec Erdoğan que se renégocia pourtant les accords d’entrée possible dans l’UE… jusqu’à ceux sur les “réfugiés”. Bref, si nos médias sont toujours dans la confusion et le fantasme de la “Belle République de Turquie laïque et démocratique qui fout le camp”, les populations qui ne sont pas majoritairement sous emprise AKP en Turquie le sont tout autant…

Et à Kedistan, on se prendrait à rêver que soient brûlés dans les manifestations, conjointement les portraits d’Erdoğan et d’Atatürk, pour que des cendres naisse une opposition politique, capable d’éclairer les crises à venir.

Mais dans cette confusion actuelle, le populisme bigot d’Erdoğan, et sa maîtrise des codes “nationaux”, s’appuyant à la fois sur l’ignorance qu’il entretient et la corruption d’une classe dirigeante qu’il a fait émerger, a de beaux jours encore devant lui, de crise en crise, de guerre en guerre.

Déjà, lors des soulèvements de Gezi, le régime avait joué de ces divisions en même temps que de la force brute. Et si ces événements avaient fait naître ensuite un front commun qui se retrouva en partie au sein et aux côtés de ce qui est devenu le HDP (ici, toujours qualifié de “pro-kurde”), il n’en demeure pas moins que le ventre mou kémaliste avait déjà opéré des divisions nationalistes face au régime AKP, à son profit. Que ce mouvement ait ensuite été largement transporté sur un terrain électoraliste, tout autant par le CHP kémaliste que par le parti HDP, n’a pas non plus aidé au maintien des mobilisations populaires, ni aux réflexions de fond.

On connaît la suite, l’irruption politique du HDP dans les élections de 2015, enrayant le projet AKP d’hégémonie, puis la spirale de guerre, à la fois en résonance avec les conflits régionaux et à dimension de guerre intérieure… Et là dedans l’omniprésence du nationalisme turc, entre ses variantes loup gris, bigotes AKP et kémalistes libérales… ne laissant aucune place à un projet politique de transformation pour la Turquie, qui rassemblerait la mosaïque de peuples qu’elle compose, hors d’un état-nation oppresseur et centralisateur.

Si le génocide refoulé dans la mémoire officielle, la chanson de geste de la turcité, est un quasi dénominateur collectif pour les Turcs, le meurtre politique des pères de la nation pourrait, lui, constituer l’élément indispensable à une révolution des esprits pour avancer.

Et si le mouvement kurde a su, de son côté, entamer une réflexion approfondie sur ses décennies de pratiques politiques et de guérilla, son “idéologie” marxiste léniniste fondatrice, pour parvenir à un rejet du nationalisme kurde, de l’état-nation, et à des propositions confédéralistes et communalistes, on peut penser que ce serait injurier l’avenir, que de dire que jamais la Turquie ne se débarrassera enfin du père pour y parvenir.

Image à la Une :  Petros Karadjias | AP Photo

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Cet article Turquie • Sans tuer le père en politique impossible d’avancer a été publié par KEDISTAN.

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Il y a treize ans, Ahmet Altan s’exprimait sur la peine capitale… http://www.kedistan.net/2017/04/25/ahmet-altan-sur-la-peine-capitale/ Mon, 24 Apr 2017 22:44:05 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45417 En prison, Ahmet Altan risque la perpétuité. Il n’y a pas si longtemps, il aurait risqué la pendaison. Une peine capitale qu’il dénonçait avec force à Genève, en 2004. Et que le président Erdoğan dit vouloir rétablir… Détenu à Silivri depuis le 23 septembre 2016, le romancier qui fut aussi journaliste est accusé d’avoir voulu renverser le pouvoir, en […]

Cet article Il y a treize ans, Ahmet Altan s’exprimait sur la peine capitale… a été publié par KEDISTAN.

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En prison, Ahmet Altan risque la perpétuité. Il n’y a pas si longtemps, il aurait risqué la pendaison. Une peine capitale qu’il dénonçait avec force à Genève, en 2004. Et que le président Erdoğan dit vouloir rétablir…

Détenu à Silivri depuis le 23 septembre 2016, le romancier qui fut aussi journaliste est accusé d’avoir voulu renverser le pouvoir, en raison de prétendus “messages subliminaux” délivrés à la veille de la tentative de coup d’Etat, en juillet dernier. Il risque donc la prison à vie… fois trois ! La plus lourde des peines, qui se substitue à la peine de mort depuis 2004. Mais qu’en sera-t-il demain ?

A plusieurs reprises, le président a annoncé son intention de rétablir la peine capitale. Une peine dont Ahmet Altan se réjouissait de voir son pays débarrassé, voilà treize ans. C’était à Genève, le 15 avril 2004, en marge de la 60ème session de la Commission des droits de l’homme de l’ONU. Le romancier participait à une table ronde sur le thème : «La lutte contre la peine de mort: réalisations et échecs». Voici le discours qu’il avait alors prononcé.

L’un de mes premiers romans racontait l’histoire d’un jeune gauchiste qui allait être exécuté. La narration, extrêmement réaliste, avait tellement choqué mon père qu’il ne m’avait plus parlé pendant des jours. Il disait: “on ne peut écrire sur ces choses que si on les ressent; comment peux-tu les ressentir comme un sauvage ?”. Bien que cette honte nous soit maintenant épargnée, beaucoup de gens étaient autrefois punis par pendaison en Turquie.

J’ai grandi dans un pays où il y avait la peine capitale, c’est-à-dire des meurtres. Mais si je connais la sauvagerie, si je la ressens, ce n’est pas parce que j’ai grandi dans ce pays. C’est parce qu’il y a des restes de sauvagerie en moi, comme dans tous les autres êtres humains, car nous faisons tous partie de la nature.

La nature a ses lois, magnifiques et parfaites, où violence et sauvagerie sont intimement liées. Depuis des milliers d’années, nous essayons de sortir de la spirale de la sauvagerie par notre intelligence, nos émotions et notre créativité. Je pense que les deux caractéristiques fondamentales qui distinguent l’humain de tous les autres êtres vivants sont sa conscience innée et son intelligence. La philosophie, les arts et les sciences sont des privilèges liés à notre intelligence qui peuvent nous sauver de la sauvagerie. Elles nous éduquent. Et même si nous gardons toujours en nous la sauvagerie d’une hyène, même si nous avons toujours le désir de tuer et que, de fait, nous tuons fréquemment, nous avons honte de ce désir, et cette honte nous la devons à la philosophie, aux arts et aux sciences.

Notre conscience, d’un autre côté, est ce qui fonde la justice et le droit. Notre conscience nous montre comment être justes. Même si nous conservons toujours une certaine rage et le désir de tuer en nous, une grande majorité de gens sur cette Terre ont appris à avoir honte de ces émotions.

Malheureusement, nous n’avons pas pu nous départir complètement de notre sauvagerie naturelle, et nous devons faire face à un curieux paradoxe. Alors que nous cherchons individuellement à nous éloigner de la sauvagerie, nous sommes encore incapables de contrôler la sauvagerie des États-nations que nous avons créés. En vérité, c’est le résultat de notre hypocrisie. Alors que nous nous opposons à la sauvagerie individuelle, nous soutenons la sauvagerie des États.

Bien des gens peuvent vous dire qu’ils sont contre les tueries et les meurtres, mais les mêmes ne s’opposeraient pas fermement à l’idée que les États tuent des personnes. Ils vous diraient même que c’est nécessaire. La sauvagerie se concrétise de la manière la plus systématique à travers les États. Partout où l’État existe, il y a du sang, des morts et de la sauvagerie. Avec ses guerres, ses prisons, sa police, ses espions, ses assassins et ses bourreaux, l’État est à notre époque “Le” représentant de notre sauvagerie.

Parce que nous avons peut-être pris conscience de notre hypocrisie, nous nous efforçons de sortir les États de cette sauvagerie. L’universalisation du droit, la génération du concept d’interdépendance et la formation de nouvelles unités administratives “supranationales”, comme l’Union européenne, visent essentiellement à éduquer les États et à empêcher leur sauvagerie. Mais éduquer des États n’est pas aussi simple qu’éduquer des hommes, n’est-ce pas ? Comme des animaux sauvages, les États croient encore au pouvoir et à la puissance. Ils adorent leur pouvoir et aiment l’afficher à la moindre occasion. Mais, et c’est regrettable, ils trouvent le soutien dont ils ont besoin dans la sauvagerie cachée des individus. Nous, humains, alimentons la sauvagerie des États. Demandez-vous pourquoi bien des gens à travers le monde veulent que leur État soit plus fort que d’autres.

Pourquoi frissonnent-ils d’enthousiasme quand leurs hymnes sont joués, pourquoi regardent-ils avec passion leurs drapeaux être hissés ? Quelle est la différence entre tous ces hymnes, drapeaux, frontières et les marques laissées dans la forêt par un animal sauvage pour revendiquer son territoire ? Je pense que c’est aussi pourquoi les États tuent des gens. Et ils tuent des gens sans hésiter, que ce soit en temps de guerre ou pour les exécuter.

Nous avons du mal à expliquer à de grands États le côté malveillant de la guerre et de la peine capitale, et en quoi cela s’oppose à notre intelligence et à notre conscience. Qu’un groupe d’êtres humains tire profit de la “mort” explique sans nul doute l’existence des guerres. Quant aux exécutions, je pense qu’elles sont la façon la plus tangible pour l’État de percevoir qu’il a le pouvoir de tuer. Il ne veut pas le perdre. Et certains le soutiennent.

Je sais que ces gens vous diront : « Vous voudriez que le tueur de votre enfant vive, vous ne le voudriez pas mort ? » C’est le genre de question qui suscite en nous ce sentiment de vengeance horrible, violent, mais très humain. Influencé par ma nature sauvage, je répondrais « oui, j’aimerais être vengé ». C’est la réponse que je donnerais si je renonçais à mon intelligence, mon esprit et ma conscience. C’est le moment où, si je me laissais porter par ce sentiment, je me transformerais en rhinocéros, comme dans la pièce de théâtre de Ionesco.

En réalité, nous avons tous un côté rhinocéros en nous. Mais la saga de l’humain n’est-elle pas cet extraordinaire combat pour nous distinguer du rhinocéros ? Des milliers d’années ne se sont-elles pas écoulées, baignées et purifiées dans les eaux de la philosophie, des arts et des sciences ? Régressons-nous chaque fois que nous sommes blessés ou furieux ? Ceux qui tuent doivent être punis; je pense que personne ne dira le contraire. Mais nous devrions nous le demander. Pourquoi punissons-nous ceux qui commettent des crimes, qui ne parviennent pas à échapper à leur sauvagerie et à leur cupidité naturelle ? Quel est le but de la punition ? Est-ce que nous voulons les dissuader de commettre d’autres crimes ou voulons-nous nous venger ?

Notre véritable désir n’est-il pas de prouver aux meurtriers que nous sommes des meurtriers plus forts qu’eux ? Est-ce vraiment ce que nous entendons par justice ? La loi, c’est une série de principes pour garantir la paix commune de l’humanité. Mais l’exécution nous assure-t-elle d’une paix commune ? Ou bien est-elle là pour créer en nous l’angoisse, de manière invisible ou ostentatoire, en nous montrant que nous sommes encore des sauvages ? Que les États perpétuent des meurtres que nous ne pouvons pas commettre nous-mêmes ne nous apporterait pas la paix, cela ne ferait que rendre le meurtre et la sauvagerie officiels. Cela nous obligerait à renoncer à tout le chemin que nous avons parcouru dans notre long périple d’humains. A chaque meurtre, nous retournons des millions d’années en arrière, à la sauvagerie dont nous nous sommes débarrassés; à chaque décision juste, nous revenons à aujourd’hui et à notre niveau actuel de développement. Ce que nous traversons maintenant, c’est une série angoissante de pas en avant et en arrière.

Les êtres humains ont plus ou moins réussi à s’éduquer et ont atteint un niveau où ils ont honte de la sauvagerie. Maintenant, il est temps d’éduquer les États. Aujourd’hui, les États dont nous avons encore besoin symbolisent de la manière la plus forte la permanence de notre sauvagerie. J’espère qu’un jour les peuples auront évolué assez pour vivre sans États. Mais d’ici là, nous devons faire de sérieux efforts pour nous débarrasser de l’hypocrisie qui nous conduit d’un côté à condamner la sauvagerie, de l’autre à l’entretenir à travers des États, et nous devons nous montrer capables de protéger les êtres humains de la violence des États. Nous croyons que les peuples sont plus importants que tout. Mais ceux pour qui il y a des choses plus importantes que les humains continuent de répondre à l’appel du sauvage.

Nous tirons notre force de notre intelligence, de notre conscience, de notre créativité et de tout ce qu’a produit l’humanité, la philosophie, les arts et les sciences. Ils tirent leur force de la sauvagerie qui est en nous. Nous défendons l’avenir et la vie. Ils défendent le passé et la mort. Je crois qu’un jour, nous les vaincrons et pourrons éradiquer toutes les sortes de meurtres. Non pas parce que nous sommes plus forts qu’eux. Mais parce que la vie est plus attrayante que la mort, et que l’avenir est bien plus fort que le passé.

Ce discours peut être lu en anglais sur le site officiel d’Ahmet Altan.


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Achab : “Un monde formidable”, leur premier album http://www.kedistan.net/2017/04/24/achab-un-monde-formidable-album/ Mon, 24 Apr 2017 19:56:55 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45377 Le premier album d’Achab “Un monde formidable”, est sorti le 7 avril dernier, et les kedi ont mis le museau dessus… Ce groupe a également réalisé la bande originale du documentaire Ni Dieu Ni Maître, co-produit par ARTE et récemment diffusé par la chaîne , dont vous trouverez le replay [partie 1 | partie 2]. Achab, prendrait son nom de […]

Cet article Achab : “Un monde formidable”, leur premier album a été publié par KEDISTAN.

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Le premier album d’Achab “Un monde formidable”, est sorti le 7 avril dernier, et les kedi ont mis le museau dessus…

Ce groupe a également réalisé la bande originale du documentaire Ni Dieu Ni Maître, co-produit par ARTE et récemment diffusé par la chaîne , dont vous trouverez le replay [partie 1 | partie 2].

Achab, prendrait son nom de ce capitaine animé par le désir de combattre une créature géante, Moby Dick. Certes le bateau dans lequel nous nous trouvons toutes et tous avec Tancrède, Mélanie et Julien, avance vers son propre engloutissement, mais nous battons-nous contre des moulins ?
Telle est la question…


Achab

UN MONDE FORMIDABLE
Tracklist • 1.titre Achab est Achab | 2. Un Monde Formidable3. Tout recommencer | 4. Anna danse5. Malkinia | 6. Black Bloc7. 9 mois et quelques jours | 8. L’innommée | 9. Qui Vivra Verra10. Ça c’est Paris | 11. El Mogon | 12. Encore un jour sans massacre

La proximité sonore d’Achab avec ACAB1est un jeu très familier aux kedi que nous sommes, qui vivons au Kedistan, voisinant au pays des résonances, Kurdistan.

Pendant qu’on est dans le rayon du son, rebondissons…

Tonnerre !

La musique d’Achab, ramène inévitablement au rock alternatif des années 80, passant par les Bérurier Noir, Ludwig Von 88, Parabellum… Mais le groupe a su dépasser cette référence en évitant ses aspects les plus approximatifs avec une qualité d’écriture que n’ont jamais atteint les groupes de la première vague… Il y a chez Achab à la fois une forme d’urgence exprimée dans un rock-électro incisif et le désir d’imprégner l’auditeur de mots ciselés et de textes enflammés, alternant poésie et chanson engagée revisitée, rappelant la grande époque de la chanson française dans laquelle le groupe se serait ressourcé.

Colères et dénonciations tout en poésie, promènent leur rythme vêtu de rock dans nos vies ordinaires et tout ce qui y interfère. Les 12 titres de l’album “Un monde formidable” mettent le doigt avec une redoutable pertinence, sur le quotidien du monde dont nous sommes à la fois des témoins et acteurs, et tournent le couteau dans les plaies. D’une chanson à l’autre, nous sommes bousculés, d’un énergique coup de pied. Il y a de quoi danser et chanter, mais aussi pour réfléchir, et s’embraser…

Coup de coeur

“Un monde formidable”, ce clip où la chanson est remarquablement illustrée nous interroge particulièrement.

L’oeil qui voit parce qu’il regarde. Il est le notre, le votre, observateur et critique. L’inventaire est frontal. La réalité de la société du spectacle, instantanés piochés dans l’innommable, révoltants, bombardent les cerveaux des enfants de l’ère du zapping que nous sommes, habitués à recevoir et intégrer en vitesse grand V.

Si Achab, ne se satisfait pas d’entrouvrir les portes, il supprime les murs confortables, invite habilement à réfléchir par la voie musicale, et à laisser voir que la vie prend le sens qu’on veut bien lui donner, “Un monde formidable” est l’essence de cette démarche. Il n’est pas étonnant que cette chanson donne le nom de l’album, qui dans son ensemble, ne peut être entendu que comme un appel à prendre conscience, à se rebeller et à entrer dans la danse.

Et ça fonctionne… Nous croisons au hasard du web des échanges d’après lecture… “Cette vidéo est insupportable, c’est pourquoi je la partage. (…) Le réel est vraiment difficile à regarder” dit une personne. “OUI, la réalité est brutale… mais certains refusent toujours de la voir…” lui répond une autre.

Le bateau navigue sur des eaux changeantes et agitées, même déchainées. Et la réponse à la question initiale est “non” ; les moulins à combattre ne sont pas imaginaires, autant qu’une autre monde n’est pas utopique mais nécessaire.

Et tout ça, plait bien aux chats…

ACHAB
Siteweb achab-music.com | Mail pequodlabel@gmail.com
YoutubeFacebook | Twitter @tancrederamonet 

Qui sont-ils/elle ?

Tancrède Ramonet • Chanteur, auteur, réalisateur et compositeur. Il a été parolier pour Bertignac, Christophe, IBEYI ou Fontaine, après avoir participé à de nombreuses formations, (Régis Jauffret et ses nègres ou le groupe de pornorock Quixotte). Il se consacre aujourd’hui corps et âme à ACHAB.

Mélanie Kamel • Batterie, percussions, PAD. Mélanie est une des régisseuses les plus demandées de la scène française. Elle a été la backlineuse batterie de Prince, Véronique Sanson, Sexion d’Assaut ou encore Alain Souchon. Au sein d’ACHAB, Mélanie joue de la batterie et du pad électronique.

Julien Deguines • Clavier, guitare et sons. Julien est diplômé du CEFM. Fanatique des Beatles et de Radiohead, ce poly-intrumentiste qui sait autant manier la guitare que les claviers, a joué dans de très nombreux projets. Il a développé au MS20 une technique de jeu live inédite qui apporte à ACHAB ce son électro-joué si nouveau.

ACHAB a bénéficié d’une résidence au FGO Barbara en 2016. L’album “Un Monde formidable” a obtenu le soutien du Fonds pour la Création Musicale (FCM). Le disque est distribué par Modulor et fait l’objet d’un partenariat com avec ARTE. Leurs clips ont eu plus de 200 000 vues, tous tubes confondus. Ils sont entrés dans le Top 20 Rock indé sur DEEZER.

Photos : Virginie Hebert


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Ronahi TV • “Journal de la révolution kurde” du 23 avril 2017 http://www.kedistan.net/2017/04/23/ronahi-tv-journal-revolution-23-avril-2017/ Sat, 22 Apr 2017 23:13:37 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45016 “Chroniques de la révolution kurde”, est le journal télévisé présenté par Ronahi TV chaque dimanche. C’est un retour en textes et vidéos, sur la semaine écoulée. (La semaine dernière exceptionnellement il n’ y a pas eu d’émission). Voici celle du 16 au 22 avril 2017. Il s’agit donc d’une émission d’informations régulière, en langue française, que vous […]

Cet article Ronahi TV • “Journal de la révolution kurde” du 23 avril 2017 a été publié par KEDISTAN.

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“Chroniques de la révolution kurde”, est le journal télévisé présenté par Ronahi TV chaque dimanche. C’est un retour en textes et vidéos, sur la semaine écoulée. (La semaine dernière exceptionnellement il n’ y a pas eu d’émission). Voici celle du 16 au 22 avril 2017.


Il s’agit donc d’une émission d’informations régulière, en langue française, que vous retrouverez ici, chaque semaine, en partenariat avec Kedistan.


Gros Titres :

  • TURQUIE – RÉFÉRENDUM CONSTITUTIONNEL DU 16 AVRIL
  • RÉFÉRENDUM DU 16 AVRIL – FRAUDES MASSIVES
  • RÉFÉRENDUM DU 16 AVRIL – L’ACCUEIL DES RÉSULTATS
  • BAKUR-KURDISTAN DU NORD – PRISONS : FIN DE LA GRÈVE DE LA FAIM
  • TURQUIE – LES ARRESTATIONS SE POURSUIVENT
  • BAKUR-KURDISTAN DU NORD – SOUS LA BOTTE D’UN ÉTAT-VOYOU
  • ROJAVA-SYRIE DU NORD – OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE »
  • RAQQA ET TABQA – DES MILLIERS DE RÉFUGIÉS ET DE PERSONNES DÉPLACÉES
  • RAQQA – L’ASSEMBLÉE CIVILE EST EN PLACE
  • ROJAVA-SYRIE DU NORD – ATTAQUES RÉPÉTÉES DE LA TURQUIE
  • OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE » – LIBÉRATION DES FEMMES ÉZIDIES

TURQUIE
RÉFÉRENDUM CONSTITUTIONNEL DU 16 AVRIL

Le référendum de dimanche dernier s’est donc officiellement clôturé sur une courte victoire du « oui » pour le changement de constitution. Ce scrutin qui permet au président Erdogan de concentrer encore davantage de pouvoirs entre ses seules mains s’est tenu dans un climat de répression généralisée.
Le président de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a jeté toutes ses forces pour arracher le « oui » à ce référendum. Rappelons donc les conditions dans lesquelles ce scrutin s’est tenu. L’Etat d’urgence a permis au régime de faire taire tous les détracteurs du changement de constitution. Les deux co-présidents du parti HDP et 14 députés ont été emprisonnés avec des milliers de cadres et de responsables, élus ou non, des partis HDP et DBP.
Les journalistes et les intellectuels ont également été priés de se taire s’ils ne souhaitaient pas, à l’instar de centaines de leurs collègues, rejoindre les sinistres prisons du régime.
La population du Kurdistan du nord a aussi été menacée. Pour dissuader cette population qui, lors des élections législatives du 7 juin 2015, avait ouvert la porte du parlement turc au parti HDP, le régime AKP a multiplié les destructions complètes de villes et de villages.

Des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été massacrés dans des conditions atroces, entre autre dans les caves de l’horreur à Cizre, où ils ont brûlés vifs.

Dessin de Zehra Dogan
Combattante massacrée, exposée nue dans la rue

Tout le monde garde aussi en mémoire ces femmes torturées à mort par les soldats et abandonnées nues dans la rue.
C’est donc une population profondément traumatisée qui a dû se rendre une fois de plus aux urnes.

*

Dans les villages proches de Bitlis, comme à Başan, les titres de propriété des habitants ont été confisqués quelques jours avant le référendum. Comme le dénonçait Hamza Özkan, administrateur du HDP à Bitlis, on a promis aux habitants qu’ils récupéreraient leurs titres si le résultat des urnes était le « oui »

RÉFÉRENDUM DU 16 AVRIL
FRAUDES MASSIVES

Le jour du référendum, de très nombreux cas de fraude et d’intimidation ont été signalés. Et puis, l’YSK, qui a en charge l’organisation du processus électoral, a soudainement décidé d’accepter les bulletins de vote qui n’étaient pas préalablement cachetés, ouvrant ainsi la porte à une fraude d’ampleur qui porte sur des millions de bulletins.

Dès 7 heures du matin, les bureaux de vote étaient ouverts dans le Kurdistan du nord. Peu de temps après, les premiers rapports tombaient : dans le district de Gürpinar, à Van, des soldats et des gardes de villages ont menacé les assesseurs de l’école d’Hoşap de leurs armes. « On fera écrouler cette école sur vous, ont-ils dit aux électeurs, les menaçant pour qu’ils votent “oui” »

*

A Suruç, le député AKP Ibrahim Yildiz est entré accompagné d’une vingtaine d’hommes en armes dans l’école Haci Mahmut Yavuz Anatolian où se tenait le bureau de vote de l’urne 1180.

Pendant que les électeurs étaient tenus à l’extérieur, le député et l’un de ses compagnons ont rempli l’urne de bulletins qu’ils avaient emmenés avec eux. Un témoin a même certifié que l’un des hommes armés a affirmé au député : « on en met encore une centaine, t’inquiète pas, il ne se passera rien ! »

Au final, pour ce cas précis de l’urne 1184, sur 360 électeurs inscrits, 240 ont été voter. Et 400 bulletins ont finalement été sortis de l’urne.

*

A Ankara, dans le district de Sincan, un assesseur a été filmé alors qu’il met en série des cachets sur les bulletins après la fermeture du bureau.

A Muş, dans le village de Çatbaşi, les électeurs rentraient dans l’isoloir accompagnés de Mehmet Koçlardan, un fervent soutien local de l’AKP. Le président du bureau et ses assesseurs n’ont rien trouvé à y redire.

*

Si malgré tout, les électeurs votent « non », on peut toujours rassembler les bulletins et aller les détruire un peu plus loin, comme ici dans un chantier de construction de Suruç, ou des quantités de bulletins cachetés ont été déchirés et puis abandonnés.

*

L’essentiel des fraudes provient de ce que le bureau central des élections, le YSK, a pris la décision en cours d’élection de valider tous les bulletins qui n’avaient pas été préalablement cachetés. C’est ce qui a permis de remplir les urnes de bulletins préalablement cachetés en faveur du « oui », une fraude qui concernerait jusqu’à 2 millions et demi de bulletins suspects.

Comme le souligne Kemal Özkiraz, du centre AKAM (Centre public de recherche eurasienne), un million de bulletins ont été annulés et 2 millions et demi d’autres bulletins, illégaux car non cachetés, ont été validés. Or, dit-il, les observateurs s’accordent pour dire que tous les bulletins sans cachet étaient en faveur du « oui ». Et le chercheur de douter fortement d’une simple coïncidence. D’autant plus que la grande majorité des bulletins non cachetés provenaient des régions kurdes.

RÉFÉRENDUM DU 16 AVRIL
L’ACCUEIL DES RÉSULTATS

Sitôt les résultats officiels connus, trois partis politiques ont officiellement introduit une demande d’annulation du référendum auprès du bureau central des élections, le YSK. Sans surprise, celui-ci a rejeté les demandes, provoquant dans tout le pays dans une vague de manifestations.

Officiellement, il y a donc un taux de participation de 83,3%, avec 24.325.985 voix pour le « oui » au changement et 23.189.021 voix pour le « non ».
La différence est très faible : 48,6% contre 51,4%. Soit 1.136.964 voix. Un chiffre bien en deçà du nombre de bulletins litigieux.

Immédiatement après la proclamation, le président Erdogan a été félicité par la branche syrienne d’Al-Qaïda, le front Ahrar al Sham, qui dans un communiqué affectueux, félicite « son frère Erdogan » et lui souhaite du succès pour relever la Turquie et le monde de l’Islam.

Mais mis à part l’organisation Al-Qaïda, le succès du référendum voulu par Erdogan n’a pas soulevé une vague d’enthousiasme tant en Turquie qu’à l’étranger.
Trois partis, le HDP, le CHP et le parti Vatan ont donc interpelé le YSK pour qu’il annule le référendum suite à toutes les fraudes constatées.

10 membres sur les 11 qui composent ce bureau et qui ont une voix délibérative ont estimé mercredi que tous les bulletins non cachetés étaient malgré tout valides.

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Michael Link, le directeur du bureau pour les institutions démocratiques et les droits de l’homme de l’OSCE, l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, a regretté que le gouvernement turc ne tienne pas compte du rapport de l’OSCE, un rapport critique qui dénonce le manque d’opportunités pour les tenants du « non » à faire valoir leurs raisons dans les médias, la couverture médiatique ayant été toute entière dévolue aux responsables du régime.
C’est un référendum qui, dénonce encore l’OSCE, ne cadre pas avec les standards du Conseil de l’Europe.

Pour Michael Link, qui a proposé un recomptage des voix, si la Turquie ne coopère pas avec l’OSCE, elle ne pourra pas éviter d’être critiquée par d’autres Etats et organisations et elle n’échappera non plus aux conséquences politiques.

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En attendant, dans tout le pays, des manifestations ont éclaté pour dénoncer les fraudes et la validation des bulletins de vote litigieux par l’YSK.
A Istanbul, mais aussi dans la province d’Izmir, d’Eskişehir, à Kocaeli, à Adana ou à Çanakkale, des manifestations ont dénoncé le référendum et le régime d’un seul homme d’Erdogan.

BAKUR-KURDISTAN DU NORD
PRISONS : FIN DE LA GRÈVE DE LA FAIM

Dans plus de 30 prisons turques, les prisonniers politiques avaient lancé une grève de la faim pour protester contre les conditions d’incarcération et contre l’isolement imposé à Abdullah Öcalan, dans sa prison d’Imrali. Après plus de 65 journées de grève, le KCK, l’union des communautés kurdes, a appelé les prisonniers à mettre un terme à cette grève d’une ampleur inégalée.

La grève de la faim des prisonniers politiques dans les prisons de Turquie avait commencé dans la prison de Şakran, à Izmir, il y a 68 jours. Très vite, cette grève de la faim s’était étendue dans d’autres prisons. Mardi, on dénombrait plus de 300 prisonniers qui menaient une grève ininterrompue de la faim dans 33 prisons.
Les prisonniers revendiquaient la fin de l’isolement du leader kurde Abdullah Öcalan et le respect de leurs droits les plus élémentaires dans leurs prisons.

A Şakran, les prisonniers commençaient à avoir de graves problèmes de santé. Problèmes d’audition, maux de tête, vertiges. L’un d’eux, Şirvan Bilik, crachait du sang.

L’union des communautés kurdes, le KCK, a alors appelé ce mardi les prisonniers à mettre un terme à cette grève de la faim. L’objectif des prisonniers politiques a été atteint : le renforcement de la lutte démocratique contre le fascisme du régime AKP-MHP. Grâce à cette grève de la faim, le KCK estime que les revendications portant sur l’isolement d’Ocalan, les pressions subies par les détenus en prison, les opérations de génocide politique menée contre les responsables du DBP et du HDP ainsi que les attaques fascistes menées contre la population ont été remises à l’agenda. C’est pourquoi cette grève de la faim qui commençait maintenant à s’approcher de la frontière entre la vie et la mort devait être arrêtée immédiatement.
Dès le lendemain mercredi, les grévistes de la faim mettaient un terme à leur action.

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Dans la prison de Sincan, à Ankara, les responsables de la prison n’ont pas permis aux prisonniers de consulter un médecin au terme de leur grève de la faim. Pire, ils les ont menacés en leur affirmant qu’ils ne les mèneraient pas à l’hôpital, et qu’ils payeraient le fait d’avoir participé à la grève de la faim.

Cette action dans les prisons a connu un retentissement jusqu’en Europe. En France, mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse, des manifestations de soutien ont permis de faire connaitre le sort réservé aux prisonniers politiques de Turquie.

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L’élan de solidarité avec les grévistes s’est également propagé dans l’ensemble du Kurdistan. Cette jeune femme ézidie, Kurdê Ali, condamne les atrocités de l’Etat turc et toutes les institutions internationales, l’Europe en premier lieu, qui restent muettes devant une grève de la faim qui dure depuis plus de 60 jours.

Kurdê Ali salue de la part des femmes de Sengal les prisonniers qui participent à la grève et elle ajoute qu’elles aussi participeront à cette grève, si c’est nécessaire.

TURQUIE
LES ARRESTATIONS SE POURSUIVENT

Les arrestations de journalistes et de responsables politiques se poursuivent en Turquie. Mais maintenant, en plus du traditionnel motif « d’appartenance à une organisation terroriste », les policiers justifient les arrestations en accusant ceux qu’ils privent de liberté de chercher à provoquer des incidents « du type de Gezi » à l’approche du premier mai.

Ce vendredi, à Izmir, les forces de police ont mené des raids à domicile chez des militants du Parti socialiste des opprimés (ESP), de la fédération des associations de la jeunesse socialiste (SGDF) du parti Halkevleri, du parti ÖDP Liberté et solidarité ainsi que chez des lecteurs du magazine Kaldiraç. Toutes les portes ont été fracturées. La police a accusé les militants d’incitation à des incidents de type Gezi avant le premier mai, avec l’excuse du référendum.

A Agri, la porte-parole de l’assemblée des femmes et la députée du HDP, Madame Dilan Dirayet Taşdemir, a été arrêtée ce jeudi alors qu’elle suivait l’audition au tribunal de Diyarbakir de la députée d’Hakkari Selma Irmak.

Une autre députée du HDP, Burcu Çelik, de Muş, a été arrêtée ce mardi. Avec son arrestation, il y a maintenant 14 députés du parti HDP sous les verrous.

Burcu Çelik et Dilan Dirayet Taşdemir

 

Du côté de la presse, de nouvelles arrestations ont encore eu lieu cette semaine aussi. Le rédacteur Ali Ergin du journal en ligne Sendika.org a été arrêté ce jeudi suite à la couverture qu’il a donnée sur le référendum de dimanche. Les autorités lui reprochent de délégitimer les résultats du référendum et de vouloir organiser des manifestations.

La journaliste Meltem Oktay, de l’agence de presse Dihaber avait été emprisonnée puis relâchée à la mi-août. La cour suprême a cependant confirmé sa peine de prison de 2 ans et 4 mois pour avoir osé couvrir le couvre-feu de Nuseybin. En Turquie, dénoncer les agissements de l’armée et de la police, c’est répandre de la propagande terroriste. Elle a donc été ré-enfermée à la prison de Gebze.

Enfin, il y a eu cette perquisition chez Abdurrahman Gök, de l’agence Dihaber également. Comme il n’était pas chez lui au moment de l’arrivée des policiers, il a été sommé de se rendre de son plein gré à l’unité anti-terroriste de la police

Gök avait documenté l’assassinat de l’étudiant kurde Kemal Kurkut lors du Newroz ce 21 mars.

Kemal Korkut, quelques minutes avant son exécution.

Peut-être pour laisser de la place en prison à tous ces nouveaux arrivants, les autorités judiciaires turques ont relâché 15 membres de Daesh qui avaient été arrêtés dans la province de Konya le 11 avril. De nombreux documents de l’organisation Daesh avaient pourtant été trouvés chez eux lors de leur arrestation, mais ils ont néanmoins tous été libérés après leur audition devant les juges ce mercredi.

BAKUR-KURDISTAN DU NORD
SOUS LA BOTTE D’UN ÉTAT-VOYOU

Saim Uçan tué, Abdulhalit Taş blessé à Van

Les populations du Kurdistan du nord subissent quotidiennement la violence de l’Etat turc.
Les destructions de maisons se poursuivent, et la police se sent suffisamment protégée par le régime que pour mener les actions les plus violentes et les plus insensées.

A Van, mardi soir, deux véhicules blindés de la police ont écrasé dans deux endroits différents de la province des passants qui se promenaient en rue. Sur l’avenue Iki Nisan et dans la zone TOKI d’Edremit, Saim Uçan, 28 ans a été tué sur le coup et 5 autres passants blessés, dont l’un, Abdulhalit Taş, est toujours dans un état critique.

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Gever

A Gever (Yüksekova), dans le district d’Hakkari, les démolitions de maisons ont repris après la pause de l’hiver. Seules les maisons sur lesquelles est inscrit «  cette maison est impliquée dans un dossier judiciaire » sont épargnées. Les habitants de Gever avaient commencé à réparer leurs maisons endommagées, mais voilà qu’on les re-détruit pour de bon.

Dans la province d’Igdir, 24 maisons ont également été démolies sous le contrôle des gendarmes ce jeudi. Les habitants du petit village de Kijik sont désespérés. Ils habitent là depuis plusieurs générations, depuis 150 ans. Leurs maisons détruites, les habitants sont restés abandonnés dans la rue, sans solution.

ROJAVA-SYRIE DU NORD
OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE »

Les Forces démocratiques syriennes poursuivent les opérations militaires pour reprendre la capitale de Daesh en Syrie, la ville de Raqqa.
Cette semaine, les FDS ont progressé au nord de la ville de Raqqa. A Tabqa, de violents combats opposent toujours les FDS au Daesh, pris dans une nasse.

Dans la ville de Tabqa, là où se trouve ce barrage gigantesque qui alimente en eau et en électricité tout le nord de la Syrie, les FDS ont encerclé la ville et pénètrent maintenant dans le centre, en créant des couloirs d’évacuation pour les civils.

Les combats à Tabqa sont particulièrement violents. De nombreuses contre-offensives du Daesh ont été repoussées, notamment de nombreuses attaques-suicide dans les quartiers Alexandria et Ayed al-Sageer.
Rien qu’entre lundi et jeudi, 67 membres de Daesh ont été confirmés tués pendant les combats urbains à Tabqa.

Pour venir en aide aux FDS de Tabqa, le conseil militaire de Minbij a envoyé 200 de ses combattants dès lundi. Comme l’explique Givara Minbij, le commandant de cette force de 200 hommes, leur soutien est une tâche de loyauté. Le conseil militaire de Minbij se sent redevable devant les FDS et n’oublie pas les sacrifices que les FDS ont consentis pour libérer leur ville.

Et la joie des habitants libérés est énorme, comme on peut le voir sur ces images.

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Autour de Raqqa, les FDS ont entrepris une opération visant à couper en deux la poche qu’occupe le Daesh au nord de la ville.
Et les pertes de Daesh sont là aussi fort importantes. Dimanche, 24 membres de l’organisation criminelle tombaient. Lundi, 13 autres corps étaient retrouvés dans le village de Misharfa.

Vendredi, presque tout le village de Tichrine était repris, coupant ainsi les forces de Daesh en deux.
Lors des opérations militaires des FDS, la priorité est toujours axée sur la sécurité des populations civiles.

Des milliers de ces civils ont ainsi pu s’enfuir sur un pont construit par les FDS pour leur permettre de se rendre vers des zones sécurisées.

RAQQA ET TABQA
DES MILLIERS DE RÉFUGIÉS ET DE PERSONNES DÉPLACÉES

Les combats pour reprendre les deux centres de Tabqa et de Raqqa au Daesh se font de façon lente, pour éviter de mettre les civils en danger et pour éviter de détruire leurs maisons.

En attendant la libération complète de la région, des milliers de personnes déplacées sont relocalisées dans des camps, où l’aide humanitaire se fait rare.

Ils sont des dizaines de milliers à devoir se rendre dans des zones sécurisées, le temps que les FDS libèrent leurs villes et villages avant de pouvoir y retourner.

Nombre de ces réfugiés se rendent vers la ville d’Ayn Issa ou vers le camp de Karama. Malheureusement, les besoins élémentaires de toutes ces personnes ne sont pas toujours rencontrés. Les ressources disponibles pour leur venir en aide sont limitées.

Il faudrait absolument ouvrir un centre médical dans le camp de Karama.

A Ayn Issa, il y a actuellement 3.000 personnes déplacées. Le comité de l’administration du camp parvient à leur fournir du pain et de l’eau, mais les civils déplacés manquent de tout, y compris de couvertures pour se protéger du froid.

Salih El Xebdan, l’un de ces réfugiés, appelle les Nations Unies et les organisations internationales des Droits de l’homme à leur venir en aide. Chaque jour, il y a dans le camp d’Ayn Issa de 150 à 200 nouveaux arrivants.

RAQQA
L’ASSEMBLÉE CIVILE EST EN PLACE

Sitôt les combats terminés, les citoyens de Raqqa prendront eux-mêmes leur sort en main. Pour donner corps à ce projet démocratique, il faut procéder à la formation d’assemblées civiles. A Raqqa, c’est chose faite depuis mardi. Cette assemblée civile a déjà pris ses fonctions dans tous les villages libérés.

C’est dans la ville d’ayn Issa, au nord de Raqqa, que la réunion pour la constitution de l’assemblée civile de Raqqa a eu lieu ce mardi.

A cette réunion ont participé la co-présidente de l’assemblée démocratique syrienne, Ilhem Ehmed, des intellectuels ainsi que des représentants des administrations autonomes de Gire Sipi, de Minbij ainsi que plus de 110 délégués kurdes, arabes et turkmènes.

Les deux co-présidents élus sont Leyla Mustafa et Şex Mehmud Şewax el-Bersan. 14 comités ont aussi été constitués : il s’agit entre autres des comités des femmes, de la justice sociale, de l’économie, de la sécurité, de l’éducation, de l’énergie, de la propreté publique ou des affaires sociales.

Le porte-parole des FDS, le colonel Talal Ali silo, a confirmé qu’une fois la ville de Raqqa libérée de Daesh, toute l’autorité publique serait entièrement confiée à cette assemblée civile constituée d’habitants de Raqqa.

Notons aussi que Şex Omer Xemri, le leader de l’une des plus importantes tribus de la région, a également participé à la réunion. Il a d’ailleurs été nommé au comité des relations publiques.

Dès jeudi, l’assemblée commençait son travail : elle a fait distribuer 5 camions de farine aux migrants et aux habitants des villages libérés près de Tabqa. C’était d’ailleurs la première fois que de l’aide était distribuée aux villages au sud de l’Euphrate.

Enfin, l’assemblée a lancé un appel solennel à la communauté internationale afin que les Nations Unies puissent venir en aide aux réfugiés de Raqqa. L’assemblée civile a rappelé qu’il y avait actuellement 10.000 réfugiés en attente de soins et de nourriture.

ROJAVA-SYRIE DU NORD
ATTAQUES RÉPÉTÉES DE LA TURQUIE

En dépit de l’arrêt officiel de l’opération militaire turque dans le nord de la Syrie, les attaques menées par les soldats turcs et par les bandes armées soutenues par la Turquie se multiplient encore tout au long de la frontière entre la Syrie et la Turquie, ainsi que dans la région occupée de Shehba.

Les forces armées turques et les bandes de mercenaires qui les accompagnent agressent chaque jour les populations de Syrie.

Les habitants du canton kurde d’Afrin sont particulièrement touchés par ces attaques. Les villages de Maranez, d’Ayn Deqne et de Vila Qadi ont été frappés cette semaine par des attaques aux armes lourdes.

Pour assurer leur défense, les autorités du canton d’Afrin viennent de promouvoir un deuxième régiment de combattants YPG. 235 nouvelles recrues kurdes et arabes ont été formées à l’académie militaire du martyr Şiyar.

*

Dans la région de Shehba, les agresseurs turcs s’en sont pris aux villages de Hesiyé, d’Um Hosh, de Herbel et de Sheikh Isa.
L’attaque dans la région de Shehba a été repoussée par les forces du Jaysh al Thuwar.

Ismail Musa, le co-président de l’assemblée de Shehba, a expliqué que depuis la fin officielle des opérations militaires turques portant le nom « bouclier de l’Euphrate », les zones libérées de Shehba sont continuellement frappées. Pour le co-président, cela répond à deux objectifs.

Le premier, c’est d’empêcher que les habitants des zones libérées ne puissent s’organiser et développer le système d’autogestion démocratique mis en place partout ailleurs dans les régions libérées.

Le deuxième objectif, c’est de déplacer par la violence tous les habitants de la région, Arabes et Turkmènes compris afin de pouvoir installer là tous les criminels de guerre des différents gangs armés ainsi que leurs familles.

OPÉRATION « COLÈRE DE L’EUPHRATE »
LIBÉRATION DES FEMMES ÉZIDIES

Une des raisons principales des combattants des FDS qui se battent près de Tabqa et de Raqqa, c’est la libération des femmes ézidies capturées à Sengal et vendues comme esclaves sur les marchés de Raqqa et de Mossoul.

Au plus les FDS progressent, au plus on parvient à faire sortir ces jeunes femmes de l’enfer dans lequel elles étaient plongées.

Au total, on compte déjà, depuis le début de l’opération « colère de l’Euphrate », 137 ézidis qui ont été sauvés, dont 70 femmes et 64 enfants.

Nesrin Abdallah, la commandante des unités YPJ, a encore accueilli ce jeudi 3 jeunes femmes ézidies qui viennent d’être libérées de leurs tortionnaires.

Tirko Gire Bali a 27 ans. Elle vient de Gir Shahba. Elle a été faite prisonnière du Daesh au moment où elle tentait de fuir Sengal.
Les membres de Daesh leur ont dit : « les peshmerga vous ont vendu contre de l’argent. Et au lieu de partir vers Kirkuk, nous sommes venus ici à Sengal ! »
Quant à Siham Khider Khalaf ,14 ans, elle a été vendue 5 fois avant de parvenir à s’enfuir.

Cet article Ronahi TV • “Journal de la révolution kurde” du 23 avril 2017 a été publié par KEDISTAN.

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Le cinéaste Keywan Karimi en liberté conditionnelle http://www.kedistan.net/2017/04/22/cineaste-keywan-karimi-libere/ Sat, 22 Apr 2017 21:52:32 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45305 Le cinéaste kurde iranien, Keywan Karimi, condamné à 223 coups de fouet et un an de prison ferme pour un film documentaire, avait été incarcéré le 23 novembre 2016 dans la prison d’Evin. Keywan, après avoir fait 5 mois de prison, a été libéré ce 19 avril 2017, sur la décision de la Cour d’appel. Il reste sous contrôle judiciaire, […]

Cet article Le cinéaste Keywan Karimi en liberté conditionnelle a été publié par KEDISTAN.

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Le cinéaste kurde iranien, Keywan Karimi, condamné à 223 coups de fouet et un an de prison ferme pour un film documentaire, avait été incarcéré le 23 novembre 2016 dans la prison d’Evin.

Keywan, après avoir fait 5 mois de prison, a été libéré ce 19 avril 2017, sur la décision de la Cour d’appel. Il reste sous contrôle judiciaire, jusqu’à fin octobre 2017… sans oublier que la peine de prison de 5 ans, et les 223 coups de fouet peuvent être appliqués à tout moment.

Rappelons que Keywan, avait été condamné d’abord à six ans de prison et 223 coups de fouet en octobre 2015 pour “insulte contre les valeurs sacrées” et “propagande contre le régime”. Sa peine avait été ramenée à un an de prison et à 5 ans en sursis, par une cour d’appel en février 2016. C’est son documentaire de 60 minutes, sur des graffitis sur les murs de Téhéran, Writing on the Walls, qui a servi d’acte d’accusation.  Le film n’a jamais été projeté en Iran.

Le 25 janvier dernier, Amnesty International faisait un appel à l’action urgente, à propos du cinéaste qui souffrait de problèmes pulmonaires, et dont la santé devenait de plus en plus inquiétante dans les conditions carcérales.

Le dernier film du réalisateur, et sa dernière fiction, Drum a été présenté dans plusieurs festivals, pendant son emprisonnement, notamment, l’été dernier à la Mostra de Venise. Et le Festival du film et le forum international sur les droits humains de Genève qui s’est déroulé en mars dernier, lui a dédié cette 15ème édition. La prochaine escale du “Drum” sera au Festival de cinéma de Buenos Aires en Argentine.

 Tous les articles de Kedistan sur Keywan Karimi

drum Keywan Karimi


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Rencontre avec Dilek, coordinatrice générale de Zarok TV http://www.kedistan.net/2017/04/20/rencontre-dilek-zarok-tv/ Thu, 20 Apr 2017 18:39:36 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45280 Zarok TV est une chaîne de télévision en kurde qui diffuse des programmes à destination des enfants depuis le 21 mars 2015. Elle est devenue un élément important de la résistance culturelle kurde. « L’idée fondatrice de Zarok TV est que les enfants kurdes eux aussi ont droit à des divertissements dans leur langue. La précédente […]

Cet article Rencontre avec Dilek, coordinatrice générale de Zarok TV a été publié par KEDISTAN.

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Zarok TV est une chaîne de télévision en kurde qui diffuse des programmes à destination des enfants depuis le 21 mars 2015. Elle est devenue un élément important de la résistance culturelle kurde.

« L’idée fondatrice de Zarok TV est que les enfants kurdes eux aussi ont droit à des divertissements dans leur langue. La précédente génération, sous la pression des politiques d’assimilation de l’état turc, a voulu oublier sa langue. Ils ont appris à leurs enfants que parler kurde était honteux, que cela allait contre la modernité, que c’était la langue des vieux. Les politiques d’assimilation ont rendu les gens honteux de leur culture. Mais on ne peut pas exister entièrement si on ne connait pas sa culture et sa langue. Zarok TV essaye de contribuer à la langue et la culture kurde pour contrer les politiques d’assimilation de l’état, et faire passer le message que parler sa langue est quelque chose de normal, de naturel, qu’elle peut être utilisée dans la vie quotidienne comme dans l’enseignement ou en politique. Nous voulons que la nouvelle génération accepte et revendique son identité. Le système éducatif ici apprend aux enfants qu’ils seront de bons kurdes quand ils parleront parfaitement turc. Pour cette raison, les familles veulent que leurs enfants parlent turc et ne leur apprennent pas le kurde. Nous, nous disons le contraire. Un enfant, habitué à voir des dessins animés en turc, c’est un choc pour lui quand il les voit traduit en kurde. Quand les enfants regardent Zarok TV, leur kurde s’améliore, ils ont envie de mieux parler. Cela montre l’exemple à leurs parents. »

En plus de traduire des dessins animés importés de l’étranger, Zarok TV créée ses propres programmes, certains pédagogiques, d’autres sur la culture et l’histoire kurdes. La chaîne diffuse ses contenus en langage kurmancî et zazaki (beaucoup parlé dans la région de Dersim). Doro te (“à ton tour”), par exemple, est un programme comique où des enfants de différentes villes répondent à des questions drôles. En tout, la chaîne a créé une dizaine de programmes. Elle dispose d’une équipe pour l’animation en 2D et une équipe pour la 3D, en plus des studios de doublage.

Dilek reprend : « Mais sans éducation à la langue maternelle à l’école, ces efforts ne peuvent avoir qu’une portée limitée. Une autre réussite de Zarok TV est que la chaîne, qui ne diffuse pas de contenu politique ni lié à l’actualité, réunit des gens d’opinions différentes. Bien sûr, cela reste limité, mais il y a un effet. »

Lors de sa fermeture par les autorités turques, des plaintes sont venues depuis le Kurdistan Sud, en Irak, pourtant peu enclin à défendre les projets réalisés au nord. « Quand ils ont fermé la chaîne, ils l’ont fait soudainement, sans nous prévenir. » raconte Dilek. « Nous sommes arrivés le matin et nous avons trouvé les locaux fermés. Et quand elle a de nouveau été autorisée, nous l’avons appris par les journaux. » La fermeture a duré deux mois, du 28 septembre au 09 décembre. « La raison invoquée pour justifier la fermeture de la chaîne a été “menace pour la sécurité nationale”. Nous sommes allés au parlement, rencontrer des députés AKP pour leur demander des explications, mais aucun n’a pu nous dire précisément pourquoi nous étions une menace pour la sécurité nationale. » En effet, le décret permet aux autorités de fermer n’importe quelle structure sous couvert de l’état d’urgence, selon leur humeur. Finalement, la chaîne a été réouverte, avec pour simple commentaire qu’il s’agissait d’un malentendu.

Même si Dilek s’attend à une nouvelle fermeture du jour au lendemain, cela n’empêche pas les équipes de la chaîne de travailler à de nouveaux projets et à créer des partenariats afin d’étendre les activités de la chaîne avec les enfants.

Loez

Merci à Xezal pour la traduction.


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Turquie, référendum • Ne pas regarder le doigt http://www.kedistan.net/2017/04/18/turquie-referendum-pas-regarder-doigt/ Mon, 17 Apr 2017 22:02:55 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45142 Inutile de rappeler le mot du sage africain à propos de la lune et d’un doigt qui la montre. Mais la stupeur qui peut saisir à la vue des résultats du référendum en Turquie peut se dissiper à l’aune de cette maxime. Au delà d’un résultat “officiel” pour le régime AKP, qui annonce une victoire […]

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Inutile de rappeler le mot du sage africain à propos de la lune et d’un doigt qui la montre. Mais la stupeur qui peut saisir à la vue des résultats du référendum en Turquie peut se dissiper à l’aune de cette maxime.

Au delà d’un résultat “officiel” pour le régime AKP, qui annonce une victoire à la Pyrrhus, il semble important de replacer ce référendum dans la séquence politique de la Turquie des 10 dernières années au moins.
Un Erdoğan nous a habitué à faire oublier par une décision, un discours, un événement, chaque fois, la séquence précédente de son accession aux pleins pouvoirs.

L’exemple le plus parlant serait celui du “processus de négociations” autour de la question kurde.

Qui se souvient qu’Erdoğan fit appel au vote kurde en 2007, et que ses promesses « d’ouverture démocratique » y rencontraient alors de grands espoirs. En 2005, Recep Tayyip Erdoğan, dans un discours mémorable à Diyarbakır avait reconnu l’existence du « problème kurde ». Qui se souvient des mises en place justement de “l’ouverture démocratique” de 2009 ? Des “négociations ouvertes” de février 2015 ?

doigt
Erdoğan et l’AKP n’ont cessé de brouiller les choses, jouant à la fois avec leurs alliés ultra-nationalistes d’aujourd’hui et les kémalistes laïcs du CHP, deuxième force politique du parlement turc.
Et c’est aussi sur cette même question, mais élargie à l’ensemble de l’opposition démocratique que représente le HDP, que l’impasse voudrait être faite maintenant.

A l’analyse des résultats, large fraude mise de côté, on constate que la ville dont Erdoğan fut le maire, et d’où il débuta son ascension, à savoir Istanbul, vote pour le NON avec une courte majorité. Il en est de même pour Ankara. Pour Izmir, il n’y a rien d’étonnant. Et Adana a suivi le même chemin.
Istanbul a vu arriver encore ces dernières années, une population d’origine rurale pourtant, propice à la démagogie populiste bigote de l’AKP. Et c’est aussi dans ces métropoles, que les défenseurs du NON mentionnent les grandes fraudes.
Ces résultats, cette poussée visible du refus des pleins pouvoirs à Erdoğan, confirment, comme une partie immergée d’iceberg, la perte sensible d’électeurs des deux partis de gouvernement (AKP et MHP) qui auraient du, logiquement, se retrouver dans le résultat pour le OUI. Quatre millions de voix manquent, alors que le nombre de votants augmente de 1 million entre ces deux votes.
Bien sûr, on peut penser que les ultra-nationalistes furent les premiers à faire défaut, mais de là à devenir les fers de lance du NON…

Le clair de lune à observer est donc là, et non sur le doigt d’Erdoğan qui nous explique que le vote AKP progresserait “chez les kurdes”, propos de fin de soirée électorale, gentiment repris par les médias, y compris en Europe.

Côté Bakur, on sait qu’elle fut la mobilisation pour le NON, malgré la répression, la désorganisation, la précarité généralisée. On sait aussi que les lieux de vote étaient à la merci des “usurpateurs” mis en place pour le pouvoir central AKP, là où les maires et co-maires éluEs ont été excluEs, et souvent emprisonnéEs. Enfin, l’appât du gain de nouvelles classes moyennes, encouragé par les destructions et expropriations propices aux affaires et spéculations foncières et immobilières a pu faire voter “pouvoir fort”, tout comme dans les zones où le pouvoir a installé des “protecteurs de village” armés, qui par endroit, ont “trustés” les votes.

Celles et ceux qui sont descendus dans les rues des métropoles hier pour dénoncer à la fois les fraudes, la spoliation électorale, mais aussi à part égale, refuser le résultat, réclamant une légitimité à s’opposer à une “dictature”, démontrent s’il en était, que la Turquie n’est pas seulement coupée en deux, mais que des forces vives sont restées attachées à ce que fut le mouvement de jeunesse de Gezi en 2013. Encore une période “passée aux oubliettes” par les gesticulations et la guerre d’Erdoğan.
Le Reis pratique donc à merveille le sport national républicain turc en politique, qui a à son palmarès l’oubli et le refoulement d’un génocide quasi fondateur…

Et l’on pourrait croire qu’il joue déjà la carte d’après, quand il brandit la menace d’un nouveau référendum sur la “peine de mort”. Encore un doigt tendu pour qui ne veut rien voir.

Nous rejoignons donc un certain nombre de commentateurs qui, en Turquie même, appellent à regarder les réalités du pays en face, et l’existence de divisions en germes à l’AKP, dans ses rangs , comme chez ses alliés, mais surtout une opposition démocratique plus jeune, qui ne recoupe pas totalement les partis et les dépassent. Le peu de campagne possible pour le NON avait dans les métropoles, mis en lumière des rassemblements très divers, et non alignés, malgré la répression et l’état d’urgence. Erdoğan n’a pas tué la totalité des forces vives de la Turquie, souvent anesthésiées à la fois par les partis dominants très légalistes, et la peur, la division, distillées en permanence par le régime.

Dire qu’il existe un refus d’accompagner plus loin Erdoğan, qui s’est comptabilisé avec celui qui s’y opposait déjà, et penser que les manifestations de dimanche soir contre le résultat en est une toute petite partie visible, peut paraître une façon de dire “même pas mal” pour se consoler…

Il n’en est rien, au contraire. C’est lutter contre la démoralisation qui peut succéder à la stupeur, et surtout, regarder demain en face, et ne pas jouer les cartes à la même table qu’Erdoğan.
Ce référendum est une nouvelle bascule politique.

On peut deviner que deux entreprises de liquidation finale de l’opposition démocratique peuvent être envisagées, à la suite du “résultat officiel” et du nouveau système mis en place. Erdoğan peut poursuivre des levées d’immunité de députés, et jouer comme déjà sur la division “question kurde et kémalistes”, pour faire disparaître en silence le HDP, ou dissoudre comme il en a maintenant le pouvoir. Les deux dans l’ordre pourraient se produire, afin de laisser “respirer” les électeurs…
La nouvelle bataille “démocratique” d’Erdoğan sera donc de se débarrasser définitivement des gêneurs du parlement, afin de clôre la séquence des 5 dernières années, avant que de faire réélire un nouveau parlement croupion. Trouvez vous même, la place que prend l’épouvantail de la peine de mort là-dedans…

Alors, quel est le piège tendu à l’opposition démocratique parlementaire ?

Tout simplement celui de vouloir “capitaliser” en vue de prochaines élections possibles le NON qui s’est exprimé dimanche, et plutôt qu’en faire “un droit d’insurrection légitime contre le tyran”, (comme certaines constitutions démocratiques l’autorisent), d’en faire un mouvement de protestation contre un non respect de morale électorale, stricto sensu.
Chacun sait qu’Erdoğan sera le premier à penser “ils se lasseront, surtout avec quelques gardes-à-vue à répétition”.

Accepter la réalité de l’existence d’un refus d’Erdoğan qui progresse, c’est travailler à le faire entrer en résistance, à trouver des formes de désobéissances civiles, à faire comprendre que les institutions désormais sont celles de la démocrature. La résistance à l’oppression qui vient ne passera pas par la défense d’une légalité qui n’existe déjà plus, et ne peut exister sous la férule d’Erdoğan.

Travailler à unir l’opposition démocratique va de fait se heurter au légalisme républicain kémaliste, et ne pas se retrouver sur son terrain sera sans doute aussi difficile que cette campagne avortée du NON, en ordre dispersé, et pourtant porteuse de fruits dimanche soir.

Le combat démocratique est celui de la défense des prisonniers et otages politiques, le combat politique celui de l’opposition résolue à Erdoğan, dans tous les interstices possibles, comme c’est déjà le cas. Mais l’option de “la prochaine élection qui viendrait” serait mortifère à coup sûr.

Il s’agit là de réflexions à chaud, faites à partir de commentaires et d’articles, d’analyse des résultats et d’un besoin de regarder la lune, pour éclairer la nuit noire de Turquie.


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Şimdi sivil itaatsizlik zamanı: TANIMIYORUZ! http://www.kedistan.net/2017/04/17/simdi-sivil-itaatsizlik-zamani/ Mon, 17 Apr 2017 16:26:57 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45134 Her şey Gezi ile başladı. Gezi’de ekilen tohumlar bundan böyle, iktidarların hiç beklemediği bir anda ortaya çıkacak ve onların kabusları olacak. Unutmayalım ki, milyonlarca insan, Türkiye’nin hemen hemen bütün şehirlerinde sokaklara dökülmüş, Taksim Meydanı’nı özgürlükçü, çoğulcu, nerdeyse doğrudan demokrasi ile yönetilen bir Komün’e çevirmişti. O güne kadar bir araya gelemeyen sosyal, politik, etnik kesimlere mensup […]

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Her şey Gezi ile başladı. Gezi’de ekilen tohumlar bundan böyle, iktidarların hiç beklemediği bir anda ortaya çıkacak ve onların kabusları olacak. Unutmayalım ki, milyonlarca insan, Türkiye’nin hemen hemen bütün şehirlerinde sokaklara dökülmüş, Taksim Meydanı’nı özgürlükçü, çoğulcu, nerdeyse doğrudan demokrasi ile yönetilen bir Komün’e çevirmişti. O güne kadar bir araya gelemeyen sosyal, politik, etnik kesimlere mensup değişik inançlardan (ve inançlı olmayan) insanlar, AKP iktidarına karşı bir araya gelmişti. Binlerce insan çeşitli yerlerinden yaralanmış, sanırım ondan fazla insan da polis ve AKP’nin faşist milisleri tarafından linç edilerek öldürülmüştü. Gezi, sadece Türkiye ile sınırlı kalmamış, Avrupa’nın birçok yerinde kollektifler kurulmuş, dayanışma eylemleri yapılmıştı.

Gezi’nin mesajını kimse anlayamadı!

Gezi’den sonra birçok politik parti “Gezi’nin mesajını aldık” açıklaması yapmış, ama pratikte “Gezi Ruhu”na ters ittifaklar yaparak, kardeşlik yerine şovenizmi, özgürlük, adalet ve demokrasi mücadelesi yerine parti çıkarlarını on plana koyarak ortaya çıkan dinamiği heba ediyorlardı. Şimdi, referandumla birlikte ortaya çıkan yeni toplumsal ve politik bir dinamik var. Bu toplumsal dinamik OHAL’e, tutuklamalara, baskılara, sansüre, tehditlere ve hatta ölümlere rağmen; alanlarda, sokaklarda, üniversitelerde, iş yerlerinde aylardır “Hayır” çalışması yapıyorlardı. İnsanların tepki göstermeye, sokaklara çıkmaya cesaret edemediği, sindirildiği bir yerde, bu referandum çalışması korkuyu yenmek için yeni bir fırsat doğurdu. Bu korku perdesini yırtan insanların çalışmalarıyla hileli bir şekilde referandum kaybedildi. Referandumun kazanılması, AKP’ye atılan politik bir çelme anlamına geliyordu. Bu durum. toplumsal muhalefetin güçlenmesini sağlayabilir, adeta iki duvar arasında ezilen toplumsal muhalefetin rahatlamasına, belkide karşı saldırıya geçmesine yol açabilirdi.

“Hayır, biz kazandık, mücadeleye devam!”

Dün referandum sonuçlarının açıklamasından sonra, İstanbul’un değişik mahalelerinde yüzlerce insan sokağa çıkarak “Hayır, biz kazandık, mücadeleye devam” diye haykırdılar. Seçimlerle değişim olacağına inan milyonlarca seçmen, oylarının nasıl gasp edildiğine bir kez daha tanık oldu. Daha önceki “demokratik seçimlerin” sonuçlarını tanımayıp bir çırpıda seçim sonuçlarını yok sayan AKP iktidarı, yeniden seçim çağrısı yaparak baskı, tehdit ve savaş zoruyla istediğini elde etmişti. İktidarın daha önceki seçimlerden sonra rest çekip yeniden seçimlere gitmesine rest çekerek sokakları, sivil ve demokratik itaatsizliği örgütlemeyen siyasi partiler ve bütün bir toplum bunun bedelini ağır ödedi. AKP, her defasında daha da ileriye giderek bu günlere geldik.

Demokratik olmayan bir rejimde, demokratik yöntemlerle hak elde edilemez.

Bu sefer referandum oldu. Despot iktidar, aleni bir hile ile insanların iradelerini gaspetti. Ağzı açılan herkes, özelikle siyasi partiler, rejimin değiştiğini, kuvvetler ayrılığının fiilen ortadan kaldırıldığını söyleyip duruyorlar. Yaşananlar da söylenenleri doğruluyor. Burada bir sorun yok. Sorun olan şey, bütün demokratik kanalların tıkandığı, kontrol edildiği bir toplumda, demokratik yöntemlerle toplumu değiştirmek mümkün mü? Bu durumda farklı toplumsal mücadele yöntemleri geliştirmek gerekmez mi?

Bu anlamda insanların seçim sonuçlarını tanımayıp sokaklara çıkması hem demokratik, hem de meşrudur. Burada CHP ve HDP’nin takınacağı tavır da toplumsal muhalefet açısından belirleyici olabilir. “Demokratik bir ülkede yaşamıyoruz, demokratik yollardan hayır dedik, ama hile yaptılar, oylarımızı çalarak referandumu kazandılar. Aman siz sakın sokaklara çıkmayın, malum sokaklar çok tehlikeli, biz AKP tarafından kontrol edilen kurumlara hukuki itirazımızı yaparız” mı diyecekler?

Bu partiler, halkın iradesinin gasp edildiği, devlet kurumlarının ele geçirildiği bir yerde “sivil itaatsizlik meşrudur” deyip, insanların demokratik haklarını aramaları için çağrıda bulunmalıdırlar. Diyelim ki böyle olmadı. Gördüğüm kadarıyla, toplumsal öfke, çoktan sokaklara taşmış durumda. İşsizlik, Suriye bataklığı, ekonomik kriz derken, AKP son referandumla birlikte iyice köşeye sıkışmış durumda. Bütün bunlara dış politikadaki gerginlikler de eklenince, AKP’nin bir sıkmalık canının kaldığı aşikardır. “Gezi Ruhu”na benzer bir direniş ve mücadele anlayışıyla, AKP’nin ümüğünü sıkmak için sokaklara. TANIMIYORUZ!


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Ahmet Altan : l’écrivain, la vérité, le temps, la vie et la mort http://www.kedistan.net/2017/04/17/altan-ecrivain-verite-temps-vie-mort/ Mon, 17 Apr 2017 15:46:06 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45046 Voilà un peu plus d’un an, lors du festival international du livre d’Edimbourg, Ahmet Altan donnait son point de vue sur le rôle et les défis de l’écrivain. En lui assignant une place particulière dans la recherche de la vérité. Et en le décrivant comme un éternel guerrier, aux prises avec le temps pour récréer la vie […]

Cet article Ahmet Altan : l’écrivain, la vérité, le temps, la vie et la mort a été publié par KEDISTAN.

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Voilà un peu plus d’un an, lors du festival international du livre d’Edimbourg, Ahmet Altan donnait son point de vue sur le rôle et les défis de l’écrivain. En lui assignant une place particulière dans la recherche de la vérité. Et en le décrivant comme un éternel guerrier, aux prises avec le temps pour récréer la vie et dépasser la mort .


« La première fois que j’ai vu le nom du chapiteau où nous nous trouvons pour le Festival international du livre d’Édimbourg (« Charlotte Square »), je ne savais pas qu’en faire, et cela m’a laissé rêveur…

Je ne connais aucun refuge comparable. Je n’avais jamais songé à un tel endroit. Quand j’étais jeune, mon père, un écrivain connu, ne m’en avait pas parlé une seule fois.

Car j’y ai pensé depuis longtemps: quel est le refuge des écrivains ?

À mon avis, il n’existe pas.

Il n’y a pas d’endroit où l’écrivain puisse se retirer.

Un écrivain ne peut se réfugier nulle part ailleurs que dans son écriture… Et cette écriture est pour lui un champ de bataille. L’endroit où il est forcé de se retirer est le lieu de ses plus féroces combats.

Ses rivaux dans ce champ de bataille sont puissants: la mort, la vie, le temps et la vérité… Où qu’il se tourne, l’écrivain y est confronté, et il ne peut s’échapper nulle part.

L’écrivain essaie de comprendre la vie, pour dépasser la mort, pour vaincre le temps qui l’humilie en lui enlevant sans cesse quelque-chose, pour arracher des pages à l’emprise du temps, et révéler la vérité.

Pendant des milliers d’années, les gens ont essayé de comprendre le sens de la vie, de la mort, du temps et de la vérité.

Je crois que c’est la raison pour laquelle ils ont inventé la littérature.

Certains disent que la littérature est l’imitation de la vérité.

Mais personnellement, je ne suis pas d’accord.

La littérature, c’est une vérité nouvelle et pure créée à partir de vérités fragmentées.

La vie vous donne la vérité par fragments… Les vérités qui vous sautent aux yeux, dont vous êtes témoin, que vous éprouvez, ressentez, ne représentent pas l’entièreté de la seule grande vérité.

Parce qu’en avançant dans la vie, les gens cachent leurs vérités, ils dépensent beaucoup de leur énergie à le faire.

Y a-t-il quelqu’un dans votre entourage que vous pensez connaître dans son entièreté ?

Même la personne qui vous est la plus proche a ses pensées secrètes, ses désirs et ses faiblesses.

Et si les Etats, les sociétés et les organisations vous révèlent certaines vérités, elles en cachent d’autres, réelles.

Elles sont masquées par un morceau de carton perforé ; tout ce que vous pouvez voir est ce qui est visible à travers les trous, et même si vous les acceptez comme des vérités, vous avez instinctivement des doutes.

La littérature n’imite pas la vérité, elle révèle cette vérité cachée, la réécrit et la partage avec le lecteur.

Même la personne qui vous est la plus proche a des émotions qu’elle vous cache. Mais quand nous, en tant qu’écrivains, faisons de cette personne le personnage d’un roman et commençons à le décrire, alors ses émotions les plus secrètes, ses désirs les plus enfouis, sa fragilité et les faiblesses dont elle a honte deviennent visibles.

La vérité est révélée au fil des pages de la littérature.

Et les romans et récits vous révèlent aussi ce que vous avez caché de vous.

Les mots qui s’alignent vous permettent de dire ce que vous ne pouviez pas dire

En cela, l’écriture a un effet apaisant sur l’esprit… Vous voyez que le mal-être et la faiblesse que vous tentez de garder secrets, vos désirs embarrassants et vos faiblesses, vous n’êtes pas seul à les ressentir. Vous constatez que vous vivez avec des gens comme vous, des gens qui partagent avec vous ce mal-être répandu chez tous les humains… Notre mal-être et nos faiblesses sont peut-être les choses qui nous apaisent le plus. Car elles nous montrent que nous ne sommes pas seuls.

Le refuge au sein duquel les écrivains se retirent, en luttant et en combattant, est un refuge qui, en quelque sorte, contribue à prendre soin des lecteurs en leur montrant la vérité.

Je pense que c’est la raison pour laquelle les lecteurs ont un sentiment de reconnaissance, sous couvert d’admiration, pour les auteurs de livres au sein desquels ils pensent avoir trouvé la vérité.

La vérité que vous ne pouvez pas trouver dans la vie, vous la trouvez dans la littérature.

Dans la vie, la vérité devient fragmentée.

Dans la littérature, la vérité devient entière.

Travailler avec ces questions, trouver la vérité et en faire une nouvelle de la façon la plus belle et la plus intelligible, tel est le refuge d’un écrivain …

Un écrivain est heureux lorsqu’il croit avoir réussi à le faire.

Mais cette croyance et ce bonheur ne durent pas plus de trente secondes … Parce qu’il commence immédiatement à s’interroger, se demandant s’il a suffisamment bien expliqué cette vérité, et il se retrouve seul dans son refuge, confronté à de nouvelles interrogations.

La littérature, le refuge des écrivains, a une puissance incroyable contre le temps.

Bien des scientifiques affirment qu’annuler votre masse vous permettrait de voyager dans le temps, et votre masse non nulle fait de vous un misérable prisonnier du temps qui ne cesse d’avancer … Vous dérivez à travers le temps comme un brin de paille.

Vous ne pouvez pas non plus vous arrêter à un moment particulier, ni revenir en arrière.

Mais un écrivain peut décrire un instant particulier sur plusieurs pages, il peut faire durer encore et encore cet instant, y inscrire de grandes vérités.

En outre, la littérature peut se promener autant qu’elle veut dans le temps… Je peux choisir d’aller dans le futur ou le passé, et je peux même faire les deux dans le même paragraphe.

Dans la vie, le temps est maître de l’écrivain, mais dans ses écrits, l’écrivain est maître du temps.

Je crois que c’est l’une des principales raisons pour lesquelles la littérature est un refuge pour l’écrivain.

Dans la bataille entre la vie et la littérature, c’est toujours la littérature qui est gagnante.

La vie est pleine de détails extrêmement laids et inutiles… Ses moments importants, ses moments lumineux sont cernés de milliers de moments ternes et insignifiants.

L’écrivain supprime ces moments inutiles de la vie…

Et c’est le secret de son succès… Tout le monde sait ce qu’il faut écrire, mais seul l’écrivain sait ce qui ne doit pas être écrit.

Il fait du ménage dans la vie, et la recréée avec toutes ses émotions et ses vérités.

Les nombreux moments inutiles que nous vivons, en raison de l’indifférence et de la paresse de Dieu, sont éliminés de la vie par les soins de l’écrivain.

Dans un sens, il montre à Dieu quel genre de vie créer.

La vie créée par un écrivain est bien plus complète, elle a plus de sens que celle créée par Dieu. L’écrivain ne peut pas s’offrir le luxe de créer des moments vides et insignifiants comme Dieu… Parce qu’il n’a pas autant de temps que Dieu.

De plus, les personnages que nous créons vivent toujours plus longtemps que ceux créés par Dieu.

C’est un domaine dans lequel Dieu ne peut jamais rivaliser avec un écrivain.

Même les plus incroyables des personnages créés par Dieu atteignent rarement les cent ans.

Mais les personnages créés par un écrivain peuvent vivre des centaines voire des milliers d’années.

Dieu a créé Shakespeare, qui a vécu 52 ans, mais Shakespeare a créé Hamlet, qui a déjà 400 ans et vivra encore longtemps.

La littérature est l’endroit où les humains dépassent Dieu.

Pour cette raison, c’est à la fois un refuge éclatant et épuisant.

Parce que Dieu prend sa revanche sur les écrivains… Il les crucifie dans la douleur, le doute et les remords.

Shakespeare a créé des personnages qui pourront vivre bien plus longtemps que ceux créés par Dieu, mais quand il était vivant, il ne le savait pas.

Aucun écrivain n’est en mesure de savoir combien de temps ses personnages vivront, s’ils résisteront à l’épreuve du temps… Et l’écrivain est constamment en proie à ce doute.

Ce sont les épines qui ornent ce lumineux refuge… Ce sont les épines dont les écrivains préfèrent ne pas parler.

Quant à la mort, notre plus grand rival… Elle anéantit l’écrivain, mais elle ne peut pas anéantir les écrits d’un bon écrivain.

Dans ce combat, un bon écrivain gagnera toujours contre la mort et contre Dieu.

Mais si nous gagnons cette bataille, nous ne pouvons pas savoir ce qu’est la mort.

C’est peut-être la seule chose que nous ne pouvons pas expliquer.

Mais il est absolument certain, c’est cruel, que nous allons tous le découvrir tôt ou tard.

Mon conseil, ne soyez pas pressés.

Même si nous vous enseignons ce qu’est la vie et la vérité, tôt ou tard, Dieu vous enseignera ce qu’est la mort.

Vous avez juste à être patient. »

27 août 2015, Festival international du livre d’Edimbourg

(traduit à partir d’un texte en ligne en anglais et en turc sur le site T24)

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J’envoie un fax en soutien aux enseignantEs en grève de la faim http://www.kedistan.net/2017/04/17/fax-soutien-enseignantes-en-greve/ Mon, 17 Apr 2017 01:37:27 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45078 Les enseignantEs en résistance à Ankara ont un message que nous relayons. Nous savons que c’est les vacances, vous êtes nombreux à courir le repos, la famille, voir les oeufs… Mais cette demande de soutien nécessite à minima, juste un envoi de fax… Voilà ce que Nuriye, Semih, Esra, Acun, Veli et Mehmet vous disent : […]

Cet article J’envoie un fax en soutien aux enseignantEs en grève de la faim a été publié par KEDISTAN.

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Les enseignantEs en résistance à Ankara ont un message que nous relayons. Nous savons que c’est les vacances, vous êtes nombreux à courir le repos, la famille, voir les oeufs… Mais cette demande de soutien nécessite à minima, juste un envoi de fax…

Voilà ce que Nuriye, Semih, Esra, Acun, Veli et Mehmet vous disent :

Lundi 17 avril, au 160 ème jour de notre résistance et au 40ème jour de notre grève de la faim, envoyez un fax au cabinet du Premier Ministre turc, entre 12h30 et 15h30 (heure française).

Vous pouvez participer depuis la Turquie, et de partout dans le monde !
Faites nous parvenir une photo de vous en envoyant le fax, si possible, pour qu’on puisse partager sur les réseaux sociaux.

Celles et ceux qui nous demandez que pouvez-vous faire pour nous… Si vous voulez apporter votre soutien, c’est l’occasion. Faxez votre message au cabinet du Premier Ministre. Ne les laissez pas continuer à nier encore plus longtemps notre grève de la faim.

Lundi 17 avril
de 12h30 à 15h30 heure française (De 13h30 à 16h30 heure locale)
N° fax : 00-90-312 403 62 82 (Cabinet du Premier ministre)

Les francophones, vous pouvez télécharger ICI le message en turc en pdf. Il ne vous reste plus qu’ajouter votre nom et y poser votre signature.

Voici la traduction du texte :

Au Cabinet du Premier Ministre,

Nuriye Gülmen, chercheuse, les enseignantEs Semih Özakça, Esra Özkan Özakça, Acun Karadağ, et Mehmet Dersulu, ainsi que Veli Saçılık, sociologue, licenciéEs par décrets, poursuivent un sit-in, avec la revendication “Nous redemandons notre emploi” depuis le 9 novembre 2016, devant le monuments des Droits Humains, situé au boulevard Yüksel à Ankara.

N’ayant aucune réponse concernant leur revendication, Nuriye Gülmen et Semih Özakça, ont entamé le 9 mars 2017, une grève de la faim illimitée. Aujourd’hui c’est le 40ème jour de leur grève.

Nous, voulons qu’une réponse soit apportée à leur revendication avant que la santé de Gülmen et Özakça n’arrive à une échéance risquée, et que donc ils soient réintégrés dans leur emploi immédiatement.

Prénom-Nom
Signature


Ankara Yüksel direnişçileri
Nuriye, Semih, Esra, Acun, Veli et Mehmet’in destek çağrısı

17 Nisan Pazartesi günü direnişin 160., açlık grevinin 40. gününde Başbakanlığa saat 13.30-16.30 arasında fax çekiyoruz. Türkiye’nin ve dünyanın her yerinden katılabilirsiniz! Faxı gönderirken fotoğrafınızı çekip bizimle paylaşın, sosyal medyadan yayınlayalım.

Sizin için ne yapabiliriz diye soranlar, bizim için küçük de olsa bir katkınız olsun istiyorsanız, başbakanlığa bir fax çekin. Açlığımızı daha fazla görmezden gelmelerine izin vermeyin.

Tarih: 17 Nisan (Pazartesi)
Saat: 13:30-16:30
Fax No: 0 312 403 62 82 (Başbakanlık Özel Kalem Müdürlüğü)

BAŞBAKANLIĞA

Kanun Hükmünde Kararnamelerle işlerinden atılan Araştırma Görevlisi Nuriye Gülmen, Öğretmen Semih Özakça, Öğretmen Acun Karadağ, Sosyolog Veli Saçılık, Öğretmen Esra Özkan Özakça ve Öğretmen Mehmet Dersulu 9 Kasım 2016 tarihinden bu yana Ankara Yüksel Caddesinde bulunan İnsan Hakları Anıtının önünde “İşimizi Geri İstiyoruz” talebiyle oturma eylemi yapmaktalar.

Taleplerine ilişkin herhangi bir cevap alamadıkları için Nuriye Gülmen ve Semih Özakça 9 Mart tarihi itibariyle süresiz, dönüşümsüz açlık grevine başladılar. Bugün açlık grevlerinin 40. günü.

Bizler, Gülmen ve Özakça’nın sağlık durumları riskli bir aşamaya gelmeden, haklı taleplerinin karşılanmasını, ivedilikle işlerine iade edilmelerini istiyoruz.

Ad-Soyad
İmza


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J’ai pris le raccourci du référendum, un labyrinthe où on se perd http://www.kedistan.net/2017/04/16/raccourci-referendum-labyrinthe/ Sun, 16 Apr 2017 19:46:17 +0000 http://www.kedistan.net/?p=45021 Bon ben, on y est ! Et voilà le résultat du référendum. 51% oui à 49% non, quasiment. On doit en être mécontents ? En perdre le moral ? On a passé des semaines à faire campagne. Enfin, disons que les défenseurs du OUI ont mis le paquet. Facile pour eux, dotés d’une armée de […]

Cet article J’ai pris le raccourci du référendum, un labyrinthe où on se perd a été publié par KEDISTAN.

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Bon ben, on y est ! Et voilà le résultat du référendum. 51% oui à 49% non, quasiment. On doit en être mécontents ? En perdre le moral ?

On a passé des semaines à faire campagne. Enfin, disons que les défenseurs du OUI ont mis le paquet. Facile pour eux, dotés d’une armée de médias achetés, affiches géantes à je ne sais combien d’euros le m2, meetings aux budgets de peplum. Nos yeux et oreilles ont été remplis d’ignobles propos, désignant toutTEs celles et ceux qui refusent le rêve d’Erdogan, la présidentialisation, comme “terroristes” voire “traîtres à la Patrie”.

Pendant ce temps là, des hommes et des hommes distribuant des tracts pour le NON ont connu gardes-à-vue ou au mieux coups de poings ou matraque. Les chansons de campagne se sont faites interdire parce qu’en kurde. Des lanceurs d’alerte, auteurEs, journalistes, avocatEs, militantEs, universitaires, et la moitié des membres et soutiens du HDP, du chauffeur aux maires et députéEs, croupissent en prison.

La période de campagne à armes inégales est donc terminée. Nous étions 58 366 647 électeurs et électrices à pouvoir voter dans 167 140 urnes. Autour de 50 000 000 ont votés. Nous fûmes 49% à mettre le bulletin, dans des conditions plus ou moins acceptables, dans un pays sous état d’urgence et atmosphère tendue. Et voilà que nos votes ont été manipulés en plus.

Diyarbakır, quartier Sur. (22 juin 2015 et 26 juillet 2016)

Une partie du peuple et pas des moindres, surtout au Sud-Est du pays, a fait comme elle a pu. Leurs villes étant quand même un peu saccagées, il fallait par endroit, que les électeurs et électrices se déplacent, parfois fassent 50 km pour atteindre les urnes. Des cars ont été organisés alors, par manque de moyens, en piochant dans les cagnottes réservées normalement à l’aide aux familles mises à la rue dont la plupart ont vu leur membres jetés en prison ou tués. Bien que parmi eux, il y en a qui ne croient plus aux urnes pour les mêmes raisons que les libertaires dont je vais vous parler ci-dessous, ces gens là, sont allés voter quand même, malgré la présence intimidante, des chars et blindés, les mêmes qui ont rasé leur ville, ressortis pour l’occasion, pour faire peur… Et le Reis nous dit ce soir à la télé qu’ils ont moins voté contre lui et qu’il y a du progrès…

Sur tout le pays 251 788 policiers et 128 445 gendarmes ont été déployés, comme l’avait annoncé préalablement le ministre de l’intérieur Süleyman Soylu, et 17 000 employés de sécurité bénévoles ont pris du service. Les chats ont quand même trouvé le moyen d’entrer dans les transfos pour provoquer des coupures d’électricité encore une fois, pour empêcher les dépouillements…

A Silvan, juste après la fermeture des urnes, un chat qui est entré dans le transfo, et l’a fait exploser provoquant une demie heure de coupure d’électricité dans le district.

Les votes sont comptés. Des bulletins venus d’on ne sait où aussi.

Les sondages qui disait OUI, qui disaient NON ont eu tort et raison. Un  NON/OUI est sorti des urnes, avec à peine plus d’un million 300 000 d’avance pour le OUI…. Pour une fois, le Reis pourra dire que les bonnes nouvelles sont venues de l’étranger… Parce que nos compatriotes qui ne subissent rien de ce qui se passe ici continuent à nous enfoncer visiblement si on regarde les résultats… Bon, je garde le moral, car ma ville a dit NON majoritairement. Faudra quand même que je me méfie d’un passant sur deux.

Pendant toute la campagne et la période qui l’a précédée, en voyant l’opposition se déchirer je me posais des questions… Ces femmes et hommes, de diverses tendances qui se sont réuniEs autour du NON, ont des arguments tellement différents. Les unEs disent que le NON, n’est pas un simple non à un projet de changement constitutionnel, mais un non à toutes les politiques menées par Erdoğan et son AKP au pouvoir depuis des années, non aux violences faites aux femmes, non à ce qu’est devenu l’école et l’université, non au musellement de la presse, non à la polarisation de la population, non à la discrimination des minorités, ethniques, religieuses, femmes, LGBTI tous confondus… Avec les mêmes arguments, les Kurdes expriment que “leur NON, est un NON de 100 ans”. Les autres glissaient dans cette campagne de refus, avec des nuances et pas des moindres “Si le OUI d’Erdoğan emporte, il se mettra à nouveau à la table des négociations avec les Kurdes, donc disons NON.” Il y a même eu des appels à voter NON de dernière minute, de la part de “personnalités” qui n’avaient jamais ouvert la bouche pour dénoncer ce qui se passait à “l’autre bout” du pays.

Le questionnement qui me préoccupe le plus, c’est de voir toute cette masse qui se dynamise mais qui ne se focalise que sur le référendum. Un référendum sur le changement constitutionnel, c’est bien beau, son résultat est utile, pour prendre la tension, et mesurer comment Erdoğan est soutenu et suivi… Mais je me disais que quelque soit ce qui sort des urnes, Erdoğan ferait son possible, trouverait un subterfuge pour pousser le bouchon jusqu’au bout de son projet. Son porte parole n’annonçait-il pas clairement récemment, “Même si les Turcs rejetaient la réforme constitutionnelle lors du référendum du 16 avril, le projet ne sera pas abandonné”. Il n’aura pas besoin de le faire… Il vient de dire à la télé que la Nation turque était désormais la sienne.

Y en a qui parle de la triche. Mais qu’est-ce qu’ils croyaient ? Que l’AKP a une morale ? Dans la démocrature, c’est le chef qui a le pouvoir de d’inventer la réalité des chiffres. L’important, c’est de savoir à quoi on doit s’attendre, pas de pleurer sur la morale… On pleure assez comme ça. Le régime AKP ne tombera pas sur un cours de morale démocratique. Et il nous en prépare de bien pires.

Les libertaires, publiaient il y a environs un mois, un long texte qui allait dans le même sens que mes craintes et questionnements. Si je résume avec mes mots, ce communiqué disait “En principe, nous sommes contre le vote, les élections et référendum… Mais nous ne jugeons pas celles et ceux qui veulent voter NON. Par solidarité, nous les soutenons. Mais nous tenons à exprimer notre avis. Un changement doit être radical et cela ne peut être fait par les urnes. Le fait de se concentrer sur le vote, enlève toute possibilité de s’organiser véritablement. Selon nos constats, nous pensons que la chose la plus importante serait que la population s’organise dans l’idéal pour une révolution, et au point où le pays se trouve, pour faire face à une guerre civile. Par conséquent cette campagne est à nos yeux, une période trompeuse qui ne fait que retarder ce qui doit se passer”.  En gros, méfions-nous, vous allez vous retrouver comme un poisson sorti de l’eau…

Et j’apprends aujourd’hui, pendant que les unEs votaient, et que les autres boudaient, que les groupes anarchistes ont fait plusieurs actions simultanées dans divers quartiers à Istanbul, accrochant des bannières avec des slogans “Retrouvez-vous les unEs et les autres, organisez-vous, luttez ensemble !” “Oui à la rébellion, non à l’Etat”, “L’Etat produit la guerre”, “Pas d’élection mais révolution. Pas d’Etat mais Commune” “Ne sois pas larbin des larbins. Tu n’as pas de représentantE autre que toi-même”. Et le texte communiqué à l’occasion, disait à peu près ce que j’ai dans la tête, mais je n’arrive pas à formuler avec ces mots : “Ne laissez pas éteindre votre désir de révolution dans dans urnes, ou sous l’ombre des milieux autoritaires et réformistes. Ne dépensez pas votre énergie en empruntant des raccourcis devenus des labyrinthes, canalisez le vers la lutte pour la liberté. Organisez-vous, coordonnez-vous, agissez.”

Ils n’ont pas tort les gars et les filles. Qu’ils/elles me pardonnent, tout en me posant ces questions, je suis allée voter quand même.

Et voilà, ce soir, nous avons donc la réponse. C’est OUI paraît-il.

Quand même… Je ne suis pas une fan de statistiques, mais quand je compte, je remarque que les pro-Erdoğan (AKP et consorts) ont perdu plusieurs millions de soutiens depuis les élections de novembre 2015. Les ultra-nationalistes dans le tas, n’ont pas suivi beaucoup le OUI sans doute… Ajouté à cela la fraude autorisée par la Commission électorale…

Tout le monde va faire la gueule avec le résultat d’aujourd’hui, sans voir qu’en fait, plus il cogne le Reis maintenant, plus il purge, moins il récolte vraiment… Et ça, c’est important pour demain, cette tendance qui s’inverse un peu. Lui le sait bien, qui crie pourtant victoire, mais on peut penser qu’il va taper encore plus fort, alors que les “démoralisés” des urnes ne verront même pas que leur nombre se renforce, pour résister demain, maintenant que ses pleins pouvoirs sont estampillés et que les gouvernements européens auront une raison de le féliciter.

C’est la démocratie non ?

Ben quoi, vous vous attendiez à du plus sérieux ? A chaud comme ça, ce serait pas raisonnable… Laisser moi recompter.

Attendons la suite…


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Van | Référendum • A armes inégales http://www.kedistan.net/2017/04/15/referendum-a-armes-inegales/ Sat, 15 Apr 2017 13:43:59 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44995 Si la Constitution turque prévoit la fin des campagnes électorales une semaine avant le rendez-vous des urnes pour le référendum, force est de constater que celle-ci bat toujours son plein, que l’on distribue des tracts estampillés Evet ou des stickers siglés Hayır. Chaque camp jette ses dernières forces dans une bataille qui n’en finit plus de […]

Cet article Van | Référendum • A armes inégales a été publié par KEDISTAN.

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Si la Constitution turque prévoit la fin des campagnes électorales une semaine avant le rendez-vous des urnes pour le référendum, force est de constater que celle-ci bat toujours son plein, que l’on distribue des tracts estampillés Evet ou des stickers siglés Hayır. Chaque camp jette ses dernières forces dans une bataille qui n’en finit plus de diviser en Turquie. Une lutte pour des idéaux et une conception de la société diamétralement opposée à l’autre où l’équité a été jetée au fond des oubliettes en compagnie de ses camarades justice et tolérance. Il a fallu beaucoup de force et de courage à tous ceux qui se sont dressés contre les projets autoritaires d’Erdoğan. Et il en faudra encore après le 16 avril.

référendum

A la pointe du combat contre la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme, le HDP s’est présenté affaibli sur la ligne de départ référendaire tant la répression subie par le parti en a affecté les capacités opérationnelles. Comme le souligne Yunus Parim, vice co-président du HDP de Van, « les prisons créent des vides difficiles à combler, l’incarcération systématique de nos leaders affecte notre équipe directionnelle et notre base militante. Harcelés, les citoyens ne peuvent plus participer à nos activités comme avant de peur d’être assimilés au mouvement qui soutient le ‘non’, de peur de perdre leur emploi ou d’être incarcéré. Détruire toute volonté d’opposition au sein de la société civile est une stratégie planifiée par le gouvernement. Elle vise à briser les piliers sur lesquels nous reposons. »

Les licenciements en masse de syndicalistes ou la vague de fermeture d’organisations associatives à la proximité naturelle avec le HDP s’inscrivent dans cette optique-là. L’Etat vise les femmes et les hommes mais aussi les ressources matérielles. Comme dans toute bataille, aujourd’hui électorale, l’argent reste le nerf de la guerre et le parti d’Erdoğan n’a pas hésité à faire pression sur les hommes d’affaires proches du HDP pour en couper les soutiens financiers et l’affaiblir un peu plus. Un panel de tactique politique de haute volée dont est victime l’ensemble des partis de gauche et dans une moindre mesure le CHP ; parti républicain et laïc qui a rejoint les rangs de l’opposition bien tardivement à l’instar de dissidents nationalistes du MHP.

Yunus Parim • Vice co-président du HDP de Van

Une opposition diversifiée qu’il était impossible d’unir face à Erdoğan. L’ennemi de mon ennemi n’est pas forcément mon ami comme l’explique Yunus Parim : « chaque parti a une motivation différente de l’autre. Le CHP est pour le statu quo alors que les dissidents du MHP font face à une lutte interne. Les raisons de leur ‘non’ sont bien différentes de celles du HDP. Nous voulons une nouvelle Constitution, pas seulement le retrait des 18 amendements proposés par le pouvoir. Nous soutenons la transformation totale d’une Constitution héritée de militaires putschistes. Les Kurdes ne sont toujours pas reconnus, ni les droits des minorités. Par ailleurs, nous n’oublions pas que le CHP ou le MHP ont voté la levée d’immunité parlementaire qui a permis de jeter en prison des élus de notre parti. Dans ces conditions, il était impensable de mener un travail d’opposition main dans la main. »

Pas d’union sacrée donc, autour d’une campagne référendaire encore plus difficile à mener que d’ordinaire, en Turquie. Comme le révèle le jeune trentenaire, le HDP « essaie de faire de la politique dans un contexte de guerre. La loi électorale assure aux partis politiques de pouvoir mener campagne où ils le veulent, avec n’importe quels moyens. Dans le cadre de l’état d’urgence, cela n’a pas été le cas. Nous n’avons pas bénéficié des droits constitutionnels, nos activités sont surveillées et les administrateurs sont une entrave permanente à notre campagne. Il y a deux poids, deux mesures. » Car c’est tout un appareil d’Etat qui est mis au service d’un ‘oui’ qui a pris dès le départ la forme de plébiscite pour un seul homme. Celui-ci utilise tous les moyens dont il dispose pour graver dans le marbre la fin de la démocratie en Turquie, déjà effective depuis de nombreux mois.

Bedia Özgökçe Ertan • Députée HDP de la province de Van

Les médias turcs, détenus dans leur quasi-totalité par des proches du pouvoir, se sont fait le relais exclusif de la volonté étatique. Difficile ces dernières semaines de passer une journée sans voir sur les chaînes télévisées le président ou son premier ministre s’échiner à convaincre du bien-fondé de leur sombre dessein. Pendant ce temps-là, l’opposition fait face à une censure médiatique sans précédent. « Depuis juin 2015, aucun représentant du HDP ne s’est exprimé à la télévision turque. Alors que la loi électorale garantissait un temps de parole égal entre les différents partis, elle a été modifiée par un décret-loi, déclare Bedia Özgökçe Ertan, députée HDP de la province de Van. Aucun média ne parle de la campagne pour le ‘non’. Bien que rendue passive et inopérante, l’Assemblée turque et sa tribune sont devenues nos seuls moyens d’expressions télévisés car la diffusion publique des ‘débats’ y est obligatoire. » Certes quelques meetings publics parviennent à passer entre les mailles du filet de l’interdit gouvernemental mais ce n’est sans commune mesure avec le battage médiatique accompagnant chaque intervention des caciques au pouvoir.

Omniprésent dans les médias, le ‘oui’ au référendum s’est aussi invité dans les mosquées. Dépendants du ministère des Affaires religieuses (Diyanet) et rémunérés par celui-ci, les imams de Turquie se sont fait l’écho de la volonté étatique. Ce mélange des genres ne manque pas d’intriguer et d’irriter parmi les croyants, lassés d’entendre des sermons politiques au milieu de leurs prières.

Si tout a été mis en œuvre pour conditionner le pays à répondre par l’affirmative au référendum, il en va de même concernant le jour-même du 16 avril. Outre les populations kurdes dont on ne sait trop comment elles pourront voter parce que déplacées par les destructions de leurs quartiers, villes et villages, les campagnes du sud-est ont vu les bureaux de vote être regroupés. Et une fois encore rien n’est laissé au hasard. « Par exemple, pour une zone de cinq villages dont quatre ont voté HDP lors des dernières élections, les urnes seront installées dans le seul village ayant voté AKP ou celui avec une forte présence de la gendarmerie. Dans ces régions montagneuses difficiles d’accès, les moyens de transports sont rares pour la population, et la crainte d’aller voter “non” avec toutes ces pressions, bien réelle. Il s’agit pour le pouvoir de pousser à l’abstention. Nous tentons avec le HDP de résoudre ces problèmes de transports malgré le coût important que cela engendre » déplore Yunus Parim. Dans certains cas, les citoyens devront parcourir plus de 50 kilomètres pour se rendre à l’isoloir. Intimidation, découragement et problème financier de l’opposition, la boucle est bouclée pour Ankara.

référendum

Quant au déroulement du scrutin, il sera surveillé par une commission électorale présente dans chaque bureau de vote. Les cinq partis arrivés en tête lors des dernières élections, soit l’AKP, le CHP, le MHP, le HDP et le SP (Parti de la félicité, islamiste), désignent chacun un délégué. Le président de la commission chargée de superviser le vote est alors tiré au sort, les quatre autres étant ses assesseurs. Dans les faits, les délégués du HDP et du CHP tirés au sort sont bien souvent rejetés par les trois autres partis affiliés au pouvoir qui invoquent alors d’éventuels troubles à l’ordre public. Une partialité qui ne fait qu’alimenter les craintes de voir le vote populaire manipulé par les autorités à son avantage.

Malgré son emprise totale, Erdoğan voit l’issue du référendum demeurer bien incertaine.

Il a usé de toutes ses affreuses cartes pour contenter sa faim de pouvoir absolu. Il a réprimé dans les larmes et dans le sang, il a cherché à faire peur, à diviser une société turque déjà hétérogène par nature. Un pays “au centre du monde” aujourd’hui de plus en plus isolé. La Turquie n’a peut-être pas enterré dans sa majorité ses aspirations à une démocratie toujours imparfaite et ce sont sans doute les indécis qui feront pencher la balance.

On dit souvent du ‘non’ qu’il n’est pas constructif mais face à un ‘oui’ qui ne semble jamais avoir été aussi destructif, ce ‘non’ ferme et diversifié n’a en fait jamais eu autant de sens.

Si les résultats du scrutin sont d’une importance capitale pour la Turquie, ils ne seront pas irréversibles. Nous sommes nombreux à souhaiter voir le rejet l’emporter mais comme le rappelle la députée HDP Bedia Özgökçe Ertan, « peu importe l’issue du référendum, il ne constitue pas une fin en soi. Puisque les lois ne sont plus appliquées dans ce pays, tout restera possible. »

référendum
NON !

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Figen Yüksekdağ au juge : “Je parle au nom de 6 millions de personnes” http://www.kedistan.net/2017/04/15/figen-yuksekdag-proces-avril/ Sat, 15 Apr 2017 13:26:17 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44976 Figen Yüksekdağ, la coprésidente du HDP, et députée, arrêtée le 4 novembre, actuellement détenue dans la prison de de Kandıralı à Kocaeli, a comparu pour une deuxième audience, le 13 avril, par visioconférence, devant le Tribunal d’Ankara. Avant l’audience, deux parlementaires suisses se font fait expulser de la salle, sous prétexte qu’ils prenaient des photos. Toute une foule […]

Cet article Figen Yüksekdağ au juge : “Je parle au nom de 6 millions de personnes” a été publié par KEDISTAN.

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Figen Yüksekdağ, la coprésidente du HDP, et députée, arrêtée le 4 novembre, actuellement détenue dans la prison de de Kandıralı à Kocaeli, a comparu pour une deuxième audience, le 13 avril, par visioconférence, devant le Tribunal d’Ankara.

Avant l’audience, deux parlementaires suisses se font fait expulser de la salle, sous prétexte qu’ils prenaient des photos. Toute une foule est venue soutenir Figen. Des représentantEs de nombreuses organisations de société civile défenseurEs du droits des femmes, les membres et la porte parole du “Conseil des femmes du HDP”, Dilan Dirayet Taşdemir, étaient présentes dans la salle. Les représentantEs de l’association France-Kurdistan, les délégations de la “Conférence mondiale pour les femmes”, et des partis politiques de différents pays étaient également présentEs.


••• Petit rappel…

Figen Yüksekdağ, lors de sa visite en Allemagne, l’année dernière, avait donné une interview au journal Deutche Welle. Elle avait répondu à une des questions comme ceci : “le PKK est un mouvement de libération populaire. C’est une organisation qui donne une lutte pour la démocratie et l’égalité. Nous n’approuvons pas les moyens que le PKK utilise pour atteindre ses objectifs. Cependant, nous devons accepter que le programme qu’il pratique n’est pas du terrorisme”. Après ces paroles, un procès avait été ouvert pour “propagande pour organisation terroriste”, et une peine de prison allant jusqu’à 5 ans est depuis demandée à son encontre.
Rappelons que Figen est mise en accusation dans plusieurs dossiers, avec des actes d’accusation semblables. Par exemple, elle comparaissait déjà le 11 avril dernier, pour un autre discours qu’elle avait prononcé le 15 février 2015, lors de la date anniversaire de l’arrestation d’Öcalan, en 1999. Lors de ce ce procès, Figen a déjà été condamnée à un an prison.


Violation de la Constitution

Figen prend parole, et après avoir salué la salle, commence sa défense. Elle signale qu’elle souhaite faire des ajouts à sa première défense et souligne que ce procès ne devrait jamais avoir été ouvert.

Pendant que j’exerçais mon travail de députée et de co-présidence, j’ai été relevée de mes fonctions. C’est une violation constitutionnelle. Dans quel pays du monde, pouvez-vous voir, unE présidentE d’un parti, éluE au parlement en état d’arrestation ? Cela n’arrive que dans des dictatures. Je suis d’avis que ce procès devrait être arrêté ou suspendu.

La volonté du peuple confisquée

Quel que soit le regard politique qu’elle porte sur elle, elle continue en citant la constitution que ses accusateurs portent pourtant…

“La volonté du peuple est au-dessus de tout. La Constitution dit ‘Les représentants du gouvernement doivent respecter la volonté de la nation’2. Mais le peuple qui nous a élu n’est pas considéré comme ‘composante nationale’ ! Ceci est la confiscation de la volonté du peuple. Personne ne peut nous enlever notre droit de nous exprimer. Ceci est la première violation de droit. Nous n’avons aucune parole, pour laquelle nous ne pouvons pas donner des comptes devant la justice, devant notre peuple et nos citoyens.” 

“La Justice est devenue un instrument d’oppression. Cela n’est pas une chose qu’on peut voir dans les démocraties. Je suis jugée ici, en tant que femme politique. Une personne politique détient la liberté de s’exprimer. Mais cela n’est pas possible en Turquie.”

“Le pouvoir influence la Justice. Je vois, en face de moi, la pression de la politique du pouvoir central. Je vois que ma liberté d’expression est confisquée. En un seul mot, mes paroles sont criminalisées, sans que mon identité politique et sociale ne soient prises en compte. Je ne trouve aucune des décisions de justice qui me concernent, légitimes. Je rappelle que les membres de la magistrature qui ont pris ces décisions sont eux mêmes, relevés de leur fonction, et arrêtés depuis, pour être ‘membre de FETÖ’.”2

Je parle au nom de 6 millions

“Dans un pays, si des millions de personnes sont accusées d’être des “terroristes”, il y a un problème de pouvoir. Il est question de ne pas pouvoir diriger un peuple d’une façon démocratique…..

Le juge coupe à cet instant les paroles de Figen : “Ici, on n’est pas dans un meeting électoral !”

Figen continue…  “Je ne suis pas une personne quelconque. Je suis la co-présidente du troisième parti de la Turquie. Je parle au nom de 6 millions de personnes.”

En revenant aux chefs d’accusation Figen reprend sa défense :
“Je vois là une intolérance à mes propos. Je n’ai pas prononcé les paroles en question seulement pour une interview dans un journal. C’est une situation tragi-comique pour la Turquie, car j’ai émis les mêmes propos également à la tribune du Parlement. Dans ce cas, mes discours au parlement devraient être aussi jugés.”

Figen termine sa défense en parlant du référendum qui se rapproche. “Je suis convaincue de tout cœur que le ‘NON’ l’emportera.”

 Figen Yüksekdağ : les femmes disent “non”

L’avocate de Figen, Pınar Akdemir prend ensuite la parole et demande l’analyse de l’interview par un expert et l’ajout au  dossier de l’intégralité du discours de Figen prononcé au Parlement. Le Tribunal refuse la demande, et motive son refus par un “Cela n’apportera rien au dossier”. L’avocate met l’accent sur le fait qu’il s’agit d’une violation constitutionnelle, “Car tous ces propos entrent dans ce cadre. Vous prenez des décisions qui mettraient presque la Constitution à la poubelle. L’immunité de tribune doit être pris en compte” et elle demande un délai supplémentaire.
Le Tribunal a donc reporté l’audience au 6 juin prochain.

Sur la fin, les soutiens présents ont scandés des slogans de solidarité, accompagnés de youyous…

Librement inspiré d’une traduction des articles de Direnişteyiz du 11 avril et du 13 avril 2017

Vous aussi, vous pouvez soutenir Figen, en lui envoyant des cartes-postales !

 


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Urgence • Ahmet Altan, écrivain, journaliste, perpétuité demandée http://www.kedistan.net/2017/04/14/ahmet-altan-quartet-ottoman/ Fri, 14 Apr 2017 21:07:14 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44922 Trois romans d’Ahmet Altan, “Kılıç Yarası Gibi” (Comme une blessure de sabre), paru en 1998, “İsyan Günlerinde Aşk” (L’amour au temps des révoltes), en 2001, et “Ölmek Kolaydır Sevmekten” (Mourir est plus facile qu’aimer) en 2015, tiennent une place importante dans sa carrière d’écrivain. L’auteur est actuellement en phase d’écriture, derrière les murs de la prison de Silivri à Istanbul, d’un […]

Cet article Urgence • Ahmet Altan, écrivain, journaliste, perpétuité demandée a été publié par KEDISTAN.

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Trois romans d’Ahmet Altan, “Kılıç Yarası Gibi” (Comme une blessure de sabre), paru en 1998, “İsyan Günlerinde Aşk” (L’amour au temps des révoltes), en 2001, et “Ölmek Kolaydır Sevmekten” (Mourir est plus facile qu’aimer) en 2015, tiennent une place importante dans sa carrière d’écrivain. L’auteur est actuellement en phase d’écriture, derrière les murs de la prison de Silivri à Istanbul, d’un quatrième tome qui complètera cette série. Un “Osmanlı Kuarteti” (Quartet ottoman) qui sera bientôt publié en plusieurs langues…

Sandro Ferri, connu comme l’éditeur de l’écrivaine Elena Ferrante, dont les quatre tomes des Romans de Napoli ont battu les records de vente dans le monde, a signé cette semaine un contrat avec Ahmet Altan pour les droits du Quartet ottoman. Les œuvres paraitront aux Etats-Unis, en Angleterre et en Italie, portant les étiquettes d’Europa Editions situées à New York pour la version en anglais, et, pour la version en italien, Edizioni e/o situées à Rome, toutes les deux sous la direction de Sandro Ferri.

Vous ne pouvez pas emprisonner les romans !

Accusé d’avoir soutenu la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, parce qu’il aurait fait passer des messages “subliminaux” dans les jours précédant la tentative lors d’une émission de télévision, Ahmet Altan a été mis en garde-à-vue le 10 septembre 2016, en même temps que son frère, Mehmet Altan. Après 12 jours de garde-à-vue, Ahmet a été libéré par le tribunal devant lequel il a comparu, mais moins de 24 heures après sa libération, il a été arrêté à nouveau, sur ordre du procureur. Tous deux sont incarcérés.

Nous apprenons, aujourd’hui même, que le réquisitoire qui concerne 17 “suspects” dans l’enquête intitulé “FETÖ – Organisation terroriste Güleniste”, a été présenté par Can Tuncay, procureur du bureau des “Crimes organisées et terrorisme” du Bureau du Procureur d’Istanbul. Le Président de République Recep Tayyip Erdoğan, la présidence de l’Assemblée Nationale et le gouvernement actuel, font partie des plaignants. Sur les 17 accuséEs, six sont actuellement en prison. Ahmet Altan en fait donc partie. Un des accusés comparaitra en liberté provisoire, et 10 personnes sont “en fuite”. Le réquisitoire, qui s’étale sur 247 pages, demande pour 16 accuséEs la perpétuité incompressible, trois fois pour chacun… Ahmet Altan est concerné. Rappelons-le, la perpétuité incompressible, est le substitut de la peine de mort, depuis son abolition en 2004 en Turquie.

Ahmet a donc signé le contrat qui présentera ses livres au public international, alors qu’il est détenu dans la prison de Silivri, depuis le 23 septembre 2016. Comme pour la quasi totalité des otages politiques jetés dans les prisons de Turquie, les conditions carcérales y sont indignes. Notons aussi, qu’une grève de la faim se poursuit depuis plus de 50 jours, dans les prisons turques. En ce qui concerne Ahmet Altan, actuellement, il ne peut avoir qu’une heure de visite par semaine, et n’est pas autorisé à envoyer ou recevoir du courrier. Il continue d’écrire, mais il ne peut sortir ses écrits de la prison.

Ahmet AltanMalgré les barreaux et les difficultés, ses lectrices et lecteurs ont pu retrouver Ahmet, après son arrestation, avec Yabani Manolyalar” (Les magnolias sauvages) paru chez Everest le 18 janvier 2017.

Son roman Son Oyun (Endgame) est paru en janvier dernier, également chez Edizioni e/o sous le titre de Scrittore e assassino (L’écrivain et l’assassin). Suite aux critiques très favorables de ce dernier roman en Italie, la maison d’édition a porté une proposition concernant les droits mondiaux du Quartet ottoman à la prison. Le contrat concerne également les droits internationaux pour le cinéma et la télévision.

Endgame est traduit vers l’anglais par Alexander Dawe. Il est paru déjà en 2015 et 2016, au Canada (chez Harper Collins), au Royaume-Uni (chez Canongate) et en Australie (chez Allen & Unwin). Aux Etats-Unis, il sera publié par Europa Edition et prendra place dans les rayons des libraires dès le 18 avril.

Ahmet, toujours en prison, otage politique du régime, ne pourra pas accompagner la parution de son livre, être présent pour les signatures et rencontres planifiées pour l’événement, mais les “critiques” pré-parution, recueillies par sa maison d’édition, sont communiquées à l’écrivain par l’intermédiaire de ses avocats.

Ahmet AltanVoici au hasard quelques extraits résumés, dans le style convenu des 4èmes de couverture, que l’on vous donne à lire pour exemples, et où il n’est pas fait état de son incarcération :

Kirkus Reviews • L’écrivain, en utilisant des personnages et des techniques de narration admirables, crée une expérience de lecture, une fiction hallucinante, dont l’atmosphère rappelle à la fois L’étranger de Camus et Le parrain de Mario Puzo.

Library journal • Le premier livre d’Altan publié aux Etats-Unis est un roman dont le style est fort, créatif et délicieusement noir. Il n’est pas étonnant qu’Altan soit un auteur best-seller dans son pays, et qu’il soit récompensé par des prix… Dans Endgame, les problèmes existentiels et l’atmosphère se mélangent d’une façon parfaite, avec une narration qui fonctionne, inventive et délicieusement noire. Vivement recommandé.

Publishers Weekly • Une petite ville, en proie à des tensions dues à un vieux secret, est mise en ébullition… Passant par des questionnements métaphysiques, des aller-retours entre les relations profondes que le narrateur, un écrivain inconnu, construit avec les habitants du village, particulièrement avec Zuhal, Ahmet Altan crée une atmosphère à la fois forte et distante. Chacun des fils sont savamment conçus et travaillés et se rejoignent à la fin, comme promis. Il est parfois difficile de pénétrer les personnages d’Altan, mais l’histoire qu’il raconte est fascinante, énigmatique et inoubliable.

Dans le dernier tome du Quartet, le récit se situe en 1915

Ahmet Altan a publié Kılıç Yarası Gibi, le premier tome du Quartet ottoman, en 1998. Ce livre, qui a obtenu le prix du roman Yunus Nadi, raconte l’histoire d’Osman, un homme qui, à travers les objets et meubles de famille dans sa maison, se remémore ses proches au début du XXème siècle à Istanbul, à Paris, et à Thessalonique. Le héros dialogue avec eux, avec “ses morts”. Et ce faisant, Ahmet Altan met en scène des personnages inspirés du passé de sa propre famille, tout en évoquant des personnes réelles, qui ont vécu au moment de l’effondrement de l’Empire ottoman.

Dans les “morts” d’Osman, il y a les membres d’une famille aisée, qui, sécularisés, vivent en interpénétration avec l’Etat, servant l’armée ottomane comme officiers, ou le Palais comme greffiers. Cette famille est mise en relation avec Şeyh Yusuf Efendi, qui lui, reste à distance de la politique et du Palais, mais  garde une forte attache avec le Divin.

Dans les trois premiers tomes de la série, la trame du récit se situe au moment de la chute de l’Empire ottoman. Elle s’appuie sur des événements concrets et historiques : la période de la “Seconde ère constitutionnelle ottomane” de 1908 à 1920,  l“Incident du 31 mars”, (date du Calendrier rumi, correspondant au 13 avril 1909), une rébellion des conservateurs réactionnaires de Constantinople contre la restauration de la Constitution de l’Empire ottoman de 1876, mise en place par le biais de la Révolution des Jeune-Turcs. Le récit traverse aussi “la chute d’Abdülhamit”, sultan de l’Empire ottoman et calife des musulmans, du 31 août 1876 jusqu’à sa destitution par les Jeunes-Turcs le 27 avril 1909, lors de  “la défaite dans guerres des Balkans”… Il est donc possible de décrypter ce que sera la structure idéologique de la République fondée ultérieurement.

Dans le dernier tome, en cours d’écriture et dont le titre n’a pas encore été divulgué, Ahmet Altan se focalise sur la période de 1915, et se penche une nouvelle fois sur les Batailles des Dardanelles et le Génocide arménien. Les thèmes sont abordés par l’entremise des personnages avec lesquels les lecteurs et lectrices d’Ahmet Altan ont déjà fait connaissance dans ses romans précédents.

Plusieurs remarques et une conclusion sont nécessaires cependant…

Si Ahmet Altan s’impose comme un écrivain et convainc aujourd’hui des éditeurs à entreprendre plus largement sa traduction et/ou sa diffusion, ses déjà lectrices et lecteurs ne pourront que s’en réjouir. Mais, les mêmes n’accepteraient pas que celles et ceux qui, justement, trouvent des qualités à ses oeuvres, restent par ailleurs les bras croisés devant le sort “d’injustice” qui est le sien.

Ahmet Altan, et son frère, ont un parcours judiciaire qui recoupe tous les grands refoulés historiques de la Turquie, tous les “complots” de pouvoir, toutes les divisions dans la mosaïque des peuples de Turquie, imposées par la turcité. Son parcours “personnel” comme journaliste n’a jamais varié, quel que soit l’organe de presse où il a travaillé. Et c’est sans doute ce qui lui a valu des inimitiés multiples, et a toujours attiré les foudres des pouvoirs successifs. Il serait donc incompréhensible de séparer son écriture et l’homme en deux. Signer simplement des “contrats” sans se soucier du sort politique qui est le sien dans l’univers carcéral turc relèverait du “business”, et les lectrices et lecteurs espèrent avec force retrouver Sandro Ferri, ainsi que les autres éditeurs d’Ahmet, à leurs côtés dans une campagne indispensable pour exiger sa libération.

Il y a là, le même enjeu que celui qui a présidé à l’exigence de libération de l’écrivaine Aslı Erdoğan.

Kedistan n’a donc pas fini de vous parler d’Ahmet Altan. Nous espérons en cela retrouver toutes les consciences, tous les supports médias, tous les lieux culturels et les libraires, qui depuis l’année 2016, se sont mobilisées pour Aslı Erdoğan, et davantage encore.

Free Ahmet Altan !…

Survolez aussi le Dossier spécial Ahmet Altan 
Librement inspiré des articles du T24/K24 et de Bianet

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Cet article Urgence • Ahmet Altan, écrivain, journaliste, perpétuité demandée a été publié par KEDISTAN.

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Entretien avec Khaled Issa, représentant du Rojava en France http://www.kedistan.net/2017/04/14/interview-khaled-issa-rojava/ Fri, 14 Apr 2017 14:04:42 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44901 Un entretien riche et instructif avec Khaled Issa, représentant du Rojava en France. Quel rôle joue la représentation du Rojava en France ? Il s’agit de défendre les intérêts individuels et collectifs de la population du Rojava et renforcer les relations du Rojava avec la France, mais aussi éclairer le public sur le Rojava et […]

Cet article Entretien avec Khaled Issa, représentant du Rojava en France a été publié par KEDISTAN.

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Un entretien riche et instructif avec Khaled Issa, représentant du Rojava en France.

Quel rôle joue la représentation du Rojava en France ?

Il s’agit de défendre les intérêts individuels et collectifs de la population du Rojava et renforcer les relations du Rojava avec la France, mais aussi éclairer le public sur le Rojava et plus largement la situation en Syrie.

Les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont lancé la campagne « Colère de l’Euphrate » qui a pour but de libérer Raqqa.

Où en sont-ils ?

Les FDS en collaboration avec la coalition internationale cherchent à isoler complètement Raqqa avant de déclencher les opérations pour la libération de la ville. Raqqa est la capitale auto-proclamée de Daech en Syrie. Aujourd’hui, la ville et le barrage de Tabqa sont soumis à un encerclement et en ce moment même les FDS resserrent l’étau.

Certains affirment qu’il y a un danger sur le barrage ? Qu’en dites-vous ?

Est-ce un hasard si à chaque fois que les FDS chassent les terroristes d’une localité, les supporters de ces terroristes tirent le signal d’alarme sur le sort des civil-e-s ou des dangers comme c’est le cas avec le barrage de Tabqa ? En réalité, les FDS, dont font partie des YPG/YPJ, respectent les conventions de Genève qui réglementent les conflits armés et œuvrent en coopération étroite avec les grandes puissances mondiales. Elles font du mieux possible pour préserver les civil-e-s, l’environnement et les infrastructures du pays. En ce qui concerne le barrage, le danger ne viendra pas de la coalition internationale contre Daech et des FDS. Si danger il y a, il viendra des terroristes. Les experts en la matière confirment que les compétences des FDS et de la coalition permettront la libération de ce barrage des terroristes de Daech sans danger pour les populations. Nous avons vu que les terroristes ont présenté un individu comme étant le directeur du barrage et une victime civile. En réalité, c’est un émir et un artificier.

Barrage de Tabqa

Vous avez récemment publié des documents du renseignement politique syrien de Raqqa sur les Kurdes. Qu’y a-t-il dedans ?

Nous disposons de tous les dossiers concernant les Kurdes du service de renseignement politique de Raqqa, entre 2004 et 2011. Dans ces documents, on constate la politique de répression menée par le régime syrien à l’égard des Kurdes de Raqqa ville et ses environs, la coopération du régime avec le gouvernement turc, et on constate également qu’il y avait 120 0000 Kurdes à Raqqa et ses environs malgré la politique d’arabisation et de répression. Dans les détails, à Raqqa ville même il y avait au moins trois quartiers à majorité kurde. Le principal souci des autorités était de démanteler l’organisation du PYD. D’ailleurs, on connaît grâce à ces documents le nombre de militant-e-s qui ont été arrêté-e-s ou tué-e-s par ce service. Par exemple, lors du Newroz de 2010, il y avait beaucoup d’arrestations, de blessé-e-s et de mort-e-s dans la ville de Raqqa. Les documents détaillent les procédures et les noms des victimes. Au début, ils ont voulu enlever les drapeaux kurdes. Puis les gens ont commencé à affluer et quand il y a eu 4 000 Kurdes, ils ont encerclé la foule. Il y avait le portrait d’Abdullah Öcalan. Les membres du partis Baas sont venus avec le portrait de Bachar El-Assad et le drapeau syrien, ils ont donné l’ordre à une voiture de pompiers d’activer les sirènes pour intimider et pousser les Kurdes à enlever les drapeaux. A ce moment-là, les participant-e-s ont commencé à lancer des pierres contre la voiture des pompiers et la police. Les participant-e-s avaient amené leurs enfants et le rassemblement était proche des zones résidentielles. D’après les documents une fusillade s’est déclenchée. Ils ont voulu repousser la foule avec des jets d’eau. Les Kurdes ont commencé à brûler des voitures de police. Après ils ont dispersé la foule. Il y a eu des blessé-e-s chez la police et les Kurdes. La jambe du général adjoint du commandant de police de Raqqa Khatan Ghabara a été cassée avec une pierre. Il y a eu 5 Kurdes secourus, et 2 transférés à Alep à cause de leur état grave. Un Kurde est décédé. La majeure partie des présents était masquée. Le parti Baas en a arrêté 24. Les services de renseignement étaient dirigés par le général Jassem Ali Hamed. Ce jour là était présent : le préfet , le directeur de la section du parti Baas, et le directeur de la police du quartier Andalus. Ceci n’est que la présentation d’un document parmi tant d’autres.

Répartition ethnique dans la ville de Raqqa d’après Aryannawzad
Jaune : à majorité kurde | Rouge : quartier mixte | Vert: quartier à majorité arabe

Donc il y avait des quartiers kurdes à Raqqa ?

Le document historique signé entre les autorités françaises à Raqqa et la tribu kurde des Millis en 1921.
(Pour agrandir, cliquez sur l’image)

Le renseignement politique reconnaît l’existence d’au moins trois quartiers à majorité kurde à Raqqa malgré la politique d’arabisation. On voit également dans ces documents comment les autorités empêchaient délibérément les Kurdes d’ouvrir des commerces ou d’acheter des terrains. L’oppression permettait l’expulsion des éléments kurdes de la ville. Historiquement, en 1908, Raqqa était dirigée par un chef de la tribu des Millis. Et les Millis sont une tribu kurde. Sous le mandat français, lorsque la France a voulu incorporer la vallée de l’Euphrate (Raqqa, Deir Ezzor jusqu’à Bukamal), elle a fait appel à cette tribu. Le général Gouraud, haut-commissaire français en charge du Levant, a créé une force à majorité kurde avec un escadron syriaque et une fraction de la tribu arabe Inza pour incorporer cette zone au protectorat. L’accord avec les Kurdes des Millis fait l’objet d’un document dans les archives de l’armée de terre française.Il est signé entre l’armée française et la tribu à la fin de l’année 1920. L’accord arrive à Paris par avion le 6 janvier 1921. Dans ces documents, il était prévu que les Kurdes des Millis devaient sécuriser toute la région de Djéziré (Cizîre) et la vallée de l’Euphrate. Raqqa devait en être le centre administratif. Cela prouve l’influence des Kurdes, leur ancrage à Raqqa et dans la vallée de l’Euphrate. Malgré la politique systématique de répression et d’arabisation dans cette région, il reste au moins 120 000 Kurdes « à Raqqa et dans ses environs » selon ce document signé par les services politiques de Raqqa.

Que s’est-il passé après que le régime ait été chassé de la ville ?

Les groupes islamo-fascistes sous l’emblème de l’Armée syrienne libre et par la suite de Daech ont mené une politique systématique d’expulsion et d’épuration ethnique contre les Kurdes et les autres minorités (Arménien-ne-s, etc.) et à toutes celles et ceux qui n’adhéraient pas à leur conception raciste et fanatique du monde. Lorsque Daech a déclaré Raqqa sa capitale, la majeure partie de la population kurde a été chassée directement et indirectement. Certaines familles ont été expulsées par le sud de la ville, c’est-à-dire dans le désert pour qu’elles y pourrissent.

Que comptent faire les autorités du Rojava une fois la ville libérée ?

Quelle que soit la composition démographique ou ethnographique de cette région, la conception qui nous anime n’est fondée ni sur le nationalisme, ni sur le confessionnalisme. Elle est fondée sur l’autogestion démocratique de la population locale et chaque région assume la gestion. La population locale décidera de son sort via les conseils civils et démocratiques comme toutes les régions qui sont libérées par les FDS.

REPRÉSENTATION DU ROJAVA EN FRANCE
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>> Contrat social du Rojava 

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Affaire Oda TV : acquittés, mais non sans avoir connu la prison http://www.kedistan.net/2017/04/13/affaire-oda-tv-acquittes-mais-prison/ Thu, 13 Apr 2017 18:39:14 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44864 C’est le 22 novembre 2011 qu’a eu lieu la première audience de l’affaire Oda TV, après qu’un acte d’accusation ait été rédigé le 26 août de la même année. Quatorze personnes étaient inculpées… pour être finalement lavées de tout soupçon, hier, soit six ans et demi plus tard. Mais dans l’intervalle, dix d’entre elles ont […]

Cet article Affaire Oda TV : acquittés, mais non sans avoir connu la prison a été publié par KEDISTAN.

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C’est le 22 novembre 2011 qu’a eu lieu la première audience de l’affaire Oda TV, après qu’un acte d’accusation ait été rédigé le 26 août de la même année. Quatorze personnes étaient inculpées… pour être finalement lavées de tout soupçon, hier, soit six ans et demi plus tard. Mais dans l’intervalle, dix d’entre elles ont moisi quelque temps en prison. Et l’un des prévenus, un membre des services secrets accusé d’avoir joué le rôle de taupe, n’en est jamais sorti : Kaşif Kozinoğlu est décédé derrière les barreaux quelques jours avant la première audience.

Leurs ennuis ont en réalité démarré début 2011, lors d’une chasse aux sorcières qui accompagnait, déjà, un référendum voulu par Recep Tayyip Erdogan. A l’époque, plusieurs journalistes d’Oda TV n’hésitaient pas à dénoncer la collusion entre la police et la justice, via la confrérie Gülen. Alors le 14 février, la police fait une descente aux domiciles des journalistes Soner Yalçın, Barış Pehlivan, Barış Terkoğlu et Ayhan Bozkurt sur ordre du procureur Zekeriya Öz, et tous sont emmenés au commissariat. Dans le même temps, les bureaux d’Oda TV sont perquisitionnés. Et après quatre jours de garde à vue, la 12e Haute cour pénale d’Istanbul envoie en prison trois des quatre prévenus, et libère Ayhan Bozkurt. Mais c’est loin d’être terminé.

Le 3 mars 2011, c’est aux domiciles de Müyesser Yıldız, Doğan Yurdakul, Mümtaz İdil, Coşkun Musluk, Sait Çakır, Nedim Şener, Ahmet Şık, Yalçın Küçük et İklim Bayraktar que la police débarque en force. Et à l’exception de Mümtaz İdil et d’İklim Bayraktar, tous seront mis en état d’arrestation et envoyés en prison le 6 mars, sur décision de la 10e Haute cour pénale d’Istanbul. La 14e Haute cour pénale émet en outre un mandat d’arrêt contre Kaşif Kozinoğlu, qui sera envoyé en prison le 10 mars, au retour d’une mission en Afghanistan. Enfin, le 14 mars, l’ancien chef de la police turque Hanefi Avcı, qui, quelques semaines avant le référendum, a dénoncé dans un livre l’infiltration de la confrérie Gülen dans la police, est arrêté à son tour.

Les peines requises, listées dans un acte d’accusation de quelque 134 pages où la journaliste, auteure et femme politique Nazlı Ilıcak – en prison à son tour depuis l’été dernier – fait alors figure de plaignante, varient légèrement de l’un à l’autre. Mais elles se comptent évidemment en années. Avec souvent, comme chefs d’accusation, l’appartenance à une soi-disant organisation terroriste baptisée “Ergenekon”, qui n’aurait eu d’autre but que de déstabiliser le pouvoir et de préparer un coup d’état.

Yalçın Küçük, encourt entre 22 et 41,5 ans en prison, pour « avoir créé une organisation armée, inciter les gens à la haine et à l’hostilité, avoir fourni des informations sur la sécurité de l’État, avoir fourni des données secrètes, avoir tenté d’influencer un procès équitable et avoir violé le droit à la vie privée ».

Soner Yalçın, encourt entre 14 et 36,5 ans de prison, pour être « membre d’une organisation armée, inciter les gens à la haine et à l’hostilité afin de créer un climat de chaos, avoir fourni des données confidentielles ne devant pas être divulguées dans un but de politique nationale ou étrangère, avoir tenté d’influencer un procès équitable, avoir violé le droit à la vie privée et avoir enregistré de manière illégale des informations personnelles ».

Ahmet Şık encourt une peine de 7,5 à 15 ans en prison pour « avoir aidé l’organisation terroriste armée Ergenekon ».

Nedim Şener encourt une peine de 7,5 à 15 ans en prison pour « avoir aidé l’organisation terroriste armée Ergenekon ».

Hanefi Avcı encourt une peine de 7,5 à 15 ans en prison pour « avoir aidé l’organisation terroriste armée Ergenekon ».

Barış Pehlivan encourt entre 10 et 23 ans de prison, pour « être membre de l’organisation terroriste armée Ergenekon, inciter les gens à la haine et à l’hostilité, avoir tenté d’influencer un procès équitable, avoir violé le droit à la vie privée, et avoir enregistré de manière illégale des informations personnelles ».

Barış Terkoğlu encourt entre 8,5 et 18 ans en prison pour « être membre de l’organisation terroriste armée Ergenekon, inciter les gens à la haine et à l’hostilité ».

Doğan Yurdakul encourt de 9 à 21 ans de prison pour « être membre de l’organisation terroriste armée Ergenekon, inciter les gens à la haine et à l’hostilité, et tenter d’influencer un procès équitable».

Müyesser Uğur encourt entre 7,5 et 15 ans de prison pour «être membre de l’organisation terroriste armée Ergenekon ».

Coşkun Musluk encourt entre 8 et 18 ans en prison pour « être membre de l’organisation terroriste armée Ergenekon et tenter d’influencer un procès équitable ».

Muhammet Sait Çakır encourt entre 9 et 21 ans en prison pour « être membre de l’organisation terroriste armée Ergenekon, inciter les gens à la haine et à l’hostilité et tenter d’influencer un procès équitable ».

İklim Ayfer Kaleli encourt de 8 à 20 ans de prison pour « être membre de l’organisation terroriste armée Ergenekon, tenter d’influencer un procès équitable, de violer le droit à la vie privée, et d’enregistrer illégalement des informations personnelles ».

Ahmet Mümtaz İdil encourt de 8 à 18 ans de prison pour « être membre de l’organisation terroriste armée Ergenekon et tenter d’influencer un procès équitable ».

Kaşif Kozinoğlu encourt de 11,5 à 26 ans de prison pour « être membre d’une organisation armée, fournir des données confidentielles ne devant pas être divulguées dans un but de politique nationale ou étrangère ».

Ces peines-là n’auront finalement pas été prononcées, puisque tous les inculpés ont été acquittés hier. Mais dix d’entre eux ont néanmoins passé des mois et des mois derrière les barreaux :

Soner Yalçın: du 18 février 2011 au 27 décembre 2012 (1 an et 10 mois)

Barış Pehlivan: du 18 février 2011 au 14 septembre 2012 (1 an et 7 mois)

Barış Terkoğlu: du 18 février 2011 au 14 septembre 2012 (1 an et 7 mois)

Müyesser Yıldız: du 6 mars 2011 au 18 juin 2012 (1 an et 3 mois)

Doğan Yurdakul: du 6 mars 2011 au 22 février 2012 (11 mois)

Coşkun Musluk: du 6 mars 2011 au 12 mars 2012 (1 an et 1 mois)

Ahmet Şık: du 6 mars 2011 au 12 mars 2012 (1 an et 1 mois)

Nedim Şener: du 6 mars 2011 au 12 mars 2012 (1 an et 1 mois)

Yalçın Küçük: du 6 mars 2011 au 12 décembre 2013 (2 ans et 10 mois)

Hanefi Avcı: du 14 mars 2011 au 12 décembre 2013 (2 ans et 10 mois)

Kaşif Kozinoğlu: du 10 mars 2011 au 13 novembre 2011 (8 mois).

Kaşif Kozinoğlu n’en est jamais sorti, puisqu’il y a perdu la vie. Quant à Ahmet Şık, on l’y a renvoyé depuis plus de cent jours… en l’accusant cette fois d’être güleniste… et dans le même temps de soutenir le PKK. Doit-on en rire ? Non.

Mais applaudir le courage de ce journaliste, qui reste debout, et n’entend pas se taire…

(Adaptation à partir d’un article paru en anglais et en turc sur le site Bianet)


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Strasbourg • En soutien aux grèves de la faim http://www.kedistan.net/2017/04/13/strasbourg-soutien-greves-faim/ Thu, 13 Apr 2017 17:52:52 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44854 Le KCDK-E, (Centre démocratique du peuple kurde en Europe) a entamé une grève de la faim, aujourd’hui jeudi 13 avril à partir de 13h, à Strasbourg, en soutien aux grèves qui se poursuivent depuis 58 jours dans les prisons en  Turquie. 50 personnes dont Faysal Sarıyıldız (député HDP de Şırnak), Tuğba Heze (députée HDP de Van) Yüksel […]

Cet article Strasbourg • En soutien aux grèves de la faim a été publié par KEDISTAN.

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Le KCDK-E, (Centre démocratique du peuple kurde en Europe) a entamé une grève de la faim, aujourd’hui jeudi 13 avril à partir de 13h, à Strasbourg, en soutien aux grèves qui se poursuivent depuis 58 jours dans les prisons en  Turquie.

50 personnes dont Faysal Sarıyıldız (député HDP de Şırnak), Tuğba Heze (députée HDP de Van) Yüksel Koç (Co-président du KCDK-E), Fatoş Göksungur (Co-présidente du NAV-DEM), Arife Soysüren (Co-présidente du NAV-BEL – Centre social kurde de Belgique), Hüseyin Yıldız (Co-président de DEM-NED – Centre d”socratique social kurde de Hollande), Veli Kaya (Co-président de FEDA) Mustafa Mille (représentant de CIK – Centre d’information kurde), Hanım Engizek (représentante du TJK-E – Mouvement des femmes kurdes), Ahmet Yıldırım (représentant de Ciwanên Azad – Fédération de jeunesse libre) ainsi que des représentantEs des familles de personnes disparues ou opprimées.

Une conférence de presse s’est tenue devant les locaux du CPT (Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants). Près de 500 personnes étaient présentes, dont le Co-président du Kongra-Gel (Congrès du peuple du Kurdistan) Remzi Kartal, ainsi que de nombreux universitaires et intellectuelLEs.

strasbourg

Le communiqué de presse lu en turc et en français, précisait qu’une grève de la faim était devenu l’ultime moyen pour se faire entendre.

Il informait sur les grèves de la faim qui se déroulent dans les prisons en Turquie, et en sont à leur 58ème jour. L’état de santé des grévistes est désormais critique, notamment parmi celles et ceux qui ont été les premierEs à initier le mouvement.

La grève de la faim perdure et de jour en jour de nouveaux détenuEs rejoignent le mouvement. Actuellement, plus de 200 prisonniers, dont 37 prisonnières sont en grève, dans 29 prisons.

Les grévistes revendiquent la prise en compte des demandes légitimes des prisonniers politiques pris en otages par le régime, l’inspection immédiate du CPT des prisons en Turquie, l’intervention urgente du conseil européen auprès du pouvoir turc. Une délégation s’est présentée au CPT pour ce faire.

Des personnalités participent aussi à la grève de la faim (en rotation), afin de soutenir les grévistes. Le journaliste Ahmet Nesin, Filiz Koçali femme politique et journaliste (deux des inculpés du procès “Özgür Gündem“), İbrahim Çiçek, journaliste, Füsun Erdoğan, journaliste télé, la chanteuse Pınar Aydınlar, Utku Sayın, universitaire signataire de l’appel pour la paix, Aziz Tunç, auteur, ainsi que İbrahim Sedo Aydoğan et Demir Çelik Co-porte paroles du HDK Europe.

Les grèves de la faim en Turquie

En Turquie, les grèves de la faim dans les prisons ont une Histoire. Plusieurs mouvements de résistance de ce type ont été menés. La première est celle de Nazım Hikmet en 1950, (emprisonné en 1938). En 1972, les prisonniers révolutionnaires Deniz Gezmiş, Yusuf Aslan, Hüseyin İnan ont fait une grève de 12 jours. De nombreuses grèves de la faim on été entamées dans la période d’avant le coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980. Les prisons de Metris (Istanbul) Mamak (Ankara) et de Diyarbakır étaient parmi celles en pointe des luttes. En 1984, à Metris une grève, avec la participation de 400 prisonniers a fait quatre morts.

La grève de la faim la plus marquante avec une participation massive s’est déroulée en 2000. Entamée en octobre, simultanément dans plusieurs prisons, par 816 prisonniers. Au bout d’un mois, cette grève s’est transformée en “jeûne de la mort”. Les forces armées turques sont alors intervenues dans les prisons dans le cadre des opérations intitulées “Retour à la vie”, faisant 30 morts dans les détenus. 2 gendarmes y ont perdu la vie. Pour que le mouvement de grève de la faim prenne fin, des personnalités comme Yaşar Kemal, Zülfü Livaneli, Orhan Pamuk, Oral Çalışlar et Can Dündar avaient essayé de se faire les médiateurs. Le bilan de ces grèves fut très lourd : 107 personnes sont décédées et 500 en ont gardé des séquelles à vie.

Le mur de silence

L’attitude des “médias” est bien souvent celle de la non prise en considération de cette forme de lutte. “ils s’arrêteront…“. Et il faut bien se rendre à l’évidence, alors que ce moyen d’action vise justement à attirer le regard du public, lorsque tous les autres ont été utilisés, ces “médias” ne commencent à considérer ces hommes et femmes en danger, que lorsque la situation devient dramatique… se plaçant de ce fait le plus souvent du côté des bourreaux, plutôt que dénoncer de suite les évidences pour lesquelles les personnes luttent. S’il en est ainsi des médias “alliés” de Turquie, on s’attendrait pourtant à ce que les correspondantEs de presse des pays européens réagissent avec davantage de célérité, au bout de 58 jours, alors qu’ils disposent de tous les éléments pour le faire. Ne serait-ce pas la meilleure façon de “commenter” le contexte du référendum ?

Ainsi également, les gouvernements européens, parmi lesquels certains qualifiés de “nazis” il y a peu encore, persistent-ils dans leur mutisme sur ces appels au secours, tout en “protestant” avec les formes diplomatiques sur d’autres questions de “démocratie”. La première chose que l’on pourrait attendre, serait la décision de diligenter une “commission d’enquête” via le CPT justement… ainsi que la saisine du Conseil de l’Europe, à minima. Mais les grévistes de la faim ne pourront attendre un accord de 27 non plus…

Nous avons beaucoup de difficultés à saisir “où sont les lignes rouges” de ces gouvernements là, alors qu’ils sont tout à fait capables d’en établir, en urgence, et en ordre dispersé, concernant le refus de l’accueil des réfugiés… Mais peut être est-ce là le noeud du problème avec le régime turc.


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Cet article Strasbourg • En soutien aux grèves de la faim a été publié par KEDISTAN.

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Festival du film d’Istanbul • Censure pour “Zer” de Kazım Öz http://www.kedistan.net/2017/04/13/istanbul-film-kazim-oz-zer-censure/ Thu, 13 Apr 2017 14:32:01 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44815 Nous vous avions parlé de “Zer” le dernier film long métrage du réalisateur kurde Kazım Öz… Et nous avions annoncé avec joie que ce film qui parle du “massacre de Dersim” allait faire sa première lors de la 36ème édition du Festival de Film d’Istanbul, un des plus importants festivals en Turquie. Zer qui participe à […]

Cet article Festival du film d’Istanbul • Censure pour “Zer” de Kazım Öz a été publié par KEDISTAN.

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Nous vous avions parlé de “Zer” le dernier film long métrage du réalisateur kurde Kazım Öz… Et nous avions annoncé avec joie que ce film qui parle du “massacre de Dersim” allait faire sa première lors de la 36ème édition du Festival de Film d’Istanbul, un des plus importants festivals en Turquie.

Zer qui participe à la compétition dans deux volets, cinéma turc et cinéma international, raconte l’histoire de Jan, qui part à la découverte de son histoire familiale en suivant une chanson que sa grand-mère lui chantait. Les rôles sont partagés par Nik Xhelilaj, Güler Ökten, Levent Özdilek, Füsun Demirel et Tomris İncer… Zer sera en salles le 21 avril.

 Pour plus d'infos sur le film
ZER • Le prochain film de Kazım Öz en avril

ZER Kazım ÖzLa première s’est donc tenue le soir du 11 avril,  mais c’était une drôle de première…

Durant la projection, le public s’est retrouvé à plusieurs reprises avec une inscription sur écran noir, affichant :

“Cette scène étant considérée répréhensible par le Haut conseil de contrôle du Ministère de Culture de la République Turque, vous ne pouvez pas la voir.”

Le Ministère de Culture a purement et simplement censuré plusieurs scènes, toutes liées au “massacre de Dersim” lors duquel les populations kurdes alévies ont été massacrées par l’armée de la République de Turquie, entre 1937 et 1938.

Zer avait pourtant bénéficié pendant la période de projet et tournage, d’une subvention à la production du même ministère…


Question d’histoire : Dersim, qui es tu ?
Dersim, l’Etat combat aussi les morts

Notons que la production du film avait commencé pendant le “processus de résolution”, entre 2009 et 2014. A l’époque, le pouvoir AKP s’était mis à la table de négociations afin de trouver des solutions pour résoudre “le problème kurde”. Durant cette période, une trêve avait interrompu la lutte armée, l’ambiance s’était adoucie, un grand nombre de membres de guérilla était rentré de la “montagne” et un espoir de paix sociale, de vivre ensemble était né. Jusqu’à l’interruption unilatérale des négociations, et la mise en chaos et en sang des régions kurdes, après les résultats des élections de juin 2015, insatisfaisants pour Erdoğan, parce que n’offrant pas la majorité parlementaire à l’AKP pour poursuivre son projet de “présidentialisation”, cette trêve a eu cours. Rappelons le, la réforme constitutionnelle pour la “présidentialisation” sera votée (ou pas), par référendum, le 16 avril prochain.

Kazım Öz, pour rendre visible les pratiques répressives de la censure, a préféré ne pas “couper” les scènes considérés comme “répréhensibles” par le ministère, et a laissé se dérouler les bobines avec la couleur de la censure ; le noir. Il explique :

“Ce dont nous sommes témoins est annonceur de quelque chose ; on veut entamer une période sombre dans le cinéma. Nous devons lutter contre cela. Le fait qu’un film soutenu par le Ministère de Culture, soit ensuite censuré par le même ministère, démontre de quelle façon il est “démocrate” dans le sens des besoins du pouvoir. J’ai voulu afficher cette pratique de censure par le maintien de scènes obscurcies.”


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Reportage • “La faim” à Diyarbakır http://www.kedistan.net/2017/04/13/greves-de-la-faim/ Thu, 13 Apr 2017 14:26:43 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44830 A Diyarbakır, depuis quatre jours, des citoyens se sont mis en grève de la faim pour soutenir le mouvement entamé depuis 57 jours (au 13 avril) par 219 prisonniers kurdes, dans 27 prisons. Tous les trois jours, les grévistes, toujours présents au nombre d’une vingtaine environ, se relaient. Ce sont principalement des hommes et femmes […]

Cet article Reportage • “La faim” à Diyarbakır a été publié par KEDISTAN.

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A Diyarbakır, depuis quatre jours, des citoyens se sont mis en grève de la faim pour soutenir le mouvement entamé depuis 57 jours (au 13 avril) par 219 prisonniers kurdes, dans 27 prisons.

Tous les trois jours, les grévistes, toujours présents au nombre d’une vingtaine environ, se relaient. Ce sont principalement des hommes et femmes âgéEs, avec quelques plus jeunes parmi eux, et des représentants du HDP et du DBP.

faim

Sultan, le visage marqué par les années, n’a pas de proches emprisonnés, mais “ce qui leur arrive en prison nous arrive à tous”. Safiye renchérit “ce sont tous nos enfants, notre chair. Les prisonniers, ceux qui sont dans les montagnes, ceux qui sont morts dans la guérilla sont notre famille à tous. Ils sont là parce que l’état nous étouffe. Nous ne pouvons pas oublier les massacres de Cizre, de Sur, les corps que nous n’avons pas pu enterrer. Espérons que Erdoğan finisse comme Saddam.”

Le frère de Ramazan est emprisonné depuis 22 ans. Il rappelle les revendications des prisonniers : la fin de l’isolement pour Abdullah Öcalan, leader du PKK. La reprise du processus de paix et la fin des couvre-feux qui touchent encore nombre de villes et villages kurdes. Mais aussi la fin du harcèlement et des tortures dont sont victimes les prisonniers. De nombreux témoignages ont rapporté les exactions dont ils sont victimes. Certains prisonniers sont privés de téléphone. Des familles venues visiter des proches ont du se soumettre à des fouilles à nu humiliantes, ou se sont vues carrément interdire de visite. Les conversations avec les avocats sont enregistrées. Dans certaines prisons, comme à Çorum, les prisonniers accusent les gardiens de brimades et de tortures physiques. D’après eux, ces gardiens auraient également officié durant les massacres à Nusaybin et prendraient plaisir à se venger sur les détenus.

“Les premiers grévistes ont commencé il y a 57 jours”, explique Ramazan, l’air sombre. “Nous atteignons une phase critique. Chaque jour nous nous attendons à une mauvaise nouvelle. Nous ne voulons pas d’issue tragique, juste obtenir justice. Tout le monde, tous les pays devraient se sentir responsables de cette situation. Nous voulons que l’Europe, la cour pénale internationale, envoient des délégations pour constater la situation.” Le ministère de la Justice, sollicité par des députés du HDP, n’a pas encore répondu à leur demande d’entretien. L’ombre de la dernière grande vague de grèves de la faim, dans la première décennie des années 2000, plane sur eux. Plus de 100 détenus y avaient laissé leur vie, et des centaines étaient restés blessés à vie.

 
Prisons turques • Grèves de la faim : “C’est peut être la dernière fois qu’on se voit”

L’inaction de l’Europe est pointée du doigt par nombre des soutiens des prisonniers. Mehmet ne comprend pas que “Erdoğan insulte l’Europe, mais personne ne réagit, surtout la France qui autorise les meetings de ministres”.

Sultan ajoute “Erdoğan ment à la télé. Nous voulons que ses partisans se rendent compte qu’il essaie de diviser les gens.  Nous, nous ne voulons pas que Turcs et Kurdes soient ennemis, nous voulons la liberté pour tous.”

Loez

Merci à Xezal pour la traduction des entretiens.


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Interview avec Abdullah Demirbaş • “La couleur des larmes” http://www.kedistan.net/2017/04/13/la-couleur-des-larmes/ Thu, 13 Apr 2017 01:02:53 +0000 http://www.kedistan.net/?p=44392 Nous re-publions, avec l’aimable autorisation d’Elodie Perrodil, journaliste, une interview publiée initialement sur l’hebdomadaire luxembourgeois Le Jeudi (en version réservée aux abonnéEs). Un tribunal d’Istanbul a confirmé début avril le précédent verdict de M. Demirbaş, datant de 2009, dans l’affaire “KCK”. Abdullah Demirbaş a fait appel. C’est sa dernière chance pour éviter l’emprisonnent. Ergün Ayık, président de la […]

Cet article Interview avec Abdullah Demirbaş • “La couleur des larmes” a été publié par KEDISTAN.

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Nous re-publions, avec l’aimable autorisation d’Elodie Perrodil, journaliste, une interview publiée initialement sur l’hebdomadaire luxembourgeois Le Jeudi (en version réservée aux abonnéEs).

Un tribunal d’Istanbul a confirmé début avril le précédent verdict de M. Demirbaş, datant de 2009, dans l’affaire “KCK”. Abdullah Demirbaş a fait appel. C’est sa dernière chance pour éviter l’emprisonnent.

Ergün Ayık, président de la Fondation de l’église arménienne Surp Giragos de Diyarbakır et par Can Sakarer, président de la Fondation de l’Eglise assyrienne de la Vierge Marie de Diyarbakır, le soutiennent dans sa campagne internationale. Environ 7 journalistes de la presse internationale était présents samedi à une rencontre.


 L’affaire dite du KCK relève du règlement de comptes politique. Elle a commencé après la victoire électorale du BDP aux municipales, en 2009, et l’échec de l’AKP qui espérait conquérir Diyarbakır. Des maires, des fonctionnaires municipaux, des membres d’associations, des journalistes travaillant pour des médias kurdes, des syndicalistes, furent alors arrêtés, accusés de séparatisme et de terrorisme (déjà.)

Photo ©Elodie Perrodil

La couleur des larmes

Abdullah Demirbaş est un conteur humaniste et pacifiste, un défenseur du multiculturalisme dans son pays, la Turquie. Entre 2004 et 2014, à l’époque où il était maire de Sur, grand quartier de la vieille ville de Diyarbakır, l’ancien enseignant a publié un recueil de contes pour enfants en kurde et en assyrien. Il a aussi œuvré pour le multilinguisme dans son administration et la reconnaissance de tous les cultes. En raison de ses positions, l’élu a été jugé en 2007 pour « usage illicite de fonds publics », « atteinte à l’unité de la nation », « soutien à une organisation terroriste » et même « crime linguistique ». Forcé de quitter ses fonctions pour purger plusieurs mois de prison, il a été ensuite réélu à son poste, en 2009, avec 66% des voix. Arrêté à nouveau en 2015, il vit en liberté conditionnelle à Istanbul, et risque un total de 300 ans d’emprisonnement.


Sur, la cité historique de Diyarbakır, ville en partie classée par l’UNESO et capitale symbolique du mouvement kurde, a été ravagée par l’armée turque au nom de combats contre la rébellion du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), de l’automne 2015 à mars 2016. En partie vidée de ses habitants, son centre, vieux de plusieurs millénaires, fait l’objet d’un nouveau plan d’urbanisation de la part des autorités turques, qui risque de modifier à jamais son patrimoine social et historique.


 Sur, Diyarbakır un rapport accablant
 Sur, génocide culturel et social d’après massacre

Les co-présidents de votre parti, le HDP, Selahattin Demirtaş and Figen Yüksekdağ sont passibles de 142 ans et 83 ans de prison pour leurs activités politiques. Qu’en pensez-vous ? (*Figen Yüksekdağ a récemment été condamnée à un an de prison pour un de très nombreux chefs d’accusation qui la maintiennent en prison.)

Je pense que par ses actions, l’état turc encourage le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Si un élu, comme M. Demirtaş, qui œuvre pour la paix et utilise la voie politique, est passible de la prison à vie, alors, les jeunes Kurdes perdent espoir dans la démocratie et se tournent vers la rébellion. Prenez mon exemple. Je suis une personne qui a toujours cru que le dialogue était la solution, pas la guerre. Je n’ai jamais porté une arme et je n’en ai jamais possédé. Pourtant, j’ai été emprisonné deux fois, et je pourrais passer le reste de mes jours en détention. En réaction, mon plus jeune fils a rejoint le PKK. Il ne croit plus en la justice et la démocratie dans son pays. L’Etat arrête les politiciens élus de manière démocratique et pousse les jeunes dans l’illégalité.

Un référendum en vue de renforcer les pouvoirs du président Erdoğan se tiendra le 16 avril. Qu’en attendez-vous ?

Le président Erdoğan s’est déjà donné le droit de fermer des médias, de mettre des journalistes en prison, d’arrêter des élus du HDP et de placer des administrateurs pour certaines municipalités kurdes, dont Diyarbakır. Il a fait tout cela sans attendre d’être un « super-président ». Je n’ose pas imaginer ce qu’il fera avec les droits dont il héritera avec la nouvelle constitution. Le régime super-présidentiel ne va pas améliorer la démocratie en Turquie ou au Moyen-Orient. M. Erdoğan s’attaque déjà à toute forme d’opposition. Et la raison pour laquelle il s’attaque au Kurdes est que nous sommes solidaires dans notre défense de la démocratie, de la laïcité et de l’harmonie en Turquie.

Justement, vous aviez pensé que Sur pouvait être un exemple d’intégration ?

Oui, j’ai toujours pensé que la paix au Moyen-Orient ne peut être atteinte qu’à travers une approche multiculturelle, multi-confessionnelle et multilingue. Nous voulions adapter cette théorie à Diyarbakır et en faire un exemple pour la région. Nous avons imaginé Sur comme une cure contre le racisme. J’ai une approche philosophique à ce sujet. Je vois le monde comme un jardin de fleurs. Chaque fleur a une forme, une couleur et un parfum diffèrent. Si vous détruisez une fleur parce qu’elle ne vous plait pas, vous détruisez l’harmonie de tout le jardin. Si le jardin est uniquement composé de fleurs blanches, s’il n’y a qu’un parfum, qu’une variété, tous vos sens s’appauvrissent, vous devenez aveugle. Alors que si le jardin est coloré et riche, il s’en dégage une énergie positive. C’est la même chose avec les gens et les croyances. Je suis persuadé que des personnes appartenant à des ethnicités et des religions différentes peuvent vivre ensemble en harmonie. Nous avons développé les services de la municipalité de Sur en plusieurs langues, le turc, mais aussi le kurde, l’arménien, l’arabe, l’hébreu, l’assyrien et l’anglais. Nous avons restauré des bâtiments de plusieurs cultes: une église arménienne, une église chaldéenne, une cemevi alévie, une synagogue, une maison yézidie. Elles ont toutes été détruites par les derniers combats. Nous avions des programmes dédiés aux femmes et aux jeunes, pour les inciter à s’engager dans la vie civique. Et nous avons créé l’Assemblée des Quarante, regroupant 40 individus d’ethnicités et de religions différentes. C’était un groupe de réflexion et d’action unique au monde. En cette capacité, nous avons été reçus par le pape François. Nous voulions que Sur soit fier de ses racines historiques, car on estime que la ville est vieille de plus de 8000 ans et que plus de 35 cultures y ont coexisté. Cette diversité remarquable a été déniée lors de la fondation de la République de Turquie, qui s’est construite sur une seule identité linguistique et religieuse. Or, nous pensons que le multiculturalisme est la meilleure réponse à l’islam radical. 

Monument à l’amour

Vous avez été traduit en justice pour avoir publié des contes d’enfants en kurde. Parlez-nous de ce projet.

Je crois fermement que chaque individu devrait pouvoir être éduqué dans sa langue natale. En Turquie, seul le Turc est enseigné en primaire et au secondaire. Puisque la langue kurde est interdite à l’école, j’ai voulu faire en sorte que chaque maison devienne une école. Avec ces contes, nous avons invité les enfants à apprendre le Kurde chez eux. En même temps, nous éduquions les mères qui lisent ses histoires à leurs enfants. La culture kurde est encore très patriarcale. A Sur, nous voulions que les femmes s’émancipent. Pour moi, si les femmes ne se libèrent pas de leurs chaines, la société ne peut pas se débarrasser des siennes.

Etait-ce une utopie ?

Non, car ça a marché. Les habitants ont reconnu et accepté ce modèle. J’ai été élu en 2004 avec 55% des voix et réélu en 2009 avec 66%. Seul le gouvernement turc a été dérangé par cette idée. Avec l’Assemblée des Quarante, nous avons aussi construit deux statues: une en reconnaissance du génocide arménien, et un monument à l’amour, car tout commence avec l’amour.

Comment faire passer votre message de paix quand la région est dominée par la guerre et les affrontements ?

Nous n’avons pas besoin des armes. Nous établissions notre modèle de démocratie à travers nos municipalités. Mais le gouvernement turc nous a bloqué la route en arrêtant nos maires et en nommant des administrateurs à leurs place. Brûler des villages, déplacer des habitants et mettre en prison des politiciens n’est pas une solution. La solution est plus de démocratie et de libertés publiques. Nous voulons un Etat qui soit plus tolérant envers toutes les formes d’identités. La plupart de Kurdes ne demandent pas l’indépendance mais une forme d’autonomie au sein de notre région. Nous n’acceptons pas le concept de Turquie comme culture, religion et langue uniques.

La Turquie a été frappée par une série d’attentats, certains attribués ou revendiqués par des mouvements kurdes comme le PKK ou le groupe des Faucons de la Liberté (TAK). Les condamnez-vous ?

Je ne défends pas la violence. Je répète que la solution démocratique est la seule solution. Mais si l’Etat rompt le dialogue démocratique, s’il fait taire les élus politiques et les emprisonne, la violence prend le dessus. Je peux vous dire que le PKK est le résultat de l’échec de la politique turque sur la question kurde. Le PKK n’est pas à l’origine du problème, c’est son résultat. Si les opérations du PKK cessent, une autre organisation, plus violente et radicale, prendra sa place. Le TAK pense que le PKK est une organisation pacifiste, c’est dire.

Condamnez-vous le choix de votre fils d’avoir rejoint la guérilla du PKK ?

Je ne soutiens aucun conflit armé mais je respecte son choix. Mon fils ainé, lui, a fait son service militaire obligatoire il y a deux ans alors que son frère était avec le PKK. Imaginez notre situation, à ma femme et à moi. Mon épouse ne dormait plus. Depuis que notre fils a rejoint la rébellion, ma femme ne cuisine plus ses plats préférés. Elle n’en a pas le cœur. Personnellement, je refuse qu’un soldat turc, qu’un combattant kurde, qu’un gardien de village ou qu’un policier perde la vie à cause de ce conflit politique. En 2009, dans un discours, j’ai déclaré que peut-être la couleur des yeux d’une mère turque et d’une mère kurde est différente, mais que la couleur de leurs larmes est la même. A cause de cette phrase, j’ai été condamné à six ans et six mois de prison. Une haute cours a cassé le verdict, mais l’Etat a fait appel et le procès se poursuit.

Propos recueillis par Elodie Perrodil


Abdullah Demirbaş

Il est né en 1966, à Diyarbakır. Il était l’ancien maire (BDP, Parti de la paix et de la démocratie) de la municipalité de Sur, quartier historique de Diyarbakır.
Après des études en sociologie à Fırat Université de Elazığ, il a travaillé en tant que professeur de philosophie, de 1987 à 2007, contribuant à la création de  l’antenne d’Eğitim-Sen, le syndicat des enseignants.
Lorsqu’il a été élu Maire de Sur en 2004, il s’est engagé auprès de son électorat pour officialiser la langue kurde. En 2007, Abdullah et les membres du conseil municipal ont été démis de leur fonctions, pour motif :”utilisation de la langue kurde dans les affaires officielles”. Ensuite, il a été accusé de “détournement des ressources municipales”, pour avoir fait imprimer un livre pour enfants et des brochures touristiques, en kurde. Le Congrès du Conseil de l’Europe avait intégré ce dossier dans son rapport de 2007 et la “Recommandation 229 sur la Démocratie Locale en Turquie”.
Lors des élections locales de mars 2009, il a été réélu avec une forte majorité. En mai 2009, il a été condamné à une peine de prison de 2 ans pour avoir commis un “crime de langue” en utilisant une autre langue que le turc, langue officielle.
Abdullah, militant pour la reconnaissance de toutes les langues minoritaires, a appelé la Turquie en 2009, à ratifier la “Charte Européenne des Langues Régionales ou Minoritaires”.
Il a autorisé et encouragé l’utilisation des langues des minorités, telle que le kurde, mais aussi l’arménien,le zazaki, l’arabe et le syriaque. Pour le personnel de sa mairie, il a donné la priorité aux personnes parlant ces langues. Il a ajouté sur les panneaux de sa municipalité, les noms des lieux en différentes langues minoritaires.
Par ailleurs, il a fait des pas précurseurs dès 2009, pour les droits des femmes. Par exemple, il a fait ajouter dans les convention de travail avec les employéEs de la municipalité, un article concernant les violences faites aux femmes, Il a mis en place une procédure qui versait les 50% des salaires des employés qui pratiquaient la violence en famille, à leur femme.
SurIl a mis en place le mémorial “Conscience commune” à Diyarbakır, sur lequel était inscrit en turc, kurde, anglais, arménien, hébreu et arabe “Nous avons mis les souffrances en commun, pour qu’elle ne soient pas vécues à nouveau.”
Un autre projet de 2009, était pédagogique et culturel “Une histoire pour chaque maison” (Sere Şeve Çiroke en kurde, et en turc Her Eve Bir Masal), visait à publier des 365 histoires pour enfants en kurde et en d’autres langues minoritaires. Le projet a été poursuivi et suite à la décision défavorable du tribunal, il a été abandonné en septembre 2009.
Abdullah, a été arrêté le 24 décembre 2009, lors d’une vaste opération appelée “opération KCK” qui allait retenir des milliers de politiques kurdes derrière les barreaux pendant des années… A peine une semaine plus tard, il publiait une lettre ouverte depuis la prison, pour solliciter un traitement médical et attirer l’attention sur le caractère politique de son arrestation.
Abdullah Demirbaş en arrestation. Diyarbakır, 2009
Abdullah Demirbaş souffre d’une maladie héréditaire diagnostiquée en 2002. Il est atteint de thrombose veineuse profonde qui génère la formation d’un caillot dans le réseau veineux profond des membres inférieurs. Risquant à tout moment des ambolies, il doit être sous contrôle médical en continu.
Malgré sa maladie il a été gardé en détention, pendant 5 mois. Suite à l’aggravation de son état de santé il a été hospitalisé pendant 55 jours, puis libéré enfin le 15 mai 2010, pour des raisons médicales.
Sa maladie nécessitait des soins spécifiques, possibles à l’étranger, mais bien que libéré, il a été interdit de sortie de territoire. Il s’est beaucoup battu pour faire lever cette interdiction.
Après avoir été démis de ses fonctions de Maire, en 2014, Abdullah était retourné à l’enseignement, son travail initial, dans une école à Istanbul.
Le 8 août 2015, il a été de nouveau arrêté cette fois pour “opposition à la loi empêchant le financement du terrorisme” et “être membre d’organisation terroriste”. Il a été libéré deux mois plus tard, le 5 octobre 2015, pour des raisons de santé.
Le 30 novembre 2015, Abdullah a été démis de son travail d’enseignant, pour motif “ne pas avoir commencé son travail à son école sans motif” à la rentrée de l’année scolaire, le 1er septembre 2015, alors qu’à cette date, il avait été jeté en prison.
Depuis, il a été inquiété et mis en garde-à-vue à plusieurs reprises. Certains procès à son encontre sont toujours en cours.

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