La poétesse Delphine Durand poursuit son parcours solidaire.

Après un hommage à Havrin Khalaf, un soutien aux prisonniers et prisonnières politiques en Turquie, un poème sur la geôle de Diyarbakır, un écho aux œuvres de Zehra Doğan, elle nous offre la lecture d’un poème qu’elle dédie à Nûdem Durak, chanteuse kurde, accusée de complicité “terroriste” et condamnée à 19 ans de prison pour avoir chanté en Kurde, sa langue maternelle…
Nûdem est incarcérée depuis près de cinq ans : une peine censée prendre fin en 2034.

Cet émouvant poème est illustré par une vidéo réalisée par l’artiste Justine Oz, en solidarité avec Nûdem.

 

Chanson pour Nûdem Durak

 

Blanches sont les collines

Dans les yeux absents

D’une ville morte

Kobanê s’endort sur l’épaule de la mort

Elle se souvient qu’elle n’est plus qu’une loque

Sous les empreintes innombrables de bottes

Au front du galop

Tu bois la pluie de l’orage

La neige recouvre

L’agonie de la fleur

Les lignes de ta vie

Habillent la rosée

Ton corps de cire

Brûle plus vite qu’une bougie

Kobanê

Le sang caille sur le pilori

Au miroir de la soif

Nous sommes tous les enfants

Du perce-neige

Les reflets rougissants

Du couteau ouvre

Ton larynx s’écartèle

Ta langue cherche sa route comme les aveugles

Dépecée par le sabre sénile des hommes

Le léger suaire de ta peau

Fait des lambeaux

De ce corps kurde

Ce corps interdit

Qui devient soleil d’os

Tu deviens guitare

Je souffre

Tu entres dans ma chair pour inonder ma solitude

Je ne suis qu’une étoile interminable

Mon corps pèse moins que le jour dans sa cage d’infini

Dans la tendresse

De ta voix

Coupée

Comme des quartiers d’orange

 


Vous pouvez soutenir Nûdem Durak

Pétition Free Nûdem Durak • Facebook  Free Nûdem Durak • Twitter @NudemDurak •  Youtube Free Nûdem Durak • Ecrivez à Nûdem et à ses camarades de cellule : Nudem Durak M Tipi Kapalı Cezaevi Bayburt – TURQUIE

Delphine Durand

Delphine Durand
Historienne de l’art, mystique, poète, laissons au pluriel magnifique les mots de l’invisible… Delphine est ontologiquement présente dans la seule perdurable présence de l’art.
Après des études de théologie et de philosophie, elle choisit l’histoire de l’art mais son cœur nervalien l’entraine vers des univers fantasmatiques et sauvages, et enfin la poésie où nous sommes tous libres.

Image à la une : Justine Oz

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