Sadık Çelik • Interview avec la Fraternité de Kazdağları

Kazdağları Mount ida

Lors d’un périple en canoë que j’ai réalisé il y a deux ans, de Bordeaux au Conseil Mondial de l’Eau à Marseille, j’avais fait un voeu : “L’eau, les forêts, les animaux, les êtres humains, et la Terre retrouveront leur liberté grâce à la solidarité !”


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Je crois avec coeur, que, malgré tous les points négatifs, malgré les “héritiers” de la gauche qui jouent à croches pieds avec nos efforts pour un autre monde, il existe un chemin de sortie. Je suis convaincu que les jeunes générations, avec leur propre dynamique, manières et inventivité, et les anciens qui les écoutent avec politesse, et les comprennent, seront au premier rang, avec leur talent commun pour la compréhension et la défense de la vie. C’est avec leur solidarité que les temps mauvais seront révolus du côté de la vie, c’est à dire à la faveur de l’eau, des terres, des forêts, des animaux et humains.

Se motiver dès aujourd’hui pour l’étape finale qui se jouera sur notre planète épuisée et gravement blessée, portera nos nouveaux réflexes vitaux crées par nos sensibilités vers les beautés réelles de la Terre.

Il suffit de ne pas se résilier devant les conditions imposées par les voyous, ennemis de la planète. Dans toutes les circonstances, il existe encore des choses que chaque personne, chaque groupe pourrait faire, pour le bienfait de la Terre… Un peu partout, il y a des fronts qui font face aux voyous et qui s’élargissent, à Munzur, à Hasankeyf, à Alakır, dans la région de la Mer Noire, sur le mont Ida – Kazdağları, mais aussi en Amazonie, au Honduras, au Dakota, en Inde, en Bolivie… Dans un proche avenir, toutes ces contrées seront, grâce à la lutte solidaire autour de l’eau, des “démocraties de l’eau”. C’est en me tenant sur cette bifurcation à travers l’eau, que j’envoie encore une fois mes salutations, solidarité et amitiés à toutes ces luttes.

Et je comprends aujourd’hui, en observant la résistance pour le Mont Ida – Kazdağları, que je ne me trompe pas. En espérant que cette lutte ouvre le chemin des résistances et solidarités à venir, et pour porter l’enthousiasme de ces jours de résistance à Kazdağları vers d’autres contrées, je partage avec vous, les amiEs de la vie, cet interview que j’ai réalisé avec “La fraternité de Kazdağları”.

kazdaglari
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NOTE DE KEDISTAN

Le mont Ida, en turc Kazdağları, est une chaîne montagneuse de 1774 m d’altitude, délimitant la région de Troie. Depuis le 26 juillet 2019, des milliers de personnes se mobilisent pour contester un projet de mine d’or entrepris par la filiale turque d’une entreprise canadienne Alamos Gold.
Les écologistes dénoncent ce projet destructeur d’un précieux écosystème et interpellent également sur une future catastrophe environnementale et sanitaire liée à l’utilisation de cyanure pour extraire l’or, polluant les sols, les cours d’eau et les nappes phréatiques. Par ailleurs, les images satellites révèlent qu’en début août, des bulldozers ont déjà arraché plus de 195 000 arbres, soit quatre fois plus que prévu…

Une pétition demandant l’arrêt immédiat du projet, a recueilli plus de 500 mille signatures jusqu’à ce jour. Vous pouvez également contribuer, en suivant ce lien


Kazdaglari Alamos Gold

• Commençons par l’histoire de la Fraternité de Kazdağları. Pourquoi, où et comment vous êtes-vous réunis et qu’avez-vous fait jusqu’à présent ?

La Fraternité de Kazdağları s’est réunie pour protéger et défendre la vie de tous les êtres vivants contre toutes les tentatives telles que les mines et les centrales électriques qui peuvent nuire à l’écosystème et au cycle naturel. CertainEs d’entre nous vivent dans différentes régions de Çanakkale depuis longtemps et d’autres depuis quelques années. Nous étions déjà amiEs avant de nous réunir en tant que collectif. Nous avons décidé d’agir ensemble après avoir assisté à la réunion d’information publique du projet Çamyurt, l’un des autres projets d’Alamos Gold dans la région. Nous n’avons pas une histoire de luttes écologiques en tant que collectif, mais nous avons participé à d’autres luttes en tant qu’individus auparavant. Il y a beaucoup d’informations à ce sujet, beaucoup a déjà été fait sur différents problèmes connexes. Beaucoup d’entreprises sont présentes ici. Comprendre ces informations et comprendre notre situation actuelle était essentiel pour déterminer notre ligne de conduite. Cela a donc un peu façonné notre processus en fait. Déterminer les voies que nous allons suivre pour la lutte juridique afin de révéler l’abus des droits, construire nos propres méthodes d’action pacifique, contacter et communiquer avec les autres en Turquie et dans le monde pour créer un réseau de solidarité pour notre mouvement et finalement faire entendre notre voix peut être résumé comme ce que nous avons fait jusqu’ici.

• Avez-vous des similitudes avec le collectif Fraternité de la Vallée d’Alakır ? Pouvez-vous nous parler un peu de votre communication avec eux et du travail que vous avez fait ensemble ?

Le processus en cours sur Alakır est l’une des luttes les plus importantes qui a inspiré la Fraternité de Kazdağları en montrant qu’il est possible de s’unir et de résister à la destruction écologique. Notre amitié avec eux remonte à avant le début de notre voyage. La Fraternité de la Vallée d’Alakır a suivi le processus avec nous depuis que nous nous sommes mis en avant pour cette lutte. En plus de nos similitudes, nous avons des différences qui découlent de différences dans nos processus. Par exemple, les différences entre ce qu’il faut faire au sujet des centrales hydroélectriques et des mines d’or, les conditions de la région du Mont Ida, la nécessité de communiquer avec les organisations qui ont commencé la lutte dans cette région avant nous. D’autre part, comme nous l’avons mentionné, les expériences d’Alakır et d’autres mouvements ont été très importantes pour nous de ne pas repartir à zéro et de découvrir plus facilement ce que nous allions faire. Nous en avons tiré profit et avons modelé notre processus en fonction de nos propres conditions. Nous sommes constamment en communication avec eux et nous sommes solidaires de ce qui doit être fait pour faire entendre notre voix. Vous trouverez Alakır sur nos pages et nous sur les leurs. Au-delà, nous sommes un dans le cœur ; nos raisons, un autre monde dont nous rêvions, nos croyances, nos défenses sont un.

Kazdağları

• En combien d’années ce pillage de mines nationales et étrangères a-t-il commencé sur le Mont Ida – Kazdağları et comment avons-nous fini par arriver à cette éco-destruction actuelle ?

Les projets d’éco-destruction ne sont pas nouveaux. Les licences pour la mine d’or de Kirazlı ont été prises en 1987 par Tüprag Mining, le sous-traitant d’Eldorado Gold. En 1989, ils ont vendu 50 % de leurs actions à Newmont, puis Newmont a quitté les permis. Directore General of Mining a fait un appel d’offres pour un contact en 2002, Tech Resources a repris et en 2004, avec 40 % des actions, et Fronteer Development s’est impliqué. En 2004-2005, ils ont effectué des forages et en 2007, le premier rapport technique a été publié. Pendant cette période, les changements apportés à la loi minière les ont aidés à s’impliquer et à bien investir dans la région. Par la suite, le processus s’est poursuivi avec les permis d’Alamos Gold et les forages de Teck Cominco. Alors que ce processus se poursuivait pour Kirazlı, à partir du début des années 2000, il y a eu une augmentation significative du nombre de projets dans la région Kazdağları. C’est ainsi que la carte actuelle du pillage a commencé à émerger à partir de l’an 2000 et suite aux reformes de la loi minière. La lutte des mouvements de la région a commencé en 2007. Soit dit en passant, ces dates ne sont pas une coïncidence, nous pouvons dire que l’éco-destruction à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui dans de nombreuses régions de la Turquie suit la même chronologie.

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• Cette nouvelle vague d’éco-destruction dans le monde est basée sur le pillage et la commercialisation des gisements souterrains d’or, de gaz et de pétrole avec un soutien étatique hautement protégé, notamment dans les domaines de l’eau et des forêts. Selon vous, qu’est-ce qui fait que cette avidité mondiale est à ce point insouciante ?

En plus de parler de ce que les entreprises font à ce sujet, il est important que nous nous concentrions sur ce que nous faisons et sur notre mode de vie. Nous consommons. Nous ne revendiquons pas ce que nous avons et où nous vivons. Nous sommes aliénés par tout ce qui concerne notre vie ; de la nourriture que nous mangeons aux vêtements que nous portons, de la technologie que nous utilisons aux décisions que nous prenons sur notre vie. Il y a une demande, nous sommes toujours exigeants. Nous le faisons par habitude, inconsciemment. Nous répétons ce qu’on nous a enseigné… Nous parlons souvent des médias sociaux et de l’énergie que nous utilisons pour la lutte minière, car nous remettons en question beaucoup de choses encore et encore. Le coût d’une alliance est de 20 tonnes de déchets miniers, est-ce la preuve de l’engagement de deux personnes ? C’est nous qui donnons cette chance à cette avidité mondiale. Nous devons changer. Ce qui rend cela aussi insouciant, c’est la frénésie de la consommation ; c’est le fait que nous ne prenions pas soin de nos biens communs, que nous oubliions que la volonté pour notre vie nous appartient. D’un autre côté, tout est très explicite quand on regarde la capitale. Nous essayons de traiter avec des entreprises concurrentielles que nous ne sommes pas en mesure de comprendre la valeur des zéros des valeurs des actionnaires. Tous les moyens légitimes du système sont utilisés pour se régénérer ; l’éducation, les médias, les emplois que nous devons exercer pour répondre aux besoins de la vie, etc. Nous parlons de demander l’abus de droits à des gouvernements en lutte juridique, mais ils sont en fait les autres acteurs de ce secteur. Des êtres vivants dans les endroits où les grandes entreprises, en collaboration avec les gouvernements, exploitent, paient le prix de leurs profits.

Prochaine cible d’Alamos Gold, Çamyurt :

• Comment les luttes juridiques et de fait des habitants de Kazdağları contre les projets d’éco-décomposition ont-elles appartenu à Alamos Gold et à ses dérivés, la main étrangère des pillards d’or qui ont saccagé la région a eu un impact sur cette ultime résistance aujourd’hui ? Quelle a été l’attitude de la Fraternité de Kazdağları au cours de cette lutte ?

La lutte dans la région a une longue histoire, comme nous l’avons déjà mentionné. Outre les demandes de projets en cours et les procédures d’évaluation de l’impact sur l’environnement (EIE – ÇED en Turc), les organisations ont gagné ici des actions en annulation, dont de nombreuses affaires qui ont été classées au début des procédures d’EIE, lors de réunions publiques d’information ou lors de réunions du Comité d’inspection et d’évaluation. Récemment, la lutte de fait à Kirazlı a eu un grand impact sur l’arrêt du projet de mine d’or Havran Demirtepe dans la région. Bien que le degré d’illégalité à ce stade-ci soit terrifiant, l’histoire de la lutte juridique du projet de mine d’or et d’argent Kirazlı en est un autre exemple. Ce projet a été arrêté par décision du Conseil d’État. La suite des événements est très controversée, mais nous pensons qu’il est important que la lutte juridique se poursuive. Tout le monde n’a pas la même opinion et n’est pas obligé d’adopter les mêmes méthodes, de sorte que la loi, au moins pour faire ressortir les abus de droit et pour résister à cet égard, est un terrain très unificateur. Bien sûr, ce terrain a eu un impact majeur sur la formation du potentiel de résistance ultime d’aujourd’hui. La Fraternité de Kazdağları a poursuivi les luttes juridiques qui se déroulaient depuis le jour où nous nous sommes réunis et, au besoin, s’est efforcée de partager le flux d’informations et a essayé de faire passer le mot de ce côté-ci de la lutte. En fait, nous avons également pris part à presque toutes ces actions de facto. En outre, bien sûr, nous avons notre propre action et nos propres stratégies juridiques.

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• Vers où pensez-vous que ce processus va évoluer ?

Nous espérons que le mouvement écologiste en Turquie gagnera une autre accélération avec ce mouvement. Nous nous sommes déjà joints à la plupart des luttes en cours ici. Depuis le début, nous suivons et communiquons avec les mouvements sociaux/écologiques liés à cette question dans le monde entier. A un moment donné, nous nous attendions, après un long silence patient, à ce que cette vague se reflète également en Turquie. Aujourd’hui, il y a Salda, Fatsa, Alakır, Forêts du Nord, Metu, Mount Munzur, et Mount Murat, Sinop, Cerattepe et malheureusement beaucoup d’autres luttes dans ce pays. Nous croyons que ces luttes, chacune initiée avec son propre pouvoir dans sa propre localité, seront plus fortes ensemble. Ensemble, nous sommes tout à fait confiants que nos voix seront plus fortes et nous sommes pleins d’espoir pour une telle réalisation. Cependant, d’un autre côté, les dimensions du pillage sont terribles, de nouveaux projets et de nouveaux plans sont faits en ignorant ces luttes. Peut-être que le fait que nous trouvions une voix aussi forte est une occasion pour le public de parler sérieusement de cette question et de réaliser que la lutte est une défense de la vie au niveau supra-politique.

• Au niveau transnational, comment la réalité et la résistance de la Fraternité de Kazdağları interagissent-elles avec d’autres domaines de résistance similaires dans le monde ? Par exemple, avez-vous des contacts avec les amiEs grecs de l’autre côté des Dardanelles, qui résistent aux agresseurs internationaux comme Eldorado Gold qui a pillé les forêts et les eaux grecques, empoisonné au cyanure ?

En fait, la plupart des entreprises qui luttent en face sont les mêmes. En règle générale, seules les deuxièmes entreprises sous-traitantes dans les zones locales sont en train de changer. Par exemple, l’un des endroits où Alamos Gold a été détruit lors d’accidents très graves est la mine Mulatos, au Mexique. Eldorado Gold se trouve sur Uşak, en Turquie ainsi qu’en Grèce. Nous sommes en contact/essayons d’être en contact avec les luttes dans de nombreuses parties du monde. Il existe un réseau de lutte contre les mines appelé Yes to Life No to Mining. Nous communiquons avec ce réseau. Le cœur du secteur minier bat au Canada, bien qu’il ne soit pas directement touché par ce secteur, il existe d’importants mouvements et réseaux anti-mines au Canada qui communiquent avec les luttes locales dans le monde. Nous sommes solidaires avec eux. Nous avons eu des contacts avec nos amis en Grèce au début de l’histoire, mais nous n’avons pas encore établi d’agenda commun, mais nous essayons d’établir à nouveau un lien dans le processus actuel.

Nous avons des relations avec des militants et des mouvements locaux de nombreux pays, mais le processus ici est vraiment compliqué en ce moment et la résistance vient seulement de s’accélérer, alors la réponse à la question de ce que nous pouvons faire ensemble sera déterminée par des aspects progressistes.

ecologie kazdaglari

• Quelles sont les revendications concrètes des composantes de la Fraternité de Kazdağları ?

Tout d’abord, nous demandons au Gouvernorat de Çanakkale et au Ministère de l’Environnement et de l’Urbanisme de déterminer le nombre d’arbres coupés en violation du rapport d’EIE, d’arrêter immédiatement l’opération qui est également en violation de l’EIE et d’imposer les sanctions légalement nécessaires pour le projet de mine d’or-argent Kirazlı. Cependant, il y a 40 autres projets d’exploitation de mines métalliques dans la région, dont 27 sont des mines d’or. C’est une destruction irréversible pour la région de Kazdağları. Dans leurs déclarations, les institutions soutiennent que la région minière est loin de Kazdağları. Cette région est cependant un écosystème forestier et montagneux unique. C’est aussi une région très précieuse sur le plan du patrimoine culturel, avec des milliers d’années d’histoire. Nous voulons que ces projets de pillage cessent et que toute la région soit déclarée zone protégée.

• Y a-t-il autre chose que vous voulez ajouter ?

Les régions du Kazdağları ne sont pas les seules à souffrir de cette éco-destruction. Chaque lutte locale doit faire entendre sa voix plus fort. L’impact de l’industrie minière devrait être examiné plus en détail en ces jours où la crise climatique mondiale est à l’ordre du jour. La solidarité devrait s’accroître. Dans la poursuite de la résistance, ils voudront politiser et provoquer cette question à la fois localement et globalement. Nous défendons que c’est lié à notre vie et qu’il s’agit d’une question de supra-politique. Nous n’avons aucune revendication idéologique, notre seule préoccupation est notre droit à la vie. C’est la seule chose que nous voulons dire.

Nous tenons à exprimer notre sincère reconnaissance à tous les défenseurs de la vie qui sont solidaires et qui se joignent à nous en écoutant nos voix.

Kazdağları / Mont Ida nous appartient à touTEs !
Touche pas à mon arbre !


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Sadık Çelik
REDACTION | Journaliste | Gazeteci

Photographe activiste, libertaire, habitant de la ZAD Nddl et d'ailleurs.
Aktivist fotoğrafçı, liberter, Notre Dame de Landes otonom ZAD bölgesinde yaşıyor, ve diğer otonom bölge ve mekanlarda bulunuyor.
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