Barış Balseçer • La renaissance du Kurde

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Cet article de Barış Balseçer, “Diriliş”, sera publié bientôt en turc sur Politikart.


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La renaissance

• Dans les prisons de Turquie,  fin mars 2019, quatre jeunes personnes ont mis fin à leur vie, pour “briser l’isolement d’Öcalan” : Zülküf Gezen, Ayten Beçet, Zehra Sağlam, et ensuite Medya Çınar…

L’obscurité du matin, tapis dans une malédiction, chargé de douleur au cœur. Ceux qui était silencieux n’étaient pas les murs. Il y a aussi ce que le poing dit au mur en le frappant, évidemment. Les murs sont les cartes dessinées de dix ans d’emprisonnement. Alors que les montagnes étaient sur le point de reculer d’un pas et d’accoucher la lumière, il a laissé dans la cellule tissée de froid, le poids de sa malédiction. Il a mis le printemps de sa jeunesse de côté, semé des étoiles sur le plafond de sa cellule. A cet instant où des milliers de corps étaient allongés dans le sommeil de résistance, unE Kurde est mortE.

“Massacre de Roboski”. Le 28 décembre 2011, les avions de l’armée turque ont bombardé et tué 34 personnes, à la frontière turco-irakienne, près du village Uludere (Roboski en kurde).

Le jour a fuit de la nuit. Sur les traces des pieds traversant les frontières en marchant au coeur désert des montagnes, une précipitation. On comprenait de cette trace de pas, qui s’appuyait sur le sol en prenant force de ses talons, que le propriétaire des pieds s’était chargé d’un grand poids. Les traces de pas avaient semé son poids sur la terre. Le soleil avait laissé sa place à la lune, la face du monde était couverte de neige. Ses enfants n’allait pas porter son corps. Jamais. Au moment d’un léger vent, le ciel s’est fendu et des Ahriman1en fer ont vomi le feu. Sur la frontière dessinée à la règle, à cet instant où le jour fuyait de la nuit, un Kurde est mort.

A Diyadin (Ağrı), le 12 août 2015, Orhan Aslan (16 ans), Muhammed Aydemir (15 ans), tués lors d’une opération militaire.

Deux enfants. Laissant leur enfance sur les genoux de leur mère, ils sont partis dans l’obscurité du soir, travailler au four. Leur histoire fut écrite à partir de leur mort, sinon ils allait vivre. Les armes des génocidaires arpentaient les rues. Devant le four, la barbarie “bienheureux d’être turque” a écrit par le sang, sa bassesse dans l’Histoire. A cet instant où, une lamentation qui dit “daye”2s’est cachée dans les sommeils inquiet des rêveurs, où les lampadaires se sont aveuglées, deux Kurdes sont morts.

• Le 28 septembre 2009, dans le hameau de Paşaçiya, village de Şenlik à Lice (Diyarbakır) Ceylan Önkol (12 ans), tuée pat un éclat de mortier.

Vêtue de bruits du printemps, avec sa robe cousue par sa mère, une Ceylan écoutait des contes, avec d’autres agneaux de son âge, et son enfance qui ne grandirait jamais. Des papillons, en dansant, se sont posés sur ses cheveux. Une courte vie allait étendre ses ailes. Les papillons l’avaient compris. De honte, les arbres avaient caché leurs yeux avec leurs feuilles. Le soleil était encore témoin. Dans la cabane installée  par l’occupant, en face du village ; le doigt d’une bassesse, qui ne peut jamais être humain était sur la gâchette. Il y a eu un bruit. A cet instant où les oiseaux se sont repentis, et ont pris la route pour l’exil éternel, une Kurde est morte.

Le 3 octobre 2015, à Şırnak, Hacı Lokman Birlik (24 ans), tué par 28 balles, au sous couvre-feu, dont le corps sans vie a été trainé attaché par une corde, derrière un blindé… 

Dans la nuit où les ténèbres s’étendaient, une brèche s’est ouverte dans le temps. C’était la saison où les arbres perdaient leurs feuilles, le mois d’octobre. C’était comme une saison de pluies de balles. Une de ces nuits où les berceuses enlacent, où mille et un contes sont murmurés. La nuit s’avançait. Dans la géographie des montagnes où Lokman cherchait l’immortalité, la mort était désormais, ordinaire. Le sang à teint les avenues. L’obscurité nocturne s’est rougie. Dans la nuit, des hyènes ont hurlé depuis les talkys. A cet instant où l’occupant s’est mis à l’affut à l’odeur du sang, un Kurde est mort.

• Le 21 mars 2017, à Diyarbakır, Kemal Kurkut (23 ans), étudiant en musicologie, violoniste, exécuté par la police, en marge des célébrations de Newroz.

Il avait brodé l’amour à chaque corde de son violon, il portait le flambeau de la jeunesse sur son cœur. C’était la saison de la renaissance. Il voulait porter le flambeau de son cœur, ce jour là, au Newroz, avec son Peuple. Des mélodies de résistance dans les oreilles. Des milliers coulaient vers la place. Si tous crachaient au visage, les grains de la haine se noieraient. Le soleil, sans interruption, vaccinait d’espoir tous les porteurs du feu au coeur. La saison du printemps était infestée par l’humain à face de hyène. Ce jour-là, où le printemps allait être dansé, un Kurde est encore mort.

• Cemile Çağırga (10 ans), tuée devant la porte de sa maison, le 7 septembre 2015. Ne pouvant pas quitter le quartier Cuda de Cizre sous couvre-feu, sa famille a été obligée de garder sa dépouille dans leur congélateur…

La mort du Kurde était facile… Les jeunes avaient donné la voie, “la fin serait magnifique”. Le monde allait leur faire écho. Les milliers vaccinés par l’espoir, formait comme un semah, un cycle naturel incontournable. Les quatre côtés étaient cernés, l’histoire de la barbarie s’écrivait de nouveau. Ce jour où une page s’ajoutait à l’histoire universelle de la bassesse, le congélateur devenait cercueil. Ce jour-là, où l’humanité se décomposait, une Kurde est morte.

La plume essayait d’écrire la vie du Kurde. Ce qu’elle a gribouillé ?… à tout casser deux phrases. Le Kurde était la mort avant l’heure. C’était l’enfance qui ne grandit pas, le rêve inaccessible. Sa saison est lamentation qui résonne dans le temps. Il était en exil sur les terres où il grandit. Les villes qu’il a bâties étaient occupées. Sa langue millénaire était inscrite sur la montagne, sur les pierres, son alphabet écrit sur la langue. Sa culture était pillée, enfouie sous des monceaux de terres. Malgré tout, à chaque coup de pioche, elle giclait cette histoire millénaire du Kurde. Plus ils essayaient d’anéantir, la plus historique des histoires ressuscitait depuis la terre… “Nous en avons terminé” disait le choeur des bassesses, “c’est terminé, nous avons anéanti” disait le maître des bourreaux, en volant, pillant sans cesse… Il pensait que le Kurde était terminé. Une phrase était prononcée sur des échafauds pour ceux qui sont partis : “ceci est votre serment, nous n’oublions pas”.

Des terres sacrées du Kurdistan, de ses montagnes, il coulait pourtant du printemps.

Les chant d’oiseaux se joignaient en harmonie aux rivières. Les terres sacrées ressuscitaient. Par la voix des dengbêj, l’histoire morcelée du Kurde, devenait entière. Sur cette  géographie où les volcans se sont tus en premier, les traces de pas de l’occupation étaient visibles, depuis mille ans. Les terres craquelées étaient nostalgiques de l’eau rare et le Peuple kurde à une voix. Dans ces contrées où les fourmis auraient porté de l’eau à İbrahim qui brûlait,3Dewreş était laissé seul dans son combat.4
C’était un instant où le temps se répétait et un bruit, comme un couteau acéré, déchirait le ciel. Le temps qui se répétait, le temps de la solitude, la mort du Kurde, son silence face à la mort, s’est soudain arrêté. “Soit” a-t-il dit au soleil, en souriant.

A cet instant, où les nuages du printemps ont réouvert le chemin au soleil, un Kurde a vu le jour.

Barış Balseçer


A lire : “Je suis le cadavre de l’Autre”, ou à regarder…


Image à la Une : Simurgh, Phenix kurde.

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