La gauche et l’islam politique s’emmêlent #1

islam politique

Nous inaugurons cette nouvelle rubrique dite de “débats”, par une lettre qui fut envoyée à un grand quotidien de gauche il y a peu, et ses suites.

La longue réponse qui lui fut faite ne peut malheureusement être publiée sans l’accord explicite de son auteur et directeur du journal, Patrick Le Hyaric, autorisation non encore donnée pour le moment.

L’actualité du Moyen-Orient ne s’arrête pas avec la trêve des plages, loin de là, mais celle-ci rythmant la vie de certains de nos lecteurs/trices, autant pour eux/elles, substituer à un pavé de serviette ennuyeux acheté par hasard, une lecture à tête reposée sur écran de téléphone d’un papier qui met les pieds dans le plat. Désolé pour la sieste.

Ce débat, qui n’est pas nouveau, et encore par bien des aspects en apparence encore assez franco-français, nous intéresse, parce que nous l’avons rencontré à maintes reprises, et sur des terrains politiques concernant le Moyen-Orient, et où il aurait des implications fort contradictoires, si on en suivait la logique jusqu’au bout.

Rappelons que Kedistan n’a jamais ouvert les “commentaires” sur le site, ni ne passe de temps à polémiquer outre mesure sur les réseaux sociaux. Notre tâche de “passeurEs” d’infos, tout comme les soutiens dans lesquels nous sommes engagés, nous absorbe souvent au delà du raisonnable, et nous interdit de poursuivre des échanges comme nous le voudrions pourtant.

Alors, quand un texte fort bien argumenté et écrit pour tous, sans jargon, nous arrive, sur le sujet de “l’islamophobie”, devenu gros mot valise, et qu’il ne mâche pas ses mots tout en étant parfaitement digeste, nous avons envie de le donner à lire.

Il n’est pas évident qu’il reçoive l’acquiescement de toutEs les auteurEs de Kedistan, mais il a le grand mérite d’entrer dans le vif d’un sujet qui pourrait un jour prochain tant diviser les forces qui soutiennent… au hasard… le Rojava, qu’il devient urgent de cesser l’hypocrisie, qui bien souvent recouvre des opportunismes clientélistes non avoués.

Et cela tombe bien, car la revue Ballast avait entamé la publication d’entretiens avec Angela Davis, sur cette notion “d’intersectionnalité” qui recoupent forcément le sujet.

Alors, ouvrons le débat…

KEDISTAN



Préambule

L’infiltration islamiste à gauche : une réalité à laquelle il faut faire face.

Le cas du journal l’Humanité

L’infiltration de la gauche par l’extrême droite islamiste n’est pas un mythe inventé par Valls et Le Pen, pas plus que les crimes de Staline n’étaient une création de l’impérialisme américain.

Dans les deux cas, l’adversaire que nous avons en nous renforce celui que nous avons en face, mais aucun d’eux n’est l’invention de l’autre.

Militant communiste et lecteur de l’Huma depuis l’âge de 14 ans, j’ai réalisé il y a environ un an et demi que mon journal était de plus en plus perméable à des courants de pensée anti-humanistes qui, à l’examen, se révèlent être des paravents de l’islam politique.

Pourquoi n’ai-je pas réagi plus tôt ? Parce que j’étais abasourdi. Chaque fois que j’ai pris la plume pour répondre à un article, un autre article me l’a fait tomber des mains.

Dernièrement, j’ignore pourquoi, j’ai enfin réussi à mettre en ordre mes idées. Je me suis senti prêt à rendre les coups.

En m’appuyant sur un florilège d’articles et de tribunes parus ces deux dernières années, j’ai donc écrit cette lettre ouverte à la rédaction et au service abonnement du journal.

A travers le cas de l’Humanité, je parle d’un phénomène qui touche l’ensemble du camp progressiste, à l’échelle internationale.

Si nous en sommes là, c’est que nous avons échoué, une fois de plus. Il ne s’agit donc pas de “renforcer le Parti en le purifiant”, mais de reprendre le chemin du communisme universel en opérant toutes les ruptures et toutes les convergences que cela suppose.

Bonne lecture,

Lionel Citot, le 30 mai 2018


Mesdames et Messieurs du service abonnement et de la rédaction du journal l’Humanité,

Lecteur de l’Humanité depuis vingt-six ans, je vous écris aujourd’hui pour vous demander de mettre un terme définitif à mon abonnement et pour vous en expliquer la raison.

Je précise qu’il s’agit là d’une lettre ouverte. En effet, la dérive idéologique dans laquelle vous vous fourvoyez chaque jour un peu plus ne concerne pas que l’Humanité : elle touche l’ensemble des courants politiques héritiers des Lumières, depuis les libertaires jusqu’aux libéraux. C’est pourquoi, en tant que simple citoyen-lecteur et militant communiste de base, j’entends prendre toutes mes responsabilités en contribuant, à mon niveau, à la contrecarrer.

De quoi s’agit-il ? Du renoncement à toute perspective d’émancipation universelle, au nom de l'”antiracisme”, de l’ “anticolonialisme” ou d’un “nouvel universalisme” vide de sens, simple mot brandi par des universitaires gâteux, incapable d’assumer jusqu’au bout leur ralliement à l’ethno-différencialisme. Il s’agit du soutien de la gauche, en France, à des forces réactionnaires qu’elle prétend combattre ailleurs (dans le meilleur des cas). Il s’agit du symptôme de nos difficultés à surmonter la tragédie du “socialisme réel”, à reconstruire une conscience de classe internationale, à défendre la diversité de nos cultures tout en combattant sans réserve ce que ces mêmes cultures ont d’oppressif pour la personne humaine.

C’est avec un article intitulé “Festival de polémique autour de la “non-mixité””, publié dans l’Huma du mardi 30 mai 2017, page 10-11, que j’ai commencé à prendre conscience qu’il se passait quelque chose de malsain à la rédaction du journal. Je vais donc le prendre comme point de départ de ma réflexion. Si je m’y appesantis, ce n’est pas pour donner une importance démesurée à l’événement dont il traite -le festival “afro-féministe” Nyansapo alors en cours de préparation- ni à l’association qui en est à l’origine -le collectif Mwasi- mais simplement parce qu’il me semble une bonne illustration du phénomène que j’essaye d’expliquer.

L’article évoque une “polémique” lancée par le FN, le site d’extrême droite Fdesouche, la LICRA, et Anne Hidalgo au sujet d’ateliers en “non-mixité” : “Comprendre : certains sont réservés aux femmes noires, d’autres aux personnes noires ou encore aux femmes “racisées””.

Pour la forme, l’auteur de l’article évoque d’abord quelques objections possibles à la “non-mixité” : “Évidemment, le choix de la non-mixité pose question à des militants sincères. S’agit-il d’une reproduction en miroir de séparations ? Le risque n’est-il pas de segmenter ces mobilisations et de perdre le fil d’un combat qui concerne toute l’humanité ?…” Mais dans la suite, la parole est donnée aux seuls partisans de cette “non-mixité” d’un genre bien particulier. Trois arguments sont alors exprimés :

1/ “On parle là d’outil temporaire, d’organisation militante, pas de projet de société” (Caroline de Haas )

2/ La non-mixité libère la parole, facilite l’échange… (c’est moi qui reformule)

3/ “Depuis que les luttes existent, les opprimés ont voulu se retrouver entre eux” (Françoise Vergès).

Non-mixité “raciale” et “racisme d’État”

Avant de répondre à ces trois arguments, une question se pose, que l’article n’aborde pas : est-il pertinent de mettre sur le même plan non-mixité sexuelle et non-mixité “raciale” ?

A priori oui : il y a d’un côté celles qui subissent le sexisme ; de l’autre celles et ceux qui subissent le racisme, l’un et l’autre pouvant se cumuler.

On peut toutefois se demander si les victimes du racisme constituent un groupe aussi identifiable, stable et permanent que les hommes ou les femmes : est-on invariablement “victime du racisme” de la naissance à la mort ? Subit-on le racisme de la même façon quel que soit son milieu social ? Ces questions se posent également pour le sexisme, bien sûr, mais je ne suis pas certain que les réponses soient tout à fait les mêmes. En outre, la notion de “racisé” qu’utilise le collectif Mwasi ne recoupe pas exactement celle de “victime du racisme”, puisqu’elle exclue d’office toute personne considérée comme “blanche”, à l’exception des femmes “blanches” voilées. Ainsi, le racisme que peut subir, par exemple, une personne juive ayant le teint clair est tout simplement nié.

Pour justifier le caractère sélectif de leur antiracisme, le collectif Mwasi, comme d’autres organisations de la même mouvance, recourt à la notion de “racisme d’État” : dans cette optique, seules les formes de racisme imputables à l’État méritent d’être reconnues et combattues. Au moins, la sélection des participants à ces ateliers “non-mixtes” reposerait-elle sur un critère objectif : être ou ne pas être victime du “racisme d’État”. Mais à y regarder de plus près, cette expression de “racisme d’État” témoigne d’une grande confusion chez ceux qui l’utilisent.

Bien entendu, le racisme existe partout, y compris dans l’appareil d’État. Lorsque des agents de l’État, sur ordre de leur hiérarchie, contrôlent les gens en fonction de leurs origines supposées, il s’agit évidemment d’une pratique raciste de l’État. De même, lorsque le gouvernement, avec la mise en place du Conseil Français du Culte Musulman en 2003, a attribué d’office des chefs communautaires, choisis notamment parmi les plus réac1, aux citoyens français de confession musulmane, le communautarisme d’État dont il a fait preuve était encore une forme de racisme : le citoyen français, accessoirement musulman, est désormais perçu et invité à se percevoir lui-même avant tout à travers une identité religieuse.

Mais prenons un autre exemple : la plupart des agents de sécurité ont la peau noire. Faut-il y voir la conséquence d’un “racisme d’État” ? C’est loin d’être évident. N’est-ce pas plus simplement le résultat de la reproduction des inégalités inhérente au système capitaliste ? Après l’abolition de l’apartheid en Afrique du sud, les citoyens noirs sont demeurés au bas de l’échelle sociale, car le capitalisme, lui, n’a pas été aboli : cette réalité résulte des orientations économiques du gouvernement de l’ANC, beaucoup plus que des survivances racistes au sein de l’appareil d’État2.

Concernant la France contemporaine, vouloir tout expliquer par le racisme d’État revient à mettre sur le même plan la République française et le régime de Vichy, ou les États-Unis du temps de la ségrégation. Cette tendance relève d’une forme de complotisme, que votre article “A l’école de la reproduction sociale”, paru dans l’Huma du jeudi 30/11/2017 (p.3), illustre assez bien.

En effet, bien que l’expression “racisme d’État” n’y figure pas, il laisse clairement entendre que l’orientation massive des jeunes des quartiers populaires supposés issus de l’immigration coloniale en lycée professionnel résulte d’une volonté délibérée (ou inconsciente, peu importe) de leurs professeurs blancs, nécessairement racistes. La réalité des difficultés scolaires de ces jeunes, les conditions dans lesquelles ils vivent, les contre-réformes libérales qui démolissent le service public d’éducation depuis trente ans (y compris avec la participation gouvernementale du PCF et de futurs responsables de la FI)… l’auteur de l’article n’en a cure. La morale de l’histoire ? Ne jamais croire “que tout ce que disent les professeurs est vrai”. Avec ça, la révolution est pour bientôt ! Sérieusement, on voit bien à quel genre d’impasses nous mène l’obsession du racisme d’État. Pour l’école, la solution serait donc d’orienter tous les jeunes qui le souhaitent en lycée général, sans se préoccuper de la réalité de leurs difficultés. Quant aux agents de sécurité, il ne leur resterait plus qu’à se réunir en “non-mixité raciale” afin de méditer sur le racisme d’État dont ils sont l’objet. N’auraient-ils pas plutôt intérêt à se syndiquer et à lutter, non en tant que “racisés”, mais en tant que travailleurs forts de leur fraternité avec l’ensemble des travailleurs, pour faire respecter leurs droits, augmenter leurs salaires, réduire leur temps de travail afin d’accroître leur temps libre et obtenir la mise en place d’une sécurité sociale d’emploi et de formation facilitant l’évolution professionnelle ?

La présence d’une sous-catégorie “femme voilée” dans la catégorie “racisée” des “ateliers non-mixte” nous renvoie à une autre confusion opérée par les fanatiques du racisme d’État.

Comme les autres associations initiatrices de la Marche des Solidarités du 17/03 de cette année, le collectif Mwasi perçoit la loi du 15/03/2004 sur le port des signes religieux à l’école comme une loi raciste, donc comme une manifestation du racisme d’État. La jeune fille qui retire son voile à l’entrée du collège est ainsi considérée comme victime de racisme au même titre qu’une personne discriminée à l’embauche en raison de son nom ou de sa couleur de peau. Au passage, ces associations identifient peu ou prou leur combat antiraciste à une lutte contre la laïcité et pour la préservation d’une pratique politico-religieuse qui est au cœur de la stratégie de conquête des islamistes sur le corps des femmes et sur les esprits de tous. Cette confusion qui s’est instaurée, en 2004, à gauche et parmi les associations antiracistes, est l’exact reflet de celle qu’incarne le gouvernement d’alors : à une défense de la laïcité entremêlée de politique anti-immigrés et de discours préfigurant la création du ministère de l'”identité nationale”, répond une lutte antiraciste en phase de coagulation avec l’islam politique.

Je réponds à l’argument 2/ exprimé dans l’article sur le festival afro-féministe : la “non mixité” libère la parole, facilite l’échange (je répondrai plus loin à l’argument 1/).

Oui, c’est possible. Mais pour que cette liberté de parole et cet échange facilité débouchent sur une réflexion éclairée, encore faut-il qu’ils reposent sur des bases claires. Or, comme on l’a vu, la notion de “racisé” promue par le collectif Mwasi est totalement fumeuse : elle n’aboutit qu’à créer de la concurrence entre les victimes du racisme tout en servant de cache sexe aux islamistes.

J’en arrive à l’argument 3/ , l’argument historique: “Depuis que les luttes existent, les opprimés ont voulu se retrouver entre eux” (Françoise Vergès).

En matière de non-mixité “raciale”, l’exemple qui vient aussitôt à l’esprit est bien sûr celui des Black Panthers. A l’époque de la création du Black Panthers Party, les meurtres de femmes et d’hommes noirs sont quotidiens aux États Unis. Avant de devenir un mouvement politique à part entière, le BPP for self defense s’est d’abord constitué pour organiser l’indispensable autodéfense des femmes et des hommes noirs face à un racisme d’État systémique. Dans une situation historique clairement identifiée, la non-mixité “raciale” du BPP apporte une réponse dont on peut penser ce qu’on veut mais qui a le mérite d’être claire. Nous sommes bien loin de la confusion orchestrée actuellement en France par la nébuleuse racialiste, à laquelle se rattache le collectif Mwasi (même si plusieurs anciens membres du BPP, dont Angéla Davis, apportent aujourd’hui leur soutien à cette mouvance. J’y reviendrai).

Je passe au premier argument : “On parle là d’outil temporaire, d’organisation militante, pas de projet de société” (Caroline de Haas). Autrement dit, l’objectif de ces ateliers n’est pas de favoriser l’avènement d’une société d’apartheid. Soit. Cela étant, ce festival et ces ateliers sont bien inspirés par une certaine vision du monde ; ils s’inscrivent bien dans une certaine perspective politique. Parlons-en.

Le collectif Mwasi se revendique notamment de l’intersectionnalité et de l'”antiracisme politique”.

“Intersectionnalité”

Angéla Davis est une des sources de l’intersectionnalité. Dans un article de l’HD du 26/04 dernier (p.42), il est fait référence à son ouvrage paru en 1983 intitulé Femme, race et classe 3.

L’idée générale est qu’il existe trois formes d’oppression qui ne sont pas réductibles l’une à l’autre et qui ne doivent donc pas être hiérarchisées : l’oppression patriarcale, l’oppression de “race” et l’oppression de classe. Cette conception s’oppose à une certaine vulgate marxiste qui considérait qu’avec la fin de la lutte des classes et l’avènement du communisme, le sexisme et le racisme allaient disparaître automatiquement. Jusqu’ici, je n’ai rien contre l’intersectionnalité, sauf que j’aurais préféré qu’on parle d’oppression raciste, plutôt que d’oppression de race, expression qui suggère l’existence de races : une race opprimée, noire ou assimilée, et une race blanche oppressive (par nature ?).

Dans la perspective intersectionnelle, la “race” est considérée, en théorie, comme un phénomène social, et non biologique. Mais dans la pratique… cela revient souvent au même, comme en témoigne la promotion du “black love” par le collectif Mwasi (= l’amour entre personnes noires, de préférence hétérosexuelles à en juger par la campagne publicitaire qui lui est consacrée sur sa page facebook4), afin de retrouver “l’amour de soi”, de faire vivre l'”africanité” et de résister à l'”injonction au métissage”.

Toujours en théorie, nous avons vu que les différentes oppressions ne devaient pas être hiérarchisées. Dans la pratique, au moins dans les organisations françaises qui se réclament de l’intersectionnalité, c’est toujours l’intérêt supposé de la “race” qui prime sur celui de la classe ou du sexe opprimé.

Concrètement, il en résulte ce genre de considérations :

“Mon corps ne m’appartient pas. Aucun magistère moral ne me fera endosser un mot d’ordre conçu par et pour des féministes blanches (…). J’appartiens à ma famille, à mon clan, à mon quartier, à ma race, à l’Algérie, à l’islam” (Houria Bouteldja, présidente du Parti des Indigènes de la République, Les Blancs, les Juifs et nous : vers une politique de l’amour révolutionnaire, édition la Fabrique, 2016. )

Ou encore le fameux :

“Si une femme noire est violée par un noir, c’est compréhensible qu’elle ne porte pas plainte pour protéger la communauté noire” (idem).

En général, les organisations “intersectionnelles” telles que le collectif Mwasi ne sont pas aussi outrancières dans leurs propos que la présidente du PIR, mais leurs idéologies sont très proches5.

On trouve ainsi sur la page facebook du collectif Mwasi une vidéo, postée le 8 mars, consacrée au “féminisme blanc” auquel il est reproché ses “injonctions” “coloniales” et “racistes” au dévoilement des “femmes musulmanes”. A aucun moment il ne vient à l’esprit de la présentatrice de ce petit reportage que le voile puisse être un instrument d’oppression contre lequel des femmes puissent se révolter, sans pour autant avoir obéi à l'”injonction” de qui que ce soit. Le souvenir des dizaines de milliers d’Algériennes égorgées au cours des années noires, notamment pour avoir refusé de se voiler, ne l’effleure pas. A l’entendre, on croirait qu’il existe une espèce vivante à part, appelée “femme musulmane”, qui sort déjà voilée de l’utérus maternel et dont le “féminisme” consisterait à rester voilée coûte que coûte, afin de préserver son “islamité”, sa “culture d’origine” et de ne surtout pas se laisser “imposer des normes qui [lui] sont exogènes”6.

Ainsi, le hijab, dont l’usage a été introduit de façon purement artificielle par les Frères Musulmans à grand renfort de prosélytisme et/ou de coercition, à la faveur du malaise social, de la déliquescence des forces de gauche et au mépris de toutes les traditions locales d’Afrique du nord, d’Afrique sub-saharienne, du Moyen Orient et d’Asie, se voit promu au rang d’étendard culturel, quasi biologique, indissociable du corps de la “femme musulmane”7.

Au fond, c’est aussi bien l’existence des variantes musulmanes du patriarcat que leur déformation par les islamistes qui sont niées, et, avec elles, la lutte des femmes pour s’émanciper des unes comme de l’autre, aussi bien en France, qu’en Algérie, en Iran ou ailleurs. La radicalité de façade de ces “féministes intersectionnelles”, toujours au taquet pour “balancer leur porc” (après s’être assurées de leur “blanchité” de peau et de religion), ne doit pas nous abuser. Pour paraphraser Eric Fassin, ce fidèle soutien du PIR auquel vous ouvrez régulièrement vos colonnes : “Lorsqu’on veut comprendre un phénomène social et politique, il ne faut pas se concentrer sur la manière dont il se présente. Il faut regarder ce qu’il fait objectivement” (Huma du 25/04/2018 p.6, “Le Printemps Républicain, un pouvoir de nuisance orageux”). Et ce que font objectivement en France les “féministes” qui se réclament de l’intersectionnalité, c’est préserver les réactionnaires et les patriarches “non-blancs” du vent de révolte qui soulève actuellement les femmes de toute origine et de toute culture, partout dans le monde.

“Antiracisme politique”

C’est à cette lumière qu’il faut comprendre la notion d’ “antiracisme politique” : en fait d’ “intersectionnalité”, c’est la “lutte des races” qui prend le pas sur tout autre considération. Dans cette apparence de logique, quiconque s’attaque à un “racisé” partisan de l’islam politique se voit aussitôt qualifier de “raciste”. A cet égard, la suite de la phrase d’Éric Fassin, dont j’ai cité le début un peu plus haut, est édifiante : “…Et ce que fait aujourd’hui, objectivement, le Printemps Républicain, c’est une succession de campagnes qui prennent pour cibles des Noirs et des Arabes afin de les renvoyer à l’illégitimité et à l’invisibilité”.

Ainsi, lorsque le Printemps républicain dénonce l’appartenance de Yassine Bellatar au CCIF (Comité Contre l’Islamophobie en France), cette succursale des Frères Musulmans, toujours fourrée avec le PIR, qui organise ses “Assises de l’Islamophobie” avec le COJEP (antenne française de l’AKP d’Erdogan) dans les locaux de l’ambassade de Turquie et qui tient meeting avec les imams salafistes les plus illuminés (Notamment Abou Houdeyfa, l’imam de Brest qui explique dans ses prêches que ceux qui écoutent de la musique « seront transformés en singes ou en porcs »), il “prend pour cible” un “Arabe”, afin de le renvoyer “à l’illégitimité et à l’invisibilité”.

Ce qu’Eric Fassin ne nous dit pas, c’est qu’en s’attaquant ainsi au Printemps républicain, lui aussi “prend pour cible” des “Arabes” et des “Noirs”, membres ou sympathisants du Printemps républicain, qu’il cherche à toute force à “renvoyer à l’illégitimité et à l’invisibilité”. On pense évidemment au valsiste Nassim Seddiki, le secrétaire général du Printemps républicain.

A travers cet exemple, il apparaît clairement que la solidarité des “antiracistes politiques” avec les “racisés” est à plusieurs vitesses. Eric Fassin soutient Yassine Bellatar parce qu’au fond, il considère l’islamisme comme l’idéologie politique naturelle des “Arabes”. Il condamne Nassim Seddiki parce qu’il le voit comme un traître à sa “race”, un “Arabe” dénaturé et “blanchi” par son parti pris de républicain valsiste. Si Nassim Seddiki avait été un militant de gauche conséquent, la haine d’Eric Fassin à son égard n’en aurait été que plus grande. En définitive, “ce que font objectivement” Eric Fassin et les tenants de l'”antiracisme politique”, c’est reproduire en l’aggravant le statut colonial de l’indigénat , sous l’Algérie française : de la naissance à la mort, l'”Arabe” doit être irrémédiablement cloué à son “statut coranique”, désormais islamiste.

Voilà qui éclaire la présence du prédicateur Marwan Muhammad, ancien président du CCIF, au tristement célèbre “stage syndical” de SUD éducation 93 des 18 et 19/12/2017, qui comprenait lui aussi des ateliers en “non-mixité raciale” : même idéologie, mêmes méthodes, même soutien de l’Humanité ! (Huma du jeudi 23/11/2017 p.10 “Jeux dangereux autour de l’antiracisme” + encore une louche le lendemain p.20 “Les discriminations de la vie quotidienne chiffrées”, en conclusion).

Faut-il conclure de tout cela que l'”intersectionnalité” et l'”antiracisme politique” sont des concepts progressistes qui ont été dévoyés dans leur application ? A voir… Mais si tel est le cas, il faut admettre qu’Angéla Davis assume pleinement sa descendance française, qu’elle est venue soutenir une première fois en 2015, pour les dix ans du PIR, et une seconde du 4 au 6 mai dernier à Saint Denis, à l’occasion du “Bandung du Nord” qui a rassemblé, outre le PIR, des représentants de l’islamisme sunnite (CCIF, Participation et Spiritualité Musulmane…) et chiite (Islamic Human Right Commission, proche du Hezbollah), des militants pour la libération de Tarik Ramadan, comme Siham Assbague, des animateurs de la Manif pour Tous, comme Ismahane Chouder (également porte parole de PSM et du mouvement islamiste marocain Al Adl Wal Ihsane), des militants pour l’abrogation de la loi Gayssot, comme Nordine Saïdi (un ancien membre du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie de Belgique, exclu pour… antisémitisme !), toute une brochette de fonctionnaires venus fustiger le “racisme d’Etat” et maints autres valeureux camarades qui auraient mérité de votre part un peu mieux que ce silence constipé !

Pourquoi n’en avoir rien dit, alors même que vous avez traduit et retranscrit la table ronde qui s’est tenue au Théâtre des Amandiers avec Angéla Davis et Tariq Ali, le jour même de l’ouverture de ce grand festival progressiste  (Huma du vendredi 11/05/2018 p.11-12, “Quelles luttes et quelles solidarités depuis 1968”) ?

Suite à votre article consacré au festival Nyansapo, quantité d’autres sont allés dans le même sens. Je ne vais pas tous les commenter. Je les ai reçus en pleine gueule, comme autant de crachats sur le passé laïc, républicain et internationaliste de notre parti8. Je vous ai vus, jour après jour, traîner dans la fange le nom de notre journal en ouvrant ses colonnes aux Vergès, Fassin, Friot (qui parle peu en public de son parti-pris “intersectionnel” mais qui n’en pense pas moins), Delphy, Hazan9, Bantigny… qui tous ont apporté un soutien officiel, public, explicite, à Houria Bouteldja et au PIR (entre autres personnage sympathiques, cf Libération).

Bien conscients de la bataille idéologique qui se joue autour des mots, comme en témoigne votre dossier sur “Ces mots de l’extrême droite qui contaminent le débat public” (Une de l’Huma du 24/04/2018), vous mêmes avec repris à votre compte les “idées”, les concepts et le vocabulaire de l’extrême droite racialiste/islamiste.

“Islamophobie”

Arrêtons-nous sur la tribune de Pierre Laurent intitulée “Plus que jamais unir contre le racisme”, parue dans l’Huma du 1/12/2017 (P.17).

L’objet affiché de ce texte est de répondre aux “accusations d’antisémitisme à l’encontre des militants du droit et de la paix”. A priori, il s’agit simplement de rappeler que le combat pour “le respect des droits du peuple palestinien à vivre en paix, dans un état souverain aux côtés de l’État d’Israël” n’implique aucunement d’être antisémite et que, par conséquent, l’accusation d’antisémitisme brandie à tort et à travers par le gouvernent israélien et ses partisans n’est qu’un moyen commode pour eux de discréditer en bloc leurs opposants.

Voilà une porte grande ouverte enfoncée avec brio. Mais au passage, le secrétaire national du PCF s’exonère à peu de frais d’une analyse critique sérieuse de la réalité de l’antisémitisme au sein du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien, une réalité pourtant bien audible lors de certaines manifestations.

Soulever cette question aboutirait nécessairement à des ruptures. Or, ici, il s’agit d’ “unir”, et même “plus que jamais”…

Ce titre, dont le propos dépasse le cadre de la question palestinienne, suggère une inquiétude : il y aurait donc un risque de désunion au sujet du “racisme”… Et pourquoi donc ?

Cette tribune de Pierre Laurent survient après une série d’événements, ayant suscité de vives polémiques, qui témoignent de l’entrisme idéologique et militant de la mouvance de l’«antiracisme politique» au sein de la gauche politique, syndicale et associative : candidatures FI proches du PIR aux élections législatives, festival Nyansapo, stage “syndical” de SUD éducation 93 alors en prévision… Dans un tel contexte, l’injonction d’ “unir contre le racisme” résonne comme un vibrant appel à mettre la poussière sous le tapis…

Mais le texte de Pierre Laurent va beaucoup plus loin.

Sous prétexte de dénoncer l’antisémitisme, il met sur le même plan la “haine du judaïsme” et celle “des Juifs” : “…nous sommes de ceux qui refusent de concéder tout terrain à la haine du judaïsme et des Juifs (c’est moi qui souligne) dans notre pays. L’antisémitisme est un fléau, un délit…” Ainsi, il serait inenvisageable de haïr le judaïsme sans haïr les Juifs. Si la lecture de certains passages de la Torah, particulièrement homophobes, sexistes ou appelant au meurtre des polythéistes, m’inspirent de la haine, c’est que j’ai au fond de moi des pulsions antisémites10. Si j’exprime mon sentiment, je commets un “délit”.

Et qu’en est-il s’il s’agit, non de haine, mais de rejet rationnellement fondé, ou de simple critique? Une fois admis l’amalgame entre le judaïsme et les Juifs, celui-ci fonctionne à tous les niveaux. Si je hais le judaïsme, c’est que je hais les Juifs. Donc, inversement, si j’aime le judaïsme, c’est que j’aime les Juifs. Si je n’aime pas trop le judaïsme, c’est que je n’aime pas trop les Juifs. Si je critique le judaïsme, c’est que je critique les Juifs… Or, tout jugement généralisant, qu’il soit positif ou négatif, porté sur un groupe humain, relève du racisme.

Autrefois, les autorités religieuses appelaient “blasphème” la remise en cause de leur religion. Aujourd’hui, certains fondamentalistes religieux, par souci d’adaptation à leur public, veulent nous faire prendre le blasphème pour du racisme, et leur intégrisme pour de l’antiracisme. Et un beau jour de décembre 2017, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, reprend tel quel leur tour de passe-passe fumeux pour nous le faire gober…

Le lecteur un minimum averti l’aura compris depuis un moment : ce n’est absolument pas du judaïsme, ni de l’anti-judaïsme, ni des juifs, ni de l’antisémitisme dont il est ici question. Les intégristes Juifs utilisent peu, voire pas du tout, cette rhétorique. Les islamistes, eux, s’en servent continuellement, grâce au concept miraculeux d’ “islamophobie”, qui transforme en racisme toute critique de l’islam ou de l’islamisme.

Après cette subtile pirouette sur la “haine du judaïsme”, revoici notre secrétaire national, chaussé de ses sabots les plus élégants : “Au nom de la république laïque que nous défendons, nous combattrons sans relâche ceux qui veulent faire du judaïsme ou de l’islam, l’un et l’autre, ou de toute autre religion, des soi-disant “corps étrangers”. Toute violence faite aux croyants, et faite à ceux d’entre nous qui sont juifs, ou à ceux d’entre nous qui sont musulmans, demeure pour nous un affront à tous” (c’est toujours moi qui souligne).

Du point de vue de la “République laïque”, les religions ne sont ni des “corps étrangers”, ni des “corps autochtones”, pour la simple raison qu’elle n’en reconnaît aucune. Dans ce passage, Pierre Laurent ne fait qu’appliquer à l’islam et aux musulmans le sophisme qu’il vient d’exprimer au sujet du judaïsme et des juifs : rejet du judaïsme = “violence faite (…) à ceux d’entre nous qui sont juifs” ; rejet de l’islam = “violence faite (…) à ceux d’entre nous qui sont musulmans”. Et pour ceux qui n’auraient toujours pas compris, il y a du rab : “Nous refusons toute banalisation de l’antisémitisme, de la haine de l’islam…” Le tour est joué. Un authentique racisme est mis sur le même plan que la critique d’un courant religieux. La campagne internationale menée par les Frères Musulmans pour faire accepter le délit de blasphème sous couvert d’ “islamophobie” est officiellement relayée par le secrétaire national du PCF. Le mot “islamophobie” n’est pas encore lâché. Ce sera pour la prochaine tribune, à paraître en mars 2018… Il sait faire durer le suspens notre secrétaire national !11

Conclusion

En attendant, Pierre Laurent nous met en garde : “Il y a quelques jours, 60 000 militants d’extrême droite ont défilé bras tendu en Pologne contre l’islam, contre les migrants, tandis que des milliers meurent en Méditerranée, croupissent dans des camps en Hongrie, ou sont réduits en esclavage en Libye.”

C’est face à ce péril qu’il faut “plus que jamais unir”. Unir qui ? La lecture de cette tribune, et plus encore de la suivante (“L’antiracisme notre combat”, Huma du 21/03/2018 p.12), qui est une véritable déclaration d’allégeance au PIR, ne laisse guère de place au doute.

Face aux nazis qui manifestent “contre l’islam” et “contre les migrants” qu’ils assimilent à des terroristes islamistes, il faudrait donc manifester à la fois pour les migrants et pour l’islam, tout en adoptant le discours des islamistes, voire (et pourquoi pas ?) en manifestant à leurs côtés. Beau projet. Bel effet de miroir. Ça doit être redoutablement efficace pour lutter contre les amalgames ! La méthode a d’ailleurs déjà été testée : c’était en 1979, à l’occasion de la révolution iranienne. Ce fut un franc succès ! Plus proche de nous, la “Marche des solidarités” du 17/03 dernier, initiée par le FUIQP (Front Uni de l’Immigration et des Quartier Populaires), le CCIF et toute la nébuleuse de l’ “antiracisme politique” nous montre la voie à suivre. Pour savoir qui appelait à cette manif, il fallait bien chercher : le tract n’était pas signé et le soutien de Solidaire, de la CGT, du NPA et du PCF, relayé dans L’Huma dimanche, figurait dans un encart tellement petit que je l’ai égaré après l’avoir découpé… Impossible de remettre la main dessus ! Après tout ce que vous avez écrit les mois précédents, j’ai été bien surpris de vous voir encore si complexés dans votre propre soutien à cette initiative !12

Pour ma part, je suis solidaire de tous les peuples du monde, des opprimé.e.s, des exploité.e.s, des torturé.e.s, des estropié.e.s, des exclu.e.s, et même de ceux qui sont heureux, qu’ils soient statiques ou en mouvement. Je ne suis solidaire d’aucune religion, d’aucun “porc”, d’aucun patriarcat. Quant aux islamistes, ce sont mes ennemis, au même titre que les nationalistes et les autres fondamentalistes religieux.

C’est donc ici que nos chemins se séparent.

S’il reste encore des humanistes à l’Huma, je leur adresse mes salutations les plus fraternelles, convaincu qu’ils comprennent le sens de mon message, et qu’ils l’approuvent.

Vive le communisme universel !

Lionel Citot , le 30 mai 2018


NOTES
Je pense évidemment à l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), principale antenne des Frères Musulmans en France, dernièrement rebaptisée MF (Musulmans de France).
 2 La discrimination à l’embauche, quant à elle, relève d’un racisme d’entreprise, non d’un racisme d’État, même si l’État a la responsabilité de lutter contre ce type de discrimination.
3 Cet article éclaire un aspect injustement méconnu de la mouvance intersectionnelle : le business. On y fait la connaissance de Marie Dasylva, “coach stratégie” en direction “des femmes perçues comme de couleur”. Inspirée par l'”approche intersectionnelle” d’Angéla Davis, Marie se propose de vous aider à surmonter toutes les discriminations raciales dont vous êtes victimes au travail, pour la modique somme de…Ce n’est pas précisé ! Mais rassurez-vous : Marie “adapte au maximum ses tarifs à [vos] possibilités financières” ! Alors, n’hésitez plus : contactez dès à présent votre “coach stratégie” Marie Dasylva sur sa page facebook, dont la référence figure au bas de l’article  (nkaliworks), afin de réserver sans plus attendre votre consultation !
Il est éclairant de mettre en parallèle cette promotion de l’hétérosexualité entre personnes noires et la lutte que le collectif Mwasi prétend mener par ailleurs contre la LGBTphobie. Comment comprendre l’absence de couples gays ou lesbiens dans ce document sur le “black love” ? L’homosexualité, la bisexualité et la transsexualité seraient-ils réservées aux personnes blanches ? “Au fait c’est quoi le black love” (Nothing but the Wax)
En gros, Houria Bouteldja soutient tout ce qu’il peut y avoir de plus réactionnaire dans l'”intersectionnalité”, mais elle voit dans la pratique de la non-mixité sexuelle un risque de désunion entre les femmes “indigènes” et leur patriarcat. Beaucoup plus franchement que ses camarades “intersectionnels”, Houria Bouteldja reconnaît qu’elle n’en a rien à carrer du “sexe” et de la “classe”, et que seule la “race” la préoccupe. Race, classe et genre : l’intersectionalité, entre réalité sociale et limites politiques (Site web Le PIR)
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Depuis quelques années, des femmes algériennes se mobilisent pour le retour du haik, le foulard traditionnel antérieur à l’introduction du hijab islamiste (En Algérie, des femmes souhaitent un retour au voile de leurs ancêtres – Les Observeurs France 24). Pour les féministes algériennes, le haik n’est guère moins aliénant que le hijab. Mais cette opposition hijab/haik est tout de même intéressante, car elle montre bien l’hypocrisie du discours “multiculturaliste” des islamistes, dont la stratégie consiste précisément à faire passer leur totalitarisme pour un fait culturel. En réalité, dans l’idéologie comme dans la pratique, l’islam politique est viscéralement universaliste : c’est un universalisme d’oppression qui fait table rase de toutes les cultures, partout où il est en position de force.
8  Mais trêve de nostalgie : je n’oublie pas qu’en matière de collusion avec l’extrême droite, il y a eu des précédents dans notre histoire, comme ce rapprochement, au lendemain de la chute de l’URSS, entre le Parti, l’Huma et l’Idiot Internationale, le journal de Jean edern Hallier auquel collaboraient de grands révolutionnaires tels que Gilbert Collard, Alain Soral, Jacques Verges ou Alain de Benoist. Comme aujourd’hui avec la mouvance PIRiste, l'”anti-impérialisme” faisait partie des dénominateurs communs. Vidéo “L’Idiot International”, un journal politiquement incorrect – Documentaire 2017
9  Responsable des éditions la Fabrique, qui ont édité le best seller d’Houria Bouteldja, Les Blancs, les Juifs…
10 “Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable; ils seront punis de mort: leur sang retombera sur eux.” (Lévithique 20:13) “La femme qui aura un flux, un flux de sang en sa chair, restera sept jours dans son impureté. Quiconque la touchera sera impur jusqu’au soir. Tout lit sur lequel elle couchera pendant son impureté sera impur, et tout objet sur lequel elle s’assiéra sera impur.” (Lévithique 15:19 et 20) “Mais dans les villes de ces peuples dont l’Éternel, ton Dieu, te donne le pays pour héritage, tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire. Car tu dévoueras ces peuples par interdit, les Héthiens, les Amoréens, les Cananéens, les Phéréziens, les Héviens, et les Jébusiens, comme l’Éternel, ton Dieu, te l’a ordonné, afin qu’ils ne vous apprennent pas à imiter toutes les abominations qu’ils font pour leurs dieux, et que vous ne péchiez point contre l’Éternel, votre Dieu.” (Deutéronome 20 :16-18)
11 Un peu plus d’un mois après cette première tribune de Pierre Laurent paraissait dans l’HD du 8 au 14/02, p;42-43, une tribune de l'”historienne” Valentine Zuber, intitulée “Condition de l’expression de notre liberté, la laïcité exige l’égalité”. Valentine Zuber y met sur le même plan anticléricalisme et racisme : “Le XIX° siècle avait vu s’épanouir de nombreuses doctrines de haine (antisémitisme, antiprotestantisme, anticléricalisme) (…) Or, en transposant terme à terme la même logique du bouc émissaire que celle utilisée au tournant des XIX et XX° siècle, qui visait alors les catholiques lors des lois combistes, les juifs lors de l’affaires Dreyfus et dans l’entre-deux-guerres, et aujourd’hui, les musulmans, les Roms, les réfugiés et demandeurs d’asile, les discours de type laïco-identitaire exaltent une république univoque qui est surtout fantasmée”.
12 Des camarades estiment que sur certains sujets, tels que les violences policières, il est devenu impossible de manifester indépendamment de la mouvance de l'”antiracisme politique”, celle-ci étant devenue hégémonique. Entre ne rien faire et se mêler aux PIRistes, ces camarades choisissent la deuxième solution. Je comprends leur point de vue. Pour sortir de cette alternative pourrie, il faudra donc organiser des manifs de gauche autonomes, sur la question des violences policières comme sur d’autres questions. Mais cela suppose de reconstruire une gauche à la hauteur de sa mission historique. Il y a du travail…

A suivre :

• La réponse (en attente d’autorisation de publication)
La réponse à la réponse : La gauche et l’islam politique s’emmêlent #2
Podcast de l’émission du 15 juillet 2018 sur Radio Libertaire…
• Des éclairages différents à lire sur Ballast

Auteur(e) invité(e)
AmiEs contributrices, contributeurs traversant les pages de Kedistan, occasionnellement ou régulièrement...

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