“Les yeux grands ouverts” sur l’écran du festival de Douarnenez

Douarnenez

Les yeux grands ouverts“, un livre qui raconte 40 ans de festivals de cinéma de Douarnenez.

Le Festival de Douarnenez prend de l’âge, et atteint un vénérable nombre d’années : 40 ans, puisque la première édition, dédiée au Québec eut lieu en 1978. C’est en recevant les amis québécois que la bande d’amis douarnenistes qui se lançaient dans cette aventure, étonnée de voir combien les québécois n’aimaient pas parler de leurs relations avec les autochtones de chez eux, décidèrent d’inviter les Amérindiens sur une seconde édition. Ne pas éluder les questions qui fâchent, arriver à des réalités plus complexes que ce que l’on imaginait, déplacer le regard pour cesser de penser avec notre vision de français, européen, occidental, autant de ressorts qui n’allaient jamais lâcher les penn-sardin, noms des habitants de ce bout du monde.

Année après année, leur curiosité allait s’aiguiser toujours plus, et l’amour du cinéma mais aussi de la géo-politique les pousser toujours un peu plus loin. Australie en 1991 avec les Aborigènes, Nouvelle-Zélande en 2001 avec les Maoris, Afrique du Sud en 2011… Ne pas oublier cependant de rester curieux aussi du voisin : les Occitans en 1981, les Basques en 1988, les Italiens en 2002, les Belges en 2004

De notre mémoire, reste encore très prégnant le moment en 2003 de la décision d’inviter les Kurdes. Ceux de la diaspora (les contacts avec le Xème arrondissement de Paris et avec les communautés kurdes de Rennes, avec les télés de Bruxelles et les réfugiés de Suède sont en route depuis un moment) comme ceux de Turquie, de Syrie, d’Irak et d’Iran. Un passionnant voyage en mars 2003, alors que la guerre en Irak grondait, mena les deux co-directeurs Erwan Moalic et Caroline Troin, accompagnés de Gérard Alle, journaliste, Véronique Métayer, animatrice, Annaig Le Gars, militante bretonne à Istanbul, puis Diyarbakır, Derik et Viransehir, afin de préparer cette édition. Le voyage avait été soigneusement préparé grâce à l’aide précieuse de André Métayer, des Amitiés Kurdes de Bretagne, de l’interprète Cemile Renkliçay et de Faruk Doru, qui n’était jamais très loin…

Résumer ces deux semaines n’auraient pas de sens ici, tant les rencontres furent fortes, émouvantes, déterminantes pour nos cinq bretons. On pourrait écrire qu’ils ne s’en remirent jamais vraiment. Les Kurdes allaient venir en nombre et leur faire confiance sur la semaine du festival, en août 2003 donc. Comme certains restaurateurs de Rennes, qui prenaient le volant après le service pour gagner Douarnenez dans la nuit, et mener des danses interminables sur la Place. Main dans la main avec les infatigables danseurs de gavotte, étonnés de découvrir la proximité des danses en ligne traditionnelles des uns et des autres. Hommes et femmes politiques, à l’instar de Feridun Çelik ou Ayşe Karadağ, réalisateurs connus comme Bahman Ghobadi ou débutants d’alors comme Kazım Öz, qui a confirmé son talent depuis, militants de partout, géopoliticiens et passionnés comme Gérard Chaliand ou Sophie Mousset, Chris Kutschera, ou encore musiciens et poètes : les notes de Temo, les mots de Zirek résonnent encore à nos oreilles… L’année suivante, cinq élues de Douarnenez retournèrent en Turquie rencontrer et soutenir les élus kurdes.

DouarnenezC’est pour partager encore ces émotions avec jeunes et moins jeunes, que Gérard Alle et Caroline Troin se sont lancés dans cette aventure du récit de 40 ans de Festivals de Douarnenez. Une approche avant tout politique :  comprendre chaque année le fonctionnement des états-nations, décrypter les minorités que d’autres voudraient garder dans l’ombre, analyser comment elles s’emparent de la caméra, revenir enfin sur la portée locale de cette aventure collective, qui voit chaque année plus de 300 bénévoles se mettre en marche pour dix jours. Revenir sur ces évènements, comprendre comment l’histoire bégaie, comment les dictateurs s’entendent de loin pour peu qu’on y prête oreille, et réinviter les protagonistes comme ce fut le cas pour les Turquies, que le Festival de 2016 mit encore sous la lumière des projecteurs

Ce livre ne cessa de gonfler au gré de nos découvertes, du désir de parler de chacun, de nommer les disparus comme les vivants, de rappeler la fraîcheur insolente de tel film, le mordant de tel autre, la verve de tel invité ou les scandaleuses pressions des gouvernements.

Et ce n’est peut-être pas un hasard non plus si ce livre s’appelle Les yeux grands ouverts“…

Le récit, illustré de 600 photos, court aujourd’hui sur 500 pages… Les deux auteurs, n’ont jamais cessé de fréquenter le Festival : Gérard en est aujourd’hui un des administrateurs, après l’avoir suivi en spectateur depuis le début. Caroline y travailla 20 ans, en tant que co-directrice.  Ce festival fait partie de l’ADN de la famille, et le livre est une façon joyeuse de le transmettre à bien d’autres enfants, spectateurs, étudiants… Le livre peut être commandé chez tout bon libraire ou sur le site de l’éditeur, Locus Solus. 25 €

Encore une manifestation des liens forts qui existent aujourd’hui entre Douarnenez et le Kurdistan : le site bed.bzh, qui rassemble des documentaires en ligne, en accès libre et gratuit, propose une sélection de 45 films sur le sujet, et tous les mois, chronique un de ces documentaires sur Kedistan.


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