Documentaire • Soran fait son cinéma

Soran fait son cinéma cine

Une marche solidaire relie en ce moment Vintimille à Londres en passant par Calais. Retraçant un petit bout du parcours de toutes celles et ceux qui tentent de rejoindre un meilleur avenir, et qui ont, avant d’arriver à la frontière italienne, déjà parcouru des milliers de kilomètres où l’horreur seule ne s’arrête pas aux barbelés érigés par des politiques migratoires inhumaines. Comme Soran.

Soran fait son cinémaIl y a dix ans, Soran quittait Koye, au Kurdistan d’Irak. Il avait déjà fui l’Iran, et pensait trouver ce qu’il cherchait sous ce drapeau coloré des fantasmes de la liberté. Il s’y est formé au documentaire avec les ateliers Doku, dont nous avons déjà parlé ici, portés par l’énergie de Baudouin Koenig et de Fulvia Alberti. Puis, il a décidé de partir plus loin, bien plus loin, à Londres, pour y réaliser son rêve, entrer dans une école de cinéma. Et de filmer son voyage.

C’est un film qui, quand il se termine, donne cruellement envie d’avoir des nouvelles de tous les protagonistes. C’est un film qui, quand il se termine vous laisse avec la certitude que la réalité dépasse toujours la fiction, et que c’est pour ça que certainEs prennent la caméra.

C’est un témoignage brut, une rencontre avec un jeune homme qui doute mais avance. Qui pensait que le voyage durerait un mois, qu’il lui ferait perdre du poids et peut-être un peu d’illusions. Et que l’on suit pendant un an. La route, l’attente, la détention. La panique, la joie, le manque. Un récit d’exil sans doute ordinaire. Terriblement banal. Des plans flous de compagnons de route, épuisés et paniqués, cachés dans les champs de maïs turcs, observant les lumières grecques au loin comme un mirage, à bout de forces après la troisième tentative. Des portraits d’autres aspirants à l’ailleurs tuant l’attente dans un appartement loué par le passeur. Une petite fille qui découvre la mer sur le pont d’un paquebot.

De l’autre côté, Fulvia suit ce voyage par le biais des images que Soran lui envoie. Ne peut qu’interprêter ce qu’elle y voit et imaginer le hors-champ, tout ce qu’il ne dit pas.

Partir à sa recherche, aussi, quand il est détenu en centre de rétention. Revenir sur les lieux de son départ, à Erbil, pour tenir informés ses proches de sa grève de la faim. Et mobiliser des complices pour lui faire passer la frontière italienne…

Soran fait son cinéma, et le scénario est plein de rebondissements, personnages attachants et suspens haletant. C’était il y a sept ans, et les médias ne parlaient pas encore de « crise des migrants ». Aujourd’hui les fondations des murs que filme Fulvia supportent des kilomètres de barrières toujours escaladées, contournées, traversées malgré les moyens techniques et militaires déployés à grands coûts par les états européens pour protéger leur forteresse, quand ils ne sous-traitent pas la sale besogne à des voisins moins scrupuleux sur le respect des droits de l’homme.

Le départ se fait sous la menace d’une peine de prison arbitraire ou d’une exécution sommaire, d’un territoire ruiné par les bombes (qui viennent d’où?) ou sous occupation. Le voyage est parfois plus long, plus risqué, plus cher aussi. Les camps jalonnent le parcours. Peut-on parler d’accueil ? C’est pour elles et eux que des marcheurs et des marcheuses solidaires battent le pavé.


Pour aller plus loin : Mikael Baudu, réalisateur breton, a suivi Saïf au cours de son périple de la Turquie à l’Allemagne C’est Open the Border, un documentaire de 2016 à retrouver sur bed.bzh.

Soran fait son cinéma

You can watch this movie also in English :
Illegal Tourist“, a documentary film by Fulvia Alberti Soran Qurbani


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