Nuriye et Semih • Deuxième audience du 28 septembre

Nuriye et Semih

Deuxième audition dans le procès de Nuriye Gülmen et Semih Özakça. Les juges ont ordonné le maintien en incarcération de Nuriye et Semih, après 204 jours de grève de la faim….

Les deux enseignantEs qui poursuivent leur grève de la faim en détention, étaient absentEs de la première audience. Ils sont détenus depuis le 22 mai 2017 dans la prison de Sincan, et ont été hospitalisés de force, depuis le 29 juillet, toujours dans la même prison. Le 12 septembre, deux jours avant la première audience, leur avocatEs ont été misEs en garde-à-vue, puis incarcéréEs. Le 25 septembre. Nuriye, de son côté, en état de totale conscience, a été transférée de l’hôpital de la prison de Sinan vers l’hôpital Numune, et ce, contre son gré.

Lors de cette deuxième audience, qui s’est déroulée dans la salle de tribunal, au sein même de la prison de Sincan, à Ankara, Acun Karadağ, enseignante licenciée, camarade de lutte de Nuriye et Semih, était une deuxième fois à la barre des “accuséEs”. Nuriye n’a pas été amenée à la salle d’audience. Pour Semih, c’était la première fois. Il était sur un fauteuil roulant, entouré d’un mur de policiers. Avant l’ouverture du procès, Semih s’est levé difficilement et a salué la salle en levant le poing.

Les soutiens de Nuriye et Semih se sont déplacés pour suivre les audiences. Juste avant, leur camarade de lutte Veli Saçılık, faisait savoir par Twitter que les cars qui amenaient d’autres soutiens à la prison de Sincan avaient été bloqués.

Attente devant le tribunal de la prison de Sincan.

Extraits…

Semih Özakça a été amenée dans la salle d’audience. Semih et Acun Karadağ n’ont pas été autoriséEs à se saluer en se serrant la main.
Acun, tenue à l’écart de Semih, en voyant son état, a pleuré et hurlé en dénonçant : “Regardez comment l’Etat a transformé un enseignant !”

Au début de l’audience, le rapport de l’hôpital Numune, qui notifie que le transport de Nuriye au procès est risqué médicalement, a été lu.

Une limite du nombre d’avocats a été annoncé par le tribunal. Les “accuséEs” ne peuvent pas être défenduEs par plus de trois avocats. Semih : “Je ne ferai pas de choix d’avocatE. Je vois cette limitation comme la suite de la persécution qu’on nous fait subir. Nous avons des centaines d’avocatEs.”
Acun a refusé à son tour la limitation d’avocats. “Ceci est une pression et imposition. Tous ceux et toutes celles qui sont présentEs à cette audience sont mes avocatEs.”

Le tribunal a bien sûr refusé les objections sur la restriction du nombre d’avocats.

Semih : “C’est une nouvelle attaque contre notre droit de défense. Vous avez mis nos avocatEs en garde-à-vue le 12 septembre (2 jours avant la première audience) et vous ne nous avez pas présentéEs devant le tribunal le 14 septembre. Et maintenant vous limitez le nombre des avocatEs. Quant à Nuriye Gülmen, vous l’avez hospitalisée par la force. Tout cela sont des attaques contre nos droits.”

Le Tribunal a décidé qu’au delà de trois avocatEs, les autres ne seront pas écoutéEs.

Semih : “Vous n’avez pas condamné assez ? A quoi sert cette mise en scène ? Pour qui est fait votre scénario ? Pour le compte de qui cette pièce de théâtre sera mise en scène ?”

“Les policiers du bureau politique ont commis dans cette chambre un assassinat. Si votre tribunal juge chaque assassin, inscrivez-moi comme témoin.”

“Pour comprendre les raisons de nos licenciements, il suffirait de regarder l’histoire des peuples. Notre classe est celle de celles et ceux qui sont oppriméEs et exploitéEs.”

“Dans les institution de l’Etat, il existe un seule règle, c’est celle-ci : ‘ne bouge pas sans ordre, sinon tu brûleras'”.

Esra, la compagne de Semih, écoute sa défense.
(Dessin de Zeynep Özatalay)

Le Juge a interrompu la défense de Semih, et lui a demandé de plaider sa défense selon les chefs d’accusation. Semih a répondu “J’ai beaucoup patienté pour pouvoir venir ici, patientez un peu, vous aussi…”

“Le pouvoir AKP vole l’avenir de nos enfants, et leur droit démocratique d’enseignement scientifique.”

“Dans l’enseignement, avec la privatisation, un boulevard est ouvert devant l’insécurisation?. Par ailleurs, les portes sont ouvertes pour un système d’évaluation de performances.”

“Les actions des syndicats d’opposition sont criminalisées et les travailleurs/ses du secteur public sont mis devant la menace d’enquêtes et de liquidations”.

“Si vous ne pensez pas, vous ne vivez pas comme l’AKP, vous êtes assimiléEs avec le terrorisme. Même si vous soutenez l’AKP, si vous ne vous entendez pas avec le directeur de l’école élu par le syndicat proche du pouvoir, vous êtes liéEs avec le terrorisme.”

“Le métier d’enseignant ne me promettait ni une vie luxueuse, ni une vie où je ne manquerais de rien. Dans l’endroit où nous devions poursuivre notre vie, nous entendions tous les jours des bruits de tirs de canons de chars. En tant qu’enseignant, je vivais en dessous du seuil de pauvreté du pays.”

“Que personne ne s’attende à ce que je plie devant cette injustice et illégalité.”

“Pourquoi alors, malgré ces conditions, ne me suis-je pas passé de mon métier d’enseignant ? Parce que j’ai gagné mon pain dans des conditions difficiles. J’ai oeuvré pour mes élèves avec beaucoup de concessions, car l’enseignement étant vidé de son contenu, nos élèves avaient besoin d’enseignants comme nous.”

“J’ai été liquidé avec ma femme. Le fait que des milliers de personnes démocrates et révolutionnaires comme nous soient licenciées, démontrait qu’en vérité la lutte n’était pas menée contre FETÖ.”

Semih étant très fatigué l’audience a été interrompue un moment.

Semih et Acun (Dessin de Zeynep Özatalay)

“L’intellectuelLE du peuple, est celui et celle qui réfléchit, qui voit et comprend les contradictions, et qui passe à l’action dans la lutte sociale. L’intellectuelLE du peuple, sait que la meilleur chanson est celle chantée en choeur. L’intellectuelLe du peuple, est celle et celui qui sait lutter pour ses valeurs, même s’il/elle reste seulE. L’intellectuelLE du peuple est celle et celui qui sait que rien ne se produit tout seul, et qui ne se rend pas aux conditions matérielles. Il/elle est celui et celle qui connait l’importance d’exprimer la parole de tout un peuple et qui fait un pas pour le dire. Il/elle est celle et celui qui, à la fois, apprend du peuple et qui lui apprend. Et moi, en tant qu’enseignant, donc un intellectuel du peuple, je savais que cette résistance allait avoir un prix.”

“Je vois le fait d’exprimer la parole de mon peuple, dans une période où personne n’ose aller dans la rue, où les déclarations de presse sont interdites, comme une obligation.”

“Une personne qui ne peut pas défendre son pain et sa dignité, peut-elle défendre sa morale ? Une personne qui ne défend pas son pain ne peut être morale parce que le pain c’est l’honneur.”

“Cette résistance n’est pas la résistance de deux personnes. Cette résistance est celle des peuples opprimés.”

“Le problème était la crainte du fait que la grève de la faim puisse être une action qui ait des effets forts et que cette action soit appropriée par le peuple et s’étende.”

“Nous n’avons pas préféré la faim. Si le pouvoir nous avait rendu notre travail, nous n’aurions pas faim. Celui qui cause la résistance et qui essaie de l’étouffer, c’est le pouvoir.”

“Nous sommes arrêtéEs parce que avec notre incarcération ils veulent faire peur aux fonctionnaires licenciéES. Nous sommes arrêtéEs, parce que la persécution est appelée désormais le Droit, le complot est appelé le Droit.”

“C’est la première fois que je vois la lumière du jour, depuis que j’ai été amené à l’hôpital de la prison de Sincan. J’ai attendu aux aguets, des nuits durant, sans pouvoir dormir, car ce transfert était une préparation à l’intervention par la force. Nous avons subi de nombreuses tortures dans cet hôpital. Si je commence à raconter tout, je peux écrire un livre entier. Lundi soir les démons sont arrivés. comment appelle-t-on autrement ceux qui viennent la nuit ? J’ai pensé qu’il allaient m’amener pour une intervention forcée. J’ai fait mes adieux à ma mère. J’ai entendu des bruits, Nuriye était aussi transférée. J’entendais des slogans, j’ai compris qu’elle était consciente. Il ne nous autorisent pas à faire des photos, car ils ont peur que le peuple se soulève.”

“Le fait de dire Nuriye et Semih serait donc considéré maintenant comme ‘propagande’. Le fait de dire mon propre nom serait de la propagande pour organisation terroriste ?”

“Je vais continuer la grève de la faim, jusqu’à ce que je retrouve mon travail.”

Acun devait prendre parole après Semih, mais elle a déclaré qu’elle ne prendrait pas parole pour sa défense, tant que Nuriye ne sera pas présente au tribunal.


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