Merhaba Hevalno mensuel n°8 | Octobre 2016

merhaba hevalno

EDITO

Après le gros dossier sur l’(après)-coup d’état en Turquie dans le dernier numéro de Merhaba Hevalno, ce 8ème numéro est dédié en long et en large aux réfugié.es et aux politiques répressives envers différentes communautés traitées comme “minorités” indésirables, les Syrien.nes, les Kurdes et les Alévi.es.

Dans cette période où notre solidarité est inévitablement tournée vers les personnes migrantes bloquées à Calais qui vont bientôt se faire expulser par les forces de l’État français, nous ne pouvons que remarquer encore une fois la continuité des politiques des pays dits “démocratiques”, tels que la fRance ou la Turquie. Ce sont les mêmes dynamiques racistes derrière les politiques de “gestion des flux humains”, qui la plupart du temps se cachent derrière la bannière “humanitaire”, alors que les gouvernements laissent crever les gens dans la mer et envoient leurs bras armés les courser autour des frontières et partout sur le territoire. Cette complicité entre les États qui provoquent des guerres et qui pillent, puis ferment leurs portes aux populations qui fuient ces guerres ou les conditions d’appauvrissement, est bien connue. L’accord passé entre l’UE et la Turquie au mois de mai est très frappant en ce sens : la vie des personnes migrantes est marchandée par la Turquie, dans un chantage pour acheter le silence de l’UE face aux massacres au Kurdistan, que ce soit au sein de ses frontières, ou désormais aussi du côté syrien depuis l’invasion de la Turquie le mois dernier.

Ce chantage atteint même le système judiciaire français qui assume le rôle d’extension de l’appareil répressif de Turquie : la censure de la presse kurde est arrivée jusqu’ici. Deux textes dans cette revue décrivent la censure médiatique en Turquie, puis en France.

Plusieurs articles que nous relayons dans ce numéro traitent de la situation des habitant.es des villes kurdes de Bakûr (à l’est de la Turquie) qui ont dû quitter leur ville pendant les attaques par les forces de l’état turc, et qui se sont retrouvé.es à s’installer dans des campements organisés par les mairies DBP (parti kurde majoritaire dans la plupart des villes du Bakûr). Malgré les conditions de survie dans lesquelles elles se retrouvent, elles refusent de partir loin de leurs terres et continuent à résister depuis leurs tentes, aux portes de leurs villes rasées. Les premiers numéros de cette revue relayaient déjà la lutte des premières vagues de réfugié.e.s de villes comme Sur et Cizre qui refusaient de partir et qui se posaient temporairement dans les villages autour des villes sous siège. C’est la même situation qui perdure depuis plusieurs mois, voire bientôt un an pour certaines. Nusaybin et Şırnak sont les plus grosses villes à avoir été rasées dernièrement ; plusieurs témoignages nous en parlent.

Dans l’ouest de la Turquie, ce sont les réfugié.es syrien. nes qui sont confronté.es au racisme et à la précarité. Un beau reportage-photo (que nous vous invitons à découvrir sur le site original orientxxi.info) découvre le quartier stambouliote de Bayramtepe à travers quelques un.es de ses nouvelles habitant. es. Puis un article de Kedistan décrit la politique xénophobe qui encourage la haine contre la population syrienne.

Impossible de nier que ce racisme est inhérent à l’existence même des États, de leurs frontières, et de leur principe “unificateur” à l’intérieur du pays, c’est-à-dire écrasant toute identité sociale, politique, culturelle, religieuse, ou de genre, non conforme à la norme dominante. Une analyse de Dilar Dirik (chercheuse kurde dans la diaspora) nous éclaire sur le cas des politiques menées contre les populations alévies en Turquie. Si nous ajoutons à cela la dimension impérialiste, alors nous retrouvons les communautés écrasées à la fois par l’État qui les a absorbées, et par la puissance coloniale dont dépend cet État. C’est ce que montre le récit historique tracé par Jean-Baptiste Begat sur les Kurdes en Irak : comment les Kurdes ont fini par être considéré.es comme une “minorité” sur leur propre sol par un pays colonisateur, et les conséquences jusqu’à maintenant.

Les femmes du Rojhilat (Kurdistan en Iran) nous rappellent l’importance rester sur ses gardes sur tous les fronts de lutte : ce n’est pas parce qu’on se bat auprès de “camarades” au sein de notre propre communauté (qu’elle soit culturelle ou politique), que les dominations disparaissent… Le système patriarcal, et le sexisme qui en découle, est inhérent à l’État mais aussi à toutes (ou presque?) les communautés humaines, y compris les communautés en lutte. Nous, éditrices et éditeurs de ce mensuel, sommes très touché.es par comment les femmes rojhilaties dénoncent haut et fort le sexisme au sein de leur mouvement parce que nous connaissons bien les difficultés rencontrées dans nos propres réseaux de lutte pour visibiliser et combattre les dominations genrées. Loin des discours orientalistes présentant le combat des femmes kurdes comme “extraordinaire” vu leurs conditions “d’oppression extrême”, nous tenons à relayer les paroles du mouvement des femmes kurdes parce que nous savons qu’à travers leur lutte elles pointent les mêmes dynamiques que ce que nous vivons en Europe.

Nous avons voulu partager dans ce mensuel deux derniers textes. L’un est un entretien que nous avons fait à la fin de l’année dernière avec une européenne installée au Rojava, et qui décrit son point de vue sur ce qui s’y joue. Et comment clôturer ce mensuel sans remercier Kedistan, le site d’infos et d’analyses sur le Kurdistan et la Turquie, édité en français, qui nous nourrit régulièrement, et qui a besoin de notre soutien pour pouvoir continuer.

SOMMAIRE

  • Edito p. 2
  • Après les crimes… p. 2
  • Femmes de Şirnak p. 3
  • Guerre déclarée à Sur p. 5
  • Fermeture des médias et génocide politique » p. 6
  • Une camarade partie au Rojava… p. 10
  • Naissance d’une minorité kurde en Irak p. 14
  • Les femmes du Rojhilat contre le sexisme p. 16
  • Nationalisme xénophobe contre les réfugié.e.s syrien.ne.s p. 18
  • Bayramtepe, l’eldorado perdu des Kurdes syriens p. 20
  • Politique anti-alévis en Turquie p. 21
  • Mednüçe : Eutelsat contre les médias kurdes p. 24
  • Poème de Adnan Yucel p. 26
  • Carte, glossaire & agenda p. 27-28
  • Solidarité avec les prisonnières p. 28

* * *

Nous voudrions, en publiant ce bulletin Merhaba Hevalno, mettre en mots et en acte notre solidarité avec les mouvements de résistance au Kurdistan.

Ce bulletin mensuel autour de l’actualité du Kurdistan est notamment rédigé depuis la ZAD de NDDL, mais pas seulement ! Un certain nombre de camarades de Toulouse, Marseille, Angers, Lyon et d’ailleurs y participent…

Pour nous contacter : actukurdistan[at]riseup.net

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