Istanbul : Effet de trois bombes

Nous ne nous joignons pas à la chaîne d’infos qui tourne en boucle sur l’attentat d’Istanbul. Juste aux questionnements.

Cet attentat, qui à Istanbul a fait 41 morts et plus de 230 blessés n’est pas encore revendiqué aujourd’hui “officiellement”. 

Le sera-t-il ? Pas sûr. Daech en tous cas n’a revendiqué aucun de ceux qui lui ont été attribués sur le sol turc.

Les médias du monde entier tournent en boucle les images qui ont pu filtrer du dispositif de censure mis en place dès l’explosion, où inventent les leurs, en allant jusqu’à y mélanger des photos de Bruxelles dans certaines éditions papier… On fait ce qu’on peut non ?
Les vols ont repris depuis Istanbul, et, contrairement à ce qui s’était passé à Bruxelles, le gouvernement turc a jugé le dispositif de sécurité suffisant.
Bien sûr, de nombreux chefs d’états se sont fendus de leurs « abominable », « consternant »… Et Erdogan peut se féliciter qu’Obama ait repris le téléphone… Des minutes de silence convenues dans des assemblées se sont ajoutées au grand silence continu sur les exactions d’un membre apprécié de l’Otan sur son propre sol contre les civils kurdes.

Le président Erdogan a immédiatement appelé au « soutien contre le terrorisme », et a parlé de « coopération internationale nécessaire », dans la foulée de ses revirements diplomatiques de cette dernière semaine, « excuses à la Russie », et « accords avec Israël », sur des questions d’armement entre autres.

Il a bien aussi senti là, la « fenêtre » possible pour faire oublier les accusations de crimes de guerre qui s’accumulent, derrière l’étiquette de « l’anti terrorisme », grande cause commune internationale.

Voilà qui devrait lui restituer sa place vis à vis de la « coalition », et légitimer davantage sa guerre au Kurdistan turc.
D’autant que si cet attentat attire les yeux du monde entier sur la Turquie, ce n’est pas pour dénoncer ces guerres en cours, mais bien dans un parallèle constant entre les deux « terrorismes », où Daech et PKK se retrouvent placés sur un pied d’égalité par tous les commentaires. Bien sûr, pour cela, il faut bien à la fois surtout se taire sur les destructions, les massacres, les incendies à l’encontre des populations kurdes, et égratigner un peu Erdogan sur son « pouvoir autoritaire », pour faire bonne mesure. Certains vont même jusqu’à parler de “protection des populations kurdes” contre la guerre menée par les “rebelles kurdes”…

Rendez vous compte, juste au moment où Erdogan se montre bon élève vis à vis de la coalition, le terrorisme le frappe !

Et de laisser planer ailleurs la menace du PKK, même si le régime en interne lui, sans jusqu’ici avoir avancé de réelles preuves, pointe la piste de Daech tout en préparant des représailles contre les combattants kurdes. On en croirait presque que les médias internationaux et le régime turc se sont répartis les rôles…
Ce que l’on constate en tous cas, c’est que, « je suis Istanbul » ne se met pas en place, de crainte qu’il soit accolé à un “je suis Cizre“.

Faute de tour Eiffel ? Où bien l’abject Erdogan permet-il aussi de cacher une aversion xénophobe bien répandue ?

Visiblement personne n’éprouve le besoin d’aller jusqu’à s’associer plus loin au deuil officiel décrété par le gouvernement turc, et ressenti durement en Turquie pourtant. Et puis, l’Europe n’est-elle pas elle aussi en deuil de ses « quality street » ?

Erdogan est en voie de réussir à nouveau à retourner à son avantage un attentat qui questionne pourtant sur la situation en Turquie et sa politique. Sans aller jusqu’à une réhabilitation appuyée, il va écarter aussi pour un temps les « critiques » internationales trop insistantes, et faire oublier le pétrole de Daech et les petites « coopérations ». Celui de Suruç, souvenez vous, lui avait permis de redéclencher sa sale guerre… contre le mouvement kurde.

Voilà l’effet de trois bombes.


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