Plusieurs jours après l’attentat à Istanbul, on attend toujours la revendication de Daech, pourtant clairement désigné comme « coupable » par le gouvernement AKP.

Pour Davutoglu, le Premier Ministre, aucun doute possible, l’auteur serait Syrien, arrivé en Turquie au début du mois. Il y aurait même eu des actions de représailles de l’armée turque qui aurait tué 200 terroristes de Daech. D’habitude, à l’Est, ils disent « arrêtés morts ». Là dessus, contrairement à la censure qui a suivi l’attentat, on communique.

Mais, comme pour tous les précédents, chaque fois attribués à Daech, avec chaque fois des « identifications » sans suite, l’explosion n’a pas été revendiquée.

Certains en Turquie, avancent l’hypothèse d’un kamikaze solitaire, agissant en synergie. D’autres lorgnent encore vers l’Etat profond turc, mais sans arguments politiques probants, ce dernier attentat portant atteinte à l’image « touristique » de la Turquie.

Le fait que les deux attentats qui ont suivis à Jalalabad (Afghanistan) et à Jakarta (Indonésie) aient été revendiqués dans la foulée renforce l’idée que décidément, les liens régionaux entre le gouvernement turc et Daech sont loin d’être clairs.

Si d’évidence, depuis Diyarbakir, Suruç, Ankara, trois attentats visant directement l’opposition démocratique, et au delà les Kurdes, eux aussi attribués par le gouvernement à Daech, la connivence semble de mise, celui d’Istanbul est d’une autre nature.

Vous savez ce que les chats pensent des sondages, mais le fait que 10% de la population turque ne considère pas Daech comme « terroriste », peut donner une indication. Si on se pose la question de savoir pourquoi perpétrer un attentat dans des lieux touristiques très surveillés, plutôt que dans les foules istanbuliotes du centre qui voit circuler des foules, on peut commencer à réfléchir sur une autre hypothèse, que nous abordions déjà dans notre premier billet : l’explosion s’adressait tout autant aux gouvernements européens qu’à la politique d’Erdogan. Les deux sont d’ailleurs très liées depuis juin 2015 plus particulièrement.

Le pas de côté d’Erdogan, à la fois avec la bénédiction de l’Otan, vers la « coalition », puis plus récemment vers la « coalition islamiste » dirigée par le Golfe, en pleine crise Iran/Arabie Saoudite/Russie, méritait sans doute, selon Daech, un « mise au point explosive ».
En effet, les liens commerciaux illicites concernant pétrole, coton, tout comme les liens de « base arrière logistique » qui sont désormais connus, ont mis le financement de Daech en pleine lumière, et Erdogan n’a pas géré la chose à son avantage.

tayyip-erdogan-et-daechDaech, qui a rendu bien des « services », a aussi besoin de la Turquie comme base arrière, pour des raisons très multiples, et qui tiennent autant à la finance et à la façade européenne, qu’à la porosité des frontières et leur ouverture en cas de replis nécessaires, face à la « coalition ».
Le rappel à l’ordre explosif paraît l’hypothèse la plus plausible, et ne demande donc pas de publicité particulière, le message étant directement adressé à Erdogan.
Tuer des Turcs en masse serait « contre productif » et couperait Daech de ses soutiens intérieurs à la Turquie. Revendiquer « officiellement » l’attentat ne présente donc là aucun avantage.

A force de caricaturer Daech et le présenter comme un ramassis de soudards moyenâgeux au QI d’huîtres, on finirait par ne pas comprendre qu’ils font aussi preuve de stratégie et de tactique politique. Cette image globale est bien trop utile à la finance internationale qui n’a pas rompu le business, tout comme à des états de la région, pour qu’on s’en contente.

Pour le barbu de base, fraîchement débarqué de derrière un écran, on dira peut être qu’il a « oublié » de revendiquer… Pour Daech, on comprendra qu’il s’agit d’une tactique politique plus réfléchie. Si on songe de surcroît au fait que le doute sur les services de l’Etat profond turc subsiste, il y a même là un avantage à tirer dans l’accentuation de la « crise politique » turque, tout comme d’ailleurs l’ont été les offensives parisiennes de novembre pour la « crise » en France.
Mais là, Daech n’a pas à ménager la droite extrême française.

Au fait, puisqu’on parle de terrorisme. Il est aussi un autre coupable qui ne revendique pas ses crimes au Kurdistan turc. C’est un homme né le 26 février 1954 à Istanbul, issu d’une famille géorgienne originaire de Batoumi, et ayant émigré à Rize… On a même son nom… Mais chuuut ! Censuré !