carte-turquie-igdirSavourez cette vidéo, où les enfants de l’Est de Turquie se mettent en scène avec la chanson “Eşeği saldım çayıra”, “J’ai mis l’âne sur le pré”, dont les paroles sont attribuées à Abdal Kazak poète populaire turc de Romanie. Il est estimé avoir vécu en 17ème siècle et considéré issu du bektashisme, mouvance soufi de l’islam. Comme Hacı Bektaş Veli,  philosophe mystique de l’alévisme. Sa poésie singulière et protestataire reste totalement contemporaine, surtout dans le contexte actuel du pays. La chanson est interprétée par l’interprétée par Kıraç. Né en 1972 à Kahramanmaraş, Kıraç est un musicien, compositeur, chanteur dans la mouvance rock anatolien. Il a sorti plus de 20 albums, il compose des musiques de films et séries et ses oeuvres ont été primées plus d’une fois.

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Les mômes et leur âne s’en donnent à coeur joie dans les prairies à Iğdır, commune de Kars. Faites en autant !

J’ai mis l’âne sur le pré

J’ai mis l’âne sur le pré
Qu’il broute, qu’il se nourrisse
Celui qui interprète le rêve qu’il a fait
En bonne nouvelle, sa mère (*)…
(Bis)

La race de faux croyants, infidèles
A brûlé, détruit le village
Un bol d’eau versé sur son mort
Celui qui le verse, sa mère…
(Bis)

Creusez son trou profond
Qu’il gémisse à fond
L’aiguille qui coud le linceuil
Celui qui le coud, sa mère…
(Bis)

Abdal Kazak a parlé
Ils ont détruit le village et brûlé
Si on demande qui l’a dit
Celui qui le demande, sa mère…
(Bis)

Les paroles en turc :

Eşeği saldım çayıra
Otlaya karnın doyura
Gördüğü düşü hayra
Yoranın da avradını…
(Bis)
Münkir münafıkın soyu
Yaktı harap etti köyü
Ölüsüne bir tas suyu
Dökenin de avradını…
(Bis)
Derince kazın kuyusun
İnim inim inilesin
Kefenin diken iğnesin
Dikenin de avradını…
(Bis)
Kazak Abdal nutk eyledi
Yaktı köyü mahveyledi
Sorarlarsa kim söyledi
Soranın da avradını…
(Bis)

(*) J’ai fait le choix de traduire “avradını” comme “sa mère”, en faisant allusion à “nique ta mère”, c’est la seule équivalence que j’ai pu trouver dans la langue courante en français. Littéralement cela veut dire “sa femme” ou plutôt en argot “sa gonzesse”. Je sais que certain(e)s d’entre vous seront offusqué(e)s de l’utilisation de cette expression dans une chanson contestataire. Alors quelques explications s’imposent.
Oui, c’est à la base une injure sexiste.
Nous ne voulons pas de slogans sexistes, homophobes.

Nous ne voulons pas de slogans sexistes, homophobes.

Mais aujourd’hui elle s’est éloignée de son premier degré, et on la retrouve facilement dans la bouche des plus féministes femmes et hommes. Même notre chroniqueuse d’Istanbul Mamie Eyan l’utilise, c’est pour dire… C’est un peu comme on dit “Inchallah” dans le quotidien, même si on est athée convaincu(e), juste pour exprimer “j’espère bien”. Certaines expressions, à l’usure, se vident de leur sens premier. Je pense tout de même qu’avec le temps, le patriarcat, le racisme et la religion disparaitront des “gros mots” utilisés dans la langue turque. Parce que les “gros mots” remplissent la bouche et sont exutoires dans les conversations…
Mais bien sûr, ce n’est pas une excuse. Nous sommes convaicuEs que là aussi, il s’agit d’un terrain de lutte…
Lors de la Résistance Gezi en 2013 où tout le monde pestait et enchainait les insultes de son répertoire, nous voyions passer des tags et affiches qui invitaient les résistants à ne pas utiliser les insultes sexistes en précisant “Nous nous battons femmes et homme aux coudes à coudes”. D’ailleurs je trouve très amusant de voir que les jeunes femmes féministes ont déjà remplacé par réaction, “je nique ta chatte” ou littéralement “je bite ta chatte” par “je chatte ta bite”.
Un bon début !