Un “patriote” fan de Tayyip a porté plainte contre les caricaturistes du journal satirique Penguen, homologues de Charlie Hebdo en Turquie, pour sa couverture du 21 août 2014 alors qu’Erdogan prenait possession de son logement présidentiel.

a-la-une-penguen_kapak_erdogan_top_isareti_dava_L’homme accusait les journalistes d’injure au président, parce qu’un des personnages de la caricature faisait une révérence devant Erdogan, en boutonnant sa veste, effectuant ce qui passe dans la culture turque pour être un geste obscène avec ses doigts. En effet en Turquie faire le “roue” en réunissant l’index et le pouce correspond en français à l’expression “pédale”. Ce geste est considéré, dans une société ultra patriarcale comme une grande injure. Pour nous, libertaires, attachés à la liberté de chacun de disposer de son corps, l’insigne injure n’est évidemment pas de se faire taxer de gay, mais de politique, ou de flic, d’avocat, ou d’huissier…

Bien évidemment pour un cerveau sensé il est impossible d’imaginer que le caricaturiste ait dessiné cela volontairement, car cela n’a rien à voir avec le contexte. De plus pour qualifier Erdogan on dispose d’un large éventail d’adjectifs aux choix, comme narcissique, mégalo, dictateur, tyran, etc. Mais le “cerveau” du “citoyen” supporter d’Erdogan doit fonctionner de travers. Ce qui est inoui c’est que sa plainte soit retenue et qu’il y ait un procès.

Que dit la caricature ? Il s’agit de l’inauguration du palais de 1000 pièces à la con d’Erdogan. Le personnage en pleine révérence lui souhaite la bienvenue. En Turquie il est dans la tradition de sacrifier un animal avant d’accéder à un nouveau lieu. Un coq, un mouton, un chameau…

Le Tayyip Erdogan de la caricature s’exprime donc ainsi : “Ah, ça ne se fait pas comme ça, sans rien, on aurait pu sacrifier au moins un journaliste…”.

Selon les avocats, lors du procès, le geste de “la rondelle” fait avec les doigts a été discuté et les propos de la caricature ont été cités également. Le geste “obscène” a été qualifié de “message subliminal” ! Même si les journalistes ont cependant bien sûr refusés cette accusation de “message subliminal” en le qualifiant de “simple et bas”.

Ainsi, l’avocat de Tayyip a fait savoir que son Eminence se portait également partie plaignante.

La peine a été prononcée sans clarification. Les caricaturistes et les avocats ne comprennent pas si la peine a été donnée pour les propos ou pour le “message subliminal”. La décision a été rendue en version courte. Les avocats attendent la réception de la décision écrite pour comprendre. Et bien sur, ils ont déclaré vouloir se produire en cassation.

La peine de prison de 11 mois 20 jours requise par le procureur a été transformée en une amande de 7000 livres turques (2500€).

Sur cette information qui gélifie les cerveaux qui fonctionnent correctement, Kedistan vous offre le twitt suivant, les caricatures d’Ercan Akyol et la nouvelle version de la caricature “jugée” ci-dessous en bonus…

erdogan-roue-twitt

“Chère Justice, comment vas-tu faire avec ce geste réel ? Le geste de la personne à gauche est en phase intentionnelle, sur le point d’être réalisé, et celui de la personne qui ouvre la porte, est très net…”

ercan-akyol-le-geste-obscene-justice

“Je voudrais boutonner ma veste par respect pour la Justice, mais je ne peux pas le faire par manque de confiance en vous Monsieur le Juge.”

 

proces-penguen-suiteNGUEN DAVASI

“Un caricaturiste ferait-il l’affaire, Monsieur ?”
(11 mois pour Penguen – Les caricaturistes du Penguen ont écopé de 11 mois de prison au procès ouvert pour injure à Erdogan. La peine a été transformée en amende.)

variations-roues-ercan-akyol

Des gestes à risque d’Ercan Akyol
– Boutonner sa veste : peut être compris comme “tu es une rou” (pédale)”. 11 mois de prison
– Touiller son thé : insinuation de “tu es gay”. 5000 livre turques d’amende.
– Miam, c’est délicieux : peut dire “tu es le roi des pédés”. 1 an et demi de prison en cellule.
– Fermer sa fermeture éclair : c’est du lourd comme insulte. 3 ans de peine de prison dont 2,5 ans non transformable en sursit.